{"id":1683,"date":"1999-11-01T00:00:00","date_gmt":"1999-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/alerte-aux-puf1683\/"},"modified":"1999-11-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-10-31T23:00:00","slug":"alerte-aux-puf1683","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1683","title":{"rendered":"Alerte aux PUF"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>MERCHANDISING\/Alerte \u00e0 l&#8217;AFPLes Presses Universitaires de France, les c\u00e9l\u00e8bres PUF, sont depuis pr\u00e8s d&#8217;un an au coeur d&#8217;une tourmente qui pourrait bien, \u00e0 elle seule, \u00eatre le symbole des changements \u00e9conomiques mais aussi culturels qui tendent \u00e0 pr\u00e9dominer dans le secteur de l&#8217;\u00e9dition fran\u00e7aise. &#8220;Je pr\u00e9f\u00e8re me retirer pour ne pas partager la responsabilit\u00e9 des multiples impr\u00e9cisions, approximations et non-justifications que comporte le plan du directoire&#8221;, c&#8217;est ce que disait Pierre Angoulvent, au soir de sa d\u00e9mission de la pr\u00e9sidence du Conseil de surveillance des PUF, maison d&#8217;\u00e9dition qu&#8217;il avait dirig\u00e9es de 1968 \u00e0 1994 en succ\u00e9dant \u00e0 son p\u00e8re. Le temps n&#8217;est plus aux r\u00eaves.<\/p>\n<p>5 millions de perte en 1998 pour un chiffre d&#8217;affaire de 184 millions de francs, \u00e0 quoi s&#8217;ajoutent d&#8217;autres mauvais r\u00e9sultats, c&#8217;est ce qui sera venu \u00e0 bout de la coop\u00e9rative cr\u00e9\u00e9e en 1934. Le 10 mai, le pr\u00e9sident du directoire des PUF, Michel Prigent, a en effet sonn\u00e9 le glas de cette v\u00e9ritable institution fran\u00e7aise. Certes, les PUF existeront encore, mais elles ne seront plus ce qu&#8217;elles ont \u00e9t\u00e9. Les mesures annonc\u00e9es sont en effet radicales. La maison d&#8217;\u00e9dition quitte son statut de coop\u00e9rative qui regroupait 4000 soci\u00e9taires pour un actionnariat classique. Il y pr\u00e9valait une simple r\u00e8gle : un homme, une voix. Ils \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9s par les sept membres du Conseil de surveillance. Des actionnaires minoritaires vont faire leur apparition dans le capital. Gallimard y entrera s\u00fbrement \u00e0 hauteur de 20 %. Un autre actionnaire, plus ax\u00e9 sur les nouvelles technologies, devrait aussi y trouver sa place. La distribution de ses propres livres ainsi que celle des maisons d&#8217;\u00e9dition dont s&#8217;occupaient les PUF (Verdier, Champs Vallon&#8230;) sera sous-trait\u00e9e par la Sodis, une filiale de Gallimard.<\/p>\n<p>Enfin, et c&#8217;est peut-\u00eatre le pire, la mondialement c\u00e9l\u00e8bre librairie du boulevard Saint-Michel va se transformer en boutique de chaussures ou de fringues, entra\u00eenant 45 \u00e0 50 licenciements secs. Cependant, ce plan social a \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9 par deux fois par l&#8217;inspection du travail : la Place de la Sorbonne, pour quelques temps encore, ressemble toujours \u00e0 la Place de la Sorbonne. Cette crise de l&#8217;\u00e9dition fran\u00e7aise se situe dans un contexte mondial difficile pour les sciences humaines et sociales (SHS). Un exemple : les ventes des in\u00e9galables petits ouvrages de la collection &#8220;Que sais-je ?&#8221; sont pass\u00e9es de 5 800 \u00e0 4 100 exemplaires par titres en quelques ann\u00e9es. Pour combler ce manque on \u00e9dite alors de plus en plus de livres. Des 658 titres publi\u00e9s dans cette collection en 1990, on est pass\u00e9 \u00e0 1098. A qui la faute ?<\/p>\n<p>Les auteurs qui ont succ\u00e9d\u00e9 aux Barthes, Sartre ou Foucault ne s&#8217;adressent-t-ils qu&#8217;aux universitaires ? Le livre se meurt-il du \u00abphotocopillage\u00bb puisqu&#8217;un milliard de pages sont reproduites chaque ann\u00e9e rien que dans l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur ? Ou encore, ce qui serait beaucoup plus grave, vivons-nous une &#8220;d\u00e9faite de la pens\u00e9e&#8221;, comme a pu titrer le Nouvel Observateur au mois de juin dernier ? Des auteurs y exprimaient leur pessimisme face \u00e0 cette situation. &#8220;Le march\u00e9 veut des livres sans vocabulaire, sans id\u00e9es, sans subversion&#8221;, disait Michel Onfray. &#8220;Rien d&#8217;\u00e9tonnant donc a ce que les sciences humaines soient d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9es puisqu&#8217;elles sont le lieu privil\u00e9gi\u00e9 de l&#8217;interrogation&#8221; , ajoutait Paul Virilio. La &#8220;pens\u00e9e unique&#8221; est donc mise en cause mais aussi &#8220;l&#8217;utilitarisme&#8221; des jeunes \u00e9tudiants, qui, s&#8217;ils sont de plus en plus nombreux, ne lisent plus que des morceaux de livres photocopi\u00e9s qui leur permettent de passer leurs examens.<\/p>\n<p>Certains voient aussi dans cette crise une cons\u00e9quence de la mondialisation. &#8220;La cause de cette crise est \u00e0 rechercher du c\u00f4t\u00e9 de la politique pratiqu\u00e9e par les gros \u00e9diteurs, et singuli\u00e8rement par deux groupes : Hachette et les Presses de la Cit\u00e9 : qui repr\u00e9sentent plus de la moiti\u00e9 du march\u00e9. Leur caract\u00e9ristique commune est d&#8217;\u00eatre, non plus des groupes d&#8217;\u00e9ditions, mais des groupes de communication, qui sont eux-m\u00eames des \u00e9l\u00e9ments d&#8217;empires industriels et financiers beaucoup plus vastes, en l&#8217;occurence Matra et Vivendi&#8221;, disait Richard Lagache, co-animateur des \u00e9ditions La Dispute dans l&#8217;Humanit\u00e9 du 11 mai dernier. Dans ce contexte, on comprend alors la r\u00e9action de Pierre Angoulvent dans Lib\u00e9ration du 18 mai : &#8220;L&#8217;entr\u00e9e des PUF dans le syst\u00e8me capitaliste, outre qu&#8217;elle constituerait une fausse solution aux probl\u00e8mes pos\u00e9s, reviendrait \u00e0 leur enlever leur ind\u00e9pendance \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de toute pression id\u00e9ologique ou financi\u00e8re, d&#8217;o\u00f9 elles tiennent leur renom international.&#8221; Un livre vient \u00e9tayer cette th\u00e8se. Andr\u00e9 Schiffrin, \u00e9diteur am\u00e9ricain, mais qui poss\u00e8de des liens privil\u00e9gi\u00e9s avec la France puisqu&#8217;il est le fils du cr\u00e9ateur de La Pl\u00e9iade, a lanc\u00e9 un cri d&#8217;alarme dans son livre l&#8217;Edition sans \u00e9diteur.<\/p>\n<p>La violence de ses propos n&#8217;a d&#8217;\u00e9gale que celle qui pr\u00e9domine actuellement dans le monde de l&#8217;\u00e9dition aux USA. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 durant trente ans le responsable \u00e9ditorial de Pantheon House, une maison d&#8217;\u00e9dition ind\u00e9pendante, des rachats et regroupements multiples l&#8217;ont amen\u00e9 \u00e0 d\u00e9missionner. Certains passages \u00e0 propos des nouveaux &#8220;patrons&#8221; de l&#8217;\u00e9dition sont \u00e9loquents : &#8220;Je remarquais que ses yeux se portaient d&#8217;abord sur la partie droite de la feuille, celle de la colonne de chiffres, et qu&#8217;ensuite seulement il regardait les titres des livres. C&#8217;\u00e9tait comme si nous dirigions une usine de chaussures et fabriquions syst\u00e9matiquement des chaussures trop petites pour la majorit\u00e9 des clients. Quel \u00e9tait l&#8217;int\u00e9r\u00eat de fabriquer des livres \u00e0 si petit tirage ? N&#8217;avions-nous pas honte ?&#8221; Un autre signe d&#8217;alarme nous vient aussi des USA. Il s&#8217;agit d&#8217;un article de l&#8217;historien Robert Darnton, publi\u00e9 dans la New York Review of Books et intitul\u00e9 &#8220;The new age of the books.&#8221;.<\/p>\n<p>Devant la baisse des ventes en librairie, l&#8217;auteur y pr\u00e9conise la publication des livres de sciences humaines et sociales directement sur Internet ! Selon lui, elle permettrait une construction &#8220;pyramidale&#8221; : on y trouverait la th\u00e8se, mais aussi les sources int\u00e9grales, les attendus th\u00e9oriques et bibliographiques et un forum avec les lecteurs. Nous entrerions alors dans l&#8217;\u00e8re du livre \u00e9lectronique. Reste cependant quelques probl\u00e8mes. P\u00eale-m\u00eale : quel serait l&#8217;avenir des droits d&#8217;auteurs ? que deviendraient les derni\u00e8res librairies ind\u00e9pendantes ? les parutions \u00e9tant des \u00e9l\u00e9ments primordiales pour la reconnaissance universitaire d&#8217;un doctorant, quel cr\u00e9dit peut- on donner \u00e0 une publication on-line ?&#8230;<\/p>\n<p>La crise des PUF n&#8217;est donc pas un \u00e9l\u00e9ment isol\u00e9. C&#8217;est tout le monde de l&#8217;\u00e9dition qui pourrait conna\u00eetre sous peu de s\u00e9rieux bouleversements.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1683","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1683","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1683"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1683\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1683"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1683"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1683"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}