{"id":1747,"date":"2000-01-01T00:00:00","date_gmt":"1999-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/proces-de-la-critique-non-lieu1747\/"},"modified":"2000-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-12-31T23:00:00","slug":"proces-de-la-critique-non-lieu1747","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1747","title":{"rendered":"Proc\u00e8s de la critique : non-lieu"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Texte de la lettre<strong> Eteinte aujourd&#8217;hui, la pol\u00e9mique autour de la critique de cin\u00e9ma, accus\u00e9e d'&#8221;assassinat pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9&#8221; du cin\u00e9ma fran\u00e7ais, peut ressurgir \u00e0 tout moment. Voici quelques cl\u00e9s pour entrer dans le d\u00e9bat. <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;op\u00e9ration anti-critiques a donc fait fiasco. Se disant &#8220;effar\u00e9 de l&#8217;attitude de la critique vis \u00e0 vis du cin\u00e9ma fran\u00e7ais&#8221;, le r\u00e9alisateur Patrice Leconte s&#8217;en affligeait dans une lettre \u00e0 ses confr\u00e8res (voir encadr\u00e9) et se trouvait promu \u00e9claireur de pointe en un combat douteux, bient\u00f4t confort\u00e9 par un long texte pol\u00e9mique argument\u00e9 pour l&#8217;essentiel sur le rappel des coups de griffes inflig\u00e9s \u00e0 l&#8217;amour-propre des cin\u00e9astes par quelques m\u00e9chants articles de presse. Haut les coeurs ! Non, ridicule ! Car les troupes appel\u00e9es en renfort refusaient de partir \u00e0 l&#8217;assaut et, bien au contraire, contresignaient une d\u00e9claration jugeant &#8220;inepte&#8221; le manifeste paru anonymement dans deux quotidiens et m\u00eame qualifi\u00e9 de &#8220;torchon&#8221; par Jean-Louis Comolli. Dans cette mauvaise passe, c&#8217;\u00e9tait la d\u00e9bandade !<\/p>\n<p><strong> La distribution et l&#8217;exploitation, plus nocives que la critique <\/strong><\/p>\n<p>Depuis longtemps on a entendu la rengaine du pr\u00e9tendu &#8220;divorce&#8221; entre le public et la critique. Comme si la critique \u00e9tait en mesure d&#8217;influencer de mani\u00e8re significative la carri\u00e8re commerciale d&#8217;un film : oui, sans nul doute, et positivement, dans le cas d&#8217;une production \u00e0 petit budget, marginale ou exotique, non, tr\u00e8s \u00e9videmment, s&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une entreprise \u00e0 gros moyens de production et de publicit\u00e9. La presse peut r\u00e9v\u00e9ler et promouvoir des oeuvres r\u00e9put\u00e9es &#8220;difficiles&#8221; mais elle ne peut rien, m\u00eame si elle en \u00e9tait tent\u00e9e pour de bonnes raisons critiques, contre un film suppos\u00e9 &#8220;populaire&#8221;.<\/p>\n<p>Le plus grave et le plus injuste reproche fait \u00e0 la critique par Leconte est de &#8220;tuer le cin\u00e9ma fran\u00e7ais commercial, populaire, grand public&#8221;. Si quelques films r\u00e9cents relevant de cette cat\u00e9gorie peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00e9checs commerciaux par rapport \u00e0 leur budget et \u00e0 leur ambition (les Enfants du si\u00e8cle, Est-Ouest, la D\u00e9bandade), d&#8217;autres se sont av\u00e9r\u00e9s des succ\u00e8s flatteurs (V\u00e9nus Beaut\u00e9-Institut, Ma petite entreprise, Jeanne d&#8217;Arc). Les articles sur les premiers ayant \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t r\u00e9serv\u00e9s et, sur les seconds, plut\u00f4t \u00e9logieux, il y a quelque incongruit\u00e9 \u00e0 d\u00e9noncer comme &#8220;fossoyeurs&#8221; les critiques dont le public semble avoir approuv\u00e9, par son abstention, le jugement n\u00e9gatif, le bouche \u00e0 oreille prenant le relais de la presse \u00e9crite. On peut comprendre que le temps, l&#8217;argent et l&#8217;effort investis dans un film rendent insupportables \u00e0 l&#8217;auteur les \u00e9ventuelles r\u00e9serves sur son oeuvre : mais la libert\u00e9 de jugement, qui ne justifie \u00e9videmment pas les remarques blessantes, est inali\u00e9nable.<\/p>\n<p>Les cin\u00e9astes offusqu\u00e9s semblent bien se tromper d&#8217;ennemi car l&#8217;univers impitoyable de la distribution et de l&#8217;exploitation est plus nocif pour certains films, les plus fragiles, que les \u00e9ventuels d\u00e9rapages verbaux des critiques. Ainsi la diminution du nombre de salles, et m\u00eame le retrait anticip\u00e9 de l&#8217;affiche, quand la fr\u00e9quentation du mercredi \u00e0 14 heures est jug\u00e9e insuffisante, interdisant tout effet b\u00e9n\u00e9fique possible du bouche \u00e0 oreille.<\/p>\n<p><strong> 30% des &#8220;parts du march\u00e9&#8221; national pour les films fran\u00e7ais <\/strong><\/p>\n<p>Face au mauvais sort souvent fait aux &#8220;petits&#8221; films, fran\u00e7ais ou \u00e9trangers, on ne peut qu&#8217;\u00eatre choqu\u00e9s par le traitement de faveur accord\u00e9 aux &#8220;gros&#8221; films, majoritairement am\u00e9ricains, occupant des centaines de salles jusqu&#8217;\u00e0 \u00e9puisement de leur public potentiel en vertu de la logique mercantiliste de la rentabilisation imm\u00e9diate.<\/p>\n<p>En regard de cet abus de position dominante (mais la carri\u00e8re commerciale de Jeanne d&#8217;Arc appelle le m\u00eame commentaire), on doit se f\u00e9liciter que nos films b\u00e9n\u00e9ficient encore chez nous d&#8217;une &#8220;part de march\u00e9&#8221; d&#8217;environ 30 %, bien plus que les autres cin\u00e9mas nationaux sur leur propre territoire. L&#8217;accusation de &#8220;d\u00e9truire le cin\u00e9ma fran\u00e7ais&#8221; est d&#8217;autant plus injustifi\u00e9e que les efforts de la critique pour soutenir nos films : y compris ceux que certains d\u00e9magogues qualifient d'&#8221;intello-chiants&#8221; : ont sans nul doute contribu\u00e9 \u00e0 leur bonne tenue sur le march\u00e9 int\u00e9rieur en ralentissant la lente \u00e9rosion de leur fr\u00e9quentation. Toutes les enqu\u00eates montrent que le public fran\u00e7ais pr\u00e9f\u00e8re les films am\u00e9ricains, les fran\u00e7ais \u00e9tant souvent tenus pour trop &#8220;intellectuels&#8221;, ainsi que le souligne Daniel Toscan du Plantier, pr\u00e9sident d&#8217;Unifrance-Film : &#8220;Le cin\u00e9ma fran\u00e7ais s&#8217;adresse surtout aux adultes, le cin\u00e9ma am\u00e9ricain aux enfants et aux teen-agers, \u00e0 tel point que l&#8217;expression \u00ab adult movie \u00bb se r\u00e9f\u00e8re au porno !&#8221; On peut estimer, en effet, que nombre de superproductions hollywoodiennes v\u00e9hiculent une bonne dose d&#8217;infantilisme.<\/p>\n<p><strong> Les ambigu\u00eft\u00e9s autour du concept de &#8220;film populaire&#8221; <\/strong><\/p>\n<p>Faut-il voir dans le reproche fait aux critiques d'&#8221;assassiner le cin\u00e9ma fran\u00e7ais populaire&#8221; ce que le r\u00e9dacteur en chef des Cahiers du Cin\u00e9ma d\u00e9finit comme &#8220;une volont\u00e9 pour le moins perverse d&#8217;am\u00e9ricaniser les esprits&#8221; ? C&#8217;est sans doute aller trop loin, \u00e0 moins de penser que le mal est d\u00e9j\u00e0 fait si l&#8217;on consid\u00e8re la popularit\u00e9 massive des produits d&#8217;outre-Atlantique. Il est vrai que le concept de film populaire est lourd d&#8217;une ambigu\u00eft\u00e9 que certains semblent ignorer quand ils d\u00e9terminent ce qui serait &#8220;populaire&#8221; par les chiffres de la fr\u00e9quentation. Je pr\u00e9f\u00e8re pour ma part d\u00e9finir comme populaires les films qui ont quelque chose \u00e0 voir en profondeur avec le peuple fran\u00e7ais, son histoire, sa culture, ses traditions.<\/p>\n<p>Et il me pla\u00eet de rappeler que la critique n&#8217;a pas &#8220;assassin\u00e9&#8221; les grands films authentiquement populaires de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, de Cyrano de Bergerac \u00e0 Ast\u00e9rix et \u00e0 Jeanne d&#8217;Arc. Ces films sont trop rares parce que le risque financier est trop lourd sur le march\u00e9 int\u00e9rieur. Mais les productions moyennes sont nombreuses \u00e0 s&#8217;assurer les \u00e9loges de la critique et les faveurs du public tout en \u00e9tant pl\u00e9biscit\u00e9es par les jurys des festivals internationaux, comme on l&#8217;a vu tout au long de l&#8217;\u00e9t\u00e9 dernier : \u00e0 croire qu&#8217;elles contribueraient \u00e0 la d\u00e9sintoxication des esprits colonis\u00e9s par Hollywood.<\/p>\n<p>Dans cette pol\u00e9mique contre les critiques accus\u00e9s de ruiner le cin\u00e9ma dit populaire, je subodore un certain m\u00e9pris \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du public cens\u00e9 se laisser manipuler par les journalistes alors qu&#8217;il sait fort bien ce qu&#8217;il a envie de voir sans attendre le jugement de la presse, \u00e0 supposer qu&#8217;il en tienne compte pour fixer ses choix. Claude Miller, l&#8217;un des auteurs, avec Bertrand Tavernier, du texte qui a mis le feu aux poudres, parle de la &#8220;mauvaise foi&#8221; qu&#8217;il &#8220;observe dans les deux camps&#8221; \u00e9crit-il dans sa lettre de d\u00e9mission de la pr\u00e9sidence de l&#8217;ARP : il renvoie dos \u00e0 dos ceux qui revendiquent la libert\u00e9 de la critique, au risque d&#8217;en abuser, et ceux qui en d\u00e9noncent les exc\u00e8s, en se focalisant sur les bavures. Dans un communiqu\u00e9, l&#8217;ARP a dit clore ce d\u00e9bat sans &#8220;solliciter les r\u00e9alisateurs de prendre position au coeur d&#8217;un ph\u00e9nom\u00e8ne pol\u00e9mique tortueux et m\u00e9diatiquement hors de proportion&#8221;. On ne saurait mieux dire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[299],"class_list":["post-1747","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1747","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1747"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1747\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1747"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1747"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1747"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}