{"id":1596,"date":"1999-09-01T00:00:00","date_gmt":"1999-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/embargo-no-libertes-si1596\/"},"modified":"1999-09-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-08-31T22:00:00","slug":"embargo-no-libertes-si1596","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1596","title":{"rendered":"Embargo no, libert\u00e9s si !"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Depuis cinq ans la soci\u00e9t\u00e9 cubaine change&#8230;<strong> Les efforts couronn\u00e9s de succ\u00e8s de Cuba pour gagner une place sur l&#8217;\u00e9chiquier international ont contribu\u00e9 \u00e0 modifier la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine. Dans cet assouplissement de l&#8217;embargo par la Maison Blanche, les autorit\u00e9s cubaines voient cependant mati\u00e8re \u00e0 pressions nouvelles. La modernisation de la soci\u00e9t\u00e9 cubaine, sur fond de r\u00e9formes, demeure probl\u00e9matique. <\/strong><\/p>\n<p>Nouvelle tentative d&#8217;agression&#8221;, &#8220;attaque id\u00e9ologique et politique qui cherche \u00e0 tromper et \u00e0 confondre le monde entier sans donner rien en \u00e9change&#8221; : devant la t\u00e9l\u00e9vision cubaine, le jugement de Ricardo Alarcon, pr\u00e9sident de l&#8217;Assembl\u00e9e nationale du pouvoir populaire cubain, est sans appel. D\u00e8s l&#8217;annonce, d\u00e9but 1999, des mesures am\u00e9ricaines dites d&#8217;assouplissement du blocus (autorisation ou augmentation, limit\u00e9es, des visas, des vols a\u00e9riens, des envois d&#8217;argent, des ventes d&#8217;aliments et d&#8217;intrants agricoles, r\u00e9tablissement du courrier, renforcement de l&#8217;information), le gouvernement cubain les renvoie au mur. Cette initiative de l&#8217;administration Clinton, se pr\u00e9sente comme la r\u00e9ponse \u00e0 une s\u00e9rie d&#8217;\u00e9l\u00e9ments \u00e9mergeants sur le plan international et aux Etats-Unis.<\/p>\n<p>Cuba gagne du terrain dans ses relations avec la communaut\u00e9 internationale. Non seulement le blocus est majoritairement rejet\u00e9 par les pays membres de l&#8217;ONU mais Cuba devient un partenaire reconnu de la plupart des pays de l&#8217;h\u00e9misph\u00e8re am\u00e9ricain. L&#8217;Union europ\u00e9enne signe des accords de coop\u00e9ration. Depuis l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re, Cuba figure comme observateur au sein des pays dits ACP, partenaires de l&#8217;Union europ\u00e9enne. C&#8217;est \u00e0 Cuba que se tiendra le VIIIe Sommet ibero-am\u00e9ricain de novembre 1999. La visite de Jean Paul II \u00e0 La Havane est l&#8217;un des \u00e9l\u00e9ments de l&#8217;\u00e9volution de la strat\u00e9gie \u00e9tatsunienne. Les Etats-Unis consid\u00e8rent en effet que le renouveau de la foi peut \u00eatre un facteur d&#8217;organisation et de structuration de secteurs ind\u00e9pendants qu&#8217;ils comptent bien influencer, alors que l&#8217;Eglise cubaine demande des espaces d&#8217;expression et essaie de jouer un r\u00f4le dans l&#8217;\u00e9volution interne du pays tout en s&#8217;opposant au blocus.<\/p>\n<p>Sur le plan int\u00e9rieur am\u00e9ricain, l&#8217;opposition croissante \u00e0 l&#8217;embargo est de notori\u00e9t\u00e9 publique. Des prises de position diversement motiv\u00e9es affichent des points communs : la conviction du caract\u00e8re inadapt\u00e9 de cette strat\u00e9gie quand l&#8217;affrontement entre deux blocs n&#8217;existe plus, la conscience que Cuba n&#8217;est plus une menace, l&#8217;id\u00e9e selon laquelle l&#8217;embargo devenu inefficace maintient l&#8217;emprise du r\u00e9gime r\u00e9volutionnaire sur la soci\u00e9t\u00e9 cubaine. L&#8217;opposition aux relations avec le gouvernement r\u00e9volutionnaire tend \u00e0 s&#8217;estomper.<\/p>\n<p>Cuba, un enjeu \u00e9conomique pour les milieux d&#8217;affaires<\/p>\n<p>Cuba reste un enjeu \u00e9conomique pour les milieux d&#8217;affaires. Comme le rappelle le Conseil \u00e9conomique et commercial Etats-Unis-Cuba, l&#8217;\u00eele est aussi grande que toutes les \u00eeles des Cara\u00efbes r\u00e9unies, o\u00f9 habite un tiers de la population de la r\u00e9gion, et beaucoup d&#8217;entreprises am\u00e9ricaines y voient un march\u00e9 vierge \u00e0 90 miles des c\u00f4tes am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p>Un nombre croissant d&#8217;entre elles y envoient leurs repr\u00e9sentants pour prospecter et rencontrer les autorit\u00e9s. Selon la Chambre de commerce des Etats-Unis, le nombre d&#8217;hommes d&#8217;affaires se rendant \u00e0 Cuba a quadrupl\u00e9 depuis 1994 et une coalition politico-\u00e9conomique tente d&#8217;influencer le Congr\u00e8s. Ces milieux d&#8217;affaires estiment entre 2 et 4 milliards de dollars le march\u00e9 potentiel pour leurs exportations en biens et services. Pour eux, la lev\u00e9e du blocus ferait passer le nombre de touristes de 1,2 million \u00e0 10 millions et permettrait de cr\u00e9er des emplois aux Etats-Unis directement li\u00e9s \u00e0 ce secteur. Sans oublier les 300 millions de dollars envoy\u00e9s chaque ann\u00e9e par les Cubains \u00e9migr\u00e9s \u00e0 leurs familles. Or le blocus rend impossible tout commerce et tout accord de partenariat avec Cuba, bien que l&#8217;\u00eele ait introduit des r\u00e9formes \u00e9conomiques qui ont permis la cr\u00e9ation de quelque 300 joints-ventures avec des partenaires canadiens, latino-am\u00e9ricains ou europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Selon le New York Times, un consensus, bas\u00e9 sur la certitude d&#8217;une fin prochaine de Fidel Castro, existe d\u00e9sormais entre de hauts fonctionnaires des deux partis. Les Etats-Unis sont pouss\u00e9s \u00e0 adopter une attitude plus active et \u00e0 &#8220;favoriser une transition pacifique et d\u00e9mocratique \u00e0 Cuba en injectant de l&#8217;argent, de la culture et des id\u00e9es \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de cette \u00eele isol\u00e9e&#8221;. D&#8217;apr\u00e8s le plus avanc\u00e9 des rapports officiels \u00e0 ce sujet, le gouvernement cubain se trouverait en effet devant une alternative. Soit &#8220;s&#8217;ouvrir aux forces du march\u00e9 en permettant \u00e0 un plus grand nombre de Cubains d&#8217;ouvrir de petites entreprises et en invitant plus d&#8217;investisseurs \u00e9trangers \u00e0 reconstruire l&#8217;\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Ceci soulagera dans une certaine mesure les probl\u00e8mes \u00e9conomiques : avec ou sans changement de la politique des Etats-Unis : mais au co\u00fbt de l&#8217;\u00e9rosion des bases id\u00e9ologiques du syst\u00e8me cubain&#8221;. Soit &#8220;\u00e9trangler les petites entreprises et maintenir l&#8217;investissement \u00e9tranger \u00e0 son plus bas niveau, ce qui ne pr\u00e9servera pas non plus le statu quo \u00e0 Cuba. Si Cuba se refuse \u00e0 accepter de faire plus de r\u00e9formes \u00e9conomiques, son \u00e9conomie continuera \u00e0 s&#8217;effondrer et le m\u00e9contentement populaire envers le syst\u00e8me va s&#8217;accro\u00eetre&#8221;. Toujours selon ce document, les Etats-Unis doivent passer d&#8217;une strat\u00e9gie de contention \u00e0 une strat\u00e9gie cherchant \u00e0 &#8220;cr\u00e9er les conditions qui rendent possible une transition pacifique&#8221; en \u00e9vitant le chaos g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 et l&#8217;instabilit\u00e9 qui pourraient avoir comme cons\u00e9quence une \u00e9migration massive.<\/p>\n<p>La secr\u00e9taire d&#8217;Etat Madeleine Albright sans \u00eatre prolixe dans ses explications a d\u00e9clar\u00e9 : &#8220;Nous utilisons des armes intelligentes qui visent la cible que nous souhaitons. Nous voulons aider \u00e0 la cr\u00e9ation d&#8217;une \u00e9conomie de march\u00e9 ind\u00e9pendante et essayer de faire qu&#8217;elle continue son expansion et qu&#8217;elle arrive \u00e0 se s\u00e9parer compl\u00e8tement de l&#8217;Etat.&#8221;<\/p>\n<p><strong> Des mesures de flexibilisation rest\u00e9es lettre morte <\/strong><\/p>\n<p>En s&#8217;adressant aux Cubains, Ricardo Alarcon a soulign\u00e9 qu&#8217;aucune des mesures de flexibilisation n&#8217;a \u00e9t\u00e9 suivie d&#8217;effet apr\u00e8s l&#8217;autorisation d&#8217;un premier vol en juillet dernier. Ni en mati\u00e8re d&#8217;importation des denr\u00e9es alimentaires malgr\u00e9 les d\u00e9marches, rest\u00e9es lettres mortes, de son gouvernement ; ni en ce qui concerne les envois d&#8217;argent (remesas) pour lesquels entraves et contr\u00f4les ont \u00e9t\u00e9 au contraire multipli\u00e9s ; ni pour la d\u00e9livrance des visas toujours soumise aux crit\u00e8res politiques d\u00e9finis par Washington.<\/p>\n<p>Des remarques confirm\u00e9es par le D\u00e9partement d&#8217;Etat. Qui ne peut faire autrement, car une s\u00e9rie d&#8217;amendements \u00e0 la loi de budget 1999 renforce le blocus et stigmatise la coh\u00e9rence de la strat\u00e9gie agressive des Etats-Unis. Un exemple de taille : le titre IV de la loi Helms-Burton, dont Bill Clinton avait promis la modification \u00e0 ses partenaires de l&#8217;Union europ\u00e9enne, est renforc\u00e9. R\u00e9sultat : la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle d\u00e9tenue par des entreprises li\u00e9es \u00e0 des investissements dans des &#8220;propri\u00e9t\u00e9s confisqu\u00e9s&#8221; ne sera plus reconnue. Une entreprise fran\u00e7aise productrice de rhum est directement touch\u00e9e.<\/p>\n<p>Ces mesures de &#8220;flexibilisation de l&#8217;embargo&#8221; cr\u00e9ent les conditions d&#8217;une plus grande pression sur le gouvernement cubain. A l&#8217;int\u00e9rieur, elles visent \u00e0 faire grandir le m\u00e9contentement d&#8217;une population dans un quotidien difficile ; \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur, elles donnent l&#8217;image d&#8217;un assouplissement. Au fond, cette strat\u00e9gie s&#8217;appuie sur l&#8217;accroissement des in\u00e9galit\u00e9s, en exacerbant les effets de la l\u00e9galisation de la circulation du dollar et de l&#8217;ouverture de l&#8217;\u00e9conomie cubaine (voir encadr\u00e9), tout en rendant La Havane responsable de tous les maux.<\/p>\n<p>La prostitution, le march\u00e9 noir et la d\u00e9linquance se sont d\u00e9velopp\u00e9s de mani\u00e8re inqui\u00e9tante comme les vols, les d\u00e9lits graves et la corruption dans les entreprises d&#8217;Etat. Des rumeurs font \u00e9tat de sanctions \u00e0 l&#8217;encontre de responsables d&#8217;entreprises du tourisme accus\u00e9s de manquements dans &#8220;l&#8217;exercice du contr\u00f4le&#8221;, sans que l&#8217;accusation de corruption soit port\u00e9e \u00e0 leur \u00e9gard. Roberto Robaina, le jeune ministre des Relations ext\u00e9rieures depuis 1993, a &#8211; t -il \u00e9t\u00e9 victime d&#8217;une &#8220;op\u00e9ration Mains propres&#8221; comme l&#8217;a affirm\u00e9 la presse internationale ? Selon cette derni\u00e8re, l&#8217;\u00e9pouse du ministre serait impliqu\u00e9e avec d&#8217;autres responsables de l&#8217;Agence de tourisme Rumbos dans une affaire de tourisme sexuel et aurait caus\u00e9 l&#8217;\u00e9viction inattendue de Robaina. Le minist\u00e8re a d\u00e9menti et affirm\u00e9 que l&#8217;ex-ministre est en attente d&#8217;une nouvelle affectation. D&#8217;autres responsables d&#8217;entreprises de tourisme ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9mis de leurs fonctions sans \u00eatre accus\u00e9s de corruption.<\/p>\n<p>La cr\u00e9ation en 1993 du statut de travailleur ind\u00e9pendant (cuenta propistas) devait ouvrir des d\u00e9bouch\u00e9s pour les travailleurs que le ralentissement de l&#8217;\u00e9conomie et la r\u00e9organisation de la production laissaient sans revenus. Mais le nombre d&#8217;actifs concern\u00e9s est en diminution depuis l&#8217;application du nouveau syst\u00e8me fiscal (160 000 actuellement contre 198 000 en 1996). Le manque de pi\u00e8ces, outils et mati\u00e8res premi\u00e8res a fait appara\u00eetre un march\u00e9 noir aliment\u00e9 de vols dans les stocks de l&#8217;Etat. Et ces &#8220;cuentapropistas&#8221; sont ouvertement consid\u00e9r\u00e9s comme porteurs en puissance des tares du capitalisme.<\/p>\n<p>Ce secteur priv\u00e9 \u00e9mergeant mais entreprenant et l&#8217;arriv\u00e9e de cadres travaillant dans la gestion des secteurs dollaris\u00e9s a provoqu\u00e9 l&#8217;\u00e9mergence de nouveaux int\u00e9r\u00eats dans la soci\u00e9t\u00e9, hors du sch\u00e9ma \u00e9galitaire propre au syst\u00e8me cubain. Pour \u00e9viter le creusement des in\u00e9galit\u00e9s et l&#8217;enrichissement de ces nouveaux secteurs, un syst\u00e8me d&#8217;imposition a \u00e9t\u00e9 mis en place. Des contr\u00f4les rigoureux ont pour but la lutte contre le march\u00e9 noir et les trafics de mat\u00e9riels vol\u00e9s. Ces dispositions, les difficult\u00e9s r\u00e9sultant du blocus et l&#8217;absence d&#8217;espaces de repr\u00e9sentation et d&#8217;expression de la nouvelle r\u00e9alit\u00e9 ont cr\u00e9\u00e9 force tensions.<\/p>\n<p>C&#8217;est dans ce climat social et sous la pression exerc\u00e9e par les mesures de la Maison Blanche que le gouvernement cubain a durci le Code p\u00e9nal et renforc\u00e9 les forces de police. Les peines frappant les d\u00e9lits de droit commun, la prostitution et le march\u00e9 noir sont alourdies, la peine de mort pourra \u00eatre appliqu\u00e9e aux trafiquants de drogue ou aux personnes ayant commis des crimes de sang. Mais ce durcissement concerne \u00e9galement les personnes accus\u00e9es de divulguer des fausses informations, de faire de la propagande en faveur de l&#8217;ennemi ou de porter atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;Etat. Il vise clairement la dissidence. Une seconde loi dite de protection de l&#8217;ind\u00e9pendance nationale et de l&#8217;\u00e9conomie concerne ceux qui favoriseraient l&#8217;application du blocus, apporteraient une aide \u00e0 la politique des Etats-Unis ou divulgueraient des informations concernant l&#8217;\u00e9conomie du pays.<\/p>\n<p><strong> Mesures coercitives et d\u00e9cisions id\u00e9ologiques <\/strong><\/p>\n<p>Ces mesures coercitives s&#8217;accompagnent de d\u00e9cisions id\u00e9ologiques, comme l&#8217;intervention accrue des organisations de masse et du parti aupr\u00e8s de la population, dans les entreprises, dans les quartiers ; de hausses de salaires dans la Sant\u00e9, l&#8217;\u00e9ducation, la presse et la police, de la possibilit\u00e9 d&#8217;avoir acc\u00e8s \u00e0 des cr\u00e9dits bancaires. Les appels \u00e0 la mobilisation se succ\u00e8dent pour rendre plus efficace la production, augmenter la qualit\u00e9 et la comp\u00e9titivit\u00e9 des entreprises et introduire des m\u00e9thodes de gestion modernes. Cette mobilisation fait appel \u00e0 la conscience de chaque Cubain, \u00e0 ses sentiments patriotiques et r\u00e9volutionnaires, mais dans une situation de contraintes mat\u00e9rielles et alors que la grande majorit\u00e9 de la population est n\u00e9e apr\u00e8s la r\u00e9volution.<\/p>\n<p>Les contr\u00f4les concernent aussi les responsables politiques et les dirigeants d&#8217;entreprises et s&#8217;inscrivent dans une v\u00e9ritable op\u00e9ration d&#8217;\u00e9puration. En juin dernier, le journal du PCC d\u00e9non\u00e7ait le comportement de certains responsables et faisait \u00e9tat d&#8217;investigations ou de mesures disciplinaires prises \u00e0 l&#8217;encontre de 1500 militants \u00e0 partir de plaintes exprim\u00e9es par la population. Il s&#8217;agit de &#8220;malversations de ressources de l&#8217;Etat&#8221;, de manquements dans le contr\u00f4le \u00e9conomique, d&#8217;irr\u00e9gularit\u00e9s administratives et de &#8220;comportements impropres de la part de militants&#8221;.<\/p>\n<p><strong> Cuba devant la commission des droits de l&#8217;Homme \u00e0 l&#8217;ONU <\/strong><\/p>\n<p>Des arrestations de dissidents accus\u00e9s de propager des informations fausses ou de journalistes ind\u00e9pendants ont eu lieu avant et apr\u00e8s l&#8217;entr\u00e9e en vigueur des nouvelles dispositions. C&#8217;est le cas des quatre membres du Groupe de travail de la dissidence int\u00e9rieure, dissidents arr\u00eat\u00e9s en juillet 1997. Condamn\u00e9s \u00e0 trois \u00e0 cinq ans de prison, ils sont accus\u00e9s de s\u00e9dition et d&#8217;agissements contre l&#8217;Etat. Ils avaient fait parvenir un document intitul\u00e9 &#8220;La patrie appartient \u00e0 tous&#8221; dans lequel ils s&#8217;attaquaient au PCC et \u00e0 certains symboles fondateurs de la r\u00e9volution.<\/p>\n<p>Ce texte nie la volont\u00e9 r\u00e9currente des Etats-Unis de s&#8217;approprier Cuba, critique le syst\u00e8me de parti unique, se prononce pour une \u00e9conomie de march\u00e9 et demande le respect des droits de l&#8217;Homme. Il vante les r\u00e9sultats socio-\u00e9conomiques de l&#8217;avant r\u00e9volution et affirme surtout que le 26 juillet, anniversaire du premier soul\u00e8vement r\u00e9volutionnaire, \u00e9tait une date de &#8220;deuil et de fratricide&#8221; puisque, dit-il, c&#8217;est la r\u00e9volution qui a fait couler tant de sang cubain alors que les morts de l&#8217;\u00e9poque de la dictature &#8220;peuvent \u00eatre compt\u00e9s sur les doigts d&#8217;une main&#8221;.<\/p>\n<p>La condamnation des &#8220;quatre&#8221; a provoqu\u00e9 la protestation des principaux partenaires de Cuba, l&#8217;Union Europ\u00e9enne, le Canada et l&#8217;Espagne en premier lieu, et a motiv\u00e9 l&#8217;adoption, \u00e0 une courte majorit\u00e9, d&#8217;une r\u00e9solution condamnant Cuba devant la commission des droits de l&#8217;Homme de l&#8217;ONU, alors que cette m\u00eame r\u00e9solution avait \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e l&#8217;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, dans le contexte de la visite du Pape et des avanc\u00e9es diplomatiques r\u00e9alis\u00e9es par le r\u00e9gime (1). Le 6 juillet dernier, des repr\u00e9sentants de quatre organisations de la dissidence int\u00e9rieure annon\u00e7aient une gr\u00e8ve de la faim pour demander le respect des droits de l&#8217;Homme et la lib\u00e9ration des prisonniers politiques. Ce je\u00fbne symbolique a dur\u00e9 quarante jours sans incidents majeurs et a re\u00e7u le soutien d&#8217;une partie de la dissidence int\u00e9rieure, de la Fondation cubano-am\u00e9ricaine de Miami, ainsi que des \u00e9crivains exil\u00e9s Zoe Valdes et Maria Elena Cruz Varela. Mais ni l&#8217;Eglise cubaine ni l&#8217;opposition mod\u00e9r\u00e9e ne s&#8217;y sont associ\u00e9es.<\/p>\n<p><strong> Quelle transformation sans d\u00e9mocratie et libert\u00e9 individuelle ? <\/strong><\/p>\n<p>Divers groupes d&#8217;opposition existent \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur et \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur de l&#8217;\u00eele. Form\u00e9s de quelques dizaines de personnes, tr\u00e8s divis\u00e9s, ils ne sont pas jusqu&#8217;ici en capacit\u00e9 de repr\u00e9senter une alternative cr\u00e9dible aupr\u00e8s de la population. Les uns se prononcent pour l&#8217;embargo et contre le dialogue avec La Havane, d&#8217;autres se d\u00e9clarent favorables \u00e0 une transition avec la participation du PCC et ont m\u00eame rencontr\u00e9 dans le pass\u00e9 des repr\u00e9sentants du gouvernement. Mais tous ont critiqu\u00e9 la condamnation du Groupe des quatre.<\/p>\n<p>Lors de la session extraordinaire de l&#8217;Assembl\u00e9e nationale qui a adopt\u00e9 les deux lois cit\u00e9es, Fidel Castro a soulign\u00e9 le &#8220;grand d\u00e9fi&#8221; que son gouvernement doit assumer. &#8220;Certains de nos amis ne seront pas d&#8217;accord. (&#8230;) Il n&#8217;y aura pas d&#8217;autres partis, ni associations, et nous ne permettrons pas qu&#8217;on agisse dans la non-reconnaissance de l&#8217;autorit\u00e9 de l&#8217;Etat cubain.&#8221; En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la strat\u00e9gie des Etats-Unis, il affirmait : &#8220;Ils veulent profiter de nos faiblesses internes, des limitations, de l&#8217;ouverture \u00e9conomique, du tourisme et favoriser la d\u00e9linquance afin de nous affaiblir, parce que le lumpen (prol\u00e9tariat) est un alli\u00e9 de la contre-r\u00e9volution.&#8221;<\/p>\n<p>Le d\u00e9fi est grand, mais il n&#8217;est pas nouveau. Cuba navigue depuis quarante ans contre les vents d\u00e9favorables et aura encore une fois \u00e0 prendre des d\u00e9cisions pour maintenir le cap de la transformation sociale. Le pluralisme \u00e0 Cuba ne se r\u00e9sume pas \u00e0 l&#8217;existence de l&#8217;opposition. Dans le PCC m\u00eame et dans la population existe une diversit\u00e9 d&#8217;id\u00e9es et une aspiration au d\u00e9bat que les r\u00e9centes lois risquent d&#8217;\u00e9touffer. Une d\u00e9mocratie de v\u00e9ritable participation, sans formalisme, o\u00f9 le d\u00e9bat politique serait possible et o\u00f9 la libert\u00e9 d&#8217;expression ne serait pas consid\u00e9r\u00e9e comme un d\u00e9lit ou comme une menace, serait-elle incompatible avec le projet de transformation ?<\/p>\n<p>La modernisation n\u00e9cessaire de l&#8217;\u00e9conomie devra accentuer les modifications sociologiques et politiques en cours. Le choix s&#8217;effectuera de plus en plus entre une avanc\u00e9e d\u00e9mocratique prenant en compte ces modifications et l&#8217;acceptation de la coexistence de deux formes d&#8217;\u00e9conomie qui font semblant de s&#8217;ignorer pour des raisons id\u00e9ologiques, et la r\u00e9pression et la marginalisation d&#8217;une partie de la population. La transformation de la soci\u00e9t\u00e9 pourra-t-elle \u00eatre synonyme de d\u00e9mocratie et d&#8217;une plus grande autonomie des individus ?<\/p>\n<p>Le climat de guerre dans lequel vivent les Cubains depuis les d\u00e9buts du processus r\u00e9volutionnaire renforce les arguments en faveur des limitations de la libert\u00e9 d&#8217;expression et fait de toute dissidence un complice en puissance de l&#8217;ennemi. Il serait dommageable pour la culture, la recherche et le sport cubains que le voisin du Nord r\u00e9ussisse \u00e0 rendre soup\u00e7onnable tout contact ou \u00e9change ext\u00e9rieur. La lev\u00e9e d\u00e9finitive du blocus est une priorit\u00e9 puisqu&#8217;il est l&#8217;un des principaux obstacles \u00e0 une transformation d\u00e9mocratique radicale de ce petit pays qui a soulev\u00e9 tant d&#8217;espoir chez les progressistes du continent am\u00e9ricain.<\/p>\n<p>1. Lors de cette visite, une centaine de prisonniers politiques ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s. Il y en aurait encore 324 selon Elizardo Sanchez, fondateur de la commission cubaine des droits de l&#8217;Homme et de r\u00e9conciliation nationale. 20 % d&#8217;entre eux seraient des prisonniers de conscience.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[289],"class_list":["post-1596","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-ameriques"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1596","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1596"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1596\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1596"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1596"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1596"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}