{"id":1530,"date":"1999-07-01T00:00:00","date_gmt":"1999-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/drames-anciens-et-modernes-en1530\/"},"modified":"1999-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-06-30T22:00:00","slug":"drames-anciens-et-modernes-en1530","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1530","title":{"rendered":"Drames anciens et modernes en Avignon"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Avignon, pour la 53e fois. Des centaines de spectacles : si l&#8217;on n&#8217;oublie pas le Festival Off. Le &#8220;In&#8221;, lui, propose plus de 40 spectacles de th\u00e9\u00e2tre et de musique, et sept spectacles de danse (deux tiers du temps de la Cour d&#8217;Honneur). Angelin Prejlocaj y donne Personne n&#8217;\u00e9pouse les m\u00e9duses et la chor\u00e9graphe argentine Ana Maria Stekelman y convie \u00e0 la musique avec Tango, vals y tango (desde el alma), son pays ainsi que le Br\u00e9sil et le Chili \u00e9tant les invit\u00e9s extra-europ\u00e9ens de cette ann\u00e9e. Fen\u00eatre ouverte sur quelques spectacles inspir\u00e9s par l&#8217;histoire la plus barbare de notre temps et deux r\u00e9alisateurs. dossier realise <\/p>\n<p><strong> THEATRALISER L&#8217;HISTOIRE <\/strong><\/p>\n<p>Th\u00e9\u00e2tre et politique. Depuis l&#8217;Antiquit\u00e9 grecque, de Sophocle \u00e0 Brecht en passant par Shakespeare ou Corneille, le th\u00e8me a coll\u00e9 au genre. Le th\u00e9\u00e2tre contemporain, plus souvent m\u00fb par la complexit\u00e9 des rapports individuels, se confronte plus rarement \u00e0 la mise &#8220;en forme&#8221; de l&#8217;Histoire. Le Festival d&#8217;Avignon, cuv\u00e9e 99, s&#8217;il n&#8217;est pas marqu\u00e9 du sceau du &#8220;politique&#8221;, inscrit plusieurs spectacles qui s&#8217;y essaient. L&#8217;Afrique, avec le g\u00e9nocide rwandais dans un spectacle intitul\u00e9 Rwanda,1994. (Titre provisoire), cr\u00e9\u00e9 par le Groupov (qui vient de Belgique), mais l&#8217;Europe aussi, et plus particuli\u00e8rement l&#8217;Europe centrale et les Balkans, avec Requiem pour Srebrenica, spectacle sign\u00e9 par Olivier Py et en contrepoint, le Colonel-oiseau, un texte de Hristo Boytchev mis en sc\u00e8ne par Didier Bezace. Les spectacles du metteur en sc\u00e8ne allemand Thomas Ostermeir, actuel directeur de &#8220;Die Baracke&#8221;, annexe du Deutsche Theater de Berlin, sont le plus souvent \u00e9labor\u00e9s \u00e0 partir des grands drames du XXe si\u00e8cle. Enfin, la chor\u00e9graphe Sasha Walz, future directrice, avec Thomas Ostermeir, de la prestigieuse Schaub\u00fchne, pr\u00e9sente \u00e0 Avignon Zweiland, une chor\u00e9graphie qui met en sc\u00e8ne les relations entre l&#8217;Allemagne de l&#8217;Est et l&#8217;Allemagne de l&#8217;Ouest. Depuis les ann\u00e9es 90, le Groupov sous l&#8217;impulsion de Jacques Delcuvellerie et avec Marie-France Collard, Jean-Marie Piemme et Matthias Simons, s&#8217;attelle \u00e0 la &#8220;question de la v\u00e9rit\u00e9&#8221; et \u00e0 la possibilit\u00e9 de la mettre en sc\u00e8ne. En 1994, au moment o\u00f9 ils travaillent sur la M\u00e8re, de Bertold Brecht, le g\u00e9nocide du Rwanda et la mani\u00e8re dont les medias occidentaux en rendent compte, les r\u00e9voltent : &#8220;D&#8217;abord, il y eut la r\u00e9volte. Le hurlement devant l&#8217;horreur, puis le soul\u00e8vement de tout l&#8217;\u00eatre devant l&#8217;indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale. Vinrent ensuite la col\u00e8re, parfois la rage, devant les mensonges, la d\u00e9sinformation savamment orchestr\u00e9e, l&#8217;acharnement contre les victimes et leurs amis.&#8221;<\/p>\n<p><strong> Frustrations et r\u00e9volte <\/strong><\/p>\n<p>Commencent alors plusieurs ann\u00e9es de recherche, d&#8217;analyses, d&#8217;exp\u00e9riences sensibles : dont trois s\u00e9jours au Rwanda : autour des questions : &#8220;Quelles sont les causes du g\u00e9nocide ? Quelles sont les responsabilit\u00e9s ? Comment ces meurtres ont-ils \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9s ? Par qui ? Avec quelle aide ? etc.&#8221; Il est vite apparu qu&#8217;on pr\u00e9sentait l&#8217;\u00e9v\u00e9nement dans le monde occidental, comme un d\u00e9cha\u00eenement de haines ancestrales et tribales propres &#8220;aux n\u00e8gres&#8221; d\u00e9chir\u00e9s en ethnies. Au terme de quatre ann\u00e9es d&#8217;\u00e9tudes, il appara\u00eet au Groupov, non seulement que le g\u00e9nocide a fait des centaines de milliers de morts, mais qu&#8217;il s&#8217;est men\u00e9 une intense bataille diplomatique dans les coulisses de l&#8217;ONU pour nier le fait. Que le g\u00e9nocide trouve ses causes dans une haine si profonde qu&#8217;elle pulv\u00e9rise tous les interdits, une haine, fruit d&#8217;une grande crainte et d&#8217;une grande frustration.<\/p>\n<p><strong> Th\u00e9\u00e2tre \u00e0 penser <\/strong><\/p>\n<p>Comment donc donner une forme artistique juste au propos, tout en en \u00e9clairant causes et responsabilit\u00e9s, et sans faire de &#8220;spectacle-documentaire&#8221; mais un &#8220;th\u00e9\u00e2tre \u00e0 penser&#8221; : &#8220;Un des aspects de notre travail a \u00e9t\u00e9 de donner \u00e0 entendre que cette \u00absauvagerie\u00bb ne nous est pas \u00e9trang\u00e8re. Non seulement nous, Europ\u00e9ens, avons cr\u00e9\u00e9 les conditions de cette horreur mais, en nous et ici m\u00eame, en Europe, existent toujours les potentialit\u00e9s de massacres impitoyables.&#8221; Ainsi le traitement sc\u00e9nique, qui sera une grande forme, avec orchestre (5 musiciens), trio vocal, deux chanteurs rwandais, vid\u00e9o, plusieurs acteurs rwandais et europ\u00e9ens et choeur parl\u00e9 des morts du Rwanda, s&#8217;il ancre cette &#8220;Chevauch\u00e9e furieuse&#8221; dans la r\u00e9alit\u00e9 rwandaise, devrait interdire \u00e0 quiconque de penser que pareilles catastrophes sont l&#8217;apanage des &#8220;n\u00e8gres&#8221;. Le spectacle se cl\u00f4t sur un long po\u00e8me \u00e9pique qui s&#8217;apparente \u00e0 la trag\u00e9die grecque. C&#8217;est aussi cette derni\u00e8re qu&#8217;\u00e9voque Olivier Py, pour parler de Requiem pour Srebrenica. En pleine guerre au Kosovo et pendant les bombardements de l&#8217;OTAN sur la Serbie, le jour m\u00eame o\u00f9 Milosevic \u00e9tait accus\u00e9 de crimes contre l&#8217;humanit\u00e9, le metteur en sc\u00e8ne exultait : &#8220;Quand on a jou\u00e9 Requiem pour Srebrenica en janvier \u00e0 Orl\u00e9ans, je ne croyais pas du tout qu&#8217;une telle d\u00e9cision soit possible. Depuis 92, depuis le si\u00e8ge de Sarajevo, je ne comprends vraiment pas ce qui n&#8217;a pas r\u00e9sonn\u00e9 chez les autres et qui a r\u00e9sonn\u00e9 si fort pour moi.&#8221; Pourquoi cette r\u00e9volte pr\u00e9cis\u00e9ment sur le probl\u00e8me des Balkans ? &#8220;Le devoir moral est illimit\u00e9 et ce que peut faire un individu est forc\u00e9ment limit\u00e9. Je ne comprends vraiment, vraiment pas les \u00e2neries prof\u00e9r\u00e9es par certains intellectuels. Dans la pi\u00e8ce Th\u00e9\u00e2tres, que j&#8217;ai \u00e9crite et qui est mise en sc\u00e8ne \u00e0 Avignon par Michel Raskine, j&#8217;ai tent\u00e9 d&#8217;exprimer ce qui de moi, de mon autobiographie rencontre la douleur des victimes sur la terre.&#8221;<\/p>\n<p><strong> Folie et normalit\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>Pour faire parler la population bosniaque massacr\u00e9e par l&#8217;arm\u00e9e serbe, le 11 juillet 1995, Olivier Py a imagin\u00e9 des &#8220;Suppliantes&#8221;, un choeur de trois femmes qui prennent en charge la souffrance et la m\u00e9moire des disparus. L&#8217;\u00e9crivain n&#8217;a pas pu \u00e9crire de texte : &#8220;Je ne me sentais pas \u00e0 la hauteur d&#8217;une telle \u00e9criture. J&#8217;ai trouv\u00e9 plus important de donner la parole aux acteurs de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement et aux journalistes. J&#8217;ai \u00e9crit avec mes ciseaux, d\u00e9pouill\u00e9 tous les documents, tous les journaux, toutes les d\u00e9clarations d&#8217;hommes politiques sur le sujet ; puis tent\u00e9 de faire un montage qui rende compte des faits et de l&#8217;hypocrisie des dirigeants. Le probl\u00e8me dramaturgique pour ce travail, \u00e9tait une question tant politique qu&#8217;esth\u00e9tique : comment traiter la parole des bourreaux, directs et indirects, et celle des victimes alors m\u00eame qu&#8217;elles n&#8217;avaient pas du tout le m\u00eame poids. J&#8217;ai tent\u00e9 de faire entendre le silence des victimes et leur incapacit\u00e9 \u00e0 dire l&#8217;innommable en refusant toute mise en sc\u00e8ne. A d&#8217;autres moments il fallait au contraire mettre en sc\u00e8ne \u00abla mise en sc\u00e8ne\u00bb et le \u00abspectacle\u00bb des puissants. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9 la souffrance indicible ; de l&#8217;autre, la parole utilis\u00e9e pour mentir. Le spectacle joue de cette tension. Requiem et satire. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, le porte-voix, les micros, projecteurs et ltribunes, c&#8217;est-\u00e0-dire les objets du pouvoir. De l&#8217;autre des paroles de souffrance humaine, prof\u00e9r\u00e9es par trois \u00absuppliantes\u00bb, trois actrices remarquables. Pour moi, ce n&#8217;est pas une pi\u00e8ce \u00abd&#8217;actualit\u00e9\u00bb, c&#8217;est un geste artistique pour p\u00e9n\u00e9trer plus avant la connaissance de l&#8217;humain. D&#8217;ailleurs, aujourd&#8217;hui, l&#8217;enjeu politique est tr\u00e8s att\u00e9nu\u00e9. Il s&#8217;agit davantage d&#8217;une pi\u00e8ce de pri\u00e8res pour les morts. Ces deux spectacles rejoignent les origines du th\u00e9\u00e2tre, li\u00e9 au culte des morts, quand les acteurs se d\u00e9tachaient de la communaut\u00e9 en jouant le r\u00f4le des morts.&#8221;Hristo Boytchev, auteur dramatique bulgare contemporain, oppose dans le Colonel-oiseau, pi\u00e8ce \u00e9crite en 1995, deux communaut\u00e9s : celle de ceux qui fabriquent les lois du monde contemporain, pr\u00e9cis\u00e9ment le Parlement de Strasbourg, et celle d&#8217;un petit groupe d&#8217;hommes qui pourrit au fin fond des Balkans dans une sorte d&#8217;asile de fous. Une erreur du Ciel : un parachutage de l&#8217;ONU destin\u00e9 \u00e0 la Bosnie : va lui permettre de faire son entr\u00e9e dans l&#8217;Histoire. Confrontation de la folie et de la normalit\u00e9, mais qui est fou ? Confrontation de l&#8217;Europe des pauvres et de celle des nantis ? Didier Bezace qui a d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 sur la mise en sc\u00e8ne de l&#8217;Histoire avec Brecht, Bove et Tabucchi poursuit sa r\u00e9flexion : &#8220;C&#8217;est peut-\u00eatre le r\u00f4le du th\u00e9\u00e2tre et de lui seul que de ralentir un peu pour que nous ayons le temps au moins de nous y regarder patauger.&#8221; Pour la forme \u00e0 donner au spectacle, il pense d\u00e9j\u00e0 \u00e0 une confrontation entre deux espaces : d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, l&#8217;Europe compatissante et indiff\u00e9rente \u00e0 la fois, celle qui, plut\u00f4t riche, est install\u00e9e sur les gradins ou les fauteuils prestigieux du th\u00e9\u00e2tre pour \u00e9couter. De l&#8217;autre, celle qui, petite et d\u00e9munie, est constitu\u00e9e de dr\u00f4les de fous, install\u00e9s sur un gradin brinquebalant, sorte de machine \u00e0 jouer et \u00e0 raconter. .<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Avignon, pour la 53e fois. 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