{"id":149,"date":"1995-12-01T00:00:00","date_gmt":"1995-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/jeunes-en-voie-de-politisation149\/"},"modified":"1995-12-01T00:00:00","modified_gmt":"1995-11-30T23:00:00","slug":"jeunes-en-voie-de-politisation149","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=149","title":{"rendered":"Jeunes en voie de politisation"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">  La derni\u00e8re \u00e9lection pr\u00e9sidentielle fournit l&#8217;occasion de dresser le portrait du jeune \u00e9lecteur. Et de chasser quelques id\u00e9es re\u00e7ues sur son comportement. <\/p>\n<p>On dit souvent les jeunes Fran\u00e7ais d\u00e9politis\u00e9s. En fait, ils ne sont pas moins politis\u00e9s, m\u00eame si leurs engagements changent de forme. La moindre mobilisation actuelle des mouvements de jeunesse n&#8217;est pas li\u00e9e \u00e0 une baisse de participation politique des jeunes, mais \u00e0 un rejet de mouvements per\u00e7us comme trop id\u00e9ologiques et trop ferm\u00e9s. Les jeunes sont tr\u00e8s critiques \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la politique politicienne et des hommes politiques, ils ne croient plus aux grands syst\u00e8mes id\u00e9ologiques, mais ils continuent \u00e0 s&#8217;int\u00e9resser au devenir de la soci\u00e9t\u00e9. Ils font preuve de beaucoup de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et se d\u00e9clarent, dans les enqu\u00eates, pr\u00eats \u00e0 agir pour certaines causes: la lutte contre le sida, le racisme, la guerre, la d\u00e9fense de l&#8217;emploi&#8230; Leurs mobilisations sont ponctuelles mais massives: la jeunesse est la cat\u00e9gorie sociale qui, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, est descendue le plus r\u00e9guli\u00e8rement et le plus massivement dans la rue. Leurs actions sont pragmatiques, ils ne demandent pas un changement r\u00e9volutionnaire du syst\u00e8me politique, mais ils veulent un enseignement de qualit\u00e9, d\u00e9bouchant sur de r\u00e9elles possibilit\u00e9s d&#8217;insertion professionnelle.<\/p>\n<p>Les jeunes sont cependant moins fr\u00e9quemment inscrits sur les listes \u00e9lectorales et s&#8217;abstiennent un peu plus aux \u00e9lections que les adultes. Mais ce ph\u00e9nom\u00e8ne n&#8217;est pas nouveau. Les jeunes d\u00e9couvrent d&#8217;abord la politique par leur famille, par l&#8217;\u00e9cole, par la t\u00e9l\u00e9vision, par les discussions avec leurs amis. Il leur faut du temps pour se forger leurs convictions et pour prendre conscience de leur qualit\u00e9 de citoyen. On sait par de nombreuses enqu\u00eates que la participation \u00e9lectorale est maximale chez les personnes bien int\u00e9gr\u00e9es dans la soci\u00e9t\u00e9. Or, les jeunes s&#8217;int\u00e8grent de plus en plus tard, du fait d&#8217;une scolarisation plus longue et d&#8217;un acc\u00e8s tr\u00e8s difficile \u00e0 l&#8217;emploi.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, la politisation des jeunes est in\u00e9gale selon leurs situations sociales. Les jeunes des classes favoris\u00e9es, appartenant \u00e0 des familles socialement bien int\u00e9gr\u00e9es, et qui ont un niveau scolaire sup\u00e9rieur, s&#8217;int\u00e9ressent plus \u00e0 la politique que les jeunes des milieux populaires et ayant fait peu d&#8217;\u00e9tudes. Le fait d&#8217;avoir des parents politis\u00e9s, actifs dans la cit\u00e9, favorise aussi la socialisation politique des jeunes. En mati\u00e8re politique comme dans d&#8217;autres domaines, il n&#8217;y a pas une seule jeunesse.<\/p>\n<p>Lorsqu&#8217;on regarde les sondages \u00e9lectoraux effectu\u00e9s depuis les d\u00e9but de la Ve R\u00e9publique, on s&#8217;aper\u00e7oit que le vote des jeunes n&#8217;est pas tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui des adultes. Ils participent, comme les autres classes d&#8217;\u00e2ge, aux mouvements de l&#8217;\u00e9lectorat vers la droite ou vers la gauche (1), \u00e0 de petits \u00e9carts pr\u00e8s.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce qui fut souvent observ\u00e9 dans le pass\u00e9, pour l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 1995, les jeunes n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s favorables \u00e0 la gauche (cf.tableau). D&#8217;apr\u00e8s le sondage sorti des urnes r\u00e9alis\u00e9 par l&#8217;IFOP, Lionel Jospin et Arlette Laguiller r\u00e9alisent, chez les 18-24 ans, un score \u00e0 peine sup\u00e9rieur \u00e0 leur moyenne nationale alors que Robert Hue totalise seulement 7% des suffrages des jeunes \u00e9lecteurs. Le d\u00e9clin \u00e9lectoral du Parti communiste est particuli\u00e8rement net chez les jeunes depuis 1986. A droite, les 18-24 ans privil\u00e9gient Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, sensiblement au-dessus de leurs moyennes nationales, alors qu&#8217;Edouard Balladur, Premier ministre sortant, est s\u00e9v\u00e8rement sanctionn\u00e9, du fait notamment du ch\u00f4mage des jeunes et de sa politique concernant l&#8217;insertion professionnelle (2). Beaucoup de jeunes souhaitent un changement politique: 66% des 18-24 ans pensent qu&#8217;une autre politique que celle du gouvernement Balladur est possible (contre 42% des 65 ans et plus). Pour des jeunes qui n&#8217;ont pratiquement connu que la gauche au pouvoir, certains candidats de droite, comme Jacques Chirac ou Jean-Marie Le Pen, peuvent incarner le changement. Notons d&#8217;ailleurs que le choix d&#8217;un candidat par les jeunes a \u00e9t\u00e9 encore plus h\u00e9sitant que celui des adultes.<\/p>\n<p>Le tableau sur le vote des 18-24 ans permet de voir que le sentiment d&#8217;appartenir \u00e0 une cat\u00e9gorie sociale sup\u00e9rieure (&#8221; les privil\u00e9gi\u00e9s &#8220;, &#8221; les gens ais\u00e9s &#8220;) s&#8217;accompagne d&#8217;un vote \u00e0 droite beaucoup plus fr\u00e9quent alors que les classes populaires surrepr\u00e9sentent un peu la gauche. Le vote des jeunes qui se sentent d\u00e9favoris\u00e9s est tr\u00e8s particulier: le niveau \u00e9lev\u00e9 du vote de droite dans cette cat\u00e9gorie s&#8217;explique en fait par un vote lep\u00e9niste tr\u00e8s fort et les blancs et nuls y sont \u00e9galement nombreux. La frustration sociale engendr\u00e9e par les difficult\u00e9s de la vie fait le lit du lep\u00e9nisme et du rejet du syst\u00e8me politique.<\/p>\n<p>Les jeunes disent un peu plus que les adultes avoir tenu compte dans leur choix \u00e9lectoral de la situation de l&#8217;emploi. Si le vote balladurien est toujours faible chez les jeunes, quelle que soit leur situation \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de l&#8217;emploi, le vote en faveur de Jacques Chirac est d&#8217;autant plus \u00e9lev\u00e9 que les jeunes n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s par le ch\u00f4mage. Alors qu&#8217;au contraire, le vote lep\u00e9niste est plus fr\u00e9quent chez ceux qui ont connu, de pr\u00e8s ou de loin, un probl\u00e8me de ch\u00f4mage.<\/p>\n<p>Le crit\u00e8re le plus pr\u00e9dictif du vote des jeunes est la variable religieuse. Le vote de droite passe de 75% chez les jeunes catholiques pratiquants \u00e0 42% chez les jeunes sans religion. L&#8217;int\u00e9gration au catholicisme est plus rare qu&#8217;autrefois chez les jeunes, mais elle s&#8217;accompagne toujours d&#8217;un fr\u00e9quent vote \u00e0 droite. Le vote catholique des jeunes surrepr\u00e9sente surtout Philippe de Villiers et Jean-Marie Le Pen alors que celui des personnes \u00e2g\u00e9es surrepr\u00e9sente nettement Edouard Balladur. Les catholiques pratiquants \u00e2g\u00e9s expriment surtout par leur vote l&#8217;attachement \u00e0 une droite mod\u00e9r\u00e9e et raisonnable, conforme \u00e0 ce qu&#8217;\u00e9tait la d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne. Au contraire, les jeunes catholiques semblent davantage exprimer par leur vote un soutien pour des valeurs d&#8217;autorit\u00e9 et de hi\u00e9rarchie sociale.<\/p>\n<p>Notons enfin que les jeunes femmes votent sensiblement plus \u00e0 gauche que les jeunes hommes. Cet \u00e9cart est congruent avec ce que montrent les \u00e9tudes r\u00e9centes sur le vote f\u00e9minin (3). Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 longtemps plus orient\u00e9es \u00e0 droite que les hommes, les femmes tendent \u00e0 voter d\u00e9sormais un peu plus en faveur du socialisme que leurs homologues masculins. Il est normal que cette attitude nouvelle soit surtout le fait des jeunes g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<p>Le premier vote des jeunes s&#8217;exprime dans un contexte politique, social, \u00e9conomique particulier et n&#8217;est probablement pas sans quelque effet sur leur trajectoire politique future. Il exprime leur orientation politique du moment, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s nette pour certains, beaucoup plus floue et h\u00e9sitante pour d&#8217;autres. Leur orientation politique pourra encore beaucoup bouger \u00e0 mesure qu&#8217;\u00e9voluera leur entr\u00e9e dans la vie et leur situation sociale.<\/p>\n<p>* Professeur de sciences politiques (IEP de Grenoble).<\/p>\n<p>1. L&#8217;\u00e9volution \u00e9lectorale de la France est retrac\u00e9e par Pierre Br\u00e9chon dans la France aux urnes.Cinquante ans d&#8217;histoire \u00e9lectorale, les \u00e9tudes de la Documentation fran\u00e7aise, 2e \u00e9dition, 1995, 195 p.<\/p>\n<p>2. Lors de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 1988, le premier ministre sortant, Jacques Chirac, avait r\u00e9alis\u00e9 un assez mauvais score parmi les jeunes alors que Raymond Barre pouvait recueillir les voix des jeunes de droite, critiques \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du pouvoir en place.Le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne se reproduit en 1995.Le bon score de Jacques Chirac chez les jeunes est probablement peu d\u00e9pendant de sa campagne.C&#8217;est un effet du rejet ressenti chez les jeunes, y compris les jeunes de droite, pour la politique men\u00e9e par le premier ministre en place.<\/p>\n<p>3. Cf.Janine Mossuz-Lavau, &#8221; Le vote des femmes en France (1945-1993) &#8220;, Revue fran\u00e7aise de science politique, 43\/4, ao\u00fbt 1993, pp.673-689.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>  La derni\u00e8re \u00e9lection pr\u00e9sidentielle fournit l&#8217;occasion de dresser le portrait du jeune \u00e9lecteur. 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