{"id":1510,"date":"1999-06-01T00:00:00","date_gmt":"1999-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/plus-d-universel-contre-la-haine1510\/"},"modified":"1999-06-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-05-31T22:00:00","slug":"plus-d-universel-contre-la-haine1510","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1510","title":{"rendered":"Plus d&#8217;universel contre la haine"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> A quoi attribuer, en cette fin de si\u00e8cle, la recrudescence des nationalismes ? Comment l&#8217;id\u00e9e m\u00eame de nation r\u00e9siste-t-elle \u00e0 cette vague ? Quel universalisme se dessine dans les m\u00e9andres de ces contradictions ? <\/p>\n<p>Le XXe si\u00e8cle s&#8217;est ouvert avec l&#8217;exaltation nationaliste ; il s&#8217;ach\u00e8ve sur sa troublante remont\u00e9e. Les drames de l&#8217;ex-Yougoslavie en sont la manifestation la plus terrible. Qu&#8217;est-ce que &#8220;l&#8217;\u00e9puration ethnique&#8221; ? La forme extr\u00eame d&#8217;une conviction qui veut que l&#8217;id\u00e9al soit dans la co\u00efncidence d&#8217;un territoire, d&#8217;une ethnie et d&#8217;un Etat. Le m\u00e9tissage, voil\u00e0 l&#8217;ennemi ! Peu importe la m\u00e9thode, massacres ou d\u00e9placements de populations enti\u00e8res : l&#8217;essentiel est que le territoire soit ethniquement homog\u00e8ne, propri\u00e9t\u00e9 exclusive du peuple qui s&#8217;en d\u00e9signe comme le l\u00e9gitime h\u00e9ritier. La haine de l&#8217;Autre et la recherche permanente du M\u00eame, au nom d&#8217;une identit\u00e9 sacralis\u00e9e, ont \u00e9t\u00e9, depuis pr\u00e8s de deux si\u00e8cles, les ressorts de cette id\u00e9ologie d\u00e9testable : le nationalisme.<\/p>\n<p>Il n&#8217;est pas \u00e9tonnant que ce nationalisme rel\u00e8ve la t\u00eate aujourd&#8217;hui. La longue croissance de l&#8217;apr\u00e8s-guerre et les \u00e9quilibres de &#8220;l&#8217;\u00c9tat providence&#8221; avaient laiss\u00e9 supposer que les d\u00e9mocraties classiques ou &#8220;bourgeoises&#8221; pouvaient d\u00e9sormais assurer un avenir apais\u00e9 pour le plus grand nombre. La perc\u00e9e de la d\u00e9colonisation avait install\u00e9 au pouvoir des mouvements port\u00e9s par un nationalisme progressiste, largement la\u00efcis\u00e9, sensible \u00e0 la solidarit\u00e9 et au d\u00e9veloppement partag\u00e9, refusant plus volontiers l&#8217;imp\u00e9rialisme que les exp\u00e9riences venues de l&#8217;ext\u00e9rieur. Quant au communisme, m\u00eame dans ses formes les plus caricaturales, il constituait une esp\u00e9rance ne laissant gu\u00e8re de place \u00e0 l&#8217;exclusivisme de la passion nationaliste. La crise des soci\u00e9t\u00e9s occidentales, les d\u00e9chirements sociaux du n\u00e9o-lib\u00e9ralisme et l&#8217;effondrement du communisme ont tari provisoirement l&#8217;esp\u00e9rance. Quand les rep\u00e8res se brouillent, quand l&#8217;avenir s&#8217;assombrit, quand le monde se fait \u00e9trange, l&#8217;\u00e9tranger para\u00eet hostile et la nation exclusive se mue en foyer protecteur, source famili\u00e8re qu&#8217;il faut prot\u00e9ger contre tous les dangers qui l&#8217;assaillent. Il ne sert \u00e0 rien de m\u00e9priser ce qui, apr\u00e8s tout, n&#8217;est que l&#8217;expression d&#8217;une angoisse et d&#8217;une souffrance. Mais on n&#8217;apaisera pas les fi\u00e8vres nationalistes en composant un tant soit peu avec leurs logiques, voire avec leurs mots.<\/p>\n<p><strong> Le nationalisme et le patriotisme ne se superposent pas <\/strong><\/p>\n<p>Le nationalisme et le patriotisme ne se superposent pas. La nation n&#8217;est pas une chim\u00e8re. Elle est la forme la plus moderne de communaut\u00e9 ethnique et, pour tout dire, elle est la seule communaut\u00e9 politique qui soit install\u00e9e solidement sur une base territoriale. Le supranational, pour l&#8217;instant du moins, n&#8217;a pas cette vertu. Il ne peut donc, de fa\u00e7on si simple, se substituer \u00e0 la nation quand la question pos\u00e9e est celle des choix communs, et donc celle de la d\u00e9cision politique. Pour cette raison, j&#8217;estime r\u00e9cusable tout parti pris antinational affirm\u00e9 de fa\u00e7on absolue. Mais le seul parti pris national ne peut suffire \u00e0 construire l&#8217;avenir des hommes.<\/p>\n<p><strong> L&#8217;affirmation d&#8217;une autre conception de la soci\u00e9t\u00e9-monde <\/strong><\/p>\n<p>Nous sommes irr\u00e9m\u00e9diablement engag\u00e9s dans un monde interp\u00e9n\u00e9tr\u00e9, o\u00f9 chaque portion d&#8217;espace tend \u00e0 d\u00e9pendre de toutes les autres, o\u00f9 les probl\u00e8mes deviennent &#8220;globaux&#8221;. Pour l&#8217;instant, la mani\u00e8re de g\u00e9rer cette globalit\u00e9 a un nom : &#8220;mondialisation&#8221; et elle est domin\u00e9e par les normes du capital dans sa forme actuelle, outrageusement financi\u00e8re. Contre cette mondialisation-l\u00e0, il peut \u00eatre tentant de se r\u00e9fugier dans les valeurs de la nation, surtout quand cette nation est la n\u00f4tre. Mais ce n&#8217;est pas \u00e0 mes yeux la bonne m\u00e9thode. Pour au moins deux raisons.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re est que l&#8217;on ne peut combattre efficacement la mondialisation du capital que par l&#8217;affirmation d&#8217;une autre conception de la soci\u00e9t\u00e9-monde. Face \u00e0 la mondialisation d\u00e9brid\u00e9e des march\u00e9s financiers, de la d\u00e9r\u00e9glementation, il faut imposer la mondialisation contr\u00f4l\u00e9e du d\u00e9veloppement humain, du patrimoine partag\u00e9, de la solidarit\u00e9 universelle. Cela suppose la critique de ce qui est ; cela suppose surtout de l&#8217;alternative. Si la mondialisation actuelle est critiquable, ce n&#8217;est pas parce qu&#8217;elle est trop universelle ; c&#8217;est parce qu&#8217;elle l&#8217;est de fa\u00e7on inacceptable, incompl\u00e8te et d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e.<\/p>\n<p>On ne d\u00e9passera donc pas ses d\u00e9fauts par le grand retour au national, mais par l&#8217;affirmation d&#8217;une universalit\u00e9 sup\u00e9rieure, d\u00e9mocratique de part en part.<\/p>\n<p>La seconde raison tient aux limites de la sacralisation nationale. Chaque nation a ses sp\u00e9cificit\u00e9s ; aucune n&#8217;est exceptionnelle ou unique. La France a apport\u00e9 sa pierre \u00e0 l&#8217;\u00e9volution d\u00e9mocratique g\u00e9n\u00e9rale de l&#8217;Europe et du monde. Mais elle n&#8217;est a priori ni plus d\u00e9mocratique ni plus sociale que les autres. Pour penser un avenir fran\u00e7ais construit sur d&#8217;autres dynamiques, sur d&#8217;autres valeurs que celles du capital et du profit, le plus efficace est de s&#8217;appuyer sur un socle universel de valeurs humaines, pour que le d\u00e9veloppement en France soit pleinement compatible avec celui de l&#8217;ensemble de l&#8217;humanit\u00e9. Effacer l&#8217;apport de chaque nation appauvrit, car l&#8217;universel ne peut se penser sous la forme du mod\u00e8le et donc de l&#8217;Unique. Mais l&#8217;Unique national ne vaut pas mieux que l&#8217;Unique des mod\u00e8les imp\u00e9riaux.<\/p>\n<p>Il faut pr\u00e9server le cadre politique des nations ; il faut en r\u00e9cuser l&#8217;id\u00e9alisation. Il faut continuer de penser des projets nationaux ; il faut s&#8217;attacher \u00e0 construire la communaut\u00e9 politique de l&#8217;Europe et du monde.<\/p>\n<p>* Historien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> A quoi attribuer, en cette fin de si\u00e8cle, la recrudescence des nationalismes ? Comment l&#8217;id\u00e9e m\u00eame de nation r\u00e9siste-t-elle \u00e0 cette vague ? 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