{"id":1698,"date":"1999-12-01T00:00:00","date_gmt":"1999-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/parcours-vers-le-droit-a-l1698\/"},"modified":"1999-12-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-11-30T23:00:00","slug":"parcours-vers-le-droit-a-l1698","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1698","title":{"rendered":"Parcours vers le droit \u00e0 l&#8217;imaginaire"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Rue des enfants du mondeParmi les albums marquants de la rentr\u00e9e, le Carnet du dessinateur de l&#8217;artiste \u00e9gyptien Mohieddine Ellabad (1), prim\u00e9 \u00e0 Bratislava et \u00e0 Bologne, est enfin disponible dans une \u00e9dition fran\u00e7aise respectueuse de l&#8217;original. Vrai livre d&#8217;art qui, par la conjonction subtile de l&#8217;image et du texte, ouvre sur une multitude de trajectoires cr\u00e9atives, \u00e0 partir de petits riens parfois, dont l&#8217;agencement intime fait la singularit\u00e9 de tout artiste authentique. Page 28, l&#8217;auteur \u00e9voque le temps o\u00f9 &#8220;les livres&#8230; savaient recevoir leurs lecteurs&#8221;. Belle formule \u00e0 rapprocher de la question pos\u00e9e voici quelques ann\u00e9es par Christian Bruel &#8220;Nos livres aiment-ils les enfants ?&#8221; Histoire de lester d&#8217;un enjeu primordial ce sur quoi le Salon de Montreuil ambitionne de porter l&#8217;accent dans le cadre des dix ans de la Convention : le droit aux livres et \u00e0 l&#8217;imaginaire.<\/p>\n<p>Car, &#8220;les accompagner dans un esprit d&#8217;ouverture et de partage, hors des sentiers battus, c&#8217;est leur permettre de d\u00e9gager du sens dans les livres, pour leur propre vie, pour les aider \u00e0 \u00e9laborer leur subjectivit\u00e9, \u00e0 appr\u00e9hender le monde, \u00e0 le construire et \u00e0 l&#8217;entendre bouger &#8220;.Chip\u00e9s \u00e0 la profusion des publications r\u00e9centes, suivent quelques titres-rep\u00e8res, susceptibles d&#8217;ouvrir des passages secrets sur ce qui avive les regards, fertilise les r\u00eaves en connaissance de cause.<\/p>\n<p>Pour les tout petits, l&#8217;exigence artistique de plusieurs \u00e9diteurs va bien au-del\u00e0 du clin d&#8217;oeil esth\u00e9tique s\u00e9duisant et offre \u00e0 la fois des ruptures salutaires avec les st\u00e9r\u00e9otypes et des propositions graphiques qui mettent l&#8217;enfant en capacit\u00e9 de structurer ses premi\u00e8res aventures, dans un imaginaire o\u00f9 s&#8217;allient plaisirs de la reconnaissance et de la d\u00e9couverte. A ce jeu-l\u00e0, l&#8217;inclusion du livre dans son quotidien imm\u00e9diat devient facteur d&#8217;innovation. T\u00e9moin ce Tapidou, tapis de lecture en tissu comportant cinq poches pour ranger cinq petits livres en carton sur des th\u00e8mes simples (ville, mer, for\u00eat&#8230;) qui s&#8217;int\u00e8grent dans le paysage plastique d\u00fb au fort talent de Jo\u00eblle Jolivet. Une plong\u00e9e dans les formes et les couleurs (2). Avec L\u00e0, c&#8217;est moi, Jeanne Ashb\u00e9 propose un livre-paravent sous embo\u00eetage, montrant d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 sept portraits familiaux pr\u00e9sent\u00e9s par une courte comptine et de l&#8217;autre les seuls \u00e9l\u00e9ments graphiques du d\u00e9cor avec un accessoire signifiant. Une lisibilit\u00e9 parfaite, o\u00f9 l&#8217;imagination traverse les pages (3).<\/p>\n<p>B\u00e9n\u00e9ficiant de l&#8217;aide \u00e0 la cr\u00e9ation du Conseil g\u00e9n\u00e9ral du Val-de-Marne, Katy Couprie et Antonin Louchard donnent une nouvelle vie \u00e0 l&#8217;imagier dans un inventaire foisonnant (plus de 250 images) qui diversifient \u00e0 plaisir les repr\u00e9sentations \u00e0 travers une trentaine de techniques, de la gravure \u00e0 la photo. Un &#8220;monde en vrac&#8221; o\u00f9 les encha\u00eenements logiques et subtils mettent le lecteur en permanent \u00e9veil : Tout un monde (4). On rapprochera ce fonctionnement par associations d&#8217;id\u00e9es et de rep\u00e8res graphiques \u00e0 celui d&#8217;un autre album sans texte dont le fil conducteur vise \u00e0 explorer les divers \u00e2ges de la vie \u00e0 travers une suite de photographies dues au collectif &#8220;Tendance floue&#8221; : Petit\u00e0petit. L&#8217;album-photo est une raret\u00e9 dans le livre pour enfants ; celui-ci ose une belle ouverture aux autres (5).<\/p>\n<p>Rupture avec les codes narratifs traditionnels<\/p>\n<p>Si, depuis les origines, l&#8217;imaginaire a permis aux hommes : et aux enfants : de combler et de dominer le vide des questions sans r\u00e9ponse, il n&#8217;a pas toujours eu les faveurs d&#8217;\u00e9ducateurs emp\u00eatr\u00e9s dans les \u00e9troitesses positivistes et ignorant les vertus \u00e9mancipatrices de la confrontation des r\u00eaves et du r\u00e9el. La Nuit du M\u00e9linos d&#8217;Hubert Ben Kemoun et Isabelle Chatellard (6), peuple de personnages aux pouvoirs contradictoires l&#8217;univers de l&#8217;immense vaisseau qui emporte les enfants dans leur sommeil. Tandis que Marie-Louise Gay met en rapport la solitude de l&#8217;enfant sur son \u00eele et les issues oniriques possibles en des pages o\u00f9 il se passe beaucoup de choses malgr\u00e9 ce qui se dit : Son mon \u00eele (7).<\/p>\n<p>Car la plong\u00e9e dans l&#8217;imaginaire s&#8217;oppose \u00e0 toute forme de passivit\u00e9 et, \u00e0 ce jeu-l\u00e0, l&#8217;enfant d\u00e9sob\u00e9issant reste plus que jamais un personnage fascinant, porteur de sagesse a contrario et avant tout contestateur de l&#8217;ordre \u00e9tabli. Il a connu toutes les incarnations possibles. Ce qu&#8217;en fait John A. Rowe avec Petit singe bouscule avec force les clich\u00e9s des repr\u00e9sentations animali\u00e8res tout en r\u00e9activant l&#8217;impact des histoires en randonn\u00e9e (8). Il est vrai qu&#8217;on n&#8217;en finit pas depuis quelques d\u00e9cades de multiplier les ruptures avec les codes narratifs traditionnels, chaque rupture conduisant \u00e0 sa propre n\u00e9gation rapproch\u00e9e. Ce que fait avec beaucoup de finesse Chris Donner dans le Fils de la sorci\u00e8re et du loup (9) dont la chute r\u00e9investit de subtilit\u00e9s psychologiques les m\u00e9canismes envahissants des monstres et halloween de bazar.<\/p>\n<p>Le p\u00e8re No\u00ebl confront\u00e9 au langage d&#8217;Internet :www.esperenoel<\/p>\n<p>Avec Merlin, le code repose sur une fausse limpidit\u00e9 annonc\u00e9e : cette Histoire de cochons n&#8217;est pas un conte de f\u00e9es (8), n&#8217;est en fait que le n\u00e9gatif joyeusement crado du &#8220;ils v\u00e9curent heureux&#8230;&#8221; qui suit les \u00e9preuves victorieuses. Au fond, qui est le plus anticonformiste de ces cochons pour jouer \u00e0 se boucher le nez ou du Vaillant petit tailleur de Grimm et de ses ruses \u00e0 l&#8217;esbroufe qui triomphent de toutes les forces agressives ? Une nouvelle version para\u00eet, porteur de la grande tradition fantastique russe revisit\u00e9e par deux jeunes artistes (Olga et Andrej Dugin) : une splendeur excitante (10).<\/p>\n<p>A ce point du parcours, rapide flash-back sur ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es pour le livre de jeunesse, sur ce qu&#8217;il fallut d&#8217;utopies artistiques, d&#8217;\u00e9nergies conjugu\u00e9es et de projets o\u00f9 les virtuels prenaient corps \u00e0 tous les niveaux : y compris bien \u00e9videmment \u00e0 travers des salons \u00e0 haute ambition culturelle comme Montreuil, Rouen, Aubagne&#8230; : pour que l&#8217;imaginaire devienne une revendication centrale en mati\u00e8re de droits de l&#8217;enfant. Combien de ces livres \u00e9taient imaginables \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60 ? Sans doute pas le Machines de Chlo\u00eb Poizat qu&#8217;on aurait dit alors &#8220;pour enfants d&#8217;intellectuels&#8221; et qui rejoint dans les propositions aussi folles que savamment ma\u00eetris\u00e9es les c\u00e9l\u00e8bres &#8220;objets introuvables&#8221; de Carelman (11). Encore moins le P\u00e8re No\u00ebl confront\u00e9 aux langages d&#8217;Internet concoct\u00e9 par Olivier Douzou et Jochen Gerner : www. esperenoel qui jouent les esprits farceurs en parfaite connivence avec les enfants capables d&#8217;imposer envers et contre tout un mythe porteur de toutes les attentes, au-del\u00e0 des d\u00e9riv\u00e9s du virtuel. Les adultes peuvent repasser avec leurs bobards embarrass\u00e9s : le P\u00e8re No\u00ebl existe bien !<\/p>\n<p>Pourtant, dans les ann\u00e9es trente d\u00e9j\u00e0, des enfants n&#8217;avaient pas trop d&#8217;imagination pour r\u00eaver fort, tr\u00e8s fort, de libert\u00e9, de justice, avec leurs mots, leurs \u00e9motions, leur exp\u00e9rience concr\u00e8te et singuli\u00e8re de la vie. L&#8217;un d&#8217;eux s&#8217;appelait L\u00e9on (12) ; il a connu les humiliations, les trag\u00e9dies familiales, les r\u00e9voltes qui \u00e9taient le lot commun des Noirs dans le Sud des Etats-Unis. La transcription de sa parole gr\u00e2ce \u00e0 un v\u00e9ritable travail d&#8217;\u00e9criture prend des accents d&#8217;authenticit\u00e9 pour aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p>Ailleurs, en Allemagne, c&#8217;est un \u00e9crivain, un esprit libre dont les nazis br\u00fbl\u00e8rent les livres, Erich Kastner, qui prit en charge les aspirations \u00e0 une \u00e9ducation fond\u00e9e sur le respect et la confiance dans les pouvoirs de l&#8217;enfance, \u00e0 travers des romans o\u00f9 l&#8217;aventure et l&#8217;humour prennent le large. Ainsi de cette Classe volante (13) qu&#8217;on vient de r\u00e9\u00e9diter dans une traduction nouvelle et percutante de l&#8217;ami Fran\u00e7ois Mathieu. Avec Kastner, l&#8217;affirmation du droit \u00e0 l&#8217;imaginaire trouvait un instigateur encore trop m\u00e9connu. n B.E.<\/p>\n<p>1. Mango, Institut du monde arabe, 99 F<\/p>\n<p>2. Seuil Jeunesse, 240 F<\/p>\n<p>3. Albin Michel Jeunesse, 89 F<\/p>\n<p>4. Editions Thierry Magnier, 99 F<\/p>\n<p>5. Rue du Monde, 110 FP\u00e8re Castor-Flammarion, 74 F<\/p>\n<p>7. Milan, 78 F<\/p>\n<p>8. Nord-Sud, 89 F<\/p>\n<p>9. Grasset-Jeunesse, 69 F<\/p>\n<p>10. Les albums Duculot, 96 F<\/p>\n<p>11. Le Rouergue, 72 F et 68 F<\/p>\n<p>12. L&#8217;Ecole des loisirs, 44 F<\/p>\n<p>13. Livre de poche jeunesse, 31 F<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1698","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1698","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1698"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1698\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1698"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1698"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1698"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}