{"id":1638,"date":"1999-10-01T00:00:00","date_gmt":"1999-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/cintra1638\/"},"modified":"1999-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-09-30T22:00:00","slug":"cintra1638","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1638","title":{"rendered":"Cintra"},"content":{"rendered":"<p>Le th\u00e9\u00e2tre portugais reste mal connu de ses voisins europ\u00e9ens (compagnies, metteurs en sc\u00e8ne, com\u00e9diens, critiques&#8230;) et c&#8217;est sans doute dommage. Ce petit pays qui a une si grande histoire a aussi une histoire du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>Luis Miguel Cintra , metteur en sc\u00e8ne et acteur aupr\u00e8s des plus grands r\u00e9alisateurs portugais (Manoel de Oliveira, Paolo Rocha&#8230;) a toujours v\u00e9cu sa vie pour le th\u00e9\u00e2tre qu&#8217;il a d&#8217;abord appris \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9.<\/p>\n<p>1968, ann\u00e9e cosmique&#8230; Il est \u00e0 Avignon o\u00f9 il d\u00e9couvre le Living Theater.<\/p>\n<p>A Paris il rencontre le Berliner Ensemble, Grotowski, Strehler&#8230; Pour apprendre, les ma\u00eetres l&#8217;invitent&#8230; \u00e0 demeurer au Portugal. Il apprend vite et fonde, en<\/p>\n<p>1973, sous la duret\u00e9 du r\u00e9gime salazariste, le Teatro da Cornucopia qu&#8217;il ouvre avec le Misanthrope de Moli\u00e8re et qu&#8217;il continue \u00e0 diriger aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p>1974, ann\u00e9e r\u00e9volutionnaire&#8230; Il donne l&#8217;Ile des esclaves et la Dispute de Marivaux puis Grandeur et Mis\u00e8re du IIIe Reich de Brecht.<\/p>\n<p>Rappelons que Brecht \u00e9tait interdit de repr\u00e9sentation au Portugal jusqu&#8217;\u00e0 la R\u00e9volution des OEillets (1). Suivent Tambours dans la nuit, les Petits Bourgeois de Gorki, Casimir et Caroline de Horvath, Et ne peut-on l&#8217;exterminer ? de Karl Valentin. La liste est longue. Parmi ses pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s le Labyrinthe de Cr\u00eate de Antonio Jos\u00e9 Da Silva et, cette ann\u00e9e, un Mariage de Figaro tellement jeune et inventif qu&#8217;il a \u00e9t\u00e9 prolong\u00e9 durant deux mois.<\/p>\n<p>Lorsqu&#8217;on l&#8217;interroge sur la vitalit\u00e9 de la production th\u00e9\u00e2trale actuelle, Luis Miguel parle sans complaisance : &#8220;C&#8217;est un peu confus. Nous avons beaucoup de petites troupes, de gens tr\u00e8s jeunes. C&#8217;est parfois tr\u00e8s int\u00e9ressant, parfois tr\u00e8s mauvais. Mais l&#8217;on sent que les choses bougent et qu&#8217;il y a beaucoup d&#8217;activit\u00e9s pour une petite ville comme Lisbonne ou \u00e0 Porto.&#8221;<\/p>\n<p>Sur un plateau, sur une sc\u00e8ne ou assis dans un bureau, Luis Miguel Cintra d\u00e9gage la pr\u00e9sence et la force int\u00e9rieure qui font sa signature. Pour lui, jusqu&#8217;\u00e0 il y a seulement quatre ans, la politique th\u00e9\u00e2trale \u00e9tait une politique d&#8217;extermination pour les compagnies ind\u00e9pendantes. Aujourd&#8217;hui, elle se partage en deux tendances : &#8220;Une qui appuie les compagnies ind\u00e9pendantes, anciennes et nouvelles.<\/p>\n<p>Une autre qui appuie le th\u00e9\u00e2tre officiel, dans un syst\u00e8me de concurrence comme dans toute l&#8217;Europe : grandes salles avec des spectacles \u00e9trangers invit\u00e9s, grandes productions luxueuses&#8230;&#8221;<\/p>\n<p>Le prix d&#8217;un billet au Th\u00e9\u00e2tre national de Lisbonne est d&#8217;environ 75 F. Les th\u00e9\u00e2tres ind\u00e9pendants, m\u00eame les plus solides, Almada, A Comuna, Malaposta&#8230; ne peuvent qu&#8217;\u00eatre sensiblement moins chers. Le salaire &#8220;moyen&#8221; au Portugal est d&#8217;environ 5 000 F pour un professeur de lyc\u00e9e, ce qui met encore le th\u00e9\u00e2tre hors de port\u00e9e d&#8217;un tr\u00e8s grand nombre. &#8220;De la m\u00eame fa\u00e7on, pour un com\u00e9dien ou un metteur en sc\u00e8ne, travailler \u00e0 Lisbonne est bien plus rentable qu&#8217;\u00e0 Porto o\u00f9 il existe cependant quatre th\u00e9\u00e2tres nationaux.&#8221; Tous comptes faits,<\/p>\n<p>Lisbonne demeure le lieu phare. La capitale a m\u00eame dans sa banlieue son Avignon (\u00e0 une \u00e9chelle plus petite et plus humaine) avec le Festival international d&#8217;Almada (2).&#8221;Ce Festival fond\u00e9 par Joaquim Benite en 1980 \u00e9tait le Festival des pauvres.. (&#8230;) Les ann\u00e9es 80 \u00e9taient tr\u00e8s difficiles. Il n&#8217;y avait pas de public. On \u00e9tait isol\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9. Le th\u00e9\u00e2tre \u00e9tait cher et les gens ne sortaient pas beaucoup. Maintenant, \u00e7a change beaucoup, surtout chez les jeunes. Il y a une vie nouvelle.&#8221;<\/p>\n<p>La jeunesse est un th\u00e8me de recherche pour Luis Miguel Cintra qu&#8217;il explore cette ann\u00e9e avec Affabulation de Pasolini. &#8220;Une pi\u00e8ce extraordinaire qui pose des questions qui m&#8217;interrogent. Une pi\u00e8ce tr\u00e8s marqu\u00e9e par le contexte des ann\u00e9es 60, des mouvements de contestation \u00e9tudiants en Italie, comme dans d&#8217;autres pays. Pasolini y prend des positions tr\u00e8s extr\u00eames et tr\u00e8s int\u00e9ressantes.<\/p>\n<p>Il s&#8217;interroge sur l&#8217;\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise europ\u00e9enne, sur l&#8217;industrialisation de l&#8217;Italie et sur le passage \u00e0 une \u00e9poque nouvelle, en h\u00e9ritier de la guerre et d&#8217;une Europe o\u00f9 les classes sociales \u00e9taient encore tr\u00e8s prononc\u00e9es.&#8221;<\/p>\n<p>Un conflit entre un grand bourgeois industriel de Milan et son fils, des rapports difficiles entre les g\u00e9n\u00e9rations, toujours actuels.<\/p>\n<p>&#8220;J&#8217;admire beaucoup Pasolini. Jouer une pi\u00e8ce de lui, c&#8217;est une fa\u00e7on de le lire, de comprendre sa pens\u00e9e. J&#8217;ai tr\u00e8s peur car je vais diriger le spectacle et jouer le r\u00f4le principal. La pi\u00e8ce est tellement \u00e9trange, tellement tout ce que l&#8217;on peut attendre du th\u00e9\u00e2tre. C&#8217;est un texte \u00e9crit en vers. Nous sommes \u00e0 deux. Il faut que ce soit une chose simple et d\u00e9pouill\u00e9e.&#8221; n M.D.S.<\/p>\n<p>* N\u00e9 en 1949 \u00e0 Madrid de parents portugais voyageurs. Il suit une formation th\u00e9\u00e2trale \u00e0 la facult\u00e9 des Lettres de Lisbonne et des cours de l&#8217;Old Vic de Bristol. En France, il a jou\u00e9 en Avignon, en 1988, avec Maria de Medeiros (un spectacle de Pessoa). En 1995 et 1997, il a travaill\u00e9 avec Brigitte Jacques au th\u00e9\u00e2tre de la Commune d&#8217;Aubervilliers.<\/p>\n<p>1. Carlos Porto, Histoire du th\u00e9\u00e2tre au Portugal.<\/p>\n<p>2. Cette ann\u00e9e, quatre compagnies latino-am\u00e9ricaines faisaient d&#8217;abord escale \u00e0 Almada avant d&#8217;aller en Avignon.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le th\u00e9\u00e2tre portugais reste mal connu de ses voisins europ\u00e9ens (compagnies, metteurs en sc\u00e8ne, com\u00e9diens, critiques&#8230;) et c&#8217;est sans doute dommage. Ce petit pays qui a une si grande histoire a aussi une histoire du th\u00e9\u00e2tre. 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