{"id":1714,"date":"1999-12-01T00:00:00","date_gmt":"1999-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/parler-et-ecrire-en-arabe1714\/"},"modified":"1999-12-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-11-30T23:00:00","slug":"parler-et-ecrire-en-arabe1714","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1714","title":{"rendered":"Parler et \u00e9crire en arabe"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> L&#8217;arabisation, en Alg\u00e9rie, fait depuis l&#8217;ind\u00e9pendance, l&#8217;objet de d\u00e9bats intenses relatifs \u00e0 des questions de fond essentielles et tr\u00e8s complexes : le statut des langues apr\u00e8s la p\u00e9riode coloniale et l&#8217;identit\u00e9 alg\u00e9rienne : et \u00e0 des questions purement politiques et m\u00eame politiciennes. <\/p>\n<p>Les trois significations principales du terme &#8220;arabisation&#8221; sont rest\u00e9es le plus souvent confuses et\/ou confondues soit par insuffisance d&#8217;analyse soit par refus d\u00e9lib\u00e9r\u00e9.Il y a un sens socio-linguistique : c&#8217;est le processus spontan\u00e9 ou d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 par lequel la langue arabe, avant et surtout apr\u00e8s l&#8217;Islam, a absorb\u00e9 un tr\u00e8s grand nombre de termes \u00e9trangers en leur donnant une forme arabe qui rend &#8220;invisible&#8221; leur origine. Ce proc\u00e9d\u00e9 d&#8217;enrichissement de la langue n&#8217;a jamais cess\u00e9 et il joue aujourd&#8217;hui son r\u00f4le dans l&#8217;arabisation aux deux sens suivants du terme.<\/p>\n<p>Le second sens d&#8217;arabisation d\u00e9signe le processus par lequel des individus ou des collectivit\u00e9s d&#8217;origine (linguistique) \u00e9trang\u00e8re deviennent &#8220;Arabes&#8221; c&#8217;est-\u00e0-dire simplement arabophones. Les Arabes d&#8217;Arabie distinguaient parmi eux, avant l&#8217;Islam, les Arabes &#8220;Aariba&#8221; (Arabes d&#8217;origine) et les Arabes &#8220;Mustaariba&#8221; (Arabes arabis\u00e9s) mais se d\u00e9finissaient tous eux-m\u00eames comme les &#8220;n\u00e2tiq\u00fbn b\u00ee-dhdh\u00e2d&#8221;, c&#8217;est-\u00e0-dire les hommes capables de prononcer la consonne &#8220;dhad&#8221; qu&#8217;ils tenaient pour propre \u00e0 leur seule langue et qui la caract\u00e9rise parmi toutes les langues du monde. Est donc &#8220;Arabe&#8221;, aujourd&#8217;hui comme hier, tout homme ou tout groupe dont l&#8217;arabe est la langue maternelle ou qui l&#8217;adopte comme langue usuelle. Les Arabes du Niger, d&#8217;Iran, d&#8217;Am\u00e9rique, etc., comme les Arabes des pays arabes (membres de la Ligue arabe), se d\u00e9finissent comme tels parce qu&#8217;arabophones. Les Arabes d&#8217;Arabie ne sont depuis des si\u00e8cles qu&#8217;une tr\u00e8s petite minorit\u00e9 parmi les Arabes.<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 des habitants du Maghreb ne sont pas des descendants d&#8217;Arabes d&#8217;Arabie (l&#8217;eussent-ils \u00e9t\u00e9, cela n&#8217;aurait aucune importance dans ce d\u00e9bat) mais sont devenus des Arabes, c&#8217;est-\u00e0-dire des arabophones. L&#8217;arabisation du Maghreb est le processus historique par lequel, comme dans le reste du monde arabe, la langue arabe s&#8217;est impos\u00e9e peu \u00e0 peu \u00e0 la majorit\u00e9 des habitants du fait, d&#8217;abord, que cette langue \u00e9tait celle du Coran, du Hadith, de la th\u00e9ologie, du droit et de la spiritualit\u00e9 islamiques, ensuite parce qu&#8217;elle \u00e9tait la seule langue \u00e9crite disponible au Maghreb, enfin parce qu&#8217;elle \u00e9tait aussi la grande langue de culture que l&#8217;on sait, v\u00e9hicule de toutes les sciences et techniques et des arts de l&#8217;\u00e9poque. Parmi les Empires, principaut\u00e9s et royaumes de l&#8217;histoire du Maghreb islamique, ceux que l&#8217;on d\u00e9signe comme &#8220;berb\u00e8res&#8221; parce que leurs souverains \u00e9taient d&#8217;origine berb\u00e9rophone, ne se sont pas oppos\u00e9s ni \u00e0 l&#8217;islamisation ni \u00e0 l&#8217;arabisation mais ont, au contraire, \u00e9t\u00e9 les champions de l&#8217;une et de l&#8217;autre. Le Berb\u00e8re Ibn T\u00fbmart dont la doctrine et l&#8217;action sont \u00e0 l&#8217;origine de la grande dynastie almohade a marginalement employ\u00e9 le berb\u00e8re, m\u00eame par \u00e9crit (en employant l&#8217;\u00e9criture arabe) pour diffuser sa doctrine, mais son oeuvre et son action se pla\u00e7aient dans le droit fil de l&#8217;islam le plus rigoureux li\u00e9 \u00e9videmment \u00e0 la langue arabe. Les Berb\u00e8res se sont donc arabis\u00e9s de la m\u00eame fa\u00e7on que les habitants des autres r\u00e9gions du monde arabe actuel et ce processus continue en Alg\u00e9rie et ailleurs en dehors de toute politique d&#8217;arabisation.<\/p>\n<p><strong> Arabisation <\/strong><\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, la quasi-totalit\u00e9 des Alg\u00e9riens, y compris ceux qui connaissent et pratiquent le berb\u00e8re comme langue maternelle, sont des arabophones. Les berb\u00e9rophones qui ne connaissent et ne pratiquent que leur langue maternelle sont une infime minorit\u00e9, surtout les femmes analphab\u00e8tes qui m\u00e8nent une vie traditionnelle dans les villages. Or la politique d&#8217;arabisation, celle d\u00e9finie par la loi ou par le projet politique du mouvement national alg\u00e9rien depuis ses origines, n&#8217;a jamais vis\u00e9 \u00e0 &#8220;arabiser&#8221; les Alg\u00e9riens non-arabophones dans ce sens. Chaque Alg\u00e9rien a toujours \u00e9t\u00e9 et reste libre d&#8217;employer la langue qu&#8217;il veut en dehors de certains usages et de certaines situations particuli\u00e8res, tr\u00e8s limit\u00e9es en nombre et qui seules font l&#8217;objet de l&#8217;arabisation, en un troisi\u00e8me sens, celui dont il s&#8217;agit dans la loi.<\/p>\n<p>L'&#8221;arabisation&#8221; est donc un terme commode pour d\u00e9signer des mesures visant \u00e0 &#8220;g\u00e9n\u00e9raliser l&#8217;utilisation de la langue nationale&#8221; (intitul\u00e9 officiel de toutes les lois successives sur l'&#8221;arabisation), c&#8217;est-\u00e0-dire \u00e0 rendre obligatoire l&#8217;utilisation de la langue nationale (l&#8217;arabe) \u00e0 la place de la langue \u00e9trang\u00e8re (le fran\u00e7ais) dans les usages officiels ou publics. L&#8217;Alg\u00e9rie tout enti\u00e8re est favorable \u00e0 cette politique. L&#8217;application des lois sur l&#8217;arabisation est dans l&#8217;ensemble une des grandes r\u00e9ussites de l&#8217;Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante. Apr\u00e8s l&#8217;enseignement (o\u00f9 l&#8217;arabisation n&#8217;est pas achev\u00e9e), apr\u00e8s l&#8217;administration et la justice, viennent les entreprises \u00e9conomiques et les institutions similaires. Cette politique pose des probl\u00e8mes pratiques : tous les secteurs et tous les personnels concern\u00e9s ne sont pas forc\u00e9ment pr\u00eats \u00e0 les appliquer imm\u00e9diatement et \u00e0 la lettre ; c&#8217;est pourquoi on peut discuter leur applicabilit\u00e9 imm\u00e9diate dans certains cas ; mais la loi de 1991 elle-m\u00eame, surtout avec les modifications et pr\u00e9cisions qui lui ont \u00e9t\u00e9 apport\u00e9es par la loi de 1996, pr\u00e9voit les exceptions et les modalit\u00e9s particuli\u00e8res.<\/p>\n<p>La folle campagne m\u00e9diatico-politique lanc\u00e9e en Alg\u00e9rie et en France par certains partis ne concernait pas du tout ces modalit\u00e9s d&#8217;application de la loi ou ne les abordait que comme un pr\u00e9texte. Ces forces ont violemment caricatur\u00e9 l&#8217;arabisation, la pr\u00e9sentant comme une politique d\u00e9cid\u00e9e personnellement &#8220;par Ben Bella&#8221; puis &#8220;par Boum\u00e9dienne&#8221;, puis par &#8220;les baathistes&#8221; puis les &#8220;islamo-conservateurs&#8221;, &#8220;par haine du fran\u00e7ais&#8221;, par une volont\u00e9 de &#8220;d\u00e9berb\u00e9riser&#8221; l&#8217;Alg\u00e9rie, etc. Tout cela est faux. Si de tels facteurs ont jou\u00e9, c&#8217;est tr\u00e8s marginal. M\u00eame les partisans de l&#8217;arabisme ou de l&#8217;islamisme sont favorables \u00e0 l&#8217;arabisation dans le troisi\u00e8me sens \u00e9voqu\u00e9 et non pas dans le deuxi\u00e8me. Jamais il n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 question de &#8220;d\u00e9berb\u00e9riser&#8221; l&#8217;Alg\u00e9rie. &#8220;L&#8217;arabisation&#8221; est d&#8217;abord une revendication constante du mouvement national alg\u00e9rien d\u00e8s ses origines, pas seulement dans son aile r\u00e9formiste \u00e0 partir des ann\u00e9es trente, comme le pr\u00e9tendent les continuateurs actuels des Oul\u00e9mas, mais d&#8217;abord dans le principal parti nationaliste, le PPA d\u00e8s sa naissance dans les ann\u00e9es vingt, avant les Oul\u00e9mas, et bien qu&#8217;il f\u00fbt un parti prol\u00e9tarien cr\u00e9\u00e9 par les \u00e9migr\u00e9s alg\u00e9riens en France majoritairement Kabyles, donc berb\u00e9rophones d&#8217;origine.<\/p>\n<p>D\u00e9colonisation<\/p>\n<p>Deux faits sont occult\u00e9s ou ni\u00e9s par les adversaires de l&#8217;arabisation :<\/p>\n<p>1. L'&#8221;arabisation&#8221; n&#8217;est pas une revendication r\u00e9cente de pr\u00e9tendus &#8220;baathistes&#8221; z\u00e9l\u00e9s ou d'&#8221;islamo-conservateurs&#8221; mais de tous les Alg\u00e9riens attach\u00e9s \u00e0 leur langue nationale, sans distinction de langue d&#8217;origine. Ils tiennent simplement \u00e0 ce que l&#8217;arabe reprenne progressivement la place qui est naturellement la sienne et que ne peut occuper ni l&#8217;un des dialectes ( parl\u00e9s mais non \u00e9crits) ni de fa\u00e7on durable, le fran\u00e7ais qui a toujours \u00e9t\u00e9 dans les faits une langue \u00e9trang\u00e8re aux Alg\u00e9riens, qui plus est, la langue de leur ex-colonisateur. Il s&#8217;agit de d\u00e9coloniser linguistiquement et culturellement l&#8217;Alg\u00e9rie comme on essaie de le faire politiquement et \u00e9conomiquement.<\/p>\n<p>2. Si le mouvement national alg\u00e9rien a revendiqu\u00e9 une place \u00e0 la langue nationale, c&#8217;est, \u00e9videmment, parce que c&#8217;\u00e9tait conforme \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 historique, sociologique et culturelle des Alg\u00e9riens et que pour \u00eatre en phase avec le peuple, l&#8217;usage de la langue nationale \u00e9crite (puisque l&#8217;oral ne faisait pas de probl\u00e8me) \u00e9tait n\u00e9cessaire, m\u00eame si la plupart des dirigeants du mouvement ne connaissaient \u00e0 titre personnel d&#8217;autre langue \u00e9crite que le fran\u00e7ais. La vis\u00e9e est la m\u00eame aujourd&#8217;hui. Ce qui a chang\u00e9, c&#8217;est que le pays peut mettre en oeuvre les moyens n\u00e9cessaires \u00e0 la reconqu\u00eate de la personnalit\u00e9 nationale, et m\u00eame, dans la vis\u00e9e des d\u00e9mocrates et des progressistes, donner au peuple (au sens sociologique) l&#8217;un des moyens les plus d\u00e9cisifs de son \u00e9mancipation : la langue arabe \u00e9crite, seule mani\u00e8re de faire irruption dans la soci\u00e9t\u00e9, dans l&#8217;Etat et dans la modernit\u00e9. C&#8217;est un effort qui vise \u00e0 lib\u00e9rer le peuple de certaines pesanteurs socio-psychologiques de l&#8217;histoire (survivances du f\u00e9odalisme, du maraboutisme, des traditions scl\u00e9ros\u00e9es et des superstitions) ; de la domination multiforme d&#8217;une partie des privil\u00e9gi\u00e9s \u00e9conomiques et culturels d&#8217;o\u00f9 \u00e9manaient la plupart des cadres du pays et qui \u00e9taient des &#8220;francis\u00e9s&#8221; ; des int\u00e9grismes modernes qui ne con\u00e7oivent l&#8217;arabisation que comme un v\u00e9hicule pour leur id\u00e9ologie &#8220;islamique&#8221;, en fait bourgeoise et fasciste ; enfin des tendances r\u00e9gionalistes, conservatrices et folklorisantes de certains partis qui se veulent cependant patriotes et progressistes. Face \u00e0 toutes ces forces ligu\u00e9es contre les int\u00e9r\u00eats v\u00e9ritables de la nation et du peuple, Boum\u00e9dienne avait vis\u00e9 \u00e0 faire de la langue arabe, selon une formule c\u00e9l\u00e8bre et lourde de sens, la &#8220;langue du fer et de l&#8217;acier&#8221;.<\/p>\n<p><strong> Scolarisation <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;arabisation est d&#8217;abord une revendication nationale. La langue arabe \u00e9tant constitutive de l&#8217;Alg\u00e9rie historique et actuelle, il est naturel, l\u00e9gitime et n\u00e9cessaire qu&#8217;elle soit langue nationale. Aucune autre langue, ni fran\u00e7ais, ni dialecte, ne peut la remplacer dans ce r\u00f4le.<\/p>\n<p>Les r\u00e9publicains et les d\u00e9mocrates authentiques ne devraient en aucun cas s&#8217;opposer \u00e0 l&#8217;arabisation : c&#8217;est l&#8217;arabe \u00e9crit, dit &#8220;classique&#8221;, qui est la langue capable de venir \u00e0 bout de l&#8217;analphab\u00e9tisme par la scolarisation des jeunes et l&#8217;alphab\u00e9tisation des adultes, de mettre le peuple en contact avec la culture, les sciences et les techniques de notre temps, loin de la d\u00e9magogie populiste qui tente de faire croire que les dialectes alg\u00e9riens peuvent et doivent remplacer l&#8217;arabe \u00e9crit dans ce r\u00f4le, loin aussi des calculs purement politiciens de certains partis et bien au-del\u00e0 de la revendication de la pr\u00e9servation du patrimoine oral (ce tr\u00e9sor du peuple, doit, certes, \u00eatre sauvegard\u00e9 et d\u00e9velopp\u00e9, mais il ne peut \u00e9videmment tenir lieu de culture nationale, de science ou de technique). Les masses populaires alg\u00e9riennes peuvent-elles s&#8217;\u00e9manciper et parvenir \u00e0 un stade de d\u00e9veloppement qui les mette en rapport avec les r\u00e9alit\u00e9s nationales et mondiales (sans parler de leur r\u00e9enracinement dans leur patrimoine \u00e9crit) en comptant sur leurs dialectes ou sur une langue \u00e9trang\u00e8re ? Poser la question c&#8217;est y r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>Elargissons le d\u00e9bat aux composantes culturelles du pays, \u00e0 celles de l&#8217;identit\u00e9 nationale, \u00e0 savoir l&#8217;Islam, l&#8217;Amazighit\u00e9 et l&#8217;Arabit\u00e9. Ce qu&#8217;il y a de berb\u00e8re et d&#8217;arabe en Alg\u00e9rie est si intimement entrem\u00eal\u00e9 qu&#8217;une seule chose est s\u00fbre : l&#8217; identit\u00e9 alg\u00e9rienne, que l&#8217;on peut qualifier d&#8217;arabo-berb\u00e8re si on pense aux origines, aux traditions communes \u00e0 tous les Alg\u00e9riens, n&#8217;a en aucun cas ni ne devrait avoir une signification ethnique (par o\u00f9 le poison raciste trouve facilement \u00e0 s&#8217;insinuer). Si elles doivent \u00eatre distingu\u00e9es, l&#8217;amazighit\u00e9 et l&#8217;arabit\u00e9 n&#8217;ont d&#8217;autre signification que linguistique et culturelle. On est alors renvoy\u00e9 au probl\u00e8me (s&#8217;il y a probl\u00e8me au sens de conflit) du statut des langues en Alg\u00e9rie. Une solution correcte me para\u00eet exister depuis longtemps, elle est en cours d&#8217;application. Il faut \u00e0 l&#8217;Alg\u00e9rie une langue nationale \u00e9crite, celle de son patrimoine \u00e9crit avec lequel il est impensable qu&#8217;elle rompe et qui la mette en contact avec la science, les techniques et les cultures du monde : l&#8217;arabe &#8220;classique&#8221; qui remplit ces conditions et doit devenir la langue nationale et de culture commune \u00e0 tous les Alg\u00e9riens sans exception, de la m\u00eame fa\u00e7on que tous les Fran\u00e7ais, dont les Bretons, les Basques, les Catalans, les Alsaciens, ont pour langue commune le fran\u00e7ais. Cela sera chose faite par la scolarisation.<\/p>\n<p>Comme la plupart des pays du monde, l&#8217;Alg\u00e9rie a une langue minoritaire : le berb\u00e8re pour le moment, uniquement sous la forme de dialectes r\u00e9gionaux et parl\u00e9s, dont le statut et les fonctions sont comparables \u00e0 ceux du breton, du basque, etc. en France. Ce r\u00e9gime a cr\u00e9\u00e9 un Haut Conseil \u00e0 l&#8217;Amazghit\u00e9 et ouvert de nombreux Instituts sup\u00e9rieurs d&#8217;\u00e9tude des dialectes amazighs, comme pour les autres dialectes (arabes) de l&#8217;Alg\u00e9rie. La lutte des berb\u00e9ristes qui a arrach\u00e9 ces acquis au pouvoir ? C&#8217;est vrai. Mais la r\u00e9sistance initiale du pouvoir s&#8217;explique par la crainte de la division des Alg\u00e9riens et du jeu politique trouble des berb\u00e9ristes politiques en Alg\u00e9rie et \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, dont l&#8217;histoire et l&#8217;actualit\u00e9 ont donn\u00e9 surabondamment des preuves. Bien entendu, l&#8217;amazigh peut devenir une langue de culture \u00e9crite.Ce processus est en cours et j&#8217;y applaudis. Il pourra devenir aussi une langue du droit, des sciences et des techniques. Alors seulement sa candidature au statut de langue nationale au c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;arabe sera s\u00e9rieusement pos\u00e9e.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l&#8217;Islam, il faut y distinguer le religieux et le culturel, communs \u00e0 la quasi-totalit\u00e9 des Alg\u00e9riens, sans probl\u00e8me et constituant un \u00e9l\u00e9ment de leur identit\u00e9, et le politique qui oppose aujourd&#8217;hui trois options : l&#8217;int\u00e9grisme avec sa branche politique et sa branche &#8220;militaire&#8221; (terroriste) et la la\u00efcit\u00e9, courants diam\u00e9tralement oppos\u00e9s mais minoritaires, et le courant actuellement majoritaire que j&#8217;appellerais l&#8217;islam \u00e9clair\u00e9 ou la la\u00efcit\u00e9 islamique (o\u00f9 l&#8217;Etat n&#8217;est ni oppos\u00e9 ni m\u00eame neutre face \u00e0 la culture islamique mais s&#8217;oppose fermement \u00e0 l&#8217;int\u00e9grisme).<\/p>\n<p>La langue du Coran et celle de la grande litt\u00e9rature du pass\u00e9 ne sont pas \u00e0 la port\u00e9e des Alg\u00e9riens moyennement instruits . Mais ils comprennent tout de m\u00eame l&#8217;\u00e9quivalent de ce qu&#8217;un Anglais moyennement instruit comprend \u00e0 Shakespeare ! Il faut peut-\u00eatre simplifier la langue enseign\u00e9e \u00e0 certains niveaux, mais pas l&#8217;appauvrir. Cette erreur a d&#8217;ailleurs \u00e9t\u00e9 commise dans la p\u00e9dagogie alg\u00e9rienne initi\u00e9e par les structuralistes et les fonctionnalistes et a eu des cons\u00e9quences n\u00e9gatives sur l&#8217;apprentissage de la langue. Le fran\u00e7ais est encore aussi la langue de beaucoup de cadres de l&#8217;\u00e9conomie et de la recherche. L&#8217;Alg\u00e9rie aura besoin de ces cadres&#8230; jusqu&#8217;\u00e0 leur entr\u00e9e dans la retraite, o\u00f9 il est normal qu&#8217;ils soient relev\u00e9s par leurs cadets &#8220;arabis\u00e9s&#8221; qui cherchent un emploi.<\/p>\n<p>L&#8217;Alg\u00e9rie a besoin aussi de langues \u00e9trang\u00e8res. Certains ont voulu mettre en concurrence et \u00e0 \u00e9galit\u00e9 le fran\u00e7ais et l&#8217;anglais. Le pr\u00e9sident du Conseil sup\u00e9rieur de la langue arabe (et ex-ministre de l&#8217;Education) a d\u00e9clar\u00e9 que la premi\u00e8re langue \u00e9trang\u00e8re d\u00e8s l&#8217;enseignement primaire doit rester le fran\u00e7ais. C&#8217;est du bon sens. Enfin, il doit aller de soi que la cr\u00e9ativit\u00e9 personnelle de tout \u00e9crivain alg\u00e9rien lui donne le droit d&#8217;\u00e9crire en n&#8217;importe quelle langue. Mais s&#8217;il n&#8217;est lu que par une partie des Alg\u00e9riens, qu&#8217;il en prenne son parti&#8230;<\/p>\n<p><strong> D\u00e9mocratie <\/strong><\/p>\n<p>Avant tout, il faut qu&#8217;en mati\u00e8re de politique linguistique et culturelle, tous les partisans de la d\u00e9mocratie r\u00e9publicaine et la\u00efque en Alg\u00e9rie rompent avec les options et les pratiques politiques actuelles des partis et des forces :<\/p>\n<p>1. qui lient la d\u00e9fense de la langue et de la culture berb\u00e8res au berb\u00e9risme politique et \u00e0 la d\u00e9fense explicite ou implicite de la francophonie politique, car per\u00e7us par la majorit\u00e9 des Alg\u00e9riens comme les partisans d&#8217;un r\u00e9gionalisme\/ethnicisme facteur de division nationale et comme les vecteurs d&#8217;un n\u00e9o-colonialisme culturel.<\/p>\n<p>2. qui opposent la d\u00e9fense de la langue et de la culture berb\u00e8res \u00e0 l&#8217;arabisation et assimilent la d\u00e9fense de l&#8217;arabisation \u00e0 l&#8217;arabisme politique et m\u00eame \u00e0 sa variante fascisante, le &#8220;baathisme&#8221;, ou \u00e0 l&#8217;islamisme politique, alors que c&#8217;est l&#8217;application d&#8217;un projet national, d\u00e9mocratique et populaire oppos\u00e9 au n\u00e9o-colonialisme.<\/p>\n<p>3. qui luttent contre le pouvoir en place de fa\u00e7on totale et inconditionnelle. Une politique r\u00e9publicaine, d\u00e9mocratique et progressiste doit au contraire lier la cause de la d\u00e9fense de la langue et de la culture berb\u00e8res \u00e0 la cause de l&#8217;arabisation (au troisi\u00e8me sens d\u00e9fini), rejeter les alliances avec l&#8217;int\u00e9grisme, avec le berb\u00e9risme et la francophonie politiques. C&#8217;est \u00e0 ces conditions que la majorit\u00e9 actuelle dont font partie les islamistes &#8220;pacifistes&#8221; peut basculer en faveur des R\u00e9publicains authentiques oppos\u00e9s \u00e0 toutes les formes de l&#8217;islamisme politique.<\/p>\n<p>* Universitaire alg\u00e9rien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> L&#8217;arabisation, en Alg\u00e9rie, fait depuis l&#8217;ind\u00e9pendance, l&#8217;objet de d\u00e9bats intenses relatifs \u00e0 des questions de fond essentielles et tr\u00e8s complexes : le statut des langues apr\u00e8s la p\u00e9riode coloniale et l&#8217;identit\u00e9 alg\u00e9rienne : et \u00e0 des questions purement politiques et m\u00eame politiciennes. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1714","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1714","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1714"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1714\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1714"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1714"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1714"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}