{"id":1740,"date":"2000-01-01T00:00:00","date_gmt":"1999-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-grand-mystere1740\/"},"modified":"2000-01-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-12-31T23:00:00","slug":"le-grand-mystere1740","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1740","title":{"rendered":"Le Grand Myst\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Georges-Olivier Ch\u00e2teaureynaud <\/p>\n<p>Des personnages-\u00e9crivains apparaissent souvent dans l&#8217;oeuvre de Georges-Olivier Ch\u00e2teaureynaud (1). Dans son roman Mathieu Chain (2), une aventure extraordinaire bouleverse la vie d&#8217;un auteur. Mathieu Chain, \u00e9crivain c\u00e9l\u00e8bre d&#8217;\u00e2ge m\u00fbr, entend un jour parler d&#8217;un livre de lui, Voyageurs sans repos. Or il ne se souvient pas de ce livre, il est certain de ne pas l&#8217;avoir \u00e9crit&#8230; Et pourtant le titre figure dans la liste de ses ouvrages, en t\u00eate d&#8217;un vieux recueil de nouvelles ainsi que dans un catalogue. Il veut lever le myst\u00e8re, cherche, m\u00e8ne une enqu\u00eate. Peu \u00e0 peu, il entre dans le doute et la d\u00e9pression. A-t-il vraiment \u00e9crit cet ouvrage ? N&#8217;est-il pas en train de devenir fou ? L&#8217;\u00e9nigme restera non r\u00e9solue et pour Mathieu Chain et pour le lecteur.<\/p>\n<p><strong> G.-O. Ch\u00e2teaureynaud : <\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est la qu\u00eate d&#8217;un livre fant\u00f4me et l&#8217;histoire d&#8217;une d\u00e9rive. D\u00e9sormais, \u00e0 cause de cette terrible incertitude, Mathieu Chain doute de lui-m\u00eame, de son oeuvre, de ce qui est vrai ou faux. Il entre dans quelque chose qui n&#8217;est plus balis\u00e9, tout se d\u00e9sagr\u00e8ge. Une maison de repos l&#8217;accueille, puis il erre, enfin il choisit l&#8217;exil dans une \u00eele allemande sur la Baltique, une sorte de bout du monde o\u00f9 il termine sa vie. Bien entendu, il n&#8217;\u00e9crit plus.<\/p>\n<p>Est-ce une mani\u00e8re pour vous de dire la faille, le d\u00e9rapage qui peuvent se produire de mani\u00e8re tout \u00e0 fait inattendue dans la cr\u00e9ation litt\u00e9raire ?<\/p>\n<p><strong> G.-O. C. : <\/strong> Oui. Mais je crois aussi que la litt\u00e9rature nous prot\u00e8ge. C&#8217;est une production paradoxale. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, il y a la mise en danger, le risque inh\u00e9rents \u00e0 l&#8217;\u00e9criture, mais \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur m\u00eame de cette prise de risque il y a une s\u00e9curit\u00e9. Tant que les choses fonctionnent, on est dans l&#8217;invuln\u00e9rabilit\u00e9. La fragilit\u00e9, le doute, la peur deviennent des combustibles dans le creuset de la cr\u00e9ation. Mais, sur cette corde raide, si l&#8217;on est saisi par le doute, tout s&#8217;arr\u00eate. Comme Mathieu Chain, on risque de tomber. On a vu cela se produire aussi bien chez des \u00e9crivains illustres que chez des inconnus.<\/p>\n<p>Certains pensent pourtant que le doute pour l&#8217;\u00e9crivain est positif : c&#8217;est un moyen pour aller ailleurs, ne pas se r\u00e9p\u00e9ter, explorer autre chose.<\/p>\n<p><strong> G.-O. C. : <\/strong> Il faut distinguer le doute quotidien qui nous aide \u00e0 avancer et un doute bien plus grave qui peut nous d\u00e9truire compl\u00e8tement. Le th\u00e8me central de mon livre, c&#8217;est celui du &#8220;sens aveugle&#8221;. A cause de cet ouvrage dont il ne se souvient pas, Mathieu Chain a le sentiment d&#8217;une perte de sens g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Que dit-on dans un livre ? On encha\u00eene les ouvrages l&#8217;un apr\u00e8s l&#8217;autre, mais la conscience qu&#8217;on a de son propos est toujours relative. M\u00eame si, au fur et \u00e0 mesure qu&#8217;on \u00e9crit, il se produit une grande explication de texte, un examen de conscience qui ne s&#8217;arr\u00eate qu&#8217;avec le dernier mot ou la mort de l&#8217;auteur.<\/p>\n<p>Comment les choses se passent-elles au d\u00e9part ?<\/p>\n<p><strong> G.-O. C. : <\/strong> Je pense qu&#8217;on \u00e9crit avec une sorte de fond intime, tourment\u00e9, conflictuel. Le malaise, l&#8217;inconfort, c&#8217;est le fond de commerce de l&#8217;\u00e9crivain.<\/p>\n<p>Et apr\u00e8s ?<\/p>\n<p><strong> G.-O. C. : <\/strong> Quand le fond est extr\u00eamement riche, un renouvellement n&#8217;est pas n\u00e9cessaire. Si la valise est pleine \u00e0 craquer de merveilles et de complexit\u00e9s, une vie humaine ne suffira pas pour les mettre au jour.<\/p>\n<p>Tout serait alors donn\u00e9 au d\u00e9part ? Et l&#8217;influence de la vie ?<\/p>\n<p><strong> G.-O. C. : <\/strong> Tous les cas de figure sont possibles. Il y a des \u00e9crivains qui sont eux-m\u00eames tout de suite dans la pl\u00e9nitude de leurs moyens, et d&#8217;autres qui vont peu \u00e0 peu se construire. Certains p\u00e9n\u00e8trent de plus en plus profond\u00e9ment dans une esp\u00e8ce d&#8217;acquis, de magma int\u00e9rieur&#8230; Mathieu Chain, \u00e0 soixante ans, a \u00e9crit toute sa vie, l&#8217;essentiel de son oeuvre est fait et voil\u00e0 qu&#8217;il d\u00e9couvre l&#8217;existence th\u00e9orique d&#8217;un livre qui lui \u00e9chappe, pareil \u00e0 un immense lapsus&#8230; La litt\u00e9rature qui m&#8217;int\u00e9resse, c&#8217;est celle qui est bas\u00e9e sur le grand myst\u00e8re qu&#8217;il y a derri\u00e8re l&#8217;\u00e9crivain. Il arrive qu&#8217;on ait tellement peur de ce grand myst\u00e8re qu&#8217;on recule sans cesse le moment, soi-m\u00eame, de se voir. On peut \u00e9crire dans le noir complet, la qualit\u00e9 d&#8217;une oeuvre ne d\u00e9pend pas de cela. De toute fa\u00e7on, des pans aveugles de l&#8217;oeuvre demeurent. COEest le sens de ce livre \u00e9nigmatique dont Mathieu Chain ne se souvient pas.<\/p>\n<p>1. En particulier dans ses nouvelles : &#8220;Les derni\u00e8res pages&#8221;, in le Feu dans la chaloupe. &#8220;Trois autres jeunes tambours&#8221; in le H\u00e9ros bless\u00e9 au bras. &#8220;Histoire du p\u00e2le petit jeune homme&#8221; in le Jardin dans l&#8217;\u00eele. &#8220;L&#8217;\u00e9colier de bronze&#8221; in le Go\u00fbt de l&#8217;ombre. &#8220;L&#8217;autre histoire&#8221;, idem.<\/p>\n<p>2. Mathieu Chain, Grasset, Presses Pocket.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Georges-Olivier Ch\u00e2teaureynaud <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1740","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1740","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1740"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1740\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1740"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1740"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1740"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}