{"id":1580,"date":"1999-09-01T00:00:00","date_gmt":"1999-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-mort-s-eloigne-mais-pour-quelle1580\/"},"modified":"1999-09-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-08-31T22:00:00","slug":"la-mort-s-eloigne-mais-pour-quelle1580","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1580","title":{"rendered":"La mort s&#8217;\u00e9loigne mais pour quelle vie ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> D\u00e9bat entre France Lert <\/p>\n<p><strong> Le sida est install\u00e9 d&#8217;une fa\u00e7on durable dans notre soci\u00e9t\u00e9. Un constat qui invite \u00e0 renouveler la r\u00e9flexion sur la pr\u00e9vention. Et \u00e0 s&#8217;interroger sur le sens et l&#8217;efficacit\u00e9 des campagnes men\u00e9es. Quelles sont les responsabilit\u00e9s des pouvoirs publics, celles des associations ? Depuis quelques temps d\u00e9j\u00e0, les associations connaissent des difficult\u00e9s importantes pour faire face aux attentes in\u00e9dites des malades. Et ceux-ci sont tiraill\u00e9s entre de nouveaux espoirs et de nouvelles souffrances. <\/strong><\/p>\n<p><strong> France Lert : <\/strong> En France, l&#8217;infection VIH est install\u00e9e pour vingt ans \u00e0 un niveau peu \u00e9lev\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle de la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re mais \u00e0 un niveau tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 dans certains groupes. Comment faire pour permettre aux personnes infect\u00e9es de vivre avec la maladie, comment permettre \u00e0 tous de vivre avec les personnes atteintes, d&#8217;avoir des relations et de se prot\u00e9ger ? Qui plus est, dans la libert\u00e9, l&#8217;\u00e9panouissement ?<\/p>\n<p><strong> Philippe Mangeot : <\/strong> Vingt ans o\u00f9 il y aura de plus en plus de s\u00e9ropositifs. Moins de gens meurent mais il y a toujours entre 5 et 6 000 contaminations par an.<\/p>\n<p><strong> F.L. : <\/strong> Vivre avec le VIH, du point de vue de la sexualit\u00e9, est tr\u00e8s difficile ; il s&#8217;agit de prot\u00e9ger ses partenaires, tous les jours, dans la longue dur\u00e9e.<\/p>\n<p><strong> P.M. : <\/strong> Les probl\u00e8mes de pr\u00e9vention ne sont pas exactement les m\u00eames aujourd&#8217;hui qu&#8217;il y a dix ans. Je suis s\u00e9ropositif depuis treize ans et je ressens une difficult\u00e9 renouvel\u00e9e de vivre avec cette peur d&#8217;\u00eatre contaminant. Un autre discours s&#8217;impose. Je suis confiant dans la mise en place par la Direction g\u00e9n\u00e9rale de la sant\u00e9 d&#8217;un groupe de r\u00e9flexion sur de nouvelles m\u00e9thodes de pr\u00e9vention, dont Act Up fait partie d&#8217;ailleurs. Mais, c&#8217;est mon sentiment, ce qu&#8217;on dit depuis dix ans n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9cout\u00e9, ni suivi d&#8217;effets. Nos revendications sont pourtant tr\u00e8s simples. Prenons un exemple. Il y a en ce moment une grosse op\u00e9ration : qui a le m\u00e9rite d&#8217;exister :, un roman-photo gay. Cela raconte l&#8217;histoire d&#8217;un jeune gay qui a des difficult\u00e9s \u00e0 s&#8217;assumer, etc. Or il va \u00eatre distribu\u00e9 dans des lieux gays, c&#8217;est-\u00e0-dire \u00e0 une population qui a d\u00e9j\u00e0 assum\u00e9 son homosexualit\u00e9. Cela fait dix ans pourtant que l&#8217;on dit : adressez-vous aux homosexuels, adressez-vous aux toxicomanes, mais dans des m\u00e9dias grand public. Le grand mythe en vigueur dans les agences charg\u00e9es de la pr\u00e9vention, c&#8217;est la bonne campagne unique, au mieux renouvel\u00e9e chaque ann\u00e9e. Alors qu&#8217;il vaudrait mieux jouer la diversit\u00e9, en sachant qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas de vendre de la lessive. La bonne pr\u00e9vention n&#8217;est pas forc\u00e9ment celle qui s&#8217;adresse au maximum de personnes. Il faut que tout le monde, \u00e0 un lieu donn\u00e9 et \u00e0 un moment donn\u00e9, se sente concern\u00e9. A force de vouloir s&#8217;adresser \u00e0 tout le monde en m\u00eame temps, on finit par \u00e9chouer totalement.<\/p>\n<p><strong> F.L. : <\/strong> Il n&#8217;y a pas eu de campagnes d&#8217;information et de pr\u00e9vention suffisamment intenses depuis longtemps. Elles passent \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision pendant les grandes vacances quand peu de gens regardent. Au-del\u00e0 des groupes particuliers, on a fait l&#8217;effort dans les campagnes de montrer les trajectoires, les moments de risque : la premi\u00e8re fois, le nouveau partenaire, la rupture, etc. Les campagnes s&#8217;adressent \u00e0 tous ; il importe moins de s&#8217;adresser \u00e0 des groupes diff\u00e9renci\u00e9s, qu&#8217;\u00e0 des moments de vuln\u00e9rabilit\u00e9 qui sont identiques d&#8217;un groupe \u00e0 l&#8217;autre. M\u00eame s&#8217;ils se pr\u00e9sentent un peu diff\u00e9remment dans la population jeune, homosexuelle ou plus \u00e2g\u00e9e. Et il y a eu aussi des campagnes particuli\u00e8res dans les m\u00e9dias homosexuels. Globalement, on peut dire que la transmission chez les homosexuels se poursuit au m\u00eame rythme. Des changements de comportement ont eu lieu tr\u00e8s t\u00f4t et il n&#8217;y en a plus \u00e0 pr\u00e9sent. Peut-on aller plus loin dans le changement ? Le poids qui p\u00e8se sur la sexualit\u00e9 des homos est tr\u00e8s fort. Est-ce qu&#8217;on peut faire reculer encore la transmission ? Est-ce qu&#8217;on peut aller plus loin dans la contrainte de la sexualit\u00e9 ? Dans les enqu\u00eates, on voit que la sexualit\u00e9 homo se caract\u00e9rise par un nombre plus \u00e9lev\u00e9 de partenaires, un renouvellement important. Mais dans une campagne publique de pr\u00e9vention, a-t-on le droit de parler des types de sexualit\u00e9, du type de partenariat, du nombre de partenaires, etc. ? Pr\u00e9senter le gel, les pr\u00e9servatifs d&#8217;accord, mais d\u00e9finir une sexualit\u00e9, ce n&#8217;est pas de l&#8217;ordre d&#8217;une campagne de pr\u00e9vention.<\/p>\n<p><strong> P.M. : <\/strong> Il ne s&#8217;agit pas de d\u00e9finir mais de prendre acte.<\/p>\n<p><strong> F.L. : <\/strong> D&#8217;accord mais une fois qu&#8217;on a pris acte du nombre \u00e9lev\u00e9 de partenaires, de situations o\u00f9 il y a un partenaire principal et d&#8217;autres secondaires, ou encore des partenaires anonymes, une fois qu&#8217;on a rendu accessibles le gel, les pr\u00e9servatifs, peut-on aller plus loin ?<\/p>\n<p><strong> P.M. : <\/strong> Les pouvoirs publics ne font pas tout ce qu&#8217;ils devraient en mati\u00e8re de pr\u00e9vention mais ils ne peuvent pas tenir un discours d&#8217;ordre \u00e9thique qui passerait imm\u00e9diatement pour du puritanisme. Act Up, en tant qu&#8217;association de s\u00e9ropositifs, s&#8217;est demand\u00e9e si elle pouvait tenir aux s\u00e9ropositifs un discours sur le maintien des pratiques de pr\u00e9vention, \u00e0 un moment o\u00f9 on observe autour de nous, de fa\u00e7on empirique car cela n&#8217;est pas confirm\u00e9 par les statistiques, une sorte de relachement des pratiques de pr\u00e9vention. Ce genre de tendance existe aussi aux USA. Le d\u00e9bat a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s conflictuel \u00e0 Act Up. Finalement, on a fait une campagne d&#8217;affichage qui posait la question de la jouissance : &#8220;baiser sans capote, \u00e7a vous fait jouir ?&#8221; Sachant que l&#8217;\u00e9rotisation de la capote a \u00e9t\u00e9 un \u00e9chec.Dans le m\u00eame ordre d&#8217;id\u00e9es, il y a des attitudes comme celle de l&#8217;\u00e9crivain Guillaume Dustan, responsable d&#8217;une collection &#8220;le rayon gay&#8221; chez Balland dont quasiment tous les livres font l&#8217;apologie du sexe avec risques. Erik R\u00e9m\u00e8s et Guillaume Dustan, tous les deux s\u00e9ropositifs, le disent et disent en substance &#8220;apr\u00e8s tout, basta, c&#8217;est \u00e0 l&#8217;autre de se prot\u00e9ger, moi je suis s\u00e9ropo&#8221; et racontent avec une complaisance incroyable le plaisir de baiser sans capote quand on est s\u00e9ropositif. Je suis un peu inquiet car je vois autour de moi des s\u00e9ropositifs qui en ont marre. Qui peut leur parler ? Qui peut me parler \u00e0 moi qui suis aussi fatigu\u00e9 et \u00e0 qui il arrive de r\u00eaver que mon mari soit s\u00e9ropositif parce que j&#8217;aurais moins peur ? Qui peut s&#8217;adresser \u00e0 moi pour me donner du courage ? C&#8217;est le seul point sur lequel les pouvoirs publics ne peuvent pas me parler. Il y a une dimension communautaire de la pr\u00e9vention, c&#8217;est peut-\u00eatre aux groupes de s\u00e9ropositifs, aux associations, de la prendre en charge.<\/p>\n<p><strong> F.L. : <\/strong> Ce qui devrait un peu all\u00e9ger ce poids, c&#8217;est qu&#8217;avec les nouveaux traitements, il y a probablement un moindre risque de contamination chez les personnes trait\u00e9es m\u00eame si le risque n&#8217;est pas nul. Et malgr\u00e9 la p\u00e9nibilit\u00e9, l&#8217;astreinte et la lourdeur du traitement, il pourrait y avoir moins d&#8217;angoisse de transmettre la maladie. Il y a aussi les traitements post-exposition&#8230; On devrait sans doute travailler davantage sur la question de la transmision en terme de recherche. Si les gens s&#8217;astreignent \u00e0 ces traitements, il faut aller le plus loin possible dans la compr\u00e9hension de la fa\u00e7on dont cela affecte le risque de transmission. Actuellement on s&#8217;inqui\u00e8te plus du probl\u00e8me de la reproduction et de la grossesse que de la transmission pour laquelle on se dit que, de toute fa\u00e7on, il y a le pr\u00e9servatif.Le risque demeure \u00e0 un niveau faible. Il ne sera jamais compl\u00e8tement \u00e9limin\u00e9. Evaluer la baisse du risque est une responsabilit\u00e9 scientifique. On n&#8217;a pas suffisamment tir\u00e9 profit de ce que les nouveaux traitements apportent de ce point de vue. L&#8217;ANRS a fait r\u00e9cemment un bilan des recherches en sciences sociales sur la transmission par des s\u00e9ropositifs qui est publi\u00e9 ce mois-ci. Cette question du risque de transmettre la maladie n&#8217;est jamais r\u00e9gl\u00e9e dans la vie d&#8217;un s\u00e9ropositif. Du point de vue de la recherche en biologie, en sciences sociales, du point de vue \u00e9pid\u00e9miologique, c&#8217;est tr\u00e8s important. Si pour les personnes trait\u00e9es, il s&#8217;av\u00e9rait -je r\u00eave- que le risque de transmettre devenait tr\u00e8s faible cela constituerait un immense soulagement.<\/p>\n<p><strong> P.M. : <\/strong> C&#8217;est une vraie question pos\u00e9e \u00e0 la recherche mais dans le doute et l&#8217;absence de r\u00e9ponse essayons de nous abstenir. Le probl\u00e8me des traitements ne se pose pas seulement en terme de pr\u00e9vention. Il faut raconter ce que c&#8217;est de suivre ces traitements, les effets secondaires qui sont effrayants : r\u00e9partition anarchique des graisses qui font prendre vingt ans aux patients, diarrh\u00e9es, s\u00e9quences hallucinatoires au premier mois d&#8217;un traitement antiviral, etc. De plus, entre 5 % et 10 % des gens trait\u00e9s depuis le d\u00e9but de l&#8217;apparition des th\u00e9rapies sont en situation d&#8217;\u00e9chec : les m\u00e9decins ne savent plus quoi faire. C&#8217;est une maladie \u00e9volutive et on peut voir aujourd&#8217;hui les h\u00f4pitaux de jour se remplir \u00e0 nouveau. La mort s&#8217;\u00e9loigne mais pour quelle vie ?<\/p>\n<p><strong> F.L. : <\/strong> La pr\u00e9vention reste une absolue n\u00e9cessit\u00e9. De ce point de vue, rien n&#8217;a chang\u00e9. Aussi les pouvoirs publics ont le devoir d&#8217;animer une politique tr\u00e8s active dans ce domaine. Il n&#8217;y a pas d&#8217;alternative. D&#8217;autant plus aujourd&#8217;hui, car durant une dizaine d&#8217;ann\u00e9es la pr\u00e9vention a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e par un mouvement social puissant et inventif. Qui va le faire maintenant ?<\/p>\n<p><strong> P.M. : <\/strong> A une p\u00e9riode o\u00f9 les associations sont s\u00e9rieusement en danger&#8230;<\/p>\n<p><strong> F.L. : <\/strong> Les enqu\u00eates montrent que les gens ne sont pas satur\u00e9s, qu&#8217;ils pensent m\u00eame qu&#8217;on ne parle toujours pas assez du sida. Par contre de nombreux \u00e9l\u00e9ments d&#8217;indiff\u00e9rence, de distance apparaissent. Ou encore, chez les pharmaciens, les pr\u00e9servatifs deviennent moins visibles, bien qu&#8217;il s&#8217;en vende autant. C&#8217;est un petit signe. Assurer la diffusion du pr\u00e9servatif en terme de prix et d&#8217;accessibilit\u00e9 physique, de continuit\u00e9 g\u00e9ographique et horaire, c&#8217;est une responsabilit\u00e9 publique, mais ce n&#8217;est qu&#8217;un \u00e9l\u00e9ment. Il faut conserver en \u00e9veil l&#8217;int\u00e9r\u00eat, la pr\u00e9occupation vis \u00e0 vis du VIH et des personnes affect\u00e9es.<\/p>\n<p><strong> P.M. : <\/strong> J&#8217;ai le sentiment \u00e0 certains \u00e9gards de vivre une p\u00e9riode assez r\u00e9gressive. Il faut reforcer les portes, tenir des discours qu&#8217;on croyait acquis, etc. La plus ancienne association de lutte contre le sida, VLS, a d\u00e9pos\u00e9 son bilan. Toutes les associations ont des probl\u00e8mes financiers.<\/p>\n<p><strong> F.L. : <\/strong> Cette relative d\u00e9saffection est sans doute un ph\u00e9nom\u00e8ne historique. Le sida a constitu\u00e9 un v\u00e9ritable choc pour toute une g\u00e9n\u00e9ration. Cela a pr\u00e9cipit\u00e9 toutes sortes d&#8217;interrogations sur soi, sur la mort, sur le groupe, sur la sexualit\u00e9, mais n&#8217;a pu rester ad vitam aeternam un sujet mobilisateur. La disparition des personnes remarquables qui ont fait na\u00eetre le mouvement associatif, lui ont donn\u00e9 son sens, p\u00e8se aussi beaucoup. L&#8217;infection VIH fragilise les gens atteints. Elle les emp\u00eache de se d\u00e9velopper, \u00e9conomiquement, socialement, etc. Elle en fait plonger certains dans la pr\u00e9carit\u00e9 quand ils n&#8217;y sont pas d\u00e9j\u00e0. Il y a un d\u00e9placement du sida vers des cat\u00e9gories sociales plus fragiles. Les associations re\u00e7oivent de plus en plus de gens qui appellent \u00e0 l&#8217;aide. Dans le pass\u00e9, des gens arrivaient dans les associations pour participer, avec la volont\u00e9 de ne pas baisser les bras, parce qu&#8217;ils \u00e9taient aussi arm\u00e9s politiquement et socialement pour r\u00e9sister. Aujourd&#8217;hui les gens qui arrivent subissent tous leurs malheurs sans \u00eatre pr\u00eats \u00e0 s&#8217;engager autrement. On rejoint l\u00e0 le probl\u00e8me plus g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;affaiblissement de la participation politique.<\/p>\n<p><strong> P.M. : <\/strong> Act Up n&#8217;a jamais fait d&#8217;aide aux malades puisque nous nous d\u00e9finissons avant tout comme un groupe de malades. Mais on s&#8217;est senti dans l&#8217;obligation de d\u00e9velopper deux types d&#8217;action in\u00e9dites pour nous. D&#8217;une part de l&#8217;information th\u00e9rapeutique en direction des malades et d&#8217;autrepart de l&#8217;aide juridique et sociale. Effectivement des gens viennent qui ne sont plus des militants mais des consommateurs d&#8217;Act Up. Les &#8220;vieux&#8221; militants d&#8217;Act Up sont soit morts, soit tr\u00e8s fatigu\u00e9s de tout cela. Soit encore donn\u00e9s pour morts, il y a quatre ou cinq ans, ils revivent aujourd&#8217;hui avec tous les nouveaux probl\u00e8mes que cela comporte. Certains, par exemple, avaient une allocation adulte handicap\u00e9. S&#8217;ils ont une charge virale \u00e0 z\u00e9ro, un taux de lymphocytes T4 relativement bas, ils n&#8217;en b\u00e9n\u00e9ficient plus. C&#8217;est une incitation tr\u00e8s artificielle au retour au travail, qui ne prend pas en compte le v\u00e9cu et la dur\u00e9e de la maladie.<\/p>\n<p><strong> F.L. : <\/strong> Cette g\u00e9n\u00e9ration de malades a v\u00e9cu des exp\u00e9riences physiques et psychologiques terribles. A la diff\u00e9rence du cancer o\u00f9, en g\u00e9n\u00e9ral, un nouveau traitement correspond \u00e0 de nouveaux malades, les personnes s\u00e9ropositives ont v\u00e9cu une exp\u00e9rience in\u00e9dite : par exemple, annonce d&#8217;un pronostic fatal \u00e0 court terme, puis espoir, puis incertitude, revivre avec de nouveaux risques, etc. Cela demande \u00e0 chacun des adaptations \u00e9puisantes qu&#8217;il est difficile de mettre en commun. Survivre est une nouvelle \u00e9preuve et pas encore une exp\u00e9rience collective.<\/p>\n<p><strong> P.M. : <\/strong> Cependant ce sont quand m\u00eame les &#8220;vieux&#8221; s\u00e9ropositifs qui encadrent Act Up et formulent aujourd&#8217;hui avec les associations de ch\u00f4meurs comme AC ! l&#8217;exigence d&#8217;une remise \u00e0 plat de tout le syst\u00e8me des minimas sociaux et d&#8217;un revenu garanti pour tous, inconditionnel. Pour \u00e9viter des contr\u00f4les biologiques qui ne prennent pas en compte la trajectoire et l&#8217;\u00e9tat de sant\u00e9 r\u00e9el des individus. Ainsi \u00e9mergent d&#8217;autres formulations des exigences collectives qui sont peut-\u00eatre plus difficiles \u00e0 se repr\u00e9senter car elles ne semblent pas directement li\u00e9es au sida, alors qu&#8217;elles le sont en r\u00e9alit\u00e9. Act Up est travers\u00e9 par cette tension. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, certains souhaitent passer par une alliance avec les groupes de ch\u00f4meurs pour imposer un revenu pour tous, inconditionnel. D&#8217;autres pensent, qu&#8217;en faisant cela, on abandonne la lutte contre le sida. Ces contradictions n&#8217;aident pas \u00e0 se rassembler, dans un contexte de relative d\u00e9saffection, avec une baisse de l&#8217;int\u00e9r\u00eat et de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 publique pour les associations.<\/p>\n<p><strong> F.L. : <\/strong> Beaucoup d&#8217;associations se sont mises \u00e0 remplir des fonctions nouvelles, qu&#8217;elles voyaient comme des innovations, en pensant passer la main ensuite, ce qu&#8217;elles n&#8217;ont pu faire. C&#8217;est toute la red\u00e9finition de l&#8217;action sociale : la m\u00eame question est pos\u00e9e par exemple avec les Restos du coeur, M\u00e9decins du Monde, le SAMU social, etc. Par exemple, deux associations, AIDES et M\u00e9decins du Monde assurent : en France : l&#8217;essentiel du programme de distribution des seringues, c&#8217;est-\u00e0-dire la r\u00e9duction des risques de contamination chez les toxicomanes. Les formes de l&#8217;action sociale ont chang\u00e9 alliant action sociale et action humanitaire ce qui \u00e9tait inconcevable dans les ann\u00e9es de croissance. Ce n&#8217;est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne isol\u00e9 mais une fa\u00e7on nouvelle de concevoir les politiques sociales rendue n\u00e9cessaire par l&#8217;ampleur du processus de fragilisation de la coh\u00e9sion sociale. Cela n\u00e9cessite le partage de l&#8217;exp\u00e9rience venant des associations et pas seulement un point de vue professionnel. Il faut reconnaitre le r\u00f4le des associations dans l&#8217;intervention sociale.<\/p>\n<p><strong> P.M. : <\/strong> Et leur en donner les moyens. Ce qui n&#8217;est pas le cas aujourd&#8217;hui. Des associations sont oblig\u00e9es de se regrouper pour imposer aux pouvoirs publics un interlocuteur unique. Cette gestion sociale n&#8217;est pas assum\u00e9e intellectuellement par les associations mais elle n&#8217;est pas assum\u00e9e mat\u00e9riellement par les pouvoirs publics. La d\u00e9pendance vis \u00e0 vis des subventions oblige \u00e0 passer une large partie du temps au simple renouvellement de la subvention. Et on est aujourd&#8217;hui dans un syst\u00e8me o\u00f9 les cas les plus inextricables sont du ressort des associations&#8230;<\/p>\n<p><strong> F.L. : <\/strong> En 1998, les fonds d&#8217;Etat n&#8217;ont pas baiss\u00e9 en ce qui concerne la pr\u00e9vention et la prise en charge extra-hospitali\u00e8re. Mais l&#8217;effort des collectivit\u00e9s territoriales et les dons ont probablement baiss\u00e9 pour s&#8217;int\u00e9resser \u00e0 d&#8217;autres enjeux. Le discours pr\u00e9ventif a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 par tout un appareil professionnel et institutionnel mais le sang qui faisait vivre cela, venait des gens impliqu\u00e9s, des associations. Par exemple au CRIPS, les personnes qui faisaient la pr\u00e9vention dans les lyc\u00e9es, \u00e9taient soit des malades, soit des proches, soit des soignants, qui avaient tous des choses \u00e0 dire sur la vie avec le VIH, sur la maladie, etc. Le jour o\u00f9 ce sera seulement des fonctionnaires de la Caisse d&#8217;assurance maladie qui feront cette pr\u00e9vention, est-ce que cela donnera le m\u00eame r\u00e9sultat ? L&#8217;\u00e9pid\u00e9mie est \u00e9tale chez les homosexuels et en forte baisse chez les toxicomanes, pour lesquels il n&#8217;y a pratiquement pas de pr\u00e9vention sexuelle. Chez les migrants, n&#8217;en parlons pas !<\/p>\n<p><strong> P.M. : <\/strong> Ces populations sont confront\u00e9es souvent \u00e0 des logiques r\u00e9pressives plut\u00f4t qu&#8217;\u00e0 une v\u00e9ritable politique de sant\u00e9. Exemple, le Centre Beaurepaire, un lieu d&#8217;accueil et de r\u00e9duction des risques, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9 sur plainte d&#8217;une partie de la population avoisinante. Une antenne va \u00eatre ouverte \u00e0 la Gare du Nord loin de tous voisins et pr\u00e8s de la police !<\/p>\n<p><strong> F.L. : <\/strong> A ce sujet les associations ne font pas forc\u00e9ment preuve de plus de cr\u00e9ativit\u00e9 politique. Elles s&#8217;installent dans les vides, les interstices pour s&#8217;adresser \u00e0 cette population. Toute leur action se concentre dans Paris et de pr\u00e9f\u00e9rence dans des non-lieux comme le Forum des Halles, le Cours de Vincennes ou les boulevards int\u00e9rieurs.<\/p>\n<p><strong> P.M. : <\/strong> Cela renvoie \u00e0 leur constitution. Elles partent de situations personnelles. Au mieux, elles peuvent susciter des groupes \u00e9quivalents en banlieue. C&#8217;est un peu la m\u00eame chose avec le Sud, nous avons cr\u00e9\u00e9 Planet Africa pour \u00e9quiper en ordinateurs les associations de malades africains, afin que l&#8217;information circule entre elles, mais c&#8217;est \u00e0 elles de se prendre en charge et d\u00e9cider de leur action. Il faut susciter d&#8217;autres actions sans pr\u00e9tendre les g\u00e9rer \u00e0 leur place. Concernant les pays du Sud, les responsabilit\u00e9s politiques sont pour le coup \u00e9crasantes. Les organismes comme la Banque Mondiale, ONUSIDA, misent tout sur la pr\u00e9vention en passant les malades actuels par pertes et profits. Or sans perspectives de soins, la pr\u00e9vention marche mal. n<\/p>\n<p>* France Lert est directeur de recherches \u00e0 l&#8217;INSERM et responsable de l&#8217;action sur la pr\u00e9vention et les comportements \u00e0 l&#8217;Agence nationale de recherche sur le Sida (ANRS).<\/p>\n<p>** Philippe Mangeot est pr\u00e9sident d&#8217;Act Up, association de s\u00e9ropositifs qui fait partie du groupe de r\u00e9flexion sur les nouvelles m\u00e9thodes de pr\u00e9vention mis en place par la Direction g\u00e9n\u00e9rale de la sant\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> D\u00e9bat entre France Lert <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[307,286],"class_list":["post-1580","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-sante","tag-sida"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1580","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1580"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1580\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1580"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1580"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1580"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}