{"id":1705,"date":"1999-12-01T00:00:00","date_gmt":"1999-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/non-le-roman-francais-n-est-pas1705\/"},"modified":"1999-12-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-11-30T23:00:00","slug":"non-le-roman-francais-n-est-pas1705","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1705","title":{"rendered":"Non, le roman fran\u00e7ais n&#8217;est pas mort&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>Trop de romans \u00e0 la rentr\u00e9e litt\u00e9raire, sans doute. Mais le flot renferme de bons livres, pour peu qu&#8217;on les cherche. Ce qu&#8217;il y a d&#8217;\u00e9patant chez Anna Gavalda, c&#8217;est qu&#8217;on est s\u00e9duit d\u00e8s la premi\u00e8re nouvelle et que notre joie de lire ne fait qu&#8217;augmenter au fil des textes qui composent son recueil. Je voudrais que quelqu&#8217;un m&#8217;attende quelque part. Douceur et amertume, humour et drame se m\u00e9langent avec un brio qui semble aller de soi dans ces textes que colorent toutes les teintes de la vie. Douze nouvelles, et un talent \u00e9vident \u00e0 ne pas se r\u00e9p\u00e9ter, \u00e0 \u00e9voquer en quelques pages une \u00e9tonnante vari\u00e9t\u00e9 de personnages de notre quotidien, o\u00f9 l&#8217;on n&#8217;est pas si loin que \u00e7a des Vitamines du bonheur de l&#8217;Am\u00e9ricain Raymond Carver, en moins d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 sans doute. Pour les mettre en sc\u00e8ne, Anna Gavalda poss\u00e8de un sens \u00e9vident de la formule.<\/p>\n<p>Ainsi, dans &#8220;Junior&#8221;, pour situer un fils \u00e0 papa de province : &#8220;Il s&#8217;appelle Alexandre Devermont. C&#8217;est un jeune homme tout rose et tout blond. Elev\u00e9 sous vide. Cent pour cent savonnette et Colgate bifluor, avec des chemisettes en vichy et une fossette dans le menton. Mignon. Propre. Un vrai petit cochon de lait.&#8221; Elle sait aussi, comme Echenoz, que d\u00e9caler le propos sur un d\u00e9tail, vestimentaire ou autre, permet de r\u00e9v\u00e9ler bien plus que de longs portraits ou de besogneuses analyses psychologiques.<\/p>\n<p>Dans &#8220;Cet homme et cette femme&#8221;, un couple de grands bourgeois roule vers son cossu corps de ferme angevin. De part et d&#8217;autre, le silence r\u00e8gne et &#8220;ils \u00e9coutent FIP. C&#8217;est bien, FIP : de la musique classique que l&#8217;on se sait gr\u00e9 de pouvoir appr\u00e9cier, des musiques du monde entier qui donnent le sentiment d&#8217;\u00eatre ouvert et des flashs d&#8217;information tr\u00e8s brefs qui laissent \u00e0 la mis\u00e8re \u00e0 peine le temps de s&#8217;engouffrer dans l&#8217;habitacle&#8221;. Comment dire mieux l&#8217;ennui, la fatuit\u00e9, le cynisme !<\/p>\n<p><strong> Le brio du genre court&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Last but not least, l&#8217;auteur sait \u00e0 merveille faire rebondir des situations drolatiques en sc\u00e8nes de drame ou franchement d&#8217;horreur. Ainsi, ces deux jeunes noceurs qui reviennent d&#8217;une soir\u00e9e sans avoir emball\u00e9 personne et qui se retrouvent avec un sanglier en furie qui d\u00e9truit la voiture paternelle (&#8220;Junior&#8221;). Ainsi encore, cette femme dont on d\u00e9couvre avec d&#8217;humoristiques d\u00e9tails le boulot de v\u00e9t\u00e9rinaire de campagne et qui, apr\u00e8s un viol, se venge de tr\u00e8s radicale fa\u00e7on (&#8220;Catgut&#8221;).<\/p>\n<p>Ainsi surtout, dans la nouvelle qui est peut-\u00eatre la plus belle et terrible du livre, cet homme qui nous narre sa vie quotidienne, comique et navrante, de repr\u00e9sentant en charcuterie, et va se retrouver coupable d&#8217;un effroyable accident d&#8217;autoroute (&#8220;Le Fait du jour&#8221;).<\/p>\n<p><strong> &#8230; et les faiseurs d&#8217;opinion <\/strong><\/p>\n<p>On l&#8217;aura compris, Je voudrais que quelqu&#8217;un m&#8217;attende quelque part, compos\u00e9 de petits textes, est un grand livre dans cette rentr\u00e9e litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>De quoi d\u00e9mentir les commentaires \u00e9tonnamment d\u00e9sabus\u00e9s d&#8217;un Michel Polac (critique litt\u00e9raire \u00e0 Charlie Hebdo et \u00e0 France-Inter) ou d&#8217;un Antoine de Caunes (\u00e9crivain ; dernier ouvrage paru : C&#8217;est beau mais c&#8217;est triste, Fleuve noir). Le premier d\u00e9clarait dans Livres Hebdo du 3 septembre : &#8220;J&#8217;aborde la rentr\u00e9e litt\u00e9raire avec beaucoup de lassitude (&#8230;) Je suis \u00e9coeur\u00e9 et affol\u00e9 par le niveau des livres que je lis.&#8221; Et le second dans Elle du 27 septembre : &#8220;La France peut \u00eatre un pays tr\u00e8s d\u00e9primant. Regardez la rentr\u00e9e litt\u00e9raire, sinistre, ils sont fous \u00e0 lier !&#8221;<\/p>\n<p>On appr\u00e9ciera chez ces deux faiseurs d&#8217;opinion une telle d\u00e9fense du roman dans les interviews qu&#8217;ils accordent et on se demandera s&#8217;il n&#8217;y a pas l\u00e0, au moins, trace d&#8217;un snobisme que pourfendaient il y a dix ans Claude Pr\u00e9vost et Jean-Claude Lebrun, commen\u00e7ant leur essai Nouveaux territoires romanesques par ces mots percutants : &#8220;Cela pourrait commencer sous la forme d&#8217;un suppl\u00e9ment au Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues de Flaubert : \u00ab Roman fran\u00e7ais : affirmer qu&#8217;il est mort \u00bb .&#8221;<\/p>\n<p><strong> F\u00e9es d&#8217;hiver et scandale&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>On l&#8217;a d\u00e9j\u00e0 vu les mois pr\u00e9c\u00e9dents, avec des auteurs confirm\u00e9s ou des premiers romans, ce roman-l\u00e0 est bien vivant, et il se renouvelle. Une des sources de ce renouvellement, c&#8217;est d&#8217;avoir abandonn\u00e9 le nombrilisme, le trop plein de soi, pour se replonger dans ce que nous disent les faits divers, les moments dr\u00f4les, terribles ou r\u00e9voltants du quotidien, ceux qui, si on en tire le fil, nous laissent appara\u00eetre des pans entiers de la soci\u00e9t\u00e9. Cela fait un bail que ce retour au r\u00e9el permet de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer la litt\u00e9rature, de Balzac et F\u00e9n\u00e9on \u00e0 la S\u00e9rie noire&#8230; et \u00e0 Pr\u00e9vert : &#8220;(&#8230;) la vie, c&#8217;est des faits divers. Plus ou moins sanglants.<\/p>\n<p>Si une chose m&#8217;int\u00e9resse, je la d\u00e9coupe, je la mets quelque part. Apr\u00e8s, je la retrouve, ce qui me permet de m&#8217;en servir. C&#8217;est un joli terme, d&#8217;ailleurs. F\u00e9e d&#8217;hiver, magicien du printemps, on peut tout faire l\u00e0-dessus&#8221; (Hebdromadaires 1972).<\/p>\n<p><strong> &#8230; le quotidien dr\u00f4le ou terrible <\/strong><\/p>\n<p>Faits divers invent\u00e9s \u00e0 partir du r\u00e9el, transfigur\u00e9s, ils sont bien l\u00e0 dans un certain nombre d&#8217;ouvrages qui comptent en cette rentr\u00e9e. On l&#8217;avait vu de fa\u00e7on lumineuse avec le Soleil des mourants de Jean-Claude Izzo.<\/p>\n<p>On le voit sur un autre ton dans certaines nouvelles d&#8217;Anne Gavalda. Et on peut en citer d&#8217;autres. Ainsi la Douceur de Christ qui en a scandalis\u00e9 certains, part-il d&#8217;un drame survenu dans une colonie de vacances. Les gendarmes viennent arr\u00eater deux adolescents qui ont commis un crime barbare sur la personne d&#8217;un de leurs condisciples. Des ann\u00e9es plus tard, celui qui s&#8217;est laiss\u00e9 entra\u00eener \u00e0 un jeu morbide essaie de raconter ce qui s&#8217;est pass\u00e9.<\/p>\n<p>De leur c\u00f4t\u00e9, son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, qui vit maintenant avec la directrice de la colonie, tentent douloureusement de d\u00e9nouer les fils du crime et de vivre avec. La Douceur est un roman dur et beau, fulgurant, qui nous parle avec gr\u00e2ce d&#8217;horreur et d&#8217;amour, donc de la vie, de nous-m\u00eames.<\/p>\n<p><strong> Style flamboyant et na\u00eff&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est \u00e0 un tout autre type de fait divers qu&#8217;est confront\u00e9 le narrateur des Chiens \u00e9cras\u00e9s. 500 000 francs ont disparu de la caisse du Foyer du Soleil, un centre pour handicap\u00e9s d&#8217;une ville du sud de la France. Le jeune Dufaure, que la conseill\u00e8re d&#8217;orientation du coll\u00e8ge a envoy\u00e9 malgr\u00e9 lui (&#8220;Moi, j&#8217;aurais bien aim\u00e9 faire camion poubelle. Les grandes dents en fer qui m\u00e2chent les ordures et les types en combinaison qui sautaient du bolide en route, je trouvais \u00e7a chouette&#8221;) faire un stage au canard local, va, avec l&#8217;aide d&#8217;un paternel militant communiste, s&#8217;appliquer \u00e0 d\u00e9couvrir le pot aux roses. Dans un style \u00e0 la fois flamboyant et volontairement na\u00eff (un gamin raconte&#8230;), l&#8217;auteur, Guillaume Gu\u00e9raud, met \u00e0 jour des magouilles locales comme dans un tr\u00e8s bon polar et pourfend au passage les journalistes serviles. Un plaisir.<\/p>\n<p><strong> &#8230; et \u00e9criture-scalpel <\/strong><\/p>\n<p>Et c&#8217;est par un polar estampill\u00e9 comme tel qu&#8217;on terminera. Tue-les \u00e0 chaque fois de Philippe Carrese est un r\u00e9cit altern\u00e9 qui m\u00eale \u00e0 des coupures de presse invent\u00e9es mais r\u00e9alistes le journal intime d&#8217;un vigile d\u00e9jant\u00e9 qui veut &#8220;nettoyer&#8221; sa ville (Marseille) du crime et de la corruption et la traque bienveillante d&#8217;un commissaire ob\u00e8se et pas tr\u00e8s net. Rythme soutenu, diff\u00e9rents niveaux d&#8217;\u00e9criture tr\u00e8s r\u00e9ussis, un suspense qui se maintient jusqu&#8217;\u00e0 une fin jubilatoire font de ce roman noir \u00e9crit au scalpel un des livres qui comptent en cette rentr\u00e9e et que devraient lire d&#8217;urgence nos commentateurs r\u00e9sign\u00e9s ou d\u00e9go\u00fbt\u00e9s. n Herve Delouche<\/p>\n<p><strong> Anna Gavalda, <\/strong><\/p>\n<p>Je voudrais que quelqu&#8217;un m&#8217;attende quelque part,<\/p>\n<p>Le Dilettante, 218 p., 99 F<\/p>\n<p><strong> Christophe Honor\u00e9, <\/strong><\/p>\n<p>la Douceur,<\/p>\n<p>l&#8217;Olivier, 156 p., 90 F<\/p>\n<p>Guillaume Gu\u00e9raud,<\/p>\n<p>les Chiens \u00e9cras\u00e9s,<\/p>\n<p>\u00e9ditions du Rouergue, 109 p., 49 F (superbe couverture)<\/p>\n<p><strong> Philippe Carrese, <\/strong><\/p>\n<p>Tue-les \u00e0 chaque fois,<\/p>\n<p>Fleuve noir, 186 p., 47 F<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trop de romans \u00e0 la rentr\u00e9e litt\u00e9raire, sans doute. Mais le flot renferme de bons livres, pour peu qu&#8217;on les cherche. Ce qu&#8217;il y a d&#8217;\u00e9patant chez Anna Gavalda, c&#8217;est qu&#8217;on est s\u00e9duit d\u00e8s la premi\u00e8re nouvelle et que notre joie de lire ne fait qu&#8217;augmenter au fil des textes qui composent son recueil. Je [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1705","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1705","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1705"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1705\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1705"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1705"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1705"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}