{"id":1632,"date":"1999-10-01T00:00:00","date_gmt":"1999-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/du-marxisme-comme-projet-de1632\/"},"modified":"1999-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-09-30T22:00:00","slug":"du-marxisme-comme-projet-de1632","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1632","title":{"rendered":"Du marxisme comme projet de mondialisation"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Wolfgang Fritz Haug <\/p>\n<p>Voir aussi Pourquoi un dictionnaire ?<strong> L&#8217;effondrement du communisme rouvre de grandes questions th\u00e9oriques. Une lecture fondamentale du processus de mondialisation en cours. Une r\u00e9flexion au coeur du Dictionnaire historico-critique du marxisme, vaste entreprise destin\u00e9e \u00e0 cerner les nouvelles dynamiques sociales et reprendre l&#8217;initiative politique et humaine. Critique, le marxisme est vivant. <\/strong><\/p>\n<p><strong> Que signifie l&#8217;oeuvre \u00e0 laquelle vous avez beaucoup travaill\u00e9 et dont vous \u00eates l&#8217;initiateur, le Dictionnaire historico-critique du marxisme? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Wolfgang Fritz Haug : <\/strong> La rupture historique des ann\u00e9es 1989-1991, la fin du monde bipolaire Est-Ouest ont mis en danger tout un univers de pens\u00e9es et de pratiques critiques issues des luttes sociales de ce si\u00e8cle. Aussi il s&#8217;agit \u00e0 la fois de sauver les tr\u00e9sors enfouis sous les ruines et d&#8217;autocritiquer les \u00e9normes fautes commises dans cette histoire, pour se pr\u00e9parer \u00e0 l&#8217;avenir. C&#8217;est la fonction du Dictionnaire historico-critique du marxisme.<\/p>\n<p><strong> Vous organisez aussi chaque ann\u00e9e une conf\u00e9rence internationale de l&#8217;Institut de Berlin pour la th\u00e9orie critique (INKRIT). Comment travaillez-vous ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> W.F.H. : <\/strong> Actuellement, il y a environ un millier de sp\u00e9cialistes venant surtout d&#8217;Europe naturellement, mais aussi d&#8217;Am\u00e9rique du Nord, d&#8217;Am\u00e9rique du Sud, un peu d&#8217;Asie, et tr\u00e8s peu d&#8217;Afrique, avec lesquels sont organis\u00e9es r\u00e9guli\u00e8rement des conf\u00e9rences internationales sur des probl\u00e8mes de th\u00e9orie et de pratique, en relation avec ce projet d&#8217;une critique historique du marxisme et de renouveau. Un atelier se tient \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 de Berlin, o\u00f9 les textes sont discut\u00e9s mais la plupart des d\u00e9bats se font par Internet qui rend cela possible par un \u00e9change quasi perp\u00e9tuel de textes, d&#8217;informations. Un projet de mondialisation, comme disait Henri Lefebvre du marxisme, trouve dans cette technologie son dispositif id\u00e9al.<\/p>\n<p><strong> Pourtant les forces lib\u00e9rales ont engag\u00e9 les premi\u00e8res, semble-t-il, une mobilisation intellectuelle consid\u00e9rable sur cet enjeu ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> W.F.H. : <\/strong> Absolument. Quand Reagan disait : l&#8217;avenir, c&#8217;est un nouveau si\u00e8cle des entrepreneurs, j&#8217;ai rigol\u00e9 au d\u00e9but, et puis j&#8217;ai vite compris que derri\u00e8re ce vieux com\u00e9dien, il y avait des forces conceptuelles capitalistes d&#8217;une formation tr\u00e8s rude et tr\u00e8s concr\u00e8te. Mais la gauche a dormi, et c&#8217;est la raison, \u00e0 mon avis, de la d\u00e9faite historique du projet de L\u00e9nine. Ce projet a \u00e9t\u00e9 assez fort, bien que sous des formes despotiques et avec des pertes \u00e9normes, pour industrialiser un pays arri\u00e9r\u00e9. Mais il n&#8217;a pu aller plus avant parce que le mode politique de contr\u00f4le de ce processus \u00e9tait incompatible avec l&#8217;ordinateur, avec la nouvelle place du salari\u00e9 dans l&#8217;entreprise et la soci\u00e9t\u00e9. On ne peut pas programmer un programmateur de la m\u00eame fa\u00e7on qu&#8217;on contr\u00f4lait un ouvrier r\u00e9p\u00e9tant un geste monotone sur une cha\u00eene de montage.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime policier n&#8217;\u00e9tait pas compatible avec cette nouvelle technologie flexible, multiforme, avec une place du travailleur tout \u00e0 fait diff\u00e9rente : maintenant il est lui-m\u00eame le contr\u00f4leur, il doit anticiper, il doit optimer, maximiser, etc. Il a des fonctions qu&#8217;on croyait autrefois r\u00e9serv\u00e9es aux sup\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>En Union sovi\u00e9tique jusqu&#8217;\u00e0 la fin, on les a gard\u00e9es le plus haut possible. Tandis que dans l&#8217;Ouest capitaliste, on a descendu le plus possible de d\u00e9cisions, le plus bas possible: on a d\u00e9couvert que c&#8217;\u00e9tait beaucoup plus rentable ! Cela m\u00e8ne aux raisons complexes pour lesquelles l&#8217;Union sovi\u00e9tique a disparu : ils n&#8217;ont pas cru \u00e0 Marx, ils ont cru que la violence, le contr\u00f4le, l&#8217;administration, les militaires, c&#8217;\u00e9tait tout. Ils n&#8217;ont pas compris qu&#8217;il y avait un bloc historique unissant toutes les forces sociales \u00e0 partir des modes de production, comme l&#8217;a analys\u00e9 Gramsci.<\/p>\n<p><strong> Quelles en ont \u00e9t\u00e9 les cons\u00e9quences pour le marxisme? <\/strong><\/p>\n<p><strong> W.F.H. : <\/strong> Le marxisme allemand a \u00e9t\u00e9 atteint par la division de l&#8217;Allemagne et par le contr\u00f4le sovi\u00e9tique sur tout le secteur qu&#8217;ils appelaient id\u00e9ologique. Ce contr\u00f4le a eu un effet terrible et il l&#8217;a toujours : dans l&#8217;Est de l&#8217;Allemagne, il y a beaucoup plus de r\u00e9sistance au marxisme chez les uns et chez les autres, avec un bon sens marxiste-l\u00e9niniste presque s\u00e9diment\u00e9, qu&#8217;on n&#8217;arrive pas \u00e0 int\u00e9resser, \u00e0 r\u00e9ouvrir aux interrogations. J&#8217;essaye de faire comprendre qu&#8217;il faut apprendre l&#8217;ABC de la politique en \u00e9tudiant Gramsci. Qu&#8217;avec les manuels du marxisme-l\u00e9ninisme d&#8217;autrefois, sovi\u00e9tiques, on ne pouvait comprendre comment les luttes de classes jouent en politique car elles en \u00e9taient manifestement absentes. Pour le Dictionnaire historique et critique du marxisme, les sources les plus importantes, au-del\u00e0 des sources classiques, viennent de France.<\/p>\n<p>Le marxisme fran\u00e7ais me semble plus \u00e9volu\u00e9. Bien s\u00fbr, la tradition allemande a toujours eu quelques lignes dissidentes, occult\u00e9es en leur temps, principalement la ligne th\u00e9orique de Bertolt Brecht, plus connu comme po\u00e8te et \u00e9crivain, mais qui a laiss\u00e9 des centaines et des centaines de petits textes th\u00e9oriques parmi les plus importants, les plus riches de toutes les traditions marxistes de ce bloc social. Cela aussi existe. Mais ce qui n&#8217;existe pas, c&#8217;est un r\u00e9seau stable de d\u00e9bats, d&#8217;exp\u00e9riences, de standards, de crit\u00e8res, etc. Et ce que la RDA a laiss\u00e9 sur le plan philosophique, est presque toujours plus riche et plus utilisable quand la distance vers le politique, vers Marx est plus grande. Plus on approche Marx, plus c&#8217;est contr\u00f4l\u00e9 et infertile.<\/p>\n<p><strong> Cela interroge directement le statut de la r\u00e9flexion th\u00e9orique par rapport au politique. <\/strong><\/p>\n<p><strong> W.F.H. : <\/strong> La t\u00e2che de la th\u00e9orie est tout \u00e0 fait diff\u00e9rente de la t\u00e2che de la politique, ce qui souvent n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 compris car il y a eu de grands intellectuels politiques, comme Marx et L\u00e9nine. Aussi a-t-on cru que les leaders \u00e9taient toujours les plus grands th\u00e9oriciens. Mais il s&#8217;agit d&#8217;une exception qui occulte la relation entre th\u00e9orie et politique dans la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Par exemple, Marx th\u00e9oricien vivait en grand d\u00e9saccord avec les partis ouvriers de son temps, en particulier avec le parti allemand. Marx a m\u00eame \u00e9crit aux dirigeants du parti allemand qu&#8217;il se pourrait que la th\u00e9orie : il parle de lui-m\u00eame comme de la th\u00e9orie :, doive divorcer publiquement de ce parti. Cela r\u00e9v\u00e8le une crise de relation entre le grand th\u00e9oricien et les dirigeants politiques allemands. Cet \u00e9pisode illustre clairement que la r\u00e9flexion radicale et la politique pratique de chaque jour font leur t\u00e2che \u00e0 des niveaux tellement diff\u00e9rents et distants qu&#8217;il y a un long chemin de l&#8217;un \u00e0 l&#8217;autre. En fait, Marx th\u00e9oricien a eu peu d&#8217;influence sur la politique et tr\u00e8s souvent l&#8217;influence n&#8217;appara\u00eet qu&#8217;une g\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s. Il y a des visions, des intuitions th\u00e9oriques qui sont tr\u00e8s bien travaill\u00e9es et qui montrent un chemin que la politique ne croit pas possible ou que la politique ne croit pas n\u00e9cessaire de choisir. Et puis, une ou deux g\u00e9n\u00e9rations plus tard, on se rend compte que la th\u00e9orie avait raison; l&#8217;exemple le plus fameux \u00e9tant la critique de Rosa Luxembourg \u00e0 la politique l\u00e9ninienne.<\/p>\n<p>Elle disait : &#8220;si vous \u00e9touffez la discussion publique, plurielle, vous allez \u00e9touffer vous-m\u00eame, vous allez couper les racines de votre pouvoir, \u00e0 la longue.&#8221; Quand on a essay\u00e9 de d\u00e9mocratiser la soci\u00e9t\u00e9 qui \u00e9tait n\u00e9e de cette grande r\u00e9volution, on a vu effectivement qu&#8217;elle n&#8217;avait pas de racines. Tr\u00e8s souvent la relation entre th\u00e9orie et politique s&#8217;\u00e9tablit \u00e0 longue distance.<\/p>\n<p><strong> Comment se manifeste cette distance aujourd&#8217;hui? <\/strong><\/p>\n<p><strong> W.F.H. : <\/strong> Il s&#8217;agit maintenant de l&#8217;analyse des changements de fond du mode de production, du changement des modes de repr\u00e9sentation politique, d&#8217;organisation du pouvoir, du concept de classe, il s&#8217;agit de r\u00e9viser tout un univers de formes re\u00e7ues, de formes connues, habituelles&#8230; Les d\u00e9bats sur cette n\u00e9cessit\u00e9 se d\u00e9roulent depuis une g\u00e9n\u00e9ration, trente ans, peut-\u00eatre. Autour des syndicats par exemple. Les syndicats, en Allemagne au moins, n&#8217;ont jamais rien accept\u00e9 de ces analyses, n&#8217;ont pas chang\u00e9 ; la r\u00e9alit\u00e9 a chang\u00e9 et les syndicats ont perdu leur pouvoir jour apr\u00e8s jour. Ils sont dans une crise tr\u00e8s profonde. Et maintenant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, ils essaient de rattraper l&#8217;histoire. Mais de nouveau, ils la rattrapent d&#8217;une fa\u00e7on tr\u00e8s probl\u00e9matique. Par exemple, aujourd&#8217;hui, dans cette crise affreuse cr\u00e9\u00e9e par les progr\u00e8s technologiques qui cr\u00e9ent un &#8220;ch\u00f4mage technologique&#8221;, au lieu de s&#8217;orienter vers une r\u00e9organisation radicale de la place du travail dans la soci\u00e9t\u00e9, en Allemagne les syndicats commencent maintenant \u00e0 dire : &#8220;le travail n&#8217;est pas tellement important dans la vie, il faut s&#8217;accommoder \u00e0 la perspective du travail pr\u00e9caire, ou pour seulement une partie de sa vie !&#8221; Donc th\u00e9orie et politique sont \u00e0 nouveau \u00e0 grande distance.<\/p>\n<p>Pourtant d\u00e8s que l&#8217;automation dans l&#8217;industrie a commenc\u00e9, dans les ann\u00e9es 60, on avait d\u00e9j\u00e0 des congr\u00e8s sur la r\u00e9organisation du travail, les cons\u00e9quences sociales complexes, les nouvelles formes de luttes, de repr\u00e9sentation et d&#8217;organisation. Cela montre que la relation entre th\u00e9orie et politique est tr\u00e8s probl\u00e9matique. Il ne faut certes pas attendre de l&#8217;analyse th\u00e9orique des pr\u00e9ceptes politiques imm\u00e9diatement applicables. Mais il faudrait peut-\u00eatre du c\u00f4t\u00e9 de la politique pratique un effort beaucoup plus grand pour tirer les cons\u00e9quences des pr\u00e9visions th\u00e9oriques, peut-\u00eatre trop g\u00e9n\u00e9rales et trop abstraites, pour les m\u00e9diatiser selon les n\u00e9cessit\u00e9s pratiques.<\/p>\n<p>Pour autant, le r\u00f4le de la th\u00e9orie n&#8217;a pas diminu\u00e9. Au fond, nous vivons aujourd&#8217;hui dans une nouvelle ignorance colossale, nous sommes un peuple distrait, absorb\u00e9 par les cha\u00eenes t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es, nous sommes distraits par des effets dont nous ne connaissons pas le m\u00e9canisme. Dans ces conditions, un nouvel effort pour se rendre compte o\u00f9 vont les choses, quelles sont les dynamiques du social aujourd&#8217;hui, serait n\u00e9cessaire pour ne pas perdre toute initiative politique et humaine.<\/p>\n<p><strong> Quels sont ces changements fondamentaux dans le processus de production auquels vous faites r\u00e9f\u00e9rence? <\/strong><\/p>\n<p><strong> W.F.H. : <\/strong> Je crois qu&#8217;il y a une vraie transition d&#8217;un mode de production \u00e0 un autre mode de production. Mais ce terme peut d\u00e9signer deux choses. Quelquefois, on l&#8217;utilise pour dire le capitalisme est un mode de production, et Marx lui-m\u00eame le fait. D&#8217;autres fois, Marx \u00e9crit que la manufacture est un mode de production dans le capitalisme et que la grande industrie est un autre mode de production. Je pr\u00e9f\u00e8re cette seconde acception. Dans ce cas, le terme mode de production est fondamental : il s&#8217;agit de l&#8217;unit\u00e9 vivante des forces productives et des rapports de production, de la dialectique entre les deux, et aussi de la fa\u00e7on v\u00e9cue et dynamique de cette relation. Cela pr\u00e9cis\u00e9, je crois qu&#8217;il faut aujourd&#8217;hui une attention comme celle que Gramsci a d\u00e9velopp\u00e9e dans les ann\u00e9es 20 et 30 autour du fordisme dont il a tir\u00e9 les cons\u00e9quences et analys\u00e9 l&#8217;apog\u00e9e. Ou au moins des param\u00e8tres importants de ce processus. Aujourd&#8217;hui, il s&#8217;agit d&#8217;analyser le post-fordisme : tous ces th\u00e8mes qui nous occupent tellement comme globalisation, n\u00e9o-lib\u00e9ralisme, etc., sont des formes d&#8217;apparence de cette transition.<\/p>\n<p>Au fond il s&#8217;agit d&#8217;une transition du mode de production, une transition qui n&#8217;est pas \u00e0 venir, mais un processus en cours. C&#8217;est extr\u00eamement important. S&#8217;il est vrai que le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme est la forme de gestion de cette transition, que globalisation est le nom de ce projet n\u00e9o-lib\u00e9ral de cr\u00e9er, d&#8217;aider la gestion de cette transition, alors cela n&#8217;a aucun sens de lutter contre la globalisation ! C&#8217;est comme un chien qui hurle \u00e0 la lune.<\/p>\n<p>Pour un marxiste, le probl\u00e8me devrait se poser \u00e0 partir des modes de production et non \u00e0 partir des formations politiques, le politique vient apr\u00e8s. Pas besoin d&#8217;\u00eatre l\u00e9niniste orthodoxe pour comprendre que le politique est l&#8217;expression de ce qui se passe au niveau du mode de production. Donc si on veut lutter contre la politique n\u00e9o-lib\u00e9rale, il faut comprendre que l&#8217;enjeu est la forme dans laquelle le nouveau mode de production est fa\u00e7onn\u00e9 : c&#8217;est une lutte autour du nouveau mode. Mais pas contre. Ses forces productives sont globales, c&#8217;est-\u00e0-dire que tout le globe est envelopp\u00e9 par ces forces dont le symbole est le r\u00e9seau de communication bas\u00e9 sur satellite et combin\u00e9 avec l&#8217;ordinateur, cr\u00e9ant pour la premi\u00e8re fois une infrastructure technologique pour la mondialisation et aussi pour l&#8217;auto-constitution de ce qu&#8217;on appelle l&#8217;humanit\u00e9, sans qu&#8217;elle n&#8217;ait jamais exist\u00e9 mais qui \u00e0 pr\u00e9sent pourrait se constituer. Dans les forces productives m\u00eames, il y a cet \u00e9l\u00e9ment de mondialisation et cela n&#8217;a donc aucun sens \u00e0 mon avis de lutter contre les n\u00e9cessit\u00e9s de r\u00e9aliser le politique au niveau global. Mais il faut absolument faire front contre la fa\u00e7on n\u00e9o-lib\u00e9rale d&#8217;organiser cette politique.<\/p>\n<p>La gauche a toujours d\u00e9fendu les positions fordistes qui \u00e9taient aussi des positions nationales car l&#8217;agent majeur du fordisme \u00e9tait l&#8217;Etat-nation, organisateur du compromis entre l&#8217;industrie et la force de travail. Dans la mesure o\u00f9 la gauche continue \u00e0 d\u00e9fendre cette vieille position, triomphante pendant toute une \u00e9poque, elle est en train de perdre partout et elle perdra jusqu&#8217;\u00e0 la fin dans cette voie. Si elle ne red\u00e9couvre pas ce que Marx a analys\u00e9, les racines de ces processus dans le mode de production, comment fa\u00e7onner, comment s&#8217;investir dans les luttes ? C&#8217;est aussi un exemple de la t\u00e2che de th\u00e9orie et de la relation entre l&#8217;analyse th\u00e9orique et le politique. Il est tr\u00e8s difficile de faire comprendre que beaucoup d&#8217;habitudes ont perdu leur fonction. En politique, on ne peut pas rompre du jour au lendemain avec les traditions : il faut les transformer, c&#8217;est un travail dangereux car on peut toujours perdre des forces en changeant sa propre culture. Il faut une culture du changement qui puisse combiner continuit\u00e9 et innovations, int\u00e9grer quelquefois un nouveau encore inconnu, absolument nouveau.<\/p>\n<p>*Professeur de philosophie \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 libre de Berlin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Wolfgang Fritz Haug <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[302],"class_list":["post-1632","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-alternatives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1632","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1632"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1632\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1632"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1632"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1632"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}