{"id":1666,"date":"1999-11-01T00:00:00","date_gmt":"1999-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/sexe-a-tous-les-etages1666\/"},"modified":"1999-11-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-10-31T23:00:00","slug":"sexe-a-tous-les-etages1666","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1666","title":{"rendered":"Sexe \u00e0 tous les \u00e9tages"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> On nous avait annonc\u00e9 une d\u00e9ferlante &#8220;\u00e9rotique hard&#8221; pour la rentr\u00e9e litt\u00e9raire, avec des \u00e9crivains de choc dont plusieurs femmes, et non des moindres, Christine Angot, Clotilde Escalle, Claire Legendre, Alina Reyes&#8230; Du d\u00e9sir et de l&#8217;ellipse&#8230; <\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9v\u00e9nement, comme on l&#8217;a vu et on le voit, ne manque pas de susciter des commentaires. Que les femmes, chez nous, aujourd&#8217;hui, puissent tout faire, tout dire, tout \u00e9crire, sans censure ni autocensure, bravo ! Qu&#8217;elles parlent cr\u00fbment de ce qui \u00e9tait jusque-l\u00e0 l&#8217;apanage des hommes, organes, rapports sexuels, etc. pourquoi pas ? On se prend \u00e0 r\u00eaver d&#8217;une litt\u00e9rature \u00e9rotique innovante, pleine de sensations, d&#8217;\u00e9motions in\u00e9dites, d&#8217;imaginations lib\u00e9r\u00e9es&#8230; La jouissance et le mot, noces br\u00fblantes ! Point besoin, n&#8217;est-ce pas, de recourir \u00e0 l&#8217;extraordinaire, aux subtilit\u00e9s amoureuses des Pygm\u00e9es ou du K\u00e3ma-Sutra, la beaut\u00e9 est l\u00e0, dans le d\u00e9sir, le plaisir, corps et verbe accord\u00e9s&#8230; H\u00e9las !Est-ce \u00e0 cause de l&#8217;absence d&#8217;interdit, de myst\u00e8re, de cach\u00e9, de non-dit, nous voil\u00e0 dans le regard froid, l&#8217;exp\u00e9rience clinique, voire le t\u00e9moignage ordurier, scatologique, avec un langage pauvre, an\u00e9mi\u00e9. Ce n&#8217;est pas de l'&#8221;\u00e9rotisme hard&#8221;, c&#8217;est du mis\u00e9rable porno (on ne r\u00e9p\u00e9tera jamais assez que l&#8217;\u00e9rotisme est un art !). Faire l&#8217;amour (le mot para\u00eet incongru) se r\u00e9duit \u00e0 un ensemble de gestes et de r\u00e9actions mortif\u00e8res \u00e0 la laideur affligeante. Triste m\u00e9canique ! Le sexe, rien que le sexe ! Les t\u00eates sont vides, les sexes idiots.Dans Viande, Claire Legendre, avec un personnage qui est &#8220;une voix cass\u00e9e par la vie&#8221; (dixit la quatri\u00e8me de couverture), \u00e9volue dans le sordide avec une pens\u00e9e compl\u00e8tement d\u00e9bile. Le ton est donn\u00e9 d&#8217;embl\u00e9e : &#8220;J&#8217;ai mal dans la chatte. (&#8230;) Il n&#8217;y a rien de mieux que les affections du sexe pour vous obliger \u00e0 serrer les fesses. C&#8217;est bien, je pense, quand toute cette histoire sera finie, j&#8217;aurai moins de gras au cul.&#8221; La suite est pareillement &#8220;\u00e0 chier&#8221;, ainsi qu&#8217;est d\u00e9fini un personnage. Qui donc publie \u00e7a ? Grasset.&#8221;Je suce, l\u00e8che, aspire. La verge prend peu \u00e0 peu forme. Pas question de la d\u00e9laisser un instant, il faudrait tout recommencer. Je glisse la langue entre les plis, je d\u00e9calotte tout \u00e0 fait le gland&#8230;&#8221; Non, ce n&#8217;est pas la m\u00eame auteur, malgr\u00e9 l&#8217;uniformit\u00e9 de ton et si l&#8217;on peut dire de style. Ici, c&#8217;est Clotilde Escalle, dans Herbert jouit. Herbert est un vieillard baveux, \u00e9dent\u00e9 et flageolant qu&#8217;une jeune femme g\u00e9n\u00e9reuse parvient \u00e0 ranimer, comme l&#8217;indique abruptement le titre. Il y a du travail&#8230; La quatri\u00e8me de couverture, qui fait dans l&#8217;accroche noble, nous explique sans rire : &#8220;Si loin, elle est si loin, perdue dans ses r\u00eaves&#8230; Alors elle voudra lutter pour lui, pour sa vie, pour son sexe.&#8221; En couverture, une photo de couple convenable, le vieillard, cheveux blancs, canne, vu de dos, marchant dans une all\u00e9e aust\u00e8re. Certes, il ne faut pas se fier aux apparences !<\/p>\n<p><strong> Lilith, entre l&#8217;envol mythique et la lourdeur hard <\/strong><\/p>\n<p>A c\u00f4t\u00e9 de ces nullit\u00e9s, la Lilith d&#8217;Alina Reyes, dot\u00e9e d&#8217;une vraie ambition litt\u00e9raire, fait figure de brillante cr\u00e9ation, malgr\u00e9 la monotonie de ses fellations inlassablement r\u00e9p\u00e9t\u00e9es (il ne suffit pas de varier les partenaires&#8230;). Chaque nuit, la d\u00e9mone &#8220;se gave de sperme&#8221;, jusqu&#8217;au jour o\u00f9 il lui faut du sang. Alors elle fait \u00e9clater sous ses dents l&#8217;art\u00e8re p\u00e9nienne et vide ses malheureuses victimes de leur sang, \u00e0 mort. Ici et l\u00e0 surgissent quelques moments vibrant d&#8217;un lyrisme noir. C&#8217;est le meilleur du livre qui oscille entre l&#8217;envol mythique (&#8221;<\/p>\n<p>Alors je redeviendrai Lilith, la femme des origines, faite de boue pour vivre libre&#8230;&#8221;) et la lourdeur &#8220;hard&#8221; (&#8220;Les hommes veulent juste une illusion pour baiser comme ils se branlent. Moi je ne veux que leurs couilles, leur bite, leur cul&#8230;&#8221;)Fellation et &#8220;r\u00eave&#8221; clam\u00e9 haut et fort : &#8220;C&#8217;est grandiose d&#8217;avoir une bite&#8221; (Viande). Dans l&#8217;Inceste, Christine Angot, plus intellectuellement, d\u00e9clare \u00e0 son amie : &#8220;Je rejoins les th\u00e8ses de M\u00e9lanie Klein qui envisage l&#8217;homosexualit\u00e9 f\u00e9minine comme l&#8217;utilisation d&#8217;un p\u00e9nis sadique. J&#8217;ai pas de queue mais je te sodomise.&#8221;<\/p>\n<p>Lilith aime &#8220;les femmes qui lui ressemblent&#8221; : &#8220;L&#8217;amour entre femmes a l&#8217;int\u00e9r\u00eat d&#8217;une masturbation sophistiqu\u00e9e&#8221;. L&#8217;homosexualit\u00e9 s&#8217;installe aussi chez Balland (collection &#8220;Rayon gay&#8221;). Serait-elle le rem\u00e8de \u00e0 une h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 exsangue, condamn\u00e9e \u00e0 l&#8217;abject ? Les choses ne sont pas si simples. surtout pour Christine Angot qui, avec sa petite \u00e9criture vive, s\u00e8che, lapidaire, en avouant avoir \u00e9t\u00e9 &#8220;homosexuelle \u00e0 cent pour cent&#8221; pendant trois mois r\u00e9v\u00e8le, dans tous ses d\u00e9tails, l&#8217;hyst\u00e9rie qui en a r\u00e9sult\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Les \u00e9pigones de Houellebecq : l&#8217;oralit\u00e9 de la confession <\/strong><\/p>\n<p>On parle beaucoup de l&#8217;Inceste et encore plus de Christine Angot qui, disent les m\u00e9chantes langues, a pris la rel\u00e8ve de Houellebecq (loi du march\u00e9 oblige, \u00e0 chaque rentr\u00e9e un \u00e9crivain chasse l&#8217;autre), lui-m\u00eame ayant ouvert la voie dans ses Particules (1) \u00e0 ce d\u00e9ferlement &#8220;hard&#8221;.<\/p>\n<p>Pour Christine Angot, l&#8217;inceste est double : fantasm\u00e9 (&#8220;baiser avec une femme&#8221;) et r\u00e9el bien qu&#8217;enfoui dans la m\u00e9moire, subi avec le p\u00e8re. &#8220;C&#8217;est \u00e0 cause de \u00e7a que je suis devenue folle&#8230;&#8221; L&#8217;\u00e9criture, pour elle, &#8220;une sorte de rempart contre la folie&#8221;. D&#8217;o\u00f9 une confession tr\u00e8s orale, qui ressemble \u00e0 celle qu&#8217;on fait sur le divan d&#8217;un psy. L&#8217;exercice s&#8217;accompagne, bien s\u00fbr, de masochisme, et de l&#8217;in\u00e9vitable agression du lecteur. &#8220;Je d\u00e9teste \u00e0 avoir \u00e0 \u00e9crire \u00e7a. Je vous d\u00e9teste. Je vous hais&#8230;&#8221;<\/p>\n<p>Christine Angot a du talent (un regard, des trouvailles, un ton&#8230;) mais son monologue-tunnel de plus de deux cents pages, chaotique, informe, malgr\u00e9 certains instants forts, englue bient\u00f4t le lecteur dans une logorrh\u00e9e verbale qui fr\u00f4le l&#8217;insignifiance. Qu&#8217;elle fonctionne dans &#8220;la merde de t\u00e9moignage&#8221; avec sa &#8220;nullit\u00e9&#8221;, son &#8220;rien&#8221;, son &#8220;minimum d&#8217;\u00eatre humain&#8221;, c&#8217;est son affaire (pour \u00e7a, il y a des amateurs). La question qui d\u00e9passe l&#8217;Inceste et touche une partie importante de la litt\u00e9rature actuelle, maintenant qu&#8217;on parle vite, en zappant sur la vie et en voulant &#8220;tout&#8221; dire, semble bien le rapport oralit\u00e9-\u00e9criture, \u00e0 savoir ce que devient l&#8217;\u00e9criture quand elle prend pour base l&#8217;oralit\u00e9. Est-ce que le &#8220;parler vrai&#8221; suffit ?<\/p>\n<p><strong> Supr\u00eame audace des hommes : parler sexe sans oublier le sentiment <\/strong><\/p>\n<p>Puisqu&#8217;on est dans le sujet, j&#8217;invite \u00e0 lire, relire l&#8217;\u00e9poustouflante F\u00e9erie pour une autre fois de C\u00e9line, sommet de l&#8217;\u00e9criture orale exp\u00e9rimentale, qui nous emporte dans un \u00e9blouissement continu, une invention langagi\u00e8re inou\u00efe. Suspense, l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, fra\u00eecheur, vigueur, le souvenir parl\u00e9 et en m\u00eame temps coul\u00e9 magistralement au creuset de la grande litt\u00e9rature&#8230; 250 pages pour dire une nuit et le d\u00e9but d&#8217;une matin\u00e9e ! Sur le plan de la recherche, voil\u00e0 qui remet les pendules \u00e0 l&#8217;heure et rel\u00e8ve les ambitions.<\/p>\n<p>Et les hommes \u00e9crivains, dans le genre ? C&#8217;est la bonne surprise. Voil\u00e0 qu&#8217;ils ont, eux, la supr\u00eame audace (ringarde ?) de parler sexe sans oublier le sentiment. Dans Apologie de la viande, un premier roman, R\u00e9gis Clinquart vit l&#8217;exp\u00e9rience douloureuse de l&#8217;abandon par la femme aim\u00e9e : &#8220;Je suis mort. (&#8230;) J&#8217;ai cess\u00e9 d&#8217;\u00eatre un couple.&#8221; Moments pass\u00e9s, pr\u00e9sents, alternent avec des r\u00e9flexions sur l&#8217;\u00e9criture et le lecteur. Autant de &#8220;beaut\u00e9s et immondices de ce monde&#8221;&#8230; La beaut\u00e9 est dans le souvenir de l&#8217;amour, les immondices nous entra\u00eenent &#8220;dans la boue des gestes de l&#8217;amour qui ne signifient rien&#8221;. En ne pensant qu&#8217;\u00e0 se &#8220;salir chaque jour un peu plus&#8221;, l&#8217;auteur touche le fond des turpitudes sexuelles. Au moins le fait-il au niveau o\u00f9 l&#8217;\u00e9criture prend sens&#8230; La question : et apr\u00e8s ?<\/p>\n<p>Avec Vingt fois toi et moi, Jean-Fran\u00e7ois Kerv\u00e9an signe un beau r\u00e9cit, celui de la relation tendre et sexuelle d&#8217;un architecte qui cherche l&#8217;inspiration et d&#8217;un gar\u00e7on &#8220;rapide \u00e0 se donner, familier de la nuit&#8221;&#8230; &#8220;Change ma vie, change-la. Elle est \u00e0 toi. Tu n&#8217;es pas comme moi, d&#8217;ailleurs tu ne ressembles \u00e0 personne que je connaisse&#8221;&#8230; C&#8217;est une parole mais aussi une superbe \u00e9criture, avec des images flamboyantes, du souffle, de l&#8217;\u00e9motion.Enfin, ne ratez pas l&#8217;Os de Dionysos de Christian Laborde, que Pauvert a la bonne id\u00e9e de r\u00e9-\u00e9diter. Interdit en 1987 pour &#8220;pornographie et danger pour la jeunesse&#8221; (on mesure le chemin parcouru depuis !), ce roman, qui a gard\u00e9 son riche \u00e9rotisme et sa violence jubilatoire, insolent, provocateur, fou comme on ne sait plus l&#8217;\u00eatre, est un r\u00e9gal.<\/p>\n<p><strong> Claire Legendre, <\/strong> Viande,<\/p>\n<p>Grasset, 188 p., 98 F<\/p>\n<p><strong> Clotilde Escalle, <\/strong> Herbert jouit,<\/p>\n<p>Calmann-L\u00e9vy, 140 p., 82 F<\/p>\n<p><strong> Alina Reyes, <\/strong> Lilith,<\/p>\n<p>Robert-Laffont, 285 p., 129 F<\/p>\n<p><strong> Christine Angot, <\/strong> l&#8217;Inceste,<\/p>\n<p>Stock, 220 p., 105 F<\/p>\n<p><strong> C\u00e9line, <\/strong><\/p>\n<p>F\u00e9erie pour une autre fois,<\/p>\n<p>Folio, 635 p.<\/p>\n<p><strong> R\u00e9gis Clinquart, <\/strong> Apologie de la viande,<\/p>\n<p>\u00e9ditions du Rocher, 320 p.<\/p>\n<p><strong> Jean-Fran\u00e7ois Kerv\u00e9an, <\/strong> Vingt fois toi et moi,<\/p>\n<p>Pauvert, 220 p., 96 F<\/p>\n<p><strong> Christian Laborde, <\/strong> l&#8217;Os de Dionysos,<\/p>\n<p>Pauvert, 220 p, 96 F<\/p>\n<p>1. Michel Houellebecq, les Particules \u00e9l\u00e9mentaires, Flammarion, 1998.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> On nous avait annonc\u00e9 une d\u00e9ferlante &#8220;\u00e9rotique hard&#8221; pour la rentr\u00e9e litt\u00e9raire, avec des \u00e9crivains de choc dont plusieurs femmes, et non des moindres, Christine Angot, Clotilde Escalle, Claire Legendre, Alina Reyes&#8230; Du d\u00e9sir et de l&#8217;ellipse&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1666","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1666","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1666"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1666\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1666"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1666"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1666"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}