{"id":1645,"date":"1999-10-01T00:00:00","date_gmt":"1999-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/comment-ca-va1645\/"},"modified":"1999-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-09-30T22:00:00","slug":"comment-ca-va1645","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1645","title":{"rendered":"Comment \u00e7a va ?"},"content":{"rendered":"<p>Cette question, tr\u00e8s \u00e0 l&#8217;honneur dans la conversation ordinaire, signe d&#8217;une politesse qui insiste, re\u00e7oit fr\u00e9quemment la r\u00e9plique d&#8217;un &#8220;tr\u00e8s bien merci !&#8221; comme pour clore l\u00e0 une investigation, peut-\u00eatre courtoise, mais jug\u00e9e trop curieuse d&#8217;une intimit\u00e9 souvent fertile en histoires diverses et autres drames peu ordinaires. Alors chacun y va de sa suture &#8220;\u00e7a va !&#8221; et parlons d&#8217;autre chose, pourquoi pas des autres, du voisin, du coll\u00e8gue. Si bien que, lorsque France-T\u00e9l\u00e9vision inscrit dans ses programmes la question en question je ne peux pas m&#8217;emp\u00eacher de penser \u00e0 ce qui ne va pas, \u00e0 ce qui ne perce pratiquement jamais les \u00e9crans, et je redoute les r\u00e9ponses livr\u00e9es dans un d\u00e9sordre bien r\u00e9gl\u00e9, p\u00e2le imitation du r\u00e9el, jamais \u00e0 la mesure de la turbulence qui remue en tous sens, de mani\u00e8re confuse et contradictoire, le monde. Or d\u00e8s la rentr\u00e9e, o\u00f9 derri\u00e8re les grilles, les m\u00eames remplacent les m\u00eames, les gensdet\u00e9l\u00e9 s&#8217;agitent, comme toujours, pour toucher \u00e0 tout en triant dans le foisonnement du monde certaines choses de la vie, au rythme des urgences toujours plus urgentes, comme si seule la vitesse comptait ; nulle part et ailleurs, Naguy court apr\u00e8s son ombre.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, loin d&#8217;\u00eatre aveugles, les \u00e9crans profilent un horizon o\u00f9 il est de plus en plus difficile de ne pas voir les l\u00e9zardes d&#8217;un syst\u00e8me de vitesse et de productivisme o\u00f9 la bourse joue chaque jour contre la vie. Dans de singuli\u00e8res cons\u00e9cutions, les amateurs de c\u00e8pes profitent d&#8217;une bien belle saison et la famille Eltsine de bonnes rentr\u00e9es, merci ! Mais la t\u00e9l\u00e9vision, qui peut avoir du coeur, n&#8217;oublie pas les consignes et r\u00e9p\u00e8te jusqu&#8217;\u00e0 la naus\u00e9e l&#8217;\u00e9loge d&#8217;\u00e9toiles dont la lueur provient le plus souvent de mondes \u00e9teints, c&#8217;est bien connu !, le corps gracile et blond, la foul\u00e9e fluide, la roumaine Gabriela Szabo survole le 5000 m f\u00e9minin et glane de l&#8217;or pour un pays rong\u00e9 au quotidien par la morne r\u00e9p\u00e9tition du r\u00e2le de nombreux enfants min\u00e9s par les maladies de la mis\u00e8re qui r\u00e9clament d&#8217;autres urgences ; en outre, si le bleu des athl\u00e8tes fran\u00e7ais a aussi des reflets dor\u00e9s et argent\u00e9s, le bleu que je lui pr\u00e9f\u00e8re a l&#8217;\u00e9clat du p\u00e9nicillium roqueforti, cette fertile moisissure qui ennoblit le lait de brebis et sur laquelle les Etats-Unis pratiquent un chantage inqualifiable. Ne nous y trompons pas, le boeuf aux hormones dont Clinton veut nous gaver est une qualit\u00e9 de la productivit\u00e9 extr\u00eame, le signe d&#8217;une recherche \u00e0 tout prix de la rentabilit\u00e9 mais s\u00fbrement pas du bien-\u00eatre ; cette viande n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 une option pour les pauvres ni une promesse de sol pour les paysans sans terre du Br\u00e9sil ou d&#8217;ailleurs, elle est plut\u00f4t l&#8217;agent d&#8217;une standardisation de la nourriture \u00e0 partager dans des lieux d&#8217;illusion o\u00f9 s&#8217;an\u00e9antirait la lutte des classes.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, le refus du paysan fran\u00e7ais de sombrer dans la boue pour s&#8217;aligner sur une &#8220;sale bouffe&#8221; rejoint la d\u00e9fense du droit des peuples de se nourrir comme ils le choisissent. C&#8217;est une jacquerie croquante, intelligente et populaire car elle est soucieuse de la sant\u00e9 de tous et pose la question majeure d&#8217;un choix de soci\u00e9t\u00e9 ; c&#8217;est un cri et c&#8217;est un chant. Sa violence spectaculaire qui insiste et persiste vient de cette longue agonie du monde paysan auquel, depuis trop longtemps, on a demand\u00e9 de produire toujours plus, \u00e0 des prix de plus en plus bas, pour enrichir les fabriques. La t\u00e9l\u00e9vision et la radio ont mis du temps \u00e0 prendre ce mouvement au s\u00e9rieux ou plut\u00f4t \u00e0 le comprendre, jusqu&#8217;\u00e0 \u00e9voquer les m\u00e9faits d&#8217;un antiam\u00e9ricanisme primaire ; une pi\u00e8tre tentative de diversion. L&#8217;affaire est d&#8217;une autre nature car, \u00e0 l&#8217;instar du barbare qui est un homme infid\u00e8le \u00e0 son humanit\u00e9, le lib\u00e9ralisme, avec sa pr\u00e9tention de fournir un mod\u00e8le de la totalit\u00e9, cultive surtout la pr\u00e9cipitation et couve la catastrophe, par le march\u00e9 et la libre concurrence sans r\u00e9gulation, d&#8217;un d\u00e9veloppement anarchique du sujet et la faillite de l&#8217;universel ; le chez-soi l&#8217;emporte sur le chez-nous.<\/p>\n<p>Qui peut ignorer qu&#8217;un monde fragment\u00e9 produit toujours des effets de barbarie, et qu&#8217;un peuple d\u00e9pourvu d&#8217;Etat est d\u00e9muni face \u00e0 la conqu\u00eate et \u00e0 l&#8217;oppression ? Etre moderne, c&#8217;est combattre, un homme qui se bat, quelle que soit l&#8217;issue du combat, est un homme libre, Jos\u00e9 et ses compagnons sont des hommes qui nous enseignent la libert\u00e9, la solidarit\u00e9 et la fraternit\u00e9. Une le\u00e7on de vie dont les gensdet\u00e9l\u00e9 feraient bien de s&#8217;inspirer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette question, tr\u00e8s \u00e0 l&#8217;honneur dans la conversation ordinaire, signe d&#8217;une politesse qui insiste, re\u00e7oit fr\u00e9quemment la r\u00e9plique d&#8217;un &#8220;tr\u00e8s bien merci !&#8221; comme pour clore l\u00e0 une investigation, peut-\u00eatre courtoise, mais jug\u00e9e trop curieuse d&#8217;une intimit\u00e9 souvent fertile en histoires diverses et autres drames peu ordinaires. 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