{"id":1745,"date":"2000-01-01T00:00:00","date_gmt":"1999-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/portraits-de-musiciens-en-groupe1745\/"},"modified":"2000-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-12-31T23:00:00","slug":"portraits-de-musiciens-en-groupe1745","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1745","title":{"rendered":"Portraits de musiciens en groupe"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Les musiques qui sillonnent l&#8217;univers de l&#8217;ou\u00efe sont porteuses des r\u00e9alit\u00e9s de notre temps, de ses d\u00e9sirs, de ses fracas. Elles fabriquent ces v\u00e9rit\u00e9s que sont l&#8217;\u00e9change, le m\u00e9tissage. Exemple, le Festival &#8220;Sons d&#8217;Hiver&#8221;. <\/p>\n<p>Fabien Barontini dirige depuis neuf ann\u00e9es le festival &#8220;Sons d&#8217;hiver&#8221; qui se d\u00e9roule tout au long du mois de janvier 2000 en Val-de-Marne. Lorsqu&#8217;il parle de son m\u00e9tier ou plut\u00f4t de ses aventures en musique moderne, son discours se nourrit agr\u00e9ablement d&#8217;images, d&#8217;odeurs et d&#8217;\u00e9motions. A l&#8217;entendre, on perd souvent le fil de ses id\u00e9es. Mais cela n&#8217;a pas vraiment d&#8217;importance car ses mots vibrent, tout comme les musiques qu&#8217;il d\u00e9sire d\u00e9fendre, vibrent au-del\u00e0 des clich\u00e9s et des formes conventionnelles pour s&#8217;installer avec conviction et \u00e9l\u00e9gance dans des fronti\u00e8res ind\u00e9cises. Festival de jazz, rock, de rap, de trip-hop, de musique traditionnelle, urbaine ou encore contemporaine ? Difficile de donner une r\u00e9ponse bien pr\u00e9cise, le festival est en effet n\u00e9 du d\u00e9sir de cr\u00e9er des sons en utilisant tous les styles, sans rechercher pour autant \u00e0 avoir un style particulier. &#8220;Sons d&#8217;hiver&#8221;, c&#8217;est en quelque sorte rentrer dans des univers, des mondes \u00e9ph\u00e9m\u00e8res qui inventent, le temps d&#8217;une rencontre, un langage commun possible, pas un m\u00e9lange, juste des ponts pour se comprendre.<\/p>\n<p>Jeu de hasard ou jeu de n\u00e9cessit\u00e9, la notion de jeu s&#8217;est peu \u00e0 peu perdue en musique au profit des r\u00e9sultats et des preuves qui rassurent les \u00e2mes sensibles. Ce jeu qui fait appel \u00e0 la spontan\u00e9it\u00e9, \u00e0 l&#8217;intuition et \u00e0 l&#8217;imagination des musiciens n&#8217;impose qu&#8217;une seule et unique r\u00e8gle : \u00eatre soi-m\u00eame. Akosh Szelevenyi, dit Akosh S., est hongrois. Arriv\u00e9 en France depuis plus de dix ans, il a gard\u00e9 au coeur un farouche d\u00e9sir d&#8217;ind\u00e9pendance et de libert\u00e9. La musique qu&#8217;il aime est une sorte de free-jazz allum\u00e9 aux rythmes d&#8217;Europe centrale et baign\u00e9 d&#8217;effluves venus du monde entier. Musicien et compositeur, Rabih Abou Khalil appartient \u00e0 la jeune g\u00e9n\u00e9ration d&#8217;artistes venant du tiers monde (le monde \u00e9mergent, comme on dit aujourd&#8217;hui) et qui, vivant en Occident et prenant la juste mesure de leurs responsabilit\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de leur culture d&#8217;origine, ont acquis une place d\u00e9cisive dans l&#8217;\u00e9volution des formes d&#8217;expression artistique de leur pays d&#8217;origine. La musique de Rabih Abou Khalil \u00e9voque la po\u00e9sie antique arabe, mais donne une musique actuelle o\u00f9 l&#8217;essence orientale \u00e9pouse naturellement l&#8217;improvisation jazz.<\/p>\n<p>Etre soi-m\u00eame, c&#8217;est aussi, lorsqu&#8217;on sort du Conservatoire national sup\u00e9rieur de musique avec des dipl\u00f4mes prometteurs, encourag\u00e9 de plus par Boulez \u00e0 \u00e9voluer dans le paysage musical contemporain parisien, savoir un jour tout plaquer, si l&#8217;envie vous d\u00e9mange. Bernard Lubat est ainsi parti au fin fond de la France profonde, pour reprendre dans un village le caf\u00e9 de son p\u00e8re. Depuis, il invite r\u00e9guli\u00e8rement des amis, des musiciens amateurs et professionnels. Ensemble, ils ont alors imagin\u00e9 des concerts dans les for\u00eats avec des formations qui n&#8217;ont jamais exist\u00e9 et qui n&#8217;existeront plus jamais pour vivre des exp\u00e9riences rares et radicalement barges.<\/p>\n<p><strong> Le jeu, spontan\u00e9it\u00e9, intuition, imagination : \u00eatre soi-m\u00eame <\/strong><\/p>\n<p>Dans le cas de Yann-Fanch Kemener, qui symbolise la persistance d&#8217;une identit\u00e9 au travers du collectage et la restitution vivante du chant breton, il y voit une simple volont\u00e9 d&#8217;\u00eatre soi-m\u00eame pour aller plus spontan\u00e9ment \u00e0 la rencontre d&#8217;artistes qui, venant de pratiques et d&#8217;horizons diff\u00e9rents, cherchent les uns comme les autres tout simplement \u00e0 \u00e9laborer collectivement une musique. Frottant les vocabulaires de la musique traditionnelle bretonne et occitane \u00e0 d&#8217;autres univers qui seraient ceux de l&#8217;instant, de l&#8217;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re et de l&#8217;improvisation, Yann-Fanch Kemener et Fran\u00e7ois Corneloup ne cherchent plus seuls, mais ensemble. De cette pratique collective \u00e0 laquelle on attribue une vertu de cr\u00e9ativit\u00e9 instinctive, de cet \u00e9change momentan\u00e9, la musique traditionnelle et le jazz d\u00e9sirent cr\u00e9er un langage o\u00f9 les modes de communications deviendraient \u00e9nergies, tensions, mouvements et sons.<\/p>\n<p>Jeu de hasard ou jeu de n\u00e9cessit\u00e9, le jeu laisse place aux rencontres pour les \u00e2mes amoureuses d&#8217;aventures sonores. Pascal Contet, qui fut r\u00e9cemment le clown accord\u00e9oniste dans le dernier op\u00e9ra de Luciano Berio, Outis, cr\u00e9\u00e9 en automne dernier au Th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet, s&#8217;est profond\u00e9ment engag\u00e9 dans la cr\u00e9ation et l&#8217;int\u00e9gration de l&#8217;accord\u00e9on contemporain. Son d\u00e9sir de rompre les fronti\u00e8res artistiques et stylistiques lui a permis de voyager entre les musiques improvis\u00e9es et th\u00e9\u00e2tralis\u00e9es (Jean-Pierre Drouet, Jacques Rebotier), de participer \u00e0 des productions chor\u00e9graphiques (St\u00e9phanie Aubin, Angelin Preljocaj). Sa rencontre avec la contrebassiste Jo\u00eblle L\u00e9andre fut aussi capitale pour sa d\u00e9marche, car tous deux, supr\u00eamement attentifs \u00e0 la vie des sons, ont cr\u00e9\u00e9 des duos guid\u00e9s par l&#8217;esprit de libert\u00e9. Ils sont de nouveau r\u00e9unis au programme de &#8220;Sons d&#8217;hiver&#8221;, d\u00e9but f\u00e9vrier, pour une soir\u00e9e assez atypique. D&#8217;apr\u00e8s une id\u00e9e originale de Pascal Contet, &#8220;Lumi\u00e8res d&#8217;accord\u00e9on&#8221; est une rencontre po\u00e9tique et tonique entre l&#8217;accord\u00e9on contemporain, le musette et la tradition portugaise. Plus qu&#8217;un hommage \u00e0 cet instrument dont on d\u00e9couvre les richesses et les ressources musicales, c&#8217;est une v\u00e9ritable f\u00eate de toutes les musiques. Ainsi, le temps d&#8217;une rencontre, la musique savante courtise les airs populaires, allant de l&#8217;identit\u00e9 de chacun \u00e0 un v\u00e9ritable m\u00e9tissage culturel.<\/p>\n<p><strong> Quand la musique savante courtise les airs populaires&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Un autre grand accord\u00e9oniste, Marc Perrone, propose &#8220;Voyages&#8221; qui est un &#8220;parcours dans la m\u00e9moire, sa m\u00e9moire, celle de sa famille ; une tentative de mise en perspective de la grande Histoire du pass\u00e9 au crible des histoires que colporte le roman familial&#8230; l&#8217;\u00e9pop\u00e9e de ses ascendants immigrants italiens&#8221;. Marc Perrone et ses invit\u00e9s, Bernard Lubat (batterie, bandon\u00e9on, accord\u00e9on), Marie-Odile Chantran (danse), Jean-Marc Chapoulie (images), Andr\u00e9 Minvielle et Arthur H. (voix), tentent de traduire les \u00e9motions qui les envahissent tandis que des images seront projet\u00e9es, commentant musicalement un film imaginaire, entre Rome et Naples, entre les montagnes et les oliviers.<\/p>\n<p>Les mani\u00e8res multiples d&#8217;emprunter un chemin et l&#8217;art de se perdre en cours de route sont des \u00e9tapes aussi importantes que le lieu o\u00f9 l&#8217;on arrive lors d&#8217;un voyage. Jeu de hasard ou jeu de n\u00e9cessit\u00e9, si les airs traditionnels fleurtent avec le jazz qui se m\u00eale aussi bien \u00e0 la vie de sc\u00e8ne qu&#8217;aux d\u00e9cors du nouveau th\u00e9\u00e2tre ou encore aux techniques cin\u00e9matographiques, et si l&#8217;art savant vient s&#8217;encanailler avec les activit\u00e9s exp\u00e9rimentales, c&#8217;est gr\u00e2ce aux rencontres entre des artistes qui ont d\u00e9sir\u00e9 confronter leurs sensibilit\u00e9s, mesurer en quelque sorte la hauteur, la nuance, la profondeur du vrai. En cela que &#8220;Sons d&#8217;hiver&#8221; est un grand festival d&#8217;improvisation, elle est la force de tous ces artistes invit\u00e9s qui se consid\u00e8rent comme &#8220;multipistes et multipluri-indisciplinaires&#8221;. Quelle importance si le voyage ne dure qu&#8217;une soir\u00e9e ou quelques ann\u00e9es, l&#8217;essentiel, c&#8217;est d&#8217;avoir partag\u00e9 ensemble une exp\u00e9rience musicale et le plaisir de parler. L&#8217;\u00e9crivain, compositeur et metteur en sc\u00e8ne Jacques Rebotier propose ainsi avec sa compagnie &#8220;voQue&#8221; et les interpr\u00e8tes de &#8220;Zoo Muzique&#8221; un safari d\u00e9lirant o\u00f9 le spectateur-promeneur est invit\u00e9 \u00e0 parcourir librement les installations, muni d&#8217;un plan de campagne. Il s&#8217;agit d&#8217;une exposition de musiciens-parlants, selon les &#8220;Br\u00e8ves&#8221; de Jacques Rebotier qui d\u00e9clare : &#8220;La parole est aussi une musique, c&#8217;est m\u00eame une musique tout \u00e0 fait complexe qui met en jeu d&#8217;innombrables muscles, qui requiert une auto-\u00e9coute extr\u00eamement fine&#8221;.<\/p>\n<p><strong> &#8230; et l&#8217;art savant s&#8217;encanaille avec les activit\u00e9s exp\u00e9rimentales <\/strong><\/p>\n<p>Daniel Herrero (ancien international et entra\u00eeneur de rugby, \u00e9crivain, billettiste au Journal du Dimanche et commentateur \u00e0 Sud-Radio) et Jean-Marc Chapoulie (r\u00e9alisateur, monteur, cin\u00e9 vid\u00e9aste) se croisent aux &#8220;Sons d&#8217;hiver&#8221; pour s&#8217;amuser dans un sorte de &#8220;Test match d&#8217;art et d&#8217;essai&#8221; : Daniel Herrero commentera en direct un match de rugby-jazzy, tandis que la Compagnie Lubat, en polyrythmie, cherchera \u00e0 bousculer, \u00e0 le provoquer, \u00e0 le d\u00e9border, \u00e0 le lib\u00e9rer. Quant au &#8220;Collectif Perturbation&#8221;, qui r\u00e9unit quatre groupes musicaux (Rap), et au groupe de th\u00e9atre &#8220;La G\u00e9n\u00e9ration chaos&#8221;, ils pr\u00e9f\u00e8rent se r\u00e9unir afin de faire \u00e9merger une r\u00e9flexion sur l&#8217;exclusion, le racisme, l&#8217;int\u00e9gration et la citoyennet\u00e9. Venus du rap, du rock, du punk ou de la philosophie, ils se retrouvent tous \u00e0 tenter ensemble, une autre conception du spectacle et de la soci\u00e9t\u00e9. Enfin, le po\u00e8te et le militant des droits des Indiens d&#8217;Am\u00e9rique du Nord, John Trudell, les musiciens Tony Hymas et Barney Bush vont s&#8217;unir lors d&#8217;une soir\u00e9e unique : car, ensemble, la douleur devient moins am\u00e8re, car, ensemble, on peut b\u00e2tir un nouveau monde sur les ruines de la d\u00e9solation. Ici, c&#8217;est le rock qui donnera une pulsion vivante aux textes et \u00e0 la po\u00e9sie de John Trudell. n C.W.<\/p>\n<p>&#8220;Sons d&#8217;hiver&#8221;, du 7\/01:5\/02\/2000, sillonne 15 villes du Val-de-Marne : Alfortville, Arcueil, Bonneuil, Choisy-le-Roi, Cr\u00e9teil, Fontenay-sous-Bois, Fresnes, Gentilly, Ivry- sur-Seine, Le Kremlin-Bic\u00eatre, Rungis, Villejuif, Villeneuve-le-Roi, Vincennes et Vitry-sur-Seine. R\u00e9servations : 01 46 87 31 31.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Les musiques qui sillonnent l&#8217;univers de l&#8217;ou\u00efe sont porteuses des r\u00e9alit\u00e9s de notre temps, de ses d\u00e9sirs, de ses fracas. Elles fabriquent ces v\u00e9rit\u00e9s que sont l&#8217;\u00e9change, le m\u00e9tissage. 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