{"id":1741,"date":"2000-01-01T00:00:00","date_gmt":"1999-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/les-identites-rapprochees1741\/"},"modified":"2000-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-12-31T23:00:00","slug":"les-identites-rapprochees1741","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1741","title":{"rendered":"Les Identit\u00e9s Rapproch\u00e9es Multiples"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Philippe Sollers <\/p>\n<p>Dans les romans de Sollers, le narrateur rev\u00eat des masques diff\u00e9rents, agent secret, \u00e9crivain clandestin, etc. Comment se situe Philippe Sollers par rapport \u00e0 ce je fluctuant, et que veut-il ainsi nous dire ?<\/p>\n<p><strong> Philippe Sollers : <\/strong> Je n&#8217;est pas moi. C&#8217;est en partant de cela qu&#8217;il faut penser le nouvel espace o\u00f9 l&#8217;on peut se d\u00e9placer comme sujet. Je est un autre qui peut \u00eatre plusieurs autres. C&#8217;est ce que j&#8217;appelle avec ironie un syst\u00e8me d&#8217;IRM (les Identit\u00e9s Rapproch\u00e9es Multiples). Je m&#8217;efforce de mettre en question &#8220;l&#8217;identit\u00e9&#8221;. Ces narrateurs qui disent je, qui sont moi et pas moi, ou moi dans diff\u00e9rentes situations o\u00f9 je suis autre, on peut les classer et leur reconna\u00eetre des fonctions diff\u00e9rentes. Par exemple, dans Femmes, il est important que le narrateur ne soit pas fran\u00e7ais mais am\u00e9ricain, il \u00e9crit ainsi entre deux langues. Dans Portrait du joueur, il est important que le narrateur devienne moi, biographiquement, tout en \u00e9tant quelqu&#8217;un qui vit une aventure \u00e9rotique inhabituelle. Il est important que le narrateur du Coeur absolu soit d\u00e9sign\u00e9 par une initiale, et qu&#8217;il rentre en contact avec un projet de mise en question de l&#8217;identit\u00e9 sociale. Notre identit\u00e9 est une convention sociale que j&#8217;essaie constamment de d\u00e9jouer. Notre personnalit\u00e9 sociale, c&#8217;est l&#8217;id\u00e9e que les autres se font de nous. Il y a l\u00e0 un conflit tr\u00e8s violent qui agit sur la libert\u00e9 d&#8217;action, de mouvement, de choix de vie.<\/p>\n<p>Il y a le Sollers des m\u00e9dias&#8230;<\/p>\n<p><strong> P.S. : <\/strong> Un nom sous lequel j&#8217;apparais \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, \u00e0 la radio, dans les journaux, et qui sert, contrairement \u00e0 ce que l&#8217;on croit, la cause de quelque chose de beaucoup plus clandestin qui &#8220;avance en m\u00eame temps&#8221;, comme on dit pour les films muets.<\/p>\n<p>Avec la permanence de certains th\u00e8mes&#8230;<\/p>\n<p><strong> P.S. : <\/strong> Oui. Souvent le narrateur est menac\u00e9, malade, coinc\u00e9. Il construit lui-m\u00eame une situation de d\u00e9tachement, de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 ou de distance. Il peut aussi avoir plusieurs identit\u00e9s. Il entre alors dans les coulisses de quelque chose qui se pr\u00e9sente socialement comme unifi\u00e9 et clair, puisque dans la communication tout le monde agit pour des int\u00e9r\u00eats qui ne se disent jamais vraiment. Aussi est-il int\u00e9ressant d&#8217;interroger la soci\u00e9t\u00e9, ce qu&#8217;elle dit \u00e9tant beaucoup moins important que ce qu&#8217;elle cache. Je reprends l\u00e0 une tradition romanesque perdue, celle de l&#8217;\u00e9crivain qui se renseigne. Il devient un agent de renseignement pour son propre compte. Dans le Secret, il travaille pour sa survie. Dans Studio, une enqu\u00eate syst\u00e9matique r\u00e9v\u00e8le ce qui n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 dit de Rimbaud ou de H\u00f6lderlin. Il ne s&#8217;agit, chaque fois, ni de livres de m\u00e9moires, ni de romans policiers ou d&#8217;espionnage, mais, tous les th\u00e8mes \u00e9tant li\u00e9s, on entre dans une sorte de spirale qui permet de d\u00e9chiffrer non seulement l&#8217;envers de l&#8217;histoire contemporaine, mais aussi, avec une lucidit\u00e9 renseign\u00e9e, l&#8217;envers de l&#8217;histoire tout court.<\/p>\n<p>L&#8217;histoire n&#8217;est pas finie, elle ne fait que commencer comme interpr\u00e9tation.Et cela est une fonction du roman. Mes romans sont bourr\u00e9s de contre-informations ou d&#8217;analyses d&#8217;informations : c&#8217;est du scanner : pour arriver \u00e0 des propositions en situation et non pas \u00e0 des \u00e9nonc\u00e9s th\u00e9oriques (je m&#8217;occupe de th\u00e9orie dans mes essais). Pourtant, on me parle rarement du contenu de mes romans, mais toujours de mon image m\u00e9diatique&#8230; Comme quoi mon coup est artistiquement r\u00e9ussi : pendant ce temps-l\u00e0 (c&#8217;est mon syst\u00e8me), les choses progressent.On ne peut s&#8217;emp\u00eacher de penser \u00e0 certaines techniques utilis\u00e9es en peinture, en particulier les jeux du visible et de l&#8217;invisible, celui-l\u00e0 per\u00e7u, secr\u00e8tement r\u00e9v\u00e9l\u00e9&#8230;<\/p>\n<p><strong> P.S. : <\/strong> Voil\u00e0 ! Mon sentiment est qu&#8217;on se trompe, g\u00e9n\u00e9ralement, sur le syst\u00e8me de repr\u00e9sentation. La fr\u00e9quentation tr\u00e8s intense que j&#8217;ai de la peinture me permet d&#8217;affirmer que peu de gens &#8220;voient&#8221; un tableau. La peinture n&#8217;est pas une image ! Un exemple. Il y a une dizaine d&#8217;ann\u00e9es, s&#8217;est tenue \u00e0 Venise une exposition magnifique de tr\u00e8s grands tableaux du Titien. Eh bien, finalement, les visiteurs, d\u00e9pass\u00e9s par les dimensions, \u00e0 part deux ou trois amateurs, passaient devant les tableaux et se rassemblaient \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e pour regarder le film vid\u00e9o sur l&#8217;exposition&#8230; Ceci est tr\u00e8s important \u00e0 comprendre. Contrairement \u00e0 ce qui est dit, tout le monde ne peut pas regarder la peinture. M\u00eame chose pour la musique, ce n&#8217;est pas vrai que tout le monde peut l&#8217;\u00e9couter&#8230; Poursuivons. Je ne vais pas vous dire que je vais vous jouer une sonate de Mozart, ni vous convoquer \u00e0 une exposition de peintures, je ne peux pas le faire. En revanche, ce que je sais, c&#8217;est faire avec les mots. Or, l\u00e0, il se passe quelque chose de tr\u00e8s \u00e9trange, c&#8217;est que tout le monde se croit capable d&#8217;\u00e9crire. Eh bien, ce n&#8217;est pas vrai non plus&#8230;<\/p>\n<p>Faisons encore un pas de plus dans le d\u00e9montage de l&#8217;illusionnisme ambiant et nous voil\u00e0 devant quelque chose d&#8217;encore plus inqui\u00e9tant : tout le monde croit que la sexualit\u00e9 concerne tout le monde. C&#8217;est le XIXe si\u00e8cle \u00e0 l&#8217;envers. La sexualit\u00e9, ce n&#8217;est plus le diable, le soufre, c&#8217;est au contraire \u00e9panouissant, tout le monde en est capable. Il y a donc une forte incitation marchande \u00e0 l&#8217;utiliser (j&#8217;ai re\u00e7u une cinquantaine de livres o\u00f9 il n&#8217;est question que de \u00e7a&#8230;), c&#8217;est v\u00e9cu en g\u00e9n\u00e9ral de mani\u00e8re d\u00e9pressive, la commande impliquant l&#8217;obligation se fait sur un mode de frustration, mais ce qui est r\u00e9v\u00e9l\u00e9, c&#8217;est qu&#8217;en effet on vit sur l&#8217;illusion qu&#8217;il y aurait une sexualit\u00e9 ouverte \u00e0 tous. La commande a pris la rel\u00e8ve du diable. Je relie tous ces ph\u00e9nom\u00e8nes entre eux parce que je les crois suppos\u00e9s et incit\u00e9s par la marchandise et la communication plan\u00e9taires. Savoir d&#8217;o\u00f9 cela vient et quels sont les int\u00e9r\u00eats qui sont derri\u00e8re d\u00e9bouchent sur des conclusions politiques, m\u00eame si elles ne le sont pas ouvertement.<\/p>\n<p>C&#8217;est avec ce regard d\u00e9mystificateur que le &#8220;je&#8221; de vos romans affronte, scrute, r\u00e9v\u00e8le&#8230;<\/p>\n<p><strong> P.S. : <\/strong> Et je dirai qu&#8217;\u00e0 la limite, ce je doit essayer de devenir le je d&#8217;autres cr\u00e9ateurs \u00e0 travers le temps. O\u00f9 \u00e9taient-ils au moment o\u00f9 ils \u00e9taient je ? C&#8217;est la grande question. Proust et Borg\u00e8s ont lev\u00e9 un th\u00e8me fantastique : au fond, il existe peut-\u00eatre un seul \u00e9crivain qui serait aussi ancien que l&#8217;humanit\u00e9 et qui vivrait des vies contradictoires, parfois m\u00eame inconciliables&#8230; C&#8217;est un mythe, mais qui fait signe. Ces identit\u00e9s multiples disent &#8220;le m\u00eame&#8221; sous des formes diff\u00e9rentes. Le probl\u00e8me, c&#8217;est &#8220;le m\u00eame&#8221; chez Sade et chez Bossuet. n<\/p>\n<p>N.B. Les romans de Philippe Sollers ici cit\u00e9s ont paru chez Gallimard.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Philippe Sollers <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1741","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1741","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1741"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1741\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1741"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1741"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1741"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}