{"id":1619,"date":"1999-10-01T00:00:00","date_gmt":"1999-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/nouvelles-d-un-cinema-qui-n-existe1619\/"},"modified":"1999-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-09-30T22:00:00","slug":"nouvelles-d-un-cinema-qui-n-existe1619","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1619","title":{"rendered":"Nouvelles d&#8217;un \u00ab cin\u00e9ma qui n&#8217;existe pas \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Locarno, 52e \u00e9dition<strong> Lors du Festival de Cannes, on donnait comme certain que la Lettre de Manoel de Oliveira recevrait la Palme d&#8217;Or. Il re\u00e7ut le Prix du Jury. N&#8217;importe, le doyen des cin\u00e9astes portugais, quatre-vingt-dix ans pass\u00e9s, est l&#8217;un des tr\u00e8s grands r\u00e9alisateurs de ce si\u00e8cle. <\/strong><\/p>\n<p>Il y avait f\u00eate ce soir-l\u00e0, le 11 d\u00e9cembre 1998, au th\u00e9\u00e2tre Rivoli de Porto : Manoel de Oliveira avait quitt\u00e9 pour quelques jours Paris o\u00f9 il travaillait au montage de la Lettre (1), pour f\u00eater ses quatre-vingt-dix ans dans sa ville, avec sa famille, ses amis, ses acteurs, ses techniciens, quelques cin\u00e9astes et journalistes venus du Portugal ou d&#8217;ailleurs, dans une atmosph\u00e8re pleine de bonne humeur au diapason de laquelle s&#8217;\u00e9taient hauss\u00e9s les discours officiels du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, du ministre de la Culture, du Maire de la ville, du directeur de la Cin\u00e9math\u00e8que et de Jean Rouch. qui n&#8217;eut qu&#8217;\u00e0 \u00eatre lui-m\u00eame pour \u00eatre dans le ton.<\/p>\n<p>A tous ceux-l\u00e0, heureux de le f\u00eater, Manoel de Oliveira r\u00e9pondit par un po\u00e8me-fiction (c&#8217;est un vieux compagnon du cin\u00e9aste qui est cens\u00e9 parler pour lui) qui finit ainsi : &#8220;(&#8230;) et il (Oliveira, NDLR) a ajout\u00e9 apr\u00e8s cela que\/si par hasard&#8230; et par malheur, \/ Qui sait ! : le destin venait \u00e0 d\u00e9cider&#8230; \/ Et si lui demain&#8230; \/ ne pouvait plus \u00eatre ici&#8230;\/ Dans ce cas&#8230; que je vous informe : \/ qu&#8217;il \u00e9tait all\u00e9 filmer&#8221; (traduction Jacques Parsi).<\/p>\n<p><strong> L&#8217;oeuvre d&#8217;Oliveira, un \u00e9v\u00e9nement fondateur du cin\u00e9ma portuguais <\/strong><\/p>\n<p>Cette soir\u00e9e fut d&#8217;autant plus m\u00e9morable qu&#8217;Oliveira, pas plus que les cin\u00e9astes portugais dans leur ensemble, ne sont, dit-on, vraiment reconnus par le public portugais. Jo\u00e2o Benard da Costa, directeur de la Cin\u00e9math\u00e8que de Lisbonne, \u00e9crivit m\u00eame un livre, publi\u00e9 en 1996, dont le titre (une boutade ?) est O Cinema Portuguese nunca existiu (Le Cin\u00e9ma portugais n&#8217;a jamais exist\u00e9). Rappelons qu&#8217;en France il y eut maintes occasions de prendre la mesure de ce cin\u00e9ma singulier, un cin\u00e9ma des artistes (nous dirions &#8220;des auteurs&#8221;), un cin\u00e9ma de r\u00e9sistance, dont la modernit\u00e9 est d&#8217;autant plus affirm\u00e9e qu&#8217;elle se nourrit de la riche tradition litt\u00e9raire et po\u00e9tique de ce pays. Cette approche se fit \u00e0 travers des r\u00e9trospectives, des sorties en salles et le rendez-vous quasi annuel de Manoel de Oliveira avec le festival de Cannes o\u00f9, cette ann\u00e9e, il pr\u00e9senta la Lettre, un film &#8220;librement inspir\u00e9 du roman de madame de La Fayette&#8221; qui re\u00e7ut le Prix du Jury.<\/p>\n<p>Dans un entretien pour R\u00e9volution (6 septembre 1985), Manoel de Oliveira pr\u00e9cisait, \u00e0 propos des romans ou des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre qui inspirent son travail : &#8220;Je suis tr\u00e8s soumis au texte ; le respecter, c&#8217;est une attitude d\u00e9ontologique, c&#8217;est le conna\u00eetre \u00e0 fond, c&#8217;est p\u00e9n\u00e9trer vraiment son esprit. L&#8217;interpr\u00e9tation d&#8217;un texte, quant \u00e0 moi, c&#8217;est sa propre destruction.&#8221;<\/p>\n<p>C&#8217;est dans ce m\u00eame esprit de respect de l&#8217;oeuvre de madame de La Fayette que s&#8217;est construit la Lettre. La tragique histoire d&#8217;amour de la princesse de Cl\u00e8ves, \u00e0 laquelle Oliveira a donn\u00e9 le beau visage triste de Chiara Mastroianni, ne se d\u00e9roule pas \u00e0 la cour du roi Louis XIV, mais dans un milieu aristocratique contemporain. C&#8217;est chez Cartier o\u00f9 sa m\u00e8re, madame de Chartres (Fran\u00e7oise Fabian) l&#8217;a emmen\u00e9e s&#8217;acheter un collier que la Princesse croise le regard de monsieur de Cl\u00e8ves (Antoine Chappey) qu&#8217;elle \u00e9pousera sans amour tout en l&#8217;estimant et qui mourra du chagrin d&#8217;avoir un rival, le chanteur de musique pop, Pedro Abrunhosa, assur\u00e9ment tr\u00e8s moderne monsieur de Nemours, en costume et lunettes noires, qui est celui qui ouvre et cl\u00f4t le film.<\/p>\n<p><strong> L&#8217;art de p\u00e9n\u00e9trer l&#8217;esprit d&#8217;un texte en le respectant <\/strong><\/p>\n<p>Dans ce contexte contemporain, Manoel de Oliveira, par le mouvement m\u00eame des sentiments que ses personnages expriment et la mani\u00e8re de les inscrire dans des lieux qui appellent la retenue jusque dans la confidence, retrouve, par son propre langage, le cin\u00e9ma, celui que madame de La Fayette a mis au service de l&#8217;expression de l&#8217;amour contrari\u00e9.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, Oliveira a fait sienne cette princesse de Cl\u00e8ves, la rendant soeur de toutes ces femmes qui hantent de leur flamboyance certains de ses films, je pense, bien s\u00fbr, \u00e0 celles de la t\u00e9tralogie des amours frustr\u00e9es (2), mais aussi \u00e0 Ema Palva, interpr\u00e9t\u00e9e par Leonor Silveira, dans Val Abraham, (1993), adapt\u00e9e d&#8217;un roman d&#8217;Agustina Bessa-Luis, lui-m\u00eame inspir\u00e9 par Madame Bovary de Gustave Flaubert.<\/p>\n<p>On ne saurait r\u00e9duire l&#8217;oeuvre de Manoel de Oliveira, si multiple et souvent irr\u00e9v\u00e9rencieuse, \u00e0 ses films &#8220;romantiques&#8221;, ni le cin\u00e9ma portugais \u00e0 la seule personne de Manoel de Oliveira, m\u00eame si son oeuvre est &#8220;l&#8217;\u00e9v\u00e9nement fondateur&#8221; de ce cin\u00e9ma qui s&#8217;affirma dans les ann\u00e9es 70 et 80 et se lib\u00e9ra de la censure salazariste gr\u00e2ce \u00e0 la R\u00e9volution des oeillets du 25 avril 1974, comme le souligne Denis L\u00e9vy (3).<\/p>\n<p><strong> Monteiro, Rocha, Reis, Margarida Martins, Costa : les inclassables <\/strong><\/p>\n<p>Suivant de peu la sortie de la Lettre de Manoel de Oliveira, celle des Noces de Dieu (4) de Jo\u00e0o Cesar Monteiro nous donne des nouvelles de ce Jean de Dieu, personnage \u00e0 la douce folie qui naquit dans Souvenirs de la maison jaune, que le cin\u00e9aste\/com\u00e9dien \u00e0 la longue figure a tourn\u00e9 en 1989 et que, depuis, on retrouve, de film en film : dans la Com\u00e9die de Dieu, Lion d&#8217;argent du festival de Venise 1995, et le Bassin de J. W. Aussi, sinon plus, inclassable que Manoel de Oliveira, Joao Cesar Monteiro enferme son personnage d\u00e9lirant qui renvoie au d\u00e9lire du monde, dans une \u00e9criture cin\u00e9matographique tr\u00e8s sobre, aux images cadr\u00e9es de telle sorte que sa cam\u00e9ra, le plus souvent immobile, nous donne le temps d&#8217;appr\u00e9cier et d&#8217;en saisir le sens.<\/p>\n<p>Il y a quelques mois, nous avons d\u00e9couvert la splendeur de Fleuve d&#8217;Or de Paulo Rocha, m\u00e9lodrame \u00e0 la beaut\u00e9 cr\u00e9pusculaire que ce cin\u00e9aste, ancien \u00e9l\u00e8ve de l&#8217;IDHEC, \u00e0 l&#8217;origine de la renaissance du nouveau cin\u00e9ma portugais avec les Vertes Ann\u00e9es (1960), portait en lui depuis longtemps.<\/p>\n<p>C&#8217;est de lui, des Vertes Ann\u00e9es, comme de Antonio Reis et de Margarida Martins Cordeiro : auteurs de Jaime (1973), regard sur l&#8217;oeuvre picturale d&#8217;un paysan enferm\u00e9 dans un h\u00f4pital psychiatrique et de Tras Os Montes (1975), po\u00e8me inspir\u00e9 par le Nord-Est portugais :, que se r\u00e9clame Pedro Costa. D\u00e8s son premier film, le Sang, en 1989, ce cin\u00e9aste, ancien assistant de Jo\u00e2o Botelho (Un adieu portugais) et qui a quarante ans aujourd&#8217;hui, s&#8217;impose. Ossos (prix Georges-Sadoul 1998) film\u00e9 dans le quartier cap-verdien de Lisbonne, pose un regard sur le monde qui en fait surgir des douleurs indicibles. Costa est retourn\u00e9 dans ce quartier appel\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre, avec une cam\u00e9ra num\u00e9rique, r\u00e9aliser un documentaire, Dans la chambre de Vanda, qu&#8217;il est en train de monter. Est \u00e9galement au montage de son premier long-m\u00e9trage, produit par Jacques Bidou, la com\u00e9dienne Maria de Medeiros : Capitaines d&#8217;avril, &#8220;fiction historique&#8221; sur la R\u00e9volution des oeillets, que nous verrons au d\u00e9but de l&#8217;an 2000.<\/p>\n<p><strong> Je filme, donc je respire, je respire, donc je filme <\/strong><\/p>\n<p>Et Oliveira s&#8217;appr\u00eate \u00e0 nouveau \u00e0 filmer, non pas dans l&#8217;au-del\u00e0 comme pourrait le sugg\u00e9rer son po\u00e8me de d\u00e9cembre 1998, mais au Portugal, l&#8217;histoire ancienne d&#8217;un moine savant. Ainsi va son chemin ce jeune homme de pr\u00e8s de 91 ans maintenant qui r\u00e9pondit \u00e0 la question que le journal Lib\u00e9ration posa, en 1987, aux cin\u00e9astes du monde entier : &#8220;Pourquoi filmez-vous ?&#8221;: &#8220;Si l&#8217;on me demande pourquoi je fais du cin\u00e9ma, je pense aussit\u00f4t : pourquoi ne pas me demander si je respire ?&#8221;<\/p>\n<p>1. Le film est sorti en salles le 22 septembre.<\/p>\n<p>2. Le Pass\u00e9 et le pr\u00e9sent (1972), Benilde ou la Vierge-Marie (1975), Amour de perdition (1978) et Francisca (1981). <\/p>\n<p>3. L&#8217;Art du cin\u00e9ma, automne 98. Publication de L&#8217;Institut Cam\u00f6es\/Portugal et la Fondation Calouste Gulbenkian\/Paris.<\/p>\n<p>4. Les Noces de Dieu sortira en salles le 24 novembre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[299],"class_list":["post-1619","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1619","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1619"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1619\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1619"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1619"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1619"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}