{"id":1507,"date":"1999-06-01T00:00:00","date_gmt":"1999-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/recherche-europeenne-et-recherche1507\/"},"modified":"1999-06-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-05-31T22:00:00","slug":"recherche-europeenne-et-recherche1507","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1507","title":{"rendered":"Recherche europ\u00e9enne et recherche am\u00e9ricaine : un face \u00e0 face in\u00e9luctable ?"},"content":{"rendered":"<p>La science contemporaine internationale tend \u00e0 se confondre avec la science am\u00e9ricaine. Bien s\u00fbr, on fait de la recherche (et de la bonne recherche) ailleurs qu&#8217;aux Etats-Unis, mais les Etats-Unis dictent la mode et le style de travail. Ce style de travail est caract\u00e9ris\u00e9 par une comp\u00e9tition souvent f\u00e9roce, souvent sans scrupule, et par un souci de publicit\u00e9 qui l&#8217;emporte souvent avec la valeur scientifique&#8230; Ce style comp\u00e9titif, malgr\u00e9 ses aspects d\u00e9testables, a cr\u00e9\u00e9 une science d&#8217;une grande vitalit\u00e9 et c&#8217;est d&#8217;elle que je parlerai surtout. Cette citation du math\u00e9maticien David Ruele, extrait de son livre Hasard et chaos (1), dont nous reparlerons ult\u00e9rieurement, soul\u00e8ve, dans sa concision, plusieurs questions assez fondamentales. Il est hors de question de les examiner ici m\u00eame cursivement sauf \u00e0 indiquer la n\u00e9cessit\u00e9 pour un mensuel comme Regards de s&#8217;y pencher avec esprit de suite.<\/p>\n<p>Ce que nous avons en vue concerne une seule dimension de la th\u00e8se pr\u00e9c\u00e9dente. D\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s centrale avant la guerre de Yougoslavie, elle n&#8217;en est devenue que plus aigu\u00eb avec le r\u00f4le jou\u00e9 par le gouvernement am\u00e9ricain dans les d\u00e9cisions de l&#8217;OTAN. La n\u00e9cessaire mise en cause de l&#8217;h\u00e9g\u00e9monisme am\u00e9ricain dans la conduite de la politique mondiale conduit-elle au face \u00e0 face en mati\u00e8re de recherche scientifique ?<\/p>\n<p>Mais, avant m\u00eame que de songer \u00e0 y donner esquisses de r\u00e9ponse, il n&#8217;est pas inutile de faire un d\u00e9tour historique : la vitalit\u00e9 extraordinaire de la science am\u00e9ricaine : encore est-il n\u00e9cessaire de relativiser fortement ce concept en fonction des champs disciplinaires : prend \u00e0 mon sens d&#8217;abord sa source dans deux ph\u00e9nom\u00e8nes concomitants : Le premier est li\u00e9 \u00e0 l&#8217;exode massif vers les Etats-Unis d&#8217;Am\u00e9rique de scientifiques fuyant, ou combattant le fascisme allemand.<\/p>\n<p>La plupart d&#8217;entre eux \u00e9taient p\u00e9tris d&#8217;universalisme, de culture progressiste. Cette p\u00e9riode co\u00efncide avec la gen\u00e8se proprement dite d&#8217;un syst\u00e8me universitaire sp\u00e9cifique aux Etats-Unis d&#8217;Am\u00e9rique et s&#8217;assignant des objectifs progressistes tr\u00e8s larges, explicites ou non. Ces objectifs : qui \u00e9videmment ne mettent pas en cause le capitalisme, ni tr\u00e8s directement les in\u00e9galit\u00e9s sociales ou raciales : relaient et amplifient pendant toute une p\u00e9riode l&#8217;expression d&#8217;une exigence sociale tr\u00e8s forte fond\u00e9e sur la possibilit\u00e9 offerte \u00e0 chacun de d\u00e9ployer ses capacit\u00e9s au maximum de son potentiel. Le marxisme et tout ce qui s&#8217;y apparente est ouvertement combattu, r\u00e9prim\u00e9, souvent sauvagement. Mais la science (au sens des sciences plus ou moins exactes) est con\u00e7ue comme consubstantielle au dynamisme am\u00e9ricain. Aucune question n&#8217;est taboue. La pens\u00e9e s&#8217;envole. La curiosit\u00e9 intellectuelle un principe qui va de soi.<\/p>\n<p>Le second est li\u00e9 \u00e0 l&#8217;extraction sauvage de richesses, \u00e0 l&#8217;exploitation sans limite de la zone d&#8217;influence des Etats-Unis d&#8217;Am\u00e9rique, \u00e0 la comp\u00e9tition qui s&#8217;avive avec l&#8217;URSS des premi\u00e8res ann\u00e9es post-staliniennes. Des moyens immenses sont mis \u00e0 la disposition des laboratoires et des chercheurs nord-am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>On ne peut pas comprendre la fascination \u00e9prouv\u00e9e encore aujourd&#8217;hui par un chercheur ou universitaire : particuli\u00e8rement fran\u00e7ais : en visite dans une Universit\u00e9 nord-am\u00e9ricaine si l&#8217;on n&#8217;a pas pris la mesure du premier ph\u00e9nom\u00e8ne : la tradition qui s&#8217;est ainsi constitu\u00e9 perdure avec une rare puissance. Avant d&#8217;\u00e9voquer la comp\u00e9tition f\u00e9roce, il faut consid\u00e9rer le climat intellectuel. Et c&#8217;est pourquoi, \u00e0 l&#8217;issue de ces lignes beaucoup trop rapides, je me permets de penser que la coop\u00e9ration intense entre universitaires et chercheurs d&#8217;Europe et ceux d&#8217;outre-Atlantique doit \u00eatre \u00e0 tout prix aliment\u00e9e, pr\u00e9serv\u00e9e, dynamis\u00e9e. Le mode sur lequel la science actuelle se construit est li\u00e9 de plus en plus \u00e0 la financiarisation de l&#8217;activit\u00e9 du village plan\u00e9taire. C&#8217;est cette derni\u00e8re qui, aujourd&#8217;hui, entrave et asservit. C&#8217;est \u00e0 cette conception tr\u00e8s singuli\u00e8re de l&#8217;activit\u00e9 humaine qu&#8217;il est devenu urgent de concevoir des alternatives. La confrontation des exp\u00e9riences et sa mise en critique collective supposent l&#8217;apport des uns et des autres. On peut gager que les mois et ann\u00e9es \u00e0 venir donneront \u00e0 cette discussion une ampleur que l&#8217;on ne peut qu&#8217;\u00e0 peine suspecter.<\/p>\n<p>1. Editions Odile Jacob, collection OPUS, 1989.<\/p>\n<p>* Ma\u00eetre de conf\u00e9rences en math\u00e9matiques. Universit\u00e9 Louis-Pasteur, Strasbourg.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La science contemporaine internationale tend \u00e0 se confondre avec la science am\u00e9ricaine. Bien s\u00fbr, on fait de la recherche (et de la bonne recherche) ailleurs qu&#8217;aux Etats-Unis, mais les Etats-Unis dictent la mode et le style de travail. 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