{"id":1748,"date":"2000-01-01T00:00:00","date_gmt":"1999-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/amour-du-theatre-disent-elles1748\/"},"modified":"2000-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-12-31T23:00:00","slug":"amour-du-theatre-disent-elles1748","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1748","title":{"rendered":"Amour du th\u00e9\u00e2tre, disent-elles"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Tsilla Chelton, Jenny Alpha, Gis\u00e8le Casadesus, Andr\u00e9e Tainsy <\/p>\n<p><strong> Quatre femmes, quatre actrices, quatre&#8230; Comment nommer ces grandes artistes, qui, n\u00e9es dans le premier quart de notre si\u00e8cle, franchissent le mill\u00e9naire, avec des airs de jeunes filles gourmandes, la parole alerte et l&#8217;oeil p\u00e9tillant, pour parler de leur vie dans l&#8217;art ? <\/strong><\/p>\n<p>Ce sont des femmes tomb\u00e9es en amour du th\u00e9\u00e2tre d\u00e8s l&#8217;enfance et qui, pour trois d&#8217;entre elles, jouaient au moment o\u00f9 nous les avons rencontr\u00e9es. &#8220;Nos anciennes&#8221;, peut-\u00eatre, comme on le dit dans les soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 l&#8217;\u00e2ge suscite respect et admiration. En elles, tant d&#8217;\u00e9nergie, tant de sensibilit\u00e9, tant de m\u00e9moire&#8230; Alpha vient en premier : Jenny Alpha, la grande et belle dame de Martinique qui fit d&#8217;abord une carri\u00e8re de chanteuse et danseuse au music-hall, mais toujours voulut jouer au th\u00e9\u00e2tre, &#8220;pour la beaut\u00e9 des textes&#8221;, saisie au vol entre deux tourn\u00e9es aux Antilles. Ensuite vient le &#8220;C&#8221; de Casadesus, Gis\u00e8le Casadesus, la fr\u00eale et jolie dame au visage de porcelaine, aux yeux bleus d&#8217;une \u00e9nergie souveraine qui, deux heures apr\u00e8s l&#8217;entretien, rejoignait le Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point o\u00f9 elle jouait Madeleine dans Savannah Bay, une pi\u00e8ce de Marguerite Duras. Le &#8220;C&#8221; de Chelton aussi, Tsilla Chelton qui revenait d&#8217;un tournage \u00e0 Berne et jouait le soir dans une com\u00e9die de Pierre-Olivier Scotto et Martine Feldman, le Ciel est \u00e9go\u00efste. Andr\u00e9e Tainsy est la doyenne. Depuis un an et demi, la fatigue l&#8217;emp\u00eache de jouer, mais elle va au th\u00e9\u00e2tre plusieurs fois par semaine et fait &#8220;quelques petites choses au cin\u00e9ma ou \u00e0 la radio&#8221;&#8230;<\/p>\n<p><strong> Origines d&#8217;une passion <\/strong><\/p>\n<p>Toutes quatre parlent d&#8217;abord de ce go\u00fbt du th\u00e9\u00e2tre n\u00e9 dans l&#8217;enfance. Le p\u00e8re de Jenny Alpha emmenait sa grande famille voir tous les spectacles qui venaient \u00e0 Fort-de-France. &#8220;J&#8217;\u00e9tais tr\u00e8s jeune et j&#8217;adorais \u00e7a. Avec mes fr\u00e8res et soeurs nous montions des spectacles le dimanche pour la famille et les amis. Mes fr\u00e8res jouaient de la mandoline ; on \u00e9tait fous de joie.&#8221; Un peu d\u00e9sorient\u00e9e dans le Paris de la fin des ann\u00e9es 20 o\u00f9 elle vient faire ses \u00e9tudes, elle rencontre les musiciens de la c\u00e9l\u00e8bre &#8220;Bo\u00eete \u00e0 musique&#8221; et chante un jour pour eux des chants cr\u00e9oles, &#8220;des chants de travail, les plus rugueux, les moins m\u00e9tiss\u00e9s&#8221;. C&#8217;est imm\u00e9diatement le succ\u00e8s. Ainsi revint le go\u00fbt du spectacle, malgr\u00e9 l&#8217;incompr\u00e9hension totale de ses parents. C&#8217;est dans une famille d&#8217;artistes qu&#8217;est n\u00e9e Gis\u00e8le Casadesus. Une arri\u00e8re grand-m\u00e8re faisait d\u00e9j\u00e0 l&#8217;actrice, mais Gis\u00e8le \u00e9tait promise \u00e0 la musique, solf\u00e8ge, piano, harpe : &#8220;Je n&#8217;avais en t\u00eate que le th\u00e9\u00e2tre ; mon p\u00e8re \u00e9tait le directeur musical de la Ga\u00eet\u00e9 Lyrique. C&#8217;est l\u00e0, en voyant jouer Denise Gray, que le virus du jeu m&#8217;a prise.&#8221; A 17 ans, re\u00e7ue premi\u00e8re au Conservatoire d&#8217;art dramatique, elle d\u00e9croche en 1934 un premier prix d&#8217;interpr\u00e9tation, et est engag\u00e9e \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise. C&#8217;est dans une pension \u00e0 Bruxelles, dirig\u00e9e par deux institutrices adeptes de Montessori, o\u00f9 son p\u00e8re la met apr\u00e8s la mort de sa m\u00e8re, que Tsilla Chelton va attraper elle aussi le virus :<\/p>\n<p>&#8220;C&#8217;\u00e9tait une sorte de phalanst\u00e8re philosophique avec une atmosph\u00e8re de libert\u00e9 et de cr\u00e9ativit\u00e9 \u00e9tonnantes. Tous les membre mettaient en commun leurs ressources et invitaient les artistes qui passaient \u00e0 Bruxelles. J&#8217;ai entendu Copeau, vu de la danse balinaise, des danseurs hindous. Chaque ann\u00e9e nous montions un spectacle. Plus tard, je saisissais toutes les occasions pour jouer. C&#8217;est \u00e0 la fin de la guerre, lors d&#8217;une histoire d&#8217;amour tumultueuse que je re\u00e7us l&#8217;illumination. On me dit \u00ab va faire ton th\u00e9\u00e2tre ailleurs \u00bb, c&#8217;est ce que j&#8217;ai fait. Puis ce fut la rencontre avec Ionesco, Jacques Mauclair et toutes les cr\u00e9ations que l&#8217;on fit de cet auteur alors inconnu&#8230;&#8221;<\/p>\n<p>Andr\u00e9e Tainsy passa aussi son enfance \u00e0 Bruxelles o\u00f9 elle est n\u00e9e. Elle eut aussi une institutrice passionn\u00e9e de th\u00e9\u00e2tre qui montait des spectacles, invitait Jacques Copeau pour des lectures, &#8220;J&#8217;adorais cela, je jouais tous les r\u00f4les ; avec ma voix grave, je faisais Scapin, le grand pr\u00eatre dans Athalie. A l&#8217;adolescence, je partis \u00e0 Gen\u00e8ve pour faire des \u00e9tudes d&#8217;assistante sociale. Cela me plaisait mais j&#8217;ai d\u00fb abandonner quand j&#8217;ai appris que mon dipl\u00f4me ne vaudrait rien pour moi qui \u00e9tais belge. De retour \u00e0 Bruxelles j&#8217;ai suivi des cours avec une amie de Jacques Copeau, alors totalement inconnue, Madeleine Renaud. C&#8217;\u00e9taient de bons cours et je suis rentr\u00e9e au Conservatoire. C&#8217;est en voyant un spectacle de la Compagnie des Quinze, avec Jean et Marie H\u00e9l\u00e8ne Dast\u00e9, Copeau&#8230; que j&#8217;ai su quel th\u00e9\u00e2tre je voulais faire. Je les ai suivis \u00e0 Aix-en-Provence, et, avec eux, j&#8217;ai jou\u00e9 dans de nombreuses pi\u00e8ces. Nous faisions tout, les costumes, les d\u00e9cors&#8230;&#8221;. Andr\u00e9e Tainsy parle doucement, comme pour elle-m\u00eame, avec une extr\u00eame pudeur. Comme je la fais reprendre quelquefois pour mieux entendre, elle se livre : &#8220;je suis tr\u00e8s, tr\u00e8s timide, le th\u00e9\u00e2tre a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s important ; il m&#8217;a permis de communiquer, de vivre&#8221;. Quelques ann\u00e9es apr\u00e8s, quand la compagnie s&#8217;est dissoute, elle eut la chance, \u00e0 22 ans, de travailler dans la troupe des Pito\u00ebff.<\/p>\n<p><strong> La gr\u00e2ce de vieillir <\/strong><\/p>\n<p>Ainsi se nou\u00e8rent quatre destins, quatre chemins de th\u00e9\u00e2tre tr\u00e8s diff\u00e9rents qui, avec le recul, dessinent le paysage th\u00e9\u00e2tral fran\u00e7ais de notre si\u00e8cle. Pour Jenny Alpha, faire du th\u00e9\u00e2tre ne fut pas toujours simple. &#8220;Combien de fois, des metteurs en sc\u00e8ne me r\u00e9pondirent : \u00ab Le r\u00f4le n&#8217;est pas \u00e9crit pour une femme de couleur, le public rira \u00bb. Et moi, je r\u00e9pondais : \u00ab Le r\u00f4le a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit pour une femme ; le public est ce que l&#8217;on en fait ; le th\u00e9\u00e2tre, c&#8217;est la vie et les Noirs sont dans la vie, pourquoi faut-il qu&#8217;ils restent invisibles ?&#8221; Des ann\u00e9es enti\u00e8res, casting apr\u00e8s casting. Rien. Roger Blin fait appel \u00e0 elle en 1958 pour les N\u00e8gres, de Jean Genet ; Jean-Marie Serrault pour la Trag\u00e9die du roi Christophe d&#8217;Aim\u00e9 C\u00e9saire, mais il faut attendre 1978, pour qu&#8217;Henri Ronce la mette en sc\u00e8ne dans un r\u00f4le de femme sans caract\u00e9ristique de couleur. La carri\u00e8re de Gis\u00e8le Casadesus se d\u00e9roula de 1934 \u00e0 1963 \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise. &#8220;Jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;arrive Edouard Bourdet, la mise en sc\u00e8ne n&#8217;existait pas ; les plus \u00e2g\u00e9es gardaient jusqu&#8217;au bout leur emploi de jeune premi\u00e8re. Edouard Bourdet a r\u00e9alis\u00e9 un immense d\u00e9poussi\u00e9rage, il fit venir les metteurs en sc\u00e8ne du Quartel : Copeau, Dullin, Jouvet, Baty. J&#8217;ai jou\u00e9 avec Baty, Copeau et Jouvet. C&#8217;\u00e9tait un travail enti\u00e8rement neuf.&#8221; Pour avoir cr\u00e9\u00e9 plusieurs pi\u00e8ces de Ionesco dans le th\u00e9\u00e2tre priv\u00e9, c&#8217;est dans le priv\u00e9 que Tsilla Chelton a le plus souvent jou\u00e9. Tant \u00e9taient \u00e9tanches les cloisons qui s\u00e9paraient les diff\u00e9rents th\u00e9\u00e2tres. Les \u00e9tiquettes qu&#8217;on colle sur les com\u00e9diens font qu&#8217;ils restent parfois plusieurs ann\u00e9es sans jouer. Ainsi de Tsilla au cin\u00e9ma apr\u00e8s Tatie Danielle, le film de Chatilliez.<\/p>\n<p>Certaines interpr\u00e9tations sont si fortes qu&#8217;on identifie l&#8217;actrice au personnage. Au th\u00e9\u00e2tre, Tsilla joue toujours, et forme avec une belle \u00e9nergie de jeunes acteurs ; parmi eux, Michel Blanc, G\u00e9rard Jugnot, Christian Clavier, Val\u00e9rie Mairesse. Du m\u00e9tier qu&#8217;elle exerce depuis plus de quarante ans, elle affirme : &#8220;Je ne m&#8217;identifie pas \u00e0 lui mais c&#8217;est dans le jeu et par le th\u00e9\u00e2tre que j&#8217;exerce ma r\u00e9flexion sur la vie, les hommes, le monde. La gr\u00e2ce de vieillir, c&#8217;est d&#8217;avoir le recul et pouvoir tirer des le\u00e7ons des trajectoires des autres&#8221;. Les d\u00e9buts d&#8217;Andr\u00e9e Tainsy la conduisirent dans le th\u00e9\u00e2tre public, et le th\u00e9\u00e2tre de la d\u00e9centralisation. Elle joue pour Claude R\u00e9gy d\u00e8s 1953 et le retrouve, il y a trois ou quatre ans, pour une pi\u00e8ce de Gr\u00e9gory Motton. Entre-temps, Roger Blin, Antoine Vitez, Jean-Pierre Vincent, Claude Yersin, et la t\u00e9l\u00e9vision de la belle \u00e9poque, celle de Stellio Lorenzi, Marcel Bluwal.Laissons conclure Jenny Alpha : &#8220;Jouer, c&#8217;est une \u00e9nergie sans cesse renouvel\u00e9e, cela donne un v\u00e9ritable sentiment d&#8217;\u00e9ternit\u00e9.&#8221; Et Gis\u00e8le Casadesus : &#8220;La splendeur de l&#8217;\u00e2ge, c&#8217;est de pouvoir jouer avec tout ce qu&#8217;on a emmagasin\u00e9, tout ce que l&#8217;on a v\u00e9cu, tout de la vie et toute la vie.&#8221;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Tsilla Chelton, Jenny Alpha, Gis\u00e8le Casadesus, Andr\u00e9e Tainsy <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[288],"class_list":["post-1748","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-spectacle-vivant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1748","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1748"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1748\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1748"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1748"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1748"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}