{"id":1681,"date":"1999-11-01T00:00:00","date_gmt":"1999-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/mais-qui-sont-les-electeurs-du-pds1681\/"},"modified":"1999-11-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-10-31T23:00:00","slug":"mais-qui-sont-les-electeurs-du-pds1681","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1681","title":{"rendered":"Mais qui sont les \u00e9lecteurs du PDS ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Tranches d&#8217;\u00e2ge, cat\u00e9gorie socio-professionnelle : des crit\u00e8res insuffisants pour analyser un vote qui refl\u00e8te des aspects complexes de l&#8217;Allemagne d&#8217;aujourd&#8217;hui. <\/p>\n<p>Une jeune et brillante d\u00e9put\u00e9e aux cheveux roux, un punk, punk, un sympathisant chr\u00e9tien ouest-berlinois, un alternatif de l&#8217;Ouest \u00e9migr\u00e9 \u00e0 Berlin-est, un couple de vieux militants, quelques fous d\u00e9guis\u00e9s en cow-boy ou en g\u00e9n\u00e9ral sovi\u00e9tique, un jeune assistant parlementaire petit-fils d&#8217;un professeur en droit est-allemand, quelques f\u00e9ministes et &#8220;alternatifs&#8221;, et bien d&#8217;autres encore&#8230; Sous la grande tente dress\u00e9e sur l&#8217;Alexanderplatz, ce dimanche 10 octobre 1999 \u00e0 Berlin-est, les militants du PDS venus passer l\u00e0 leur soir\u00e9e \u00e9lectorale font certainement, les uns et les autres, des r\u00eaves plus dissemblables que jamais.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9volution \u00e0 marche forc\u00e9e depuis dix ans du &#8220;parti du socialisme d\u00e9mocratique&#8221; le PDS, n\u00e9 de la dissolution de l&#8217;ancien parti d&#8217;Etat est-allemand en d\u00e9cembre 1999 et contraint de trouver rapidement sa place dans le nouveau syst\u00e8me socio-\u00e9conomique et politique de l&#8217;Ouest, a produit, au fil des ans, un assemblage de plus en plus h\u00e9t\u00e9roclite de d\u00e9put\u00e9s, militants, \u00e9lecteurs et sympathisants, ce que certains d\u00e9tracteurs du PDS au Bundestag ont appel\u00e9 &#8220;les troupes bigarr\u00e9es de Gysi&#8221;&#8230; L&#8217;amertume des Allemands de l&#8217;Est alimente encore massivement le vote en faveur du PDS. Car l&#8217;Allemagne est loin d&#8217;en avoir fini avec sa r\u00e9unification. Les anciens citoyens de la RDA continuent de se d\u00e9battre dans les difficult\u00e9s \u00e9conomiques et sociales dramatiques du ch\u00f4mage et des petits boulots subventionn\u00e9s, tandis que leurs valeurs les plus ch\u00e8res, celles d&#8217;abord de solidarit\u00e9 avant celles de libert\u00e9, au contraire des Allemands de l&#8217;Ouest, demeurent malmen\u00e9es, voire ridiculis\u00e9es.<\/p>\n<p><strong> Le succ\u00e8s : au-del\u00e0 d&#8217;une nostalgie de la RDA et de l&#8217;anti-lib\u00e9ralisme&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Quant \u00e0 leur aspiration plus large \u00e0 une reconnaissance de leur apport en propre \u00e0 une identit\u00e9 allemande commune, elle est pass\u00e9e \u00e0 la trappe de la r\u00e9ussite \u00e9conomique et de l&#8217;anticommunisme ouest-allemands. Aujourd&#8217;hui, il devient pourtant de plus en plus difficile de pr\u00e9tendre r\u00e9sumer le PDS \u00e0 une nostalgie de la RDA ou \u00e0 une hostile protestation contre le lib\u00e9ralisme de Bonn. Les bons r\u00e9sultats du parti aux derni\u00e8res \u00e9lections r\u00e9gionales dans divers L\u00e4nder allemands ont incit\u00e9 les analystes \u00e0 r\u00e9viser leur copie. Le PDS n&#8217;a-t-il pas confort\u00e9, avec des scores de 20 \u00e0 40 % \u00e0 l&#8217;est (plus de 50 % dans certains quartiers berlinois), sa position de second parti dominant derri\u00e8re la conservatrice CDU, laissant parfois loin derri\u00e8re lui, \u00e0 la troisi\u00e8me place, un SPD social-d\u00e9mocrate tr\u00e8s affaibli par l&#8217;impopularit\u00e9 du chancelier Gerhard Schr\u00f6der ? Dans les L\u00e4nder de l&#8217;Ouest \u00e9galement, le PDS a fait impression, multipliant environ par deux ses scores des derni\u00e8res l\u00e9gislatives de 1998. Il y reste cependant en de\u00e7\u00e0 de la barre des 5 %, seuil n\u00e9cessaire \u00e0 une repr\u00e9sentation dans les parlements r\u00e9gionaux.<\/p>\n<p><strong> &#8230; le travail acharn\u00e9 du parti sur son pass\u00e9, son image, son programme <\/strong><\/p>\n<p>Les raisons du vote PDS peuvent se trouver dans le travail acharn\u00e9 du parti sur son pass\u00e9, son image, son programme. Mais elles racontent avant tout, d\u00e9sormais un peu plus encore qu&#8217;avant, divers aspects de l&#8217;Allemagne d&#8217;aujourd&#8217;hui : les difficult\u00e9s et frustrations des &#8220;Ossis&#8221; (surnom des Allemands de l&#8217;Est), qu&#8217;ils soient ouvriers, ch\u00f4meurs ou petites PME et professions lib\u00e9rales ; les d\u00e9ceptions politiques de nombreux membres des Verts et des sociaux-d\u00e9mocrates confront\u00e9s aux positions n\u00e9o-lib\u00e9rales des responsables de leurs partis, et qui trouvent dans le PDS un nouveau terrain d&#8217;accueil, du moins pour les plus &#8220;gauchistes&#8221; d&#8217;entre eux, &#8211; les autres se r\u00e9fugiant plus volontiers dans l&#8217;abstention ; les espoirs de jeunes \u00e9tudiants ouest-allemands, pour lesquels le PDS est avant tout le parti le plus \u00e0 gauche au sein du Bundestag, d\u00e9fendant des valeurs de justice sociale et de pacifisme ; les aspirations des jeunes citadins immigr\u00e9s \u00e0 la nouvelle capitale berlinoise, voulant voir dans le PDS un parti original, proche des mouvements &#8220;alternatifs&#8221;, d&#8217;apparence moderne ; la s\u00e9duction exerc\u00e9e par la personnalit\u00e9 charismatique de Gregor Gysi, le chef de la fraction parlementaire du PDS et grand t\u00e9nor du parti&#8230;<\/p>\n<p>La plupart des \u00e9lecteurs, fatalement, se trouvent en d\u00e9finitive dans une relation exigeante mais insatisfaite au PDS, certains redoutant sa &#8220;sociale-d\u00e9mocratisation&#8221; croissante ou bien un oubli de son ancrage \u00e0 l&#8217;est, d&#8217;autres d\u00e9sirant le voir s&#8217;orienter davantage au contraire vers la prise de responsabilit\u00e9 politique \u00e0 travers toute l&#8217;Allemagne&#8230;<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9lectorat du PDS est plut\u00f4t jeune. Aux l\u00e9gislatives de 1994, , les jeunes ont vot\u00e9 (d&#8217;apr\u00e8s les politologues berlinois) en faveur du PDS \u00e0 5,1 % pour les 18-25 ans, et \u00e0 5,5 % pour les 25-34 ans, contre un taux national de 4,4 % (5% en 1998). Pour Dietmar Bartsch, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PDS, cette diff\u00e9rence d&#8217;\u00e2ge entre des militants PDS de l&#8217;Est ayant d\u00e9pass\u00e9, \u00e0 pr\u00e8s de 70 %, l&#8217;\u00e2ge de la retraite, et des \u00e9lecteurs plut\u00f4t jeunes, est un probl\u00e8me difficile \u00e0 r\u00e9soudre, d&#8217;autant que cet \u00e9lectorat jeune est a priori fort instable, : non acquis.<\/p>\n<p><strong> Trois g\u00e9n\u00e9rations : confluences et controverses <\/strong><\/p>\n<p>Les analyses des votes de septembre-octobre confirment ses craintes : le vote jeune en faveur du PDS a largement marqu\u00e9 le pas, se d\u00e9portant cette fois vers la CDU ! M\u00eame examin\u00e9 par cat\u00e9gorie sociale, l&#8217;\u00e9lectorat du PDS n&#8217;est pas homog\u00e8ne non plus. Certes, ouvriers et ch\u00f4meurs de l&#8217;Est reportent plut\u00f4t leurs voix sur la CDU ou le PDS, tandis que les fonctionnaires et employ\u00e9s votent plus volontiers pour le SPD.<\/p>\n<p>Mais ces \u00e9lectorats sont eux-m\u00eames tr\u00e8s volatiles encore, faute d&#8217;ancrage encore de nouvelles traditions politiques dans l&#8217;ex-RDA : voil\u00e0 \u00e0 peine dix ans que le syst\u00e8me des partis ouest-allemands s&#8217;est implant\u00e9. Un m\u00eame \u00e9lecteur se retrouve ainsi parfois \u00e0 voter tr\u00e8s diff\u00e9remment d&#8217;une \u00e9lection \u00e0 l&#8217;autre, selon son attirance pour les candidats, le programme ou la repr\u00e9sentation qu&#8217;il se fait de ses int\u00e9r\u00eats du moment. La juxtaposition de tant de gens diff\u00e9rents ne va pas toujours sans conflit. Le samedi 9 octobre dernier, veille des \u00e9lections berlinoises, la &#8220;Plate-forme communiste&#8221;, aile gauche du PDS, avait organis\u00e9 une manifestation pour le jubil\u00e9 de la cr\u00e9ation de la RDA, il y a 50 ans. Le mot d&#8217;ordre, difficile \u00e0 suivre : ne pas s&#8217;enfermer dans la seule nostalgie. Dehors, \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e du b\u00e2timent, de jeunes employ\u00e9s politiques et \u00e9lus du PDS manifest\u00e8rent contre la comm\u00e9moration \u00e0 l&#8217;aide de pancartes explicites : &#8220;Nous voulon s la libert\u00e9 de la presse, pas un organe central&#8221;, &#8220;Nous voulons des manifestations de rue libres, pas des marches forc\u00e9es&#8221;&#8230; <\/p>\n<p>A l&#8217;int\u00e9rieur, pendant ce temps, de tr\u00e8s vieux militants peinaient \u00e0 gravir les marches de l&#8217;amphith\u00e9\u00e2tre, o\u00f9 quelques morceaux r\u00e9volu tionnaires espagnols, chant\u00e9s par un guitariste chilien venu se r\u00e9fugier autrefois en RDA, allaient tout \u00e0 l&#8217;heure faire trembler leurs \u00e2mes, un peu avant qu&#8217;un r\u00e9cital de textes de Brecht ne cl\u00f4ture la manifestation en beaut\u00e9. &#8220;Qu&#8217;on soit pour ou contre, de l&#8217;Est ou de l&#8217;Ouest, c&#8217;est d&#8217;abord selon son \u00e2ge qu&#8217;on a telle ou telle perception du PDS !&#8221;, tente de r\u00e9sumer un jeune militant de 35 ans, actif au sein des mouvements alternatifs en faveur des immigr\u00e9s. Il a \u00e9tabli sa th\u00e9orie : &#8220;Les plus \u00e2g\u00e9s se r\u00e9fugient, par leur soutien au PDS, dans la r\u00e9f\u00e9rence au pass\u00e9 politique et \u00e0 l&#8217;identit\u00e9 est-allemande. Ma g\u00e9n\u00e9ration, interm\u00e9diaire, accorde quant \u00e0 elle pour moiti\u00e9 de l&#8217;importance au pass\u00e9, et pour moiti\u00e9 s&#8217;int\u00e9resse au programme et \u00e0 l&#8217;avenir du parti. Les plus jeunes, eux, ne s&#8217;int\u00e9ressent qu&#8217;au programme et aux exigences de modernit\u00e9 du PDS.&#8221; Or, si le parti r\u00e9ussit \u00e0 survivre \u00e0 ses contradictions, ce seront ces jeunes-l\u00e0 les \u00e9lecteurs de demain&#8230; Les deux Allemagnes se seront-elles entre-temps r\u00e9concili\u00e9es ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Tranches d&#8217;\u00e2ge, cat\u00e9gorie socio-professionnelle : des crit\u00e8res insuffisants pour analyser un vote qui refl\u00e8te des aspects complexes de l&#8217;Allemagne d&#8217;aujourd&#8217;hui. <\/p>\n","protected":false},"author":483,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1681","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1681","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/483"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1681"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1681\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1681"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1681"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1681"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}