{"id":1623,"date":"1999-10-01T00:00:00","date_gmt":"1999-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-bal-des-debutants1623\/"},"modified":"1999-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-09-30T22:00:00","slug":"le-bal-des-debutants1623","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1623","title":{"rendered":"Le bal des d\u00e9butants"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Parmi les 334 romans fran\u00e7ais de la rentr\u00e9e, 75 premiers romans (contre 58 l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re), dont 53 \u00e9crits par des hommes, tentent de montrer leur bout du nez. En voici sept tr\u00e8s diff\u00e9rents, mais dont les th\u00e9matiques se croisent parfois. Humour, amour et mort, c&#8217;est la vie&#8230; <\/p>\n<p>Honneur \u00e0 la seule dame de cette s\u00e9lection (la cuv\u00e9e 99 est marqu\u00e9e par la pr\u00e9sence de 53 hommes sur 75 premiers romans) : G\u00e9raldine Maillet (27 ans), mannequin et com\u00e9dienne de profession. Dans Une rose pour Manhattan, la romanci\u00e8re n\u00e9ophyte a cr\u00e9\u00e9 un personnage f\u00e9minin pr\u00e9sum\u00e9 biographique puisqu&#8217;elle ne supporte pas qu&#8217;on lui dise qu&#8217;elle est belle.<\/p>\n<p>Elfie quitte Paris pour New York (courant chez les mannequins&#8230; elles vont rarement \u00e0 Barbizon), avec son journal intime pour seul bagage. Au m\u00eame moment, \u00e0 Manhattan, un ancien \u00e9crivain \u00e0 succ\u00e8s (sorte de Bukowski en beaucoup moins dr\u00f4le) sombre dans l&#8217;alcool parce qu&#8217;il est en panne d&#8217;inspiration. Entre ces deux \u00eatres seuls, aux prises avec leurs d\u00e9mons (comme on dit dans les quatri\u00e8mes de couverture), commence un chass\u00e9-crois\u00e9 plus ou moins prenant. G\u00e9raldine Maillet use (et abuse) de phrases courtes. Car son style, quasi t\u00e9l\u00e9graphique, ne fait mouche que lorsque le r\u00e9cit se montre violent, quand il semble venir des tripes. Enfin, quand la jolie G\u00e9raldine relate que le &#8220;Strand vient d&#8217;ouvrir ses portes&#8221;, sans pr\u00e9ciser qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une fameuse librairie new-yorkaise, il ne faut pas qu&#8217;elle s&#8217;\u00e9tonne que l&#8217;humble chroniqueur litt\u00e9raire parigot s&#8217;agace de tant de snobisme.<\/p>\n<p><strong> Manhattan, Auteuil-Neuilly-Passy, snob is beautiful <\/strong><\/p>\n<p>Pour en savoir plus sur la jeunesse dor\u00e9e d&#8217;Auteuil-Neuilly-Passy, lisez Descente, un r\u00e9cit biographique du beau Charles P\u00e9pin (brillant agr\u00e9g\u00e9 de philosophie et chroniqueur litt\u00e9raire dans la presse branchouille&#8230;). Ce jeune auteur de 26 ans ne manque pas de talent. Le probl\u00e8me, c&#8217;est qu&#8217;il para\u00eet ne pas toujours se rendre compte de la futilit\u00e9 des personnages qu&#8217;il met en sc\u00e8ne. Ou alors, il faut lire ce roman comme un reportage sur une \u00e9ni\u00e8me &#8220;g\u00e9n\u00e9ration perdue&#8221; gav\u00e9e d&#8217;ecstasy et &#8220;zombis\u00e9e&#8221; par les raves techno-so\u00fblantes. Les fils \u00e0 papa, Ariel, Charles et Guillaume, trompent leur mal de vivre en allant cuver dans la propri\u00e9t\u00e9 familiale. Quand ils vont mieux, ils proposent de jouer au tennis \u00e0 des jeunes filles sensuelles mais \u00e9cervel\u00e9es (la misogynie a toujours cours chez les &#8220;jeunes&#8221; d&#8217;aujourd&#8217;hui). Le reste du temps, ils s&#8217;ennuient, fument des p\u00e9tards, boivent, et font des phrases matin\u00e9es de philosophie&#8230;Rock-culture, fin d&#8217;une dissidence et du grotesque \u00e0 mort<\/p>\n<p>Car ces jeunes gens de bonne famille sont lettr\u00e9s et pas dupes. La r\u00e9volte sommeille en eux. Ce n&#8217;est pas le ch\u00f4mage qui les guette, c&#8217;est le monde de l&#8217;entreprise&#8230; \u00e0 des postes de responsabilit\u00e9 ! R\u00e9sultat des courses : il s&#8217;agit du roman bien \u00e9crit (tradition fran\u00e7aise oblige) racontant la vie ennuyeuse d&#8217;adolescents attard\u00e9s et d\u00e9j\u00e0 blas\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour clore le chapitre &#8220;critique&#8221; au sens premier du terme, abordons le Chien de d\u00e9dale, de S\u00e9bastien Raizer. L\u00e0, on est au rayon &#8220;rock-culture&#8221;. On dirait du sous Djian des pires romans (c&#8217;est dire), ou du mauvais Ravalec. Sous pr\u00e9texte de nous entra\u00eener dans un road-novel (comme on dit road-movie), le jeune auteur (30 ans) nous inflige deux cents pages de banalit\u00e9s affligeantes. L&#8217;auteur a beaucoup lu les Am\u00e9ricains James Crumley et John Fante, mais il les a mal dig\u00e9r\u00e9s. Et puis, c&#8217;est fou ce que son personnage principal peut passer comme temps \u00e0 dormir. C&#8217;est l&#8217;apanage des mauvais livres : ils endorment tout le monde&#8230; Et c&#8217;est surprenant de la part d&#8217;un aussi bon \u00e9diteur que Bernard Wallet qui dirige Verticales. Car le meilleur est pour la fin.<\/p>\n<p>Cette m\u00eame (jeune) maison publie la Rencontre, un roman OVNI qui, s&#8217;il \u00e9tait \u00e9crit par un Russe, serait qualifi\u00e9 de g\u00e9nial, tant les trouvailles et le foisonnement du style font merveille. On dirait du Platonov&#8230; Franck Derex (32 ans) a brod\u00e9 sur une trame compl\u00e8tement farfelue, loufoque, grotesque. Son livre n&#8217;est pas r\u00e9sumable, tant l&#8217;absurde de l&#8217;intrigue surprend \u00e0 chaque page (c&#8217;est d\u00e9j\u00e0 beaucoup pour un roman). Automne 1959 : Nikita Khrouchtchev se rend aux Etats-Unis pour y rencontrer Eisenhower. Douze jours de flirts entre pr\u00e9sidents, en pleine guerre froide. Quelques d\u00e9cennies plus tard, Vladimir, ancien titreur \u00e0 la Pravda, profite de la chute du rideau de fer (et la pr\u00e9tendue mort du communisme) pour tenter sa chance \u00e0 Paris. H\u00e9ros b\u00e2tard de la rencontre, il est le fils spirituel des langues de bois de l&#8217;Est et de l&#8217;Ouest r\u00e9unifi\u00e9s. Menac\u00e9 de &#8220;l&#8217;asile des d\u00e9viants&#8221;, il tente une ultime dissidence&#8230; Il est beaucoup question de communisme, mais tendance Groucho Marx.<\/p>\n<p>Poursuivons dans l&#8217;humour grotesque et la mort (absurde). Jo\u00ebl Egloff (29 ans) nous livre un petit bijou de roman noir, Edmond Ganglion &#038; fils (\u00e9ditions du Rocher). A Saint-Jean, un petit village \u00e0 la d\u00e9rive, les Pompes fun\u00e8bres &#8220;Edmond Ganglion &#038; fils&#8221; agonisent lentement parce qu&#8217;on ne meurt plus assez&#8230; L&#8217;entreprise ne compte plus que deux employ\u00e9s : Georges, un vieux de la vieille, et Molo, jeune serviable sans exp\u00e9rience. Un beau jour, quelqu&#8217;un meurt enfin&#8230; Apr\u00e8s une messe tristounette, le petit convoi mortuaire quitte Saint-Jean pour l&#8217;inhumation, mais le corbillard perd son cort\u00e8ge&#8230; L&#8217;aventure commence. Le cercueil finit par tomber du fourgon et le d\u00e9funt vit sa vie sur le goudron&#8230; Pour les amateurs d&#8217;humour noir.<\/p>\n<p><strong> Journal d&#8217;un d\u00e9go\u00fbt (naus\u00e9e ?) et le &#8220;That&#8217;s the question&#8221; <\/strong><\/p>\n<p>Dans le genre (noir), R\u00e9gis Clinquart (Apologie de la viande, chez le m\u00eame \u00e9diteur) n&#8217;est pas mal non plus. Il est encore une fois question de la mort. Le narrateur perd sa grand-m\u00e8re puis son amoureuse le quitte. Son d\u00e9go\u00fbt de la vie va en augmentant tout au long du r\u00e9cit, \u00e9crit sous la forme d&#8217;un journal, jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il ait d\u00e9vers\u00e9 sa bile. Cette Apologie comporte des passages brillants&#8230; d&#8217;autres plus difficiles \u00e0 dig\u00e9rer (\u00e7a vomit beaucoup). A suivre, comme on dit. Clinquart a de l&#8217;\u00e9nergie et de la col\u00e8re \u00e0 revendre.<\/p>\n<p>Pour conclure, une petite merveille de roman singulier, \u00e0 d\u00e9guster lentement. Philosophe de profession, Alain de Libera est moins jeune que les d\u00e9butants pr\u00e9c\u00e9dents, mais il se prend beaucoup moins au s\u00e9rieux. Morgen Schtarbe est un roman qui s&#8217;\u00e9crit sous nos yeux. Son auteur est un &#8220;super procureur&#8221; accro \u00e0 la colle, l&#8217;alcool et l&#8217;\u00e9criture. Depuis vingt ans, il tente d&#8217;\u00e9crire un roman, mais h\u00e9site entre commencer par : &#8220;Pierre \u00e9tait assis au bar de l&#8217;h\u00f4tel&#8221;, et &#8220;R\u00efcwald cherchait nerveusement son heaume&#8221; (l&#8217;auteur est m\u00e9di\u00e9viste). A partir de cette h\u00e9sitation, De Libera va \u00e9crire un livre aussi insolite que dr\u00f4lissime. Question lancinante : o\u00f9 R\u00efcwald a bien pu fourrer son heaume ? On dirait du Monty Python et c&#8217;est bon. n G.C.G\u00e9raldine Maillet, Une rose pour Manhattan, Flammarion, 161 p., 90 F<\/p>\n<p><strong> Charles P\u00e9pin, <\/strong><\/p>\n<p>Descente, Flammarion, 190 p., 89 F<\/p>\n<p><strong> Alain de Libera, <\/strong><\/p>\n<p>Morgen Schtarbe, Flammarion, 266 p., 104 F<\/p>\n<p><strong> S\u00e9bastien Raizer, <\/strong><\/p>\n<p>le Chien de d\u00e9dale, Verticales, 206 p., 115 F<\/p>\n<p><strong> Franck Derex, <\/strong><\/p>\n<p>la Rencontre, Verticales, 221 p., 120 F<\/p>\n<p><strong> Jo\u00ebl Egloff, <\/strong><\/p>\n<p>Edmond Ganglion &#038; fils, \u00e9ditions du Rocher, 162 p., 89 F<\/p>\n<p><strong> R\u00e9gis Clinquart, <\/strong><\/p>\n<p>Apologie de la viande, \u00e9ditions du Rocher, 315 p., 130 F<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Parmi les 334 romans fran\u00e7ais de la rentr\u00e9e, 75 premiers romans (contre 58 l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re), dont 53 \u00e9crits par des hommes, tentent de montrer leur bout du nez. En voici sept tr\u00e8s diff\u00e9rents, mais dont les th\u00e9matiques se croisent parfois. Humour, amour et mort, c&#8217;est la vie&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1623","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1623","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1623"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1623\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1623"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1623"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1623"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}