{"id":1617,"date":"1999-10-01T00:00:00","date_gmt":"1999-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/sur-les-films-francais-et-quelques1617\/"},"modified":"1999-10-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-09-30T22:00:00","slug":"sur-les-films-francais-et-quelques1617","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1617","title":{"rendered":"Sur les films fran\u00e7ais et quelques autres"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le palmar\u00e8s de Cannes, par del\u00e0 la pol\u00e9mique, a montr\u00e9 que notre cin\u00e9ma, dans ce qu&#8217;il a de plus original, est appr\u00e9ci\u00e9 \u00e0 sa juste valeur, m\u00eame par un ar\u00e9opage en majorit\u00e9 \u00e9tranger. Il faut esp\u00e9rer que le public ratifiera ces choix en accordant aux films prim\u00e9s plus qu&#8217;un succ\u00e8s d&#8217;estime. <\/p>\n<p>L&#8217;humanit\u00e9 (1) confirme brillamment, apr\u00e8s la Vie de J\u00e9sus, la ma\u00eetrise de Bruno Dumont et m\u00e9rite de sortir du cercle flatteur mais trop \u00e9troit de l&#8217;Art et Essai. Tout comme le percutant Rosetta (2) des Belges Luc et Jean-Pierre Dardenne, qu&#8217;on peut avoir la pr\u00e9tention d&#8217;annexer, au nom de la francophonie, au domaine hexagonal, comme \u00e9galement la Lettre de Manoel de Oliveira, intelligente et superbe adaptation de la Princesse de Cl\u00e8ves.<\/p>\n<p><strong> R\u00e9cit d&#8217;intrigue et &#8220;photographiquement correct&#8221; <\/strong><\/p>\n<p>Et, comme pour nous conforter dans la certitude que notre production se porte bien, artistiquement parlant, voil\u00e0 que le jury international de Locarno a, lui aussi, d\u00e9cern\u00e9 trois de ses principaux prix \u00e0 des films fran\u00e7ais. Deux d&#8217;entre eux sont l&#8217;oeuvre de r\u00e9alisatrices et leur reconnaissance souligne opportun\u00e9ment l&#8217;importance de l&#8217;apport f\u00e9minin dans la profession.<\/p>\n<p>Des d\u00e9butantes prometteuses, H\u00e9l\u00e8ne Angel (\u00e0 Locarno) et Solveig Anspach (Haut les coeurs ! \u00e0 Cannes) sont venues renforcer le contingent des r\u00e9alisatrices d\u00e9j\u00e0 consacr\u00e9es par leur temp\u00e9rament et leur cr\u00e9ativit\u00e9, comme No\u00e9mie Lvovsky, Emilie Deleuze (Prix de la critique internationale \u00e0 Cannes pour Peau neuve, Dominique Cabrera (Nadia et les hippopotames), Christine Carri\u00e8re (Qui plume la lune ? Prix des cin\u00e9mas d&#8217;art et d&#8217;essai), Diane Kurys (les Enfants du si\u00e8cle), sans oublier, parmi les r\u00e9centes r\u00e9ussites, Tonie Marshall (V\u00e9nus Beaut\u00e9) et Catherine Breillat (Romance). La s\u00e9lection cannoise, toutes sections confondues, refl\u00e9tait l&#8217;\u00e9tat g\u00e9n\u00e9ral de la production mondiale dans ce qu&#8217;elle a, peut-on supposer, de plus marquant.<\/p>\n<p>Et, cependant, bien des films ne manifestaient aucun enjeu esth\u00e9tique et n&#8217;offraient aucune prise \u00e0 une critique sp\u00e9cifique (autre que l&#8217;habituel commentaire sur le sc\u00e9nario et le jeu des acteurs) parce que, d&#8217;une part, vou\u00e9s au simple r\u00e9cit d&#8217;une intrigue et, d&#8217;autre part, contamin\u00e9s par le &#8220;photographiquement correct&#8221; du style t\u00e9l\u00e9 le plus anonyme, la t\u00e9l\u00e9vision \u00e9tant la source souvent majoritaire de leur financement et le point de chute final de leur destin\u00e9e commerciale.<\/p>\n<p><strong> Ceux qui s&#8217;ent\u00eatent \u00e0 penser que le cin\u00e9ma est un art <\/strong><\/p>\n<p>Nul doute que le jury cannois a voulu, consciemment ou non, secouer une opinion publique endormie en couronnant des oeuvres suppos\u00e9es &#8220;difficiles&#8221; mais singuli\u00e8rement excitantes pour l&#8217;oeil et l&#8217;esprit. Rosette et L&#8217;humanit\u00e9 mettent en oeuvre, avec une rigueur et une vigueur exemplaires, \u00e0 l&#8217;instar de quelques grands ma\u00eetres de nagu\u00e8re, les ressources fondamentales d&#8217;un traitement du r\u00e9el (le temps et l&#8217;espace) qui rel\u00e8ve d&#8217;une v\u00e9ritable mise en sc\u00e8ne et non d&#8217;une simple mise en images des composantes narratives et descriptives ; il s&#8217;agit d&#8217;une \u00e9laboration dramaturgique du r\u00e9cit et d&#8217;une structuration visuelle de l&#8217;espace-d\u00e9cor qui constituent le style, qualit\u00e9 faisant d\u00e9faut \u00e0 trop de films qui ne fonctionnent que sur le quantitatif.<\/p>\n<p>Il reste des cin\u00e9astes qui &#8220;s&#8217;ent\u00eatent \u00e0 penser que le cin\u00e9ma est un art&#8221;, a dit Gilles Jacob lors de sa pr\u00e9sentation de la s\u00e9lection, qui persistent \u00e0 \u00e9laborer leur vision du monde selon des crit\u00e8res esth\u00e9tiques, par exemple le couple plan fixe-plan s\u00e9quence, qui valorise l&#8217;espace et suscite le sentiment de la dur\u00e9e. C&#8217;est le cas de L&#8217;humanit\u00e9, de la Lettre d&#8217;Oliveira, du fascinant Moloch de Sokourov ou de l&#8217;asc\u00e9tique Sicilia ! des \u00e9poux Straub. A l&#8217;oppos\u00e9, il y a les besognes des &#8220;metteurs en images&#8221;, comme Mikhalkov (le Barbier de Sib\u00e9rie), Chen Kaige (l&#8217;Empereur et l&#8217;assassin), et m\u00eame Raoul Ruiz (le Temps retrouv\u00e9), films auxquels il ne manque pas un bouton de gu\u00eatre mais une \u00e2me.<\/p>\n<p>Aux &#8220;industriels&#8221; de la pellicule, il faudrait rappeler la fameuse formule de Malraux, mais en l&#8217;inversant : &#8220;Par ailleurs, le cin\u00e9ma est un art&#8221;.<\/p>\n<p>1. L&#8217;humanit\u00e9 sort en salles le 27 octobre. Il a re\u00e7u trois prix au Festival de Cannes : Grand Prix du Jury, Prix d&#8217;interpr\u00e9tation f\u00e9minine ex-aequo attribu\u00e9 \u00e0 S\u00e9verine Caneel et Prix d&#8217;interpr\u00e9tation masculine \u00e0 Emmanuel Schott\u00e9.<\/p>\n<p>2. Rosetta est en salles depuis le 29 septembre. Il a re\u00e7u la Palme d&#8217;Or et l&#8217;interpr\u00e8te du personnage de Rosetta, Emilie Dequenne, le Prix d&#8217;interpr\u00e9tation f\u00e9minine ex-aequo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le palmar\u00e8s de Cannes, par del\u00e0 la pol\u00e9mique, a montr\u00e9 que notre cin\u00e9ma, dans ce qu&#8217;il a de plus original, est appr\u00e9ci\u00e9 \u00e0 sa juste valeur, m\u00eame par un ar\u00e9opage en majorit\u00e9 \u00e9tranger. 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