{"id":1679,"date":"1999-11-01T00:00:00","date_gmt":"1999-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/brava-gente1679\/"},"modified":"1999-11-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-10-31T23:00:00","slug":"brava-gente1679","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1679","title":{"rendered":"\u00ab Brava gente\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Ligas campon\u00eas, Grileiros<strong> Le MST (1) est aujourd&#8217;hui la force sociale et politique qui alarme le plus le pouvoir br\u00e9silien. Ni parti politique, ni syndicat, le MST \u00e9tend son action bien au-del\u00e0 de la lutte pour la terre et la r\u00e9forme agraire. Vient de para\u00eetre au Br\u00e9sil un livre (2) o\u00f9 le principal leader du Mouvement, Jo\u00e3o Pedro St\u00e9dile, r\u00e9pondant aux questions de Bernardo Man\u00e7ano Fernandes, expose l&#8217;ensemble des questions que pose le MST aux diff\u00e9rentes forces politiques et sociales br\u00e9siliennes. Nous proposons, en exclusivit\u00e9, la traduction de quelques &#8220;bonnes feuilles&#8221; de cet ouvrage. <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab La gen\u00e8se du MST a \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e par divers facteurs. Le principal d&#8217;entre eux fut la transformation socio-\u00e9conomique de l&#8217;agriculture br\u00e9silienne au long des ann\u00e9es 1970. Au cours de cette d\u00e9cennie, il y eut un processus de d\u00e9veloppement que Jos\u00e9 Graziano da Silva (3) nomma &#8220;modernisation douloureuse&#8221;. Ce fut une p\u00e9riode d&#8217;intense et rapide m\u00e9canisation de l&#8217;agriculture. Dans le Sud du pays, consid\u00e9r\u00e9 comme le berceau du MST, l&#8217;introduction de la culture du soja acc\u00e9l\u00e9ra la m\u00e9canisation de l&#8217;agriculture, que ce soit dans l&#8217;Etat de Rio Grande do Sul o\u00f9 dominait depuis longtemps la culture du bl\u00e9, ou que ce soit dans l&#8217;Etat du Paran\u00e1 comme alternative \u00e0 la culture du caf\u00e9. Au cours de cette d\u00e9cennie, la m\u00e9canisation du travail de la terre et l&#8217;introduction, disons, d&#8217;une agriculture marqu\u00e9e par des caract\u00e9ristiques davantage capitalistes, expuls\u00e8rent des campagnes, en peu de temps, d&#8217;importants contingents de populations. [&#8230;] Dans un premier temps, ces populations migr\u00e8rent vers les r\u00e9gions de colonisation, sp\u00e9cialement les Etats de Rond\u00f4nia, du Par\u00e1 et du Mato Grosso. Mais tr\u00e8s rapidement, il fut \u00e9vident que les paysans, dans ces r\u00e9gions, ne pouvaient pas survivre en tant que paysans. [&#8230;] D&#8217;autres paysans expuls\u00e9s des campagnes migr\u00e8rent vers les grandes agglom\u00e9rations urbaines qui connaissaient un processus acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 d&#8217;industrialisation. Ce fut la p\u00e9riode du pr\u00e9tendu &#8220;miracle br\u00e9silien&#8221;. A la fin des ann\u00e9es 1970 commenc\u00e8rent \u00e0 appara\u00eetre les premiers signes d&#8217;une crise de l&#8217;industrie br\u00e9silienne qui se prolongera durant toute la d\u00e9cennie quatre-vingt et qui fut nomm\u00e9e &#8220;la d\u00e9cennie perdue&#8221;. Du point de vue socio-\u00e9conomique, les paysans expuls\u00e9s par la modernisation de l&#8217;agriculture, virent se fermer les deux portes de sorties : l&#8217;exode vers les villes et vers les fronti\u00e8res agricoles. C&#8217;est ce qui les obligea a prendre deux d\u00e9cisions : tenter de r\u00e9sister dans les campagnes et trouver d&#8217;autres formes de lutte pour la terre dans les r\u00e9gions o\u00f9 ils vivaient. C&#8217;est cette base sociale qui engendra le MST. Une base sociale dispos\u00e9e \u00e0 lutter, qui n&#8217;acceptait ni la colonisation ni la ville comme solution de leurs probl\u00e8mes. [&#8230;]<\/p>\n<p>\u00ab Le MST naquit dans le Sud du pays en raison d&#8217;un ensemble de facteurs qui ont leurs racines dans les conditions objectives du d\u00e9veloppement de l&#8217;agriculture. M\u00eame ainsi, nous nous consid\u00e9rons, nous du MST, comme les h\u00e9ritiers et les continuateurs des Ligues paysannes (Ligas Camponesas) (v. encadr\u00e9) car leur exp\u00e9rience historique nous a beaucoup appris et nous a permis de ressurgir sous d&#8217;autres formes. [&#8230;]<\/p>\n<p>\u00ab Il y a un autre \u00e9l\u00e9ment, tr\u00e8s important dans la gen\u00e8se du MST. [&#8230;] C&#8217;est le travail pastoral, men\u00e9 principalement par l&#8217;Eglise catholique et l&#8217;Eglise luth\u00e9rienne. Le surgissement de la CPT (Comiss\u00e3o Pastoral da Terre : Commission Pastorale de la Terre) (4), en 1975, \u00e0 Goi\u00e2nia (Etat du Goi\u00e1s) fut tr\u00e8s important pour la r\u00e9organisation des luttes paysannes. [&#8230;] La CPT fut l&#8217;application de la Th\u00e9ologie de la lib\u00e9ration dans la pratique, ce qui repr\u00e9senta une contribution importante pour la lutte des paysans, \u00e0 travers le prisme id\u00e9ologique. Il y a un autre aspect du travail de la CPT que je juge important dans la gen\u00e8se du MST. Elle eut une vocation oecum\u00e9nique en rassemblant autour d&#8217;elle le secteur luth\u00e9rien, principalement dans les Etats du Paran\u00e1 et de Santa Catarina. [&#8230;] Si elle n&#8217;avait pas \u00e9t\u00e9 oecum\u00e9nique, si elle n&#8217;avait pas eu une vision ample, plusieurs mouvements auraient surgi. La lutte se serait fractionn\u00e9e en plusieurs organisations. [&#8230;] La CPT fut une force qui contribua \u00e0 la construction d&#8217;un unique mouvement, de caract\u00e8re national.<\/p>\n<p>\u00ab Le MST, essentiellement, est n\u00e9 comme un mouvement paysan qui avait trois revendications prioritaires : terre, r\u00e9forme agraire et profonds changements dans la soci\u00e9t\u00e9. [&#8230;] D\u00e8s le d\u00e9part, toutes les formes de lutte que d\u00e9veloppa le MST furent des luttes de masses, ce qui amena [quelques] caract\u00e9ristiques fondamentales. La premi\u00e8re fut d&#8217;\u00eatre un mouvement populaire qui accueillait tout le monde. A l&#8217;int\u00e9rieur de ce caract\u00e8re populaire, il y a une subdivision. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, caract\u00e8re populaire au sens o\u00f9 tous les membres de la famille du paysan est pr\u00e9sente au mouvement, les parents \u00e2g\u00e9s, la femme, les enfants. De ce point de vue, le MST se diff\u00e9rencie du syndicat o\u00f9, traditionnellement, seul l&#8217;homme adulte participe aux assembl\u00e9es syndicales. Nous avons per\u00e7u qu&#8217;en cela r\u00e9sidait notre force, car l&#8217;homme, en plus d&#8217;\u00eatre machiste est conservateur et individualiste. Le Mouvement, dans la mesure o\u00f9 il int\u00e8gre tous les membres de la famille, acquiert une potentialit\u00e9 incroyable. [&#8230;] Une autre subdivision \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du caract\u00e8re populaire et qui le rend plus populaire encore, c&#8217;est que d\u00e8s le d\u00e9but nous avons \u00e9t\u00e9 peu sectaire, et cela est peut \u00eatre du au travail de l&#8217;Eglise. [&#8230;]<\/p>\n<p>\u00ab Le MST a su s&#8217;ouvrir \u00e0 ce qui existait dans la soci\u00e9t\u00e9. Simplement, il ne s&#8217;est pas enferm\u00e9 et ne s&#8217;enferme pas dans un mouvement paysan typique dans lequel n&#8217;entrent que ceux qui emploient les outils du cultivateur. [&#8230;] Le lien avec la base a toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00e9serv\u00e9 parce que nous savons que le MST doit \u00eatre fait par les travailleurs. Mais jamais nous n&#8217;avons refus\u00e9 l&#8217;adh\u00e9sion de ceux qui voulaient lutter pour la r\u00e9forme agraire. [&#8230;] Nous avons compris que la lutte pour la terre, pour la r\u00e9forme agraire, bien qu&#8217;elle ait une base sociale paysanne, ne pouvait \u00eatre port\u00e9e en avant que si elle faisait partie de la lutte de classes. Depuis le d\u00e9but, nous savions que nous ne luttions pas contre un &#8220;grileiro&#8221; (v. encadr\u00e9). Nous savions que nous luttions contre une classe, celle des grands propri\u00e9taires terriens, contre un Etat bourgeois. Nos ennemis sont les grands propri\u00e9taires terriens et l&#8217;Etat qui ne d\u00e9mocratise pas les relations sociales dans les campagnes, qui n&#8217;apporte pas le d\u00e9veloppement dans le monde rural. Cet Etat qui est impr\u00e9gn\u00e9 d&#8217;int\u00e9r\u00eats de classe. [&#8230;]<\/p>\n<p>\u00ab A plusieurs moments de notre histoire, certains ont affirm\u00e9 que le MST allait se transformer en parti politique. Cela n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 dans la perspective du MST. Mais jamais non plus nous n&#8217;avons cess\u00e9 de participer \u00e0 la vie politique du pays. \u00bb<\/p>\n<p>TRADUIT PAR PIERRE COURCELLES<\/p>\n<p>1. MST : Movimento dos trabalhadores rurais sem terra : Mouvement des travailleurs ruraux sans terre : organisation n\u00e9e en 1984.<\/p>\n<p>2. Jo\u00e3o Pedro St\u00e9dile, Bernardo Man\u00e7ano Fernandes, Brava gente. A trajet\u00f3ria do MST e a luta pela terra no Brasil . Editora Fundac\u00e3o Perseu Abramo, Br\u00e9sil, S\u00e3o Paulo, 1999. (&#8220;Brava gente&#8221; peut se traduire par &#8220;gens courageux\/ furieux\/admirables&#8221;). Nous remercions vivement la Fundac\u00e3o Perseu Abramo (cr\u00e9\u00e9e par le Parti des Travailleurs), d&#8217;avoir bien voulu nous permettre la traduction d&#8217;extraits de Brava gente .<\/p>\n<p>3. Professeur \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 de Campinas (Etat de S\u00e3o Paulo), auteur de A modernisation dolorosa (Editora Zahar, Rio de Janeiro, 1982). Ce livre pr\u00e9sente une analyse du processus de d\u00e9veloppement capitaliste de l&#8217;agriculture br\u00e9silienne des ann\u00e9es 1970, au cours desquelles elle se modernisa technologiquement mais perp\u00e9tua la concentration de la propri\u00e9t\u00e9 et l&#8217;exclusion.<\/p>\n<p>4. La Commission Pastorale de la terre est un organisme d\u00e9pendant de la CNBB (Confer\u00eancia Nacional dos Bispos do Brasil : Conf\u00e9rence Nationale des Ev\u00eaques du Br\u00e9sil). Avec l&#8217;apparition de la CPT, se cr\u00e9e, en pleine dictature militaire, un mouvement d&#8217;\u00e9v\u00eaques, de pr\u00eatres, d&#8217;agents pastoraux, oppos\u00e9s au mod\u00e8le qui s&#8217;installait dans l&#8217;agriculture. [NDLR]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1679","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1679","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1679"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1679\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1679"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1679"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1679"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}