{"id":1574,"date":"1999-09-01T00:00:00","date_gmt":"1999-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/architecture-d-ici-et-d-ailleurs1574\/"},"modified":"1999-09-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-08-31T22:00:00","slug":"architecture-d-ici-et-d-ailleurs1574","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1574","title":{"rendered":"Architecture d&#8217;ici et d&#8217;ailleurs"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Le raffinement blanc de l&#8217;Am\u00e9ricain Richard Meier au Jeu de Paume, \u00e0 Paris. Les multiples aspects de la construction en r\u00e9gion Aquitaine \u00e0 Arc-en-R\u00eave, \u00e0 Bordeaux. La naissance d&#8217;une nouvelle revue : Parpaings. <\/p>\n<p>Richard Meier, le plus jeune Prix Pritzer (l&#8217;\u00e9quivalent du Nobel) pour l&#8217;Architecture est \u00e0 Paris. On peut m\u00eame dire qu&#8217;il l&#8217;est doublement. En dur\u00e9e, d&#8217;abord, puisque aussi bien on peut y admirer son b\u00e2timent pour Canal Plus (1988-1992), fin vaisseau longeant les bords de Seine \u00e0 hauteur du quai Andr\u00e9-Citro\u00ebn. Pour le temps d&#8217;une exposition ensuite, con\u00e7ue par le Mus\u00e9e d&#8217;art contemporain de Los Angeles (commissaires : Dana Hutt et Richard Koshalek) qu&#8217;accueille jusqu&#8217;\u00e0 la fin du mois la Galerie nationale du jeu de Paume. Et c&#8217;est une chance.<\/p>\n<p>Car c&#8217;est l&#8217;occasion de prendre la mesure de cet architecte n\u00e9 \u00e0 Newark dans le New Jersey en 1934, form\u00e9 \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 de Cornell, o\u00f9 il d\u00e9couvrit Matisse et Picasso et appr\u00e9cia beaucoup, dit-on, les cours de litt\u00e9rature de Vladimir Nabokov, grand h\u00e9ritier du modernisme de Le Corbusier : dont une phrase extraite de Vers une architecture, &#8220;L&#8217;architecture n&#8217;a rien \u00e0 voir avec les styles. Elle met en jeu les plus hautes facult\u00e9s par sa propre abstraction&#8221;, accueille d&#8217;ailleurs le visiteur :, des ma\u00eetres du Bauhaus abstrait venus aux Etats-Unis avant et apr\u00e8s la guerre, Walter Gropius, Mies van der Rohe et Marcel Breuer, mais aussi bien de Alvar Aalto, Louis I. Kahn et Frank Lloyd Wright, tous sources d&#8217;inspiration.<\/p>\n<p>Nourrie de cette histoire, la sp\u00e9cificit\u00e9 du travail de Meier, qui ouvre son agence en 1963 \u00e0 New York, peut alors se d\u00e9ployer autour de la ma\u00eetrise de la lumi\u00e8re, le jeu des formes, et l&#8217;utilisation du blanc, devenue au fil du temps comme sa marque de fabrique. &#8220;Le blanc, explique-t-il, est l&#8217;embl\u00e8me \u00e9ph\u00e9m\u00e8re du mouvement perp\u00e9tuel (&#8230;), toujours pr\u00e9sent mais jamais identique \u00e0 lui-m\u00eame, brillant et ondoyant dans la lumi\u00e8re du jour, argent\u00e9 et effervescent sous la pleine lune de la Saint-Sylvestre. Entre la mer de conscience et la vaste mat\u00e9rialit\u00e9 de la terre, est sous-tendue cette ligne toujours changeante du blanc. Le blanc est la lumi\u00e8re, le moyen de compr\u00e9hension et du pouvoir qui transforme.&#8221;<\/p>\n<p><strong> Des maisons que les propri\u00e9taires vivent comme des oeuvres d&#8217;art <\/strong><\/p>\n<p>Des premi\u00e8res maisons particuli\u00e8res, v\u00e9ritables petits bijoux, que sont la Maison Smith (1965-1967), la Maison Douglas (1971-1973), la Maison Grotta (1985-1989) : que ses propri\u00e9taires vivent comme une oeuvre d&#8217;art en soi :, au caract\u00e8re immacul\u00e9 contrastant fortement avec leur environnement de verdure, en passant par les mus\u00e9es (Francfort, Barcelone, et le High Museum \u00e0 Atlanta o\u00f9 il r\u00e9ussit \u00e0 cr\u00e9er ce monde \u00e0 part, rempla\u00e7ant &#8220;les al\u00e9as d&#8217;un monde ext\u00e9rieur impr\u00e9visible&#8221;), les b\u00e2timents publics (parmi les plus impressionnants, citons l&#8217;H\u00f4tel de Ville et la Biblioth\u00e8que centrale de La Haye, le complexe administratif et culturel de la ville d&#8217;Ulm contigu \u00e0 sa Cath\u00e9drale gothique et le Palais de Justice \u00e0 Phoenix, Arizona, au monumental hall vitr\u00e9), c&#8217;est la m\u00eame attention port\u00e9e aux rapports des espaces entre eux qu&#8217;aux moindres d\u00e9tails. On se surprend \u00e0 \u00eatre devant les maquettes pr\u00e9paratoires au Getty Enter (&#8220;Etude pour le paysage de la terrasse&#8221;, &#8220;Etude pour le jardin sup\u00e9rieur central&#8221;, &#8220;Etude pour la cour du Pavillon Est du mus\u00e9e&#8221;) en admiration, comme devant autant de petits objets d&#8217;arts sculpt\u00e9s.<\/p>\n<p>La m\u00eame fid\u00e9lit\u00e9, enfin, jamais d\u00e9mentie, \u00e0 la clart\u00e9 et \u00e0 l&#8217;abstraction. A cet \u00e9gard, on se souviendra de la pol\u00e9mique qui opposa en 1972, \u00e0 la parution de Five Architects (Cinq Architectes), le groupe qu&#8217;il constituait alors avec Peter Eisenman, Michael Graves, John Hedjuk et Charles Gwathmey baptis\u00e9 le &#8220;New York Five&#8221; \u00e0 l&#8217;architecte de Philadelphie, Richard Venturi, lequel affirmait dans Learning from Las Vegas (La le\u00e7on de Las Vegas) que cette ville et Los Angeles \u00e9taient &#8220;les Venise et Florence de l&#8217;Am\u00e9rique&#8221; : &#8220;Vous ne pouvez rien apprendre sur l&#8217;architecture \u00e0 Las Vegas&#8221;, r\u00e9torqua simplement Meier, alors en train de donner avec la Maison Douglas l&#8217;un des plus significatifs exemples de ses conceptions. On ajoutera que celles-ci b\u00e9n\u00e9ficient ici largement d&#8217;une pr\u00e9sentation simple et sobre.<\/p>\n<p>Ce sont d&#8217;autres d\u00e9couvertes et une autre r\u00e9flexion que, fid\u00e8le \u00e0 son projet et \u00e0 sa vocation premi\u00e8re qui est de &#8220;d\u00e9velopper une sensibilit\u00e9 culturelle aux formes contemporaines de la ville et de l&#8217;architecture, et g\u00e9n\u00e9rer une dynamique qualitative sur le terrain de l&#8217;am\u00e9nagement op\u00e9rationnel&#8221;, nous propose Arc-en-R\u00eave, cr\u00e9\u00e9 en 1981 et dirig\u00e9 par Francine Fort, avec &#8220;Singulier\/Pluriel, Architecture en Aquitaine 1995-1998&#8221;, une exposition confi\u00e9e \u00e0 Michel Jacques assist\u00e9 de Annette N\u00e8ve et de Cyril Neveu, ni portrait d&#8217;une \u00e9lite architecturale, ni tableau filant les airs trop connus du pittoresque r\u00e9gional &#8220;fa\u00e7on grand-Sud-Ouest, Landes-Pyr\u00e9n\u00e9es&#8221;, mais plut\u00f4t affirmation d&#8217;une architecture qui mod\u00e8le le paysage au quotidien, avec ce que cela requiert d&#8217;ambition, mais aussi de modestie. &#8221;<\/p>\n<p>Appelons cela un instantan\u00e9, saisi sur le vif de la cr\u00e9ation, \u00e9crit dans sa pr\u00e9face Francis Rambert, r\u00e9dacteur en chef de la revue D&#8217;Architecture. Une photographie prise au cr\u00e9puscule du si\u00e8cle. Une \u00e9preuve qui ne triche pas, qui n&#8217;essaye pas de jouer avec l&#8217;ambigu\u00eft\u00e9 entre virtualit\u00e9 et r\u00e9alit\u00e9. Un tirage grandeur nature qui refl\u00e8te bien la diversit\u00e9 d&#8217;une production r\u00e9gionale, tous programmes confondus. En un mot, une reproduction qui r\u00e9v\u00e8le l&#8217;\u00e2me d&#8217;un territoire.&#8221; En tout, cinquante-sept r\u00e9alisations (maisons individuelles, si\u00e8ges de soci\u00e9t\u00e9s, habitats collectifs, \u00e9coles et coll\u00e8ges, hangars viticoles, piscines, sanitaires publics) de trente-deux agences d&#8217;architectes, vingt-six de Gironde, cinq des Pyr\u00e9n\u00e9es Atlantiques et une de Dordogne, et un fourmillement assez r\u00e9jouissant d&#8217;attitudes et de sensibilit\u00e9s.<\/p>\n<p><strong> &#8220;Un \u00e9cartement entre l&#8217;\u00e9vident et le secret par o\u00f9 se glisse le sens&#8221; <\/strong><\/p>\n<p>Sans qu&#8217;il soit peut-\u00eatre pour cela n\u00e9cessaire d&#8217;en appeler \u00e0 la fameuse notion de &#8220;r\u00e9gionalisme critique&#8221; qui eut ses beaux jours au d\u00e9but des ann\u00e9es 80 sous la plume du critique anglais Kenneth Frampton pour d\u00e9signer le jeu crois\u00e9 de la modernit\u00e9 et des cultures traditionnelles, on n&#8217;oublie aucun r\u00e9f\u00e9rent : &#8220;Lignes de forces, verticales des pins, g\u00e9om\u00e9trie des vignes, enrochement du b\u00e2ti de montagne, horizontale des eaux&#8221;, et ce fameux ciel qui est &#8220;comme un peu plus grand qu&#8217;ailleurs&#8221;. Le but \u00e9tant, en empruntant au &#8220;catalogue des ressources de la technique et de l&#8217;intelligence&#8221;, de se frayer un chemin, de passer cette porte \u00e9troite que Marie-Christine Loriers, r\u00e9dactrice en chef de la revue Technique et architecture, d\u00e9signe dans son texte d&#8217;une jolie expression : &#8220;Un \u00e9cartement entre l&#8217;\u00e9vident et le secret par o\u00f9 se glisse le sens.&#8221; Dans de nombreux cas, les projets montr\u00e9s dans cette exposition y r\u00e9ussissent.<\/p>\n<p>Enfin, il n&#8217;est pas si fr\u00e9quent de trouver en kiosque un mensuel de qualit\u00e9 \u00e0 prix modique traitant d&#8217;architecture, d&#8217;art et de paysage, pour laisser passer l&#8217;occasion de saluer l&#8217;apparition de Parpaings, dont le directeur est l&#8217;\u00e9diteur Jean-Michel Place, et les r\u00e9dacteurs en chef Alice Laguarda et Christophe Le Gac (\u00e9galement directeur artistique). Sur quarante pages au format tablo\u00efd, qui nous changent du luxe on\u00e9reux des papiers glac\u00e9s, d\u00e9filent actualit\u00e9s des expositions, des concours d&#8217;architecture, d\u00e9bats g\u00e9n\u00e9raux, questions p\u00e9dagogiques, rubriques diverses (juridique, m\u00e9tier, cyber), entretiens (celui avec Felice Varini dans le n\u00b0 4 de juin est passionnant), l&#8217;ensemble passant plut\u00f4t brillamment l&#8217;examen du rapport information\/r\u00e9flexion. On ne peut que souhaiter qu&#8217;un tel projet qui parie sur l&#8217;intelligence et combat certaines fadeurs ambiantes en se mettant, en plus, \u00e0 la port\u00e9e de toutes les bourses, connaisse rapidement le succ\u00e8s n\u00e9cessaire \u00e0 sa poursuite. n J.P.<\/p>\n<p><strong> Richard Meier. <\/strong><\/p>\n<p>Galerie du Mus\u00e9e du Jeu de Paume, Paris. Jusqu&#8217;au 26 septembre.<\/p>\n<p><strong> Singulier\/pluriel. <\/strong><\/p>\n<p>Arc-en-r\u00eave. Entrep\u00f4t, 7, rue Ferr\u00e8re, Bordeaux. Jusqu&#8217;au 31 octobre.<\/p>\n<p>Parpaings n\u00b0 5, en kiosque, 10 F.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Le raffinement blanc de l&#8217;Am\u00e9ricain Richard Meier au Jeu de Paume, \u00e0 Paris. Les multiples aspects de la construction en r\u00e9gion Aquitaine \u00e0 Arc-en-R\u00eave, \u00e0 Bordeaux. 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