{"id":1548,"date":"1999-07-01T00:00:00","date_gmt":"1999-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/quelle-revolution1548\/"},"modified":"1999-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-06-30T22:00:00","slug":"quelle-revolution1548","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1548","title":{"rendered":"Quelle r\u00e9volution?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La th\u00e9orie selon laquelle le socialisme ne peut se d\u00e9velopper au sein du capitalisme comme celui-ci l&#8217;avait fait au sein du f\u00e9odalisme avant de s&#8217;en d\u00e9barrasser, doit \u00eatre relativis\u00e9e. Les trois si\u00e8cles du mercantilisme (1500-1800) ont repr\u00e9sent\u00e9 une longue transition du f\u00e9odalisme au capitalisme, durant laquelle les deux syst\u00e8mes ont coexist\u00e9 conflictuellement. Nous pourrions avoir affaire \u00e0 une longue transition du capitalisme mondial au socialisme mondial, durant laquelle la logique qui commande l&#8217;accumulation du capital et celle qui proc\u00e8de de besoins sociaux incompatibles avec celle-ci coexisteront conflictuellement. <\/p>\n<p>Cette vision, je le conc\u00e8de, n&#8217;\u00e9tait pas celle de Marx qui pensait que le capitalisme accomplirait d&#8217;abord, rapidement, sa mission historique : celle d&#8217;int\u00e9grer toutes les soci\u00e9t\u00e9s de la plan\u00e8te dans un m\u00eame syst\u00e8me social r\u00e9duisant progressivement toutes les contradictions \u00e0 la seule et principale d&#8217;entre elles, celle qui se manifeste dans le conflit bourgeois\/prol\u00e9taires, sur la base d&#8217;un syst\u00e8me \u00e9conomique relativement homog\u00e9n\u00e9is\u00e9 : puis, par l\u00e0 m\u00eame, aurait pr\u00e9par\u00e9 le passage de l&#8217;humanit\u00e9 dans son ensemble \u00e0 la nouvelle soci\u00e9t\u00e9 sans classes dans un temps historique relativement bref. En d&#8217;autres termes, Marx pensait le capitalisme et le socialisme comme deux syst\u00e8mes s\u00e9par\u00e9s par une muraille de Chine, celle qu&#8217;on peut qualifier de R\u00e9volution socialiste ; deux syst\u00e8mes incompatibles, incapables de coexister, f\u00fbt-ce conflictuellement, au sein d&#8217;une m\u00eame soci\u00e9t\u00e9. Cette vision n&#8217;excluait pas, bien entendu, la coexistence conflictuelle pendant un certain temps de deux ensembles de soci\u00e9t\u00e9s, les unes encore capitalistes, les autres d\u00e9j\u00e0 socialistes, \u00e0 condition que ce temps soit relativement court puisque le socialisme achev\u00e9 ne peut \u00eatre mondial.<\/p>\n<p>L&#8217;analyse du capitalisme r\u00e9ellement existant que je propose abat cette muraille de Chine. Elle met l&#8217;accent sur le conflit des logiques capitaliste et anticapitaliste : op\u00e9rant effectivement au sein m\u00eame du monde capitaliste r\u00e9ellement existant, qui n&#8217;est donc pas synonyme de mode de production capitaliste \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale. Il ne l&#8217;est pas non au sens banal et courant qui fait la diff\u00e9rence entre le concret et l&#8217;abstrait, le syst\u00e8me r\u00e9el et l&#8217;id\u00e9al- type, le premier \u00e9tant toujours plus complexe que le second. L&#8217;absence de cette synonymie doit \u00eatre comprise dans un sens plus fort dans deux dimensions. La premi\u00e8re r\u00e9sulte du fait que le mode de production capitaliste &#8220;pur&#8221; ne peut pas exister r\u00e9ellement, c&#8217;est-\u00e0-dire que le capitalisme ne fonctionne qu&#8217;\u00e0 la condition que des forces antisyst\u00e9miques lui permettent de surmonter sa contradiction immanente. La seconde r\u00e9sulte du capitalisme mondial ; polarisant par l&#8217;effet de sa propre expansion, il produit sans arr\u00eat des forces antisyst\u00e9miques qui s&#8217;\u00e9rigent contre la polarisation en question.<\/p>\n<p>Consid\u00e9rant la premi\u00e8re dimension du conflit des logiques syst\u00e9mique\/antisyst\u00e9mique, il y a d\u00e9j\u00e0 longtemps que j&#8217;\u00e9tais parvenu, analysant la dynamique du mode de production capitaliste, \u00e0 la conclusion que la reproduction \u00e9largie n&#8217;\u00e9tait possible que si les salaires r\u00e9els augmentaient parall\u00e8lement \u00e0 la productivit\u00e9. Or, la logique unilat\u00e9rale de la supr\u00e9matie du capital veut qu&#8217;il n&#8217;en soit pas ainsi, et le capitalisme est, de ce fait, menac\u00e9 d&#8217;une stagnation permanente qui en ferait un syst\u00e8me impossible. Cette contradiction absurde n&#8217;est surmont\u00e9e que gr\u00e2ce soit \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs \u00e0 sa logique \u00e9conomique soit justement \u00e0 la logique antisyst\u00e9mique de la lutte des classes par laquelle la classe ouvri\u00e8re (mais aussi d&#8217;autres segments du monde des producteurs, comme les paysans) impose la croissance des r\u00e9mun\u00e9rations du travail. Culminant \u00e0 l&#8217;\u00e9poque des monopoles et des syst\u00e8mes productifs nationaux autocentr\u00e9s (de 1920 \u00e0 1970), avec le compromis historique du Welfare State, cette dialectique qui associe logique de l&#8217;accumulation et logique sociale de la r\u00e9partition du revenu est aujourd&#8217;hui en crise, du fait de la mondialisation qui a \u00e9rod\u00e9 le caract\u00e8re autocentr\u00e9 des syst\u00e8mes productifs nationaux et du fait de l&#8217;affaiblissement de la position des classes travailleuses dans l&#8217;\u00e9quilibre politique g\u00e9n\u00e9ral. Et l&#8217;accumulation capitaliste est alors elle aussi en crise.<\/p>\n<p><strong> Dans le long terme, la loi de l&#8217;accumulation homog\u00e9n\u00e9ise le monde <\/strong><\/p>\n<p>La seconde dimension du conflit des logiques est le produit n\u00e9cessaire de cette premi\u00e8re contradiction fondamentale. Dans son combat contre les logiques anti-syst\u00e9miques d\u00e9velopp\u00e9es par les classes exploit\u00e9es, les capitalismes nationaux menac\u00e9s s&#8217;\u00e9vadent dans l&#8217;expansion externe, produisant alors la mondialisation polarisante. Dans cette expansion, le capital dominant compense ce qu&#8217;il perd dans ses centres plus avanc\u00e9s par ce qu&#8217;il gagne en soumettant (et non en d\u00e9truisant) les formes pr\u00e9capitalistes d&#8217;origine qu&#8217;il trouve sur son chemin et p\u00e9riph\u00e9rise de la sorte les zones attard\u00e9es qu&#8217;il soumet \u00e0 sa logique. Cette expansion cr\u00e9e donc un monde non homog\u00e8ne. Le capitalisme mondial n&#8217;h\u00e9rite pas d&#8217;une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 d&#8217;origine, il la cr\u00e9e, ou la recr\u00e9e sans cesse \u00e0 son b\u00e9n\u00e9fice. La loi de l&#8217;accumulation : celle que Marx formule dans les termes de la paup\u00e9risation att\u00e9nu\u00e9e, voire supprim\u00e9e, dans les centres avanc\u00e9s se retrouve pleinement r\u00e9elle \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle du syst\u00e8me mondial. Mais \u00e0 ce niveau : celui du capitalisme r\u00e9ellement existant : la loi de l&#8217;accumulation n&#8217;op\u00e8re plus dans le cadre du mode de production capitaliste &#8220;pur&#8221; mais dans celui de l&#8217;ensemble des formations centrales et p\u00e9riph\u00e9riques qui le constituent. Cette polarisation : paup\u00e9risation n&#8217;est \u00e9videmment ni acceptable, ni accept\u00e9e par les peuples qui en sont les victimes. De m\u00eame que la classe ouvri\u00e8re au centre, par ses luttes, exprime sa tendance antisyst\u00e9mique, de m\u00eame les peuples des p\u00e9riph\u00e9ries, par leurs luttes (&#8221; les lib\u00e9rations nationales&#8221; ou les r\u00e9volutions socialistes), expriment leur tendance antisyst\u00e9mique. Dans cette perspective th\u00e9orique, je propose de relire l&#8217;histoire du capitalisme comme celle de phases successives dans lesquelles tant\u00f4t la logique unilat\u00e9rale du capitalisme l&#8217;emporte : et le syst\u00e8me conna\u00eet une expansion mondialis\u00e9e : tant\u00f4t celle de la r\u00e9volte antisyst\u00e9mique des p\u00e9riph\u00e9ries lui impose des replis. J&#8217;ai propos\u00e9 de lire le XIXe si\u00e8cle comme une longue phase du premier type, le XXe si\u00e8cle : de 1917 \u00e0 1990 comme du second.<\/p>\n<p>La question qu&#8217;il est alors l\u00e9gitime de se poser est la suivante : puisque le capitalisme a cette capacit\u00e9 extraordinaire de &#8220;s&#8217;ajuster&#8221; aux exigences des forces antisyst\u00e9miques qui naissent de son propre d\u00e9veloppement, pourquoi le syst\u00e8me ne durerait-il pas \u00e9ternellement ? En prolongeant tr\u00e8s loin cette dynamique de successions de phases de croissance des revenus du travail parall\u00e8le \u00e0 la productivit\u00e9 au centre puis arr\u00eat de celle-ci :phases de soumission des p\u00e9riph\u00e9ries \u00e0 la logique de l&#8217;expansion capitaliste mondiale puis rejet de celle-ci et recul de la polarisation, on finirait peut-\u00eatre par voir le monde s&#8217;homog\u00e9n\u00e9iser sur la base d&#8217;un capitalisme progressivement plus ou moins \u00e9galement d\u00e9velopp\u00e9. Marx aurait eu raison dans le long terme : la loi de l&#8217;accumulation homog\u00e9n\u00e9ise le monde.<\/p>\n<p><strong> L&#8217;arrogance du discours n\u00e9o-lib\u00e9ral a du plomb dans l&#8217;aile <\/strong><\/p>\n<p>Ma r\u00e9ponse \u00e0 cette question est que le syst\u00e8me ne peut pas r\u00e9pondre au d\u00e9fi de cette mani\u00e8re, parce qu&#8217;il n&#8217;y a pas r\u00e9pondu de cette fa\u00e7on jusqu&#8217;ici. En effet la polarisation ne s&#8217;est pas graduellement att\u00e9nu\u00e9e sous l&#8217;effet des forces antisyst\u00e9miques qui la refusent. Elle s&#8217;est aggrav\u00e9e. De la m\u00eame mani\u00e8re, m\u00eame si les revenus du travail ont effectivement augment\u00e9 au rythme de la productivit\u00e9 dans les centres et sur le long terme, les effets de l&#8217;ali\u00e9nation du travail ne se sont pas progressivement att\u00e9nu\u00e9s mais, au contraire, ils ont pris une vigueur grandissante, comme en t\u00e9moigne &#8220;la crise du travail&#8221; dans le monde contemporain. Autrement dit, le syst\u00e8me ne pourrait poursuivre sa marche ind\u00e9finie : ind\u00e9pendamment de savoir si celle-ci est possible ou non du fait de sa troisi\u00e8me contradiction (la destruction de la base naturelle) : que si, au cours de ce d\u00e9ploiement historique, ses trois contradictions principales s&#8217;att\u00e9nuaient progressivement. Or elles s&#8217;aggravent toutes. Le syst\u00e8me est donc fatalement condamn\u00e9 \u00e0 \u00eatre de plus en plus insupportable et explosif.<\/p>\n<p>Insupportable et explosif ne signifie pas qu&#8217;il sera d\u00e9pass\u00e9 par la r\u00e9ponse rationnelle : le socialisme : qui s&#8217;imposerait comme une force de la nature.<\/p>\n<p>On peut donc se demander si le capitalisme sera d\u00e9pass\u00e9 par le moyen d&#8217;actions lucides proposant un autre projet de soci\u00e9t\u00e9 (socialiste) ou par le hasard des r\u00e9sultats de combats partiels, motiv\u00e9s de mille mani\u00e8res diff\u00e9rentes et sp\u00e9cifiques, qui ne seront pas n\u00e9cessairement, de ce fait, compl\u00e9mentaires mais, au contraire, seront le plus souvent conflictuels ? La voie de la &#8220;d\u00e9cadence&#8221; n&#8217;est jamais \u00e0 exclure en principe. Cependant, compte tenu des capacit\u00e9s de destruction gigantesques \u00e0 la disposition des syst\u00e8mes modernes : sans aucune commune mesure avec celles connues dans le pass\u00e9 : cette voie risquerait fort de se solder par l&#8217;autodestruction, le suicide collectif.<\/p>\n<p>Il ne reste donc plus qu&#8217;\u00e0 faire sa place \u00e0 l&#8217;optimisme de la volont\u00e9, comme Gramsci le recommandait. Cela signifie combattre pour \u00e9quiper le mouvement social de protestation et de refus de ce que le capitalisme r\u00e9ellement existant produit d&#8217;inacceptable d&#8217;une conscience lucide et de strat\u00e9gies ad\u00e9quates. Je n&#8217;aurai pas l&#8217;outrecuidance de proposer ici ce &#8220;plan d&#8217;action&#8221; (mondial forc\u00e9ment). Je me contenterai d&#8217;inviter au d\u00e9bat en proposant quelques r\u00e9flexions premi\u00e8res concernant le sujet.<\/p>\n<p>Le moment de d\u00e9sarroi g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 que nous traversons ne durera pas. L&#8217;absurdit\u00e9 du projet de gestion de la soci\u00e9t\u00e9 mondiale comme un supermarch\u00e9 est d\u00e9montr\u00e9e par les faits : il a produit un maximum de catastrophes en un temps records et a enferm\u00e9 les soci\u00e9t\u00e9s dans l&#8217;impasse de la stagnation et de r\u00e9gressions insupportables. L&#8217;arrogance du discours n\u00e9o-lib\u00e9ral a du plomb dans l&#8217;aile. D\u00e9j\u00e0, dans nombre de pays de l&#8217;Est, les ex-partis communistes : pour ce qu&#8217;ils valent : ont \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9s au pouvoir par les urnes ; en France, la gigantesque protestation populaire de d\u00e9cembre 1995 : la premi\u00e8re en Occident qui a os\u00e9 rejeter avec lucidit\u00e9 tous les concepts fondamentaux du discours n\u00e9o-lib\u00e9ral : annonce un retournement possible des opinions dans l&#8217;ensemble de l&#8217;Europe ; dans certains pays du tiers monde (Br\u00e9sil, Mexique, Cor\u00e9e, Philippines, Afrique du Sud), des mouvements antisyst\u00e9miques populaires et d\u00e9mocratique ont marqu\u00e9 des points et ont peut-\u00eatre m\u00eame d\u00e9j\u00e0 le vent en poupe. Mais aussi, parall\u00e8lement, les sir\u00e8nes de r\u00e9ponses illusoires et criminelles n&#8217;ont pas cess\u00e9 d&#8217;attirer des pans entiers du mouvement populaire. Raidissements n\u00e9oconservateurs et fascistes, d\u00e9rapages dans le d\u00e9lire ethniciste, chauvinismes de repliements nationalistes \u00e9troits, r\u00e9ponses \u00e0 l&#8217;ill\u00e9gitimit\u00e9 des pouvoirs en place par la d\u00e9rive des fondamentalismes religieux sont aussi des r\u00e9alit\u00e9s de notre temps. Nous allons vers des confrontations violentes droite\/gauche. La gauche nouvelle peut gagner la bataille dans beaucoup de pays du Nord et du Sud, mais \u00e0 la condition qu&#8217;elle se recristallise autour de strat\u00e9gies ad\u00e9quates, s&#8217;inscrivant avec le maximum de lucidit\u00e9 dans la vision d&#8217;un projet de soci\u00e9t\u00e9 alternatif socialiste.<\/p>\n<p><strong> La proposition d&#8217;une \u00e9tape qualifi\u00e9e d'&#8221;alliance populaire et d\u00e9mocratique&#8221; <\/strong><\/p>\n<p>Pour ce qui est de la p\u00e9riph\u00e9rie en g\u00e9n\u00e9ral, j&#8217;avance la proposition d&#8217;une \u00e9tape que j&#8217;ai qualifi\u00e9e d'&#8221;alliance nationale populaire et d\u00e9mocratique&#8221;.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, la red\u00e9finition de politiques \u00e9conomiques et sociales anti-compradore, donc nationales au sens qu&#8217;elles reconnaissent la r\u00e9alit\u00e9 du conflit entre leurs objectifs et les logiques dominantes de l&#8217;expansion capitaliste mondialis\u00e9e.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, l&#8217;identification des forces sociales qui ont en commun un int\u00e9r\u00eat \u00e0 la mise en oeuvre de ces politiques et, simultan\u00e9ment, des conflits d&#8217;int\u00e9r\u00eats qui opposent ces forces sociales les unes aux autres (&#8221; les contradictions au sein du peuple&#8221;).<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, la construction de formes d&#8217;organisation d\u00e9mocratiques qui permettent de r\u00e9gler ces conflits au sein du peuple et de mener le combat commun contre l&#8217;adversaire principal interne et externe.<\/p>\n<p>Quatri\u00e8mement, le renforcement des fronts int\u00e9rieurs par la poursuite d&#8217;un combat sur les plans r\u00e9gionaux et sur le plan mondial susceptible de contraindre le syst\u00e8me global \u00e0 &#8220;s&#8217;ajuster&#8221; \u00e0 ces exigences (le contraire donc de ce que le syst\u00e8me propose, qui n&#8217;est autre que l&#8217;ajustement unilat\u00e9ral aux exigences de la mondialisation capitaliste).<\/p>\n<p>Un d\u00e9nominateur largement commun est probablement le produit simultan\u00e9 de l&#8217;usure des partis historiques de la gauche (la social-d\u00e9mocratie et les partis communistes) et de l&#8217;explosion de formes nouvelles du mouvement social (dont le f\u00e9minisme et l&#8217;\u00e9cologisme sont probablement les plus importantes, sans oublier les mouvements de communaut\u00e9s : ethniques et autres : et les renaissances religieuses). Certains de ces mouvements se sont cristallis\u00e9s en partis politiques parlementaires, comme les Verts dans certains pays europ\u00e9ens sans pour autant que je sois convaincu qu&#8217;ils y repr\u00e9sentent des forces nouvelles sur l&#8217;\u00e9chiquier (j&#8217;ai signal\u00e9 la timidit\u00e9 des Verts qui refusent de condamner en principe le capitalisme). D&#8217;autres mouvements pourraient soutenir les offensives de la droite. Mais certains : le f\u00e9minisme en premier lieu : ont une vocation progressiste indiscutable parce qu&#8217;ils s&#8217;attaquent par principe \u00e0 l&#8217;un des caract\u00e8res les plus r\u00e9actionnaires de notre soci\u00e9t\u00e9. Des d\u00e9bats document\u00e9s ont confront\u00e9 les points de vue favorables aux &#8220;mouvements&#8221; et ceux attach\u00e9s aux formes d&#8217;organisation plus politiques et plus englobantes. On a aussi rappel\u00e9, \u00e0 juste titre \u00e0 mon avis, que 1968 a repr\u00e9sent\u00e9 une date tournant dans l&#8217;histoire des soci\u00e9t\u00e9s capitalistes avanc\u00e9es, en donnant \u00e0 la protestation contre l&#8217;ali\u00e9nation du travail une dimension d&#8217;une profondeur qu&#8217;elle n&#8217;a jamais perdue depuis.<\/p>\n<p>L&#8217;essentiel \u00e0 mon avis du point de vue qui nous occupe ici est de savoir si l&#8217;ensemble des forces qui repr\u00e9sentent la gauche dans la soci\u00e9t\u00e9 civile occidentale : partis, syndicats, mouvements sera ou non capable de produire un projet soci\u00e9taire nouveau indispensable \u00e0 la d\u00e9finition de strat\u00e9gies d&#8217;\u00e9tape ad\u00e9quates. Pour l&#8217;Europe, l&#8217;axe central autour duquel se cristalliseront les \u00e9volutions dans ce sens positif requis, ou \u00e9choueront \u00e0 le faire, est constitu\u00e9 par le projet europ\u00e9en. Les gauches europ\u00e9ennes demeureront-elles pour l&#8217;essentiel d&#8217;entre elles prisonni\u00e8res de la vision de droite de &#8220;l&#8217;Europe-march\u00e9 commun&#8221; ou parviendront-elles \u00e0 produire un projet politique et social int\u00e9gr\u00e9 et progressiste ? La situation est \u00e9videmment diff\u00e9rente aux Etats-Unis o\u00f9 la bipolarisation impos\u00e9e par l&#8217;affrontement \u00e9lectoral R\u00e9publicains-D\u00e9mocrates ne para\u00eet toujours pas en voie d&#8217;\u00eatre d\u00e9pass\u00e9, et au Japon o\u00f9 le monopartisme conservateur de fait, malgr\u00e9 les signes de d\u00e9cadence qui l&#8217;affectent, ne para\u00eet pas avoir ouvert la voie \u00e0 une alternative quelconque.<\/p>\n<p>Dans tous les cas, dans les hypoth\u00e8ses les plus favorables o\u00f9 les gauches nouvelles se cristalliseraient comme on le sugg\u00e8re ici, la question demeure : les actions qu&#8217;ils pourraient promouvoir avec succ\u00e8s imposeront-elles seulement au capitalisme des ajustements qui le transformeront certes, mais pr\u00e9serveront son essence : et donc ne parviendront pas \u00e0 renverser le mouvement de ses contradictions qui s&#8217;aggravent : ou justement renverseront-elles la tendance ? A ce point, on pourra dire que le syst\u00e8me commence \u00e0 basculer en direction du socialisme, qu&#8217;une coupure qualitative aura eu lieu dans la longue transition au socialisme.<\/p>\n<p>* Professeur, directeur du Forum du tiers monde (Dakar), pr\u00e9sident du Forum mondial des alternatives. Auteur notamment de Critique de l&#8217;air du temps, 1998, les D\u00e9fis de la mondialisation, 1996, le Maghreb, enlisement ou nouveau d\u00e9part ?, 1996, l&#8217;Harmattan.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La th\u00e9orie selon laquelle le socialisme ne peut se d\u00e9velopper au sein du capitalisme comme celui-ci l&#8217;avait fait au sein du f\u00e9odalisme avant de s&#8217;en d\u00e9barrasser, doit \u00eatre relativis\u00e9e. Les trois si\u00e8cles du mercantilisme (1500-1800) ont repr\u00e9sent\u00e9 une longue transition du f\u00e9odalisme au capitalisme, durant laquelle les deux syst\u00e8mes ont coexist\u00e9 conflictuellement. Nous pourrions avoir affaire \u00e0 une longue transition du capitalisme mondial au socialisme mondial, durant laquelle la logique qui commande l&#8217;accumulation du capital et celle qui proc\u00e8de de besoins sociaux incompatibles avec celle-ci coexisteront conflictuellement. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1548","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1548","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1548"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1548\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1548"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1548"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1548"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}