{"id":1474,"date":"1999-06-01T00:00:00","date_gmt":"1999-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/contre-le-rapport-charpin1474\/"},"modified":"1999-06-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-05-31T22:00:00","slug":"contre-le-rapport-charpin1474","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1474","title":{"rendered":"Contre le rapport Charpin"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Il n&#8217;y a pas de fatalit\u00e9 d\u00e9mographique<strong> On veut reculer l&#8217;\u00e2ge de la retraite d&#8217;une part ; on l&#8217;avance d&#8217;autre part sous forme de plans massifs de pr\u00e9retraite. Discours schizophr\u00e9nique. <\/strong><\/p>\n<p>Pour aborder correctement la question des retraites, il faut commencer par refuser les deux propositions du rapport Charpin. Le recul de l&#8217;\u00e2ge de la retraite, d&#8217;abord : il n&#8217;aurait certainement pas pour effet d&#8217;augmenter le nombre d&#8217;actifs mais de faire baisser le poids des retraites. Il faudrait en effet attendre plus longtemps pour faire valoir ses droits ou bien accepter de prendre sa retraite \u00e0 soixante ans mais avec une baisse sensible du taux de remplacement, c&#8217;est-\u00e0-dire du niveau de retraite en proportion du dernier salaire. Bref, le recul de l&#8217;\u00e2ge de la retraite est une d\u00e9valuation de la pension.<\/p>\n<p>La seconde proposition du rapport Charpin, le fonds de r\u00e9serve, est une pure absurdit\u00e9 qui consiste \u00e0 augmenter les cotisations tout de suite pour ne pas avoir \u00e0 le faire dans quinze ans, en escomptant un rendement mirifique en r\u00e9alit\u00e9 parfaitement al\u00e9atoire. Le rapport r\u00e9alise m\u00eame la prouesse de ne pas dire un mot sur le financement d&#8217;un tel fonds qui devrait pourtant mobiliser des sommes consid\u00e9rables pour avoir un quelconque effet. Cette impr\u00e9cision s&#8217;explique ais\u00e9ment si l&#8217;on consid\u00e8re que la fonction principale d&#8217;un tel fonds est de servir de cheval de Troie aux fonds de pension. Les deux propositions font en effet syst\u00e8me : en reculant l&#8217;\u00e2ge de la retraite, on d\u00e9valorise les pensions, tout en mettant en place un fonds de r\u00e9serve qui justifie le gel des taux de cotisation, et finalement on laisse les salari\u00e9s (qui en ont les moyens) libres de compl\u00e9ter leur retraite par l&#8217;adh\u00e9sion \u00e0 un fonds de pension. Ces nouveaux produits, concoct\u00e9s \u00e9videmment hors concertation, b\u00e9n\u00e9ficieraient d&#8217;avantages fiscaux ou d&#8217;exon\u00e9rations de charges sociales de mani\u00e8re \u00e0 les rendre attractifs (au moins dans un premier temps) par rapport \u00e0 la r\u00e9partition. On aurait alors r\u00e9ussi une jolie op\u00e9ration de &#8220;cannibalisation&#8221; de la protection sociale par la finance.<\/p>\n<p>C&#8217;est pourquoi il ne faut pas mettre le doigt dans cet engrenage, en cherchant par exemple \u00e0 d\u00e9finir de &#8220;bons fonds&#8221;. Que les patrons paient de bons salaires et il n&#8217;y aura pas besoin de les &#8220;compl\u00e9ter&#8221; par des produits financiers ou par on ne sait quelle TVA sociale. Le salaire est du salaire, qu&#8217;il s&#8217;agisse de celui des actifs ou des retrait\u00e9s. S&#8217;il reste bloqu\u00e9, il faudrait \u00eatre na\u00eff pour croire qu&#8217;un montage fiscal ou financier, aussi habile soit-il, pourrait cr\u00e9er ex nihilo un revenu de compl\u00e9ment \u00e9quivalent.<\/p>\n<p><strong> Une r\u00e9duction du temps de travail digne de ce nom <\/strong><\/p>\n<p>Pour assurer la p\u00e9rennit\u00e9 des retraites, il est en revanche n\u00e9cessaire d&#8217;instaurer, ou de r\u00e9activer, un certain nombre de r\u00e8gles. Il faut d&#8217;abord augmenter la part salariale, qui reste bloqu\u00e9e \u00e0 60 % de la valeur ajout\u00e9e des entreprises alors qu&#8217;elle \u00e9tait de 69 % il y a quinze ans. Le Plan fait ses projections avec une part salariale \u00e0 73 %, c&#8217;est bien la preuve que le niveau actuel n&#8217;est pas soutenable \u00e0 moyen terme. Pour r\u00e9aliser cet ajustement, le meilleur moyen est une r\u00e9duction du temps de travail digne de ce nom. Elle devrait donc \u00eatre assortie de cr\u00e9ations d&#8217;embauches proportionnelles (et non de la flexibilit\u00e9 annualis\u00e9e) ainsi que de la conversion pour tous ceux : et surtout toutes celles : qui le veulent du temps partiel en travail \u00e0 plein temps (au lieu des exon\u00e9rations de charge maintenues).<\/p>\n<p>Ce niveau atteint, on pourrait fixer deux r\u00e8gles d&#8217;\u00e9volution intangibles. La premi\u00e8re est que la masse salariale doit augmenter comme le revenu national. Autrement dit, une fois un niveau correct atteint, la part salariale reste constante. Sa remise \u00e0 niveau se fait au d\u00e9triment de la part des revenus financiers, de telle sorte que le profit investi n&#8217;est pas grignot\u00e9. Le taux de marge est donc constant, mais \u00e0 un niveau inf\u00e9rieur \u00e0 celui qu&#8217;il atteint aujourd&#8217;hui et qui exc\u00e8de les besoins de financement de l&#8217;investissement. C&#8217;est la norme que pr\u00e9conisait Lafontaine (salaire =productivit\u00e9) contre celle qui est appliqu\u00e9e de fait, conform\u00e9ment au Livre blanc de Delors (salaire=productivit\u00e9 moins un point.)<\/p>\n<p><strong> Progression parall\u00e8le du salaire net et de la retraite <\/strong><\/p>\n<p>La seconde norme devrait \u00eatre la progression parall\u00e8le du salaire net et de la retraite, \u00e0 l&#8217;inverse de la situation pr\u00e9valant depuis 1987, o\u00f9 les retraites sont index\u00e9es sur les prix. Le respect de ces principes permettrait alors de g\u00e9rer l&#8217;augmentation du nombre relatif de retrait\u00e9s \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du syst\u00e8me par r\u00e9partition, au moyen d&#8217;une augmentation progressive du taux de cotisation. Si une telle augmentation peut \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e aujourd&#8217;hui comme insupportable, c&#8217;est en raison d&#8217;\u00e9volutions ext\u00e9rieures au r\u00e9gime de retraites, \u00e0 savoir le blocage des salaires et la pr\u00e9carisation des carri\u00e8res. Les ordres de grandeur sont pourtant raisonnables, par rapport \u00e0 l&#8217;ampleur de la mutation que repr\u00e9sente l&#8217;augmentation de l&#8217;esp\u00e9rance de vie. Dans le sc\u00e9nario le plus d\u00e9favorable du rapport Charpin, il faudrait consacrer chaque ann\u00e9e un demi-point de productivit\u00e9 pour accompagner l&#8217;augmentation du nombre de retrait\u00e9s. C&#8217;est moins que la ponction exerc\u00e9e depuis quinze ans par la finance au d\u00e9triment des salaires.<\/p>\n<p>L&#8217;avantage de la r\u00e9partition est de r\u00e9gler pas \u00e0 pas ces \u00e9volutions, alors que la m\u00e9thode du rapport Charpin consiste \u00e0 faire passer des projections m\u00e9caniques pour de la prospective. L&#8217;allongement de la dur\u00e9e de vie est pourtant une transformation consid\u00e9rable dont il est difficile de mesurer tous les effets et \u00e0 laquelle la soci\u00e9t\u00e9 peut r\u00e9agir de bien des fa\u00e7ons. Si vraiment on manque de bras, on peut par exemple imaginer que le travail \u00e0 temps partiel impos\u00e9 aux femmes devra reculer, ou que les repr\u00e9sentations sociales vis-\u00e0-vis de l&#8217;immigration se modifieront. Ces deux facteurs, combin\u00e9s \u00e0 un retour au plein-emploi, suffisent \u00e0 modifier de fond en comble les projections. Enfin, l&#8217;\u00e2ge de la retraite est effectivement une variable-cl\u00e9 mais dont il est absurde de vouloir jouer tant que le retour au plein-emploi n&#8217;est pas garanti. On peut ensuite imaginer des ajustements progressifs, modul\u00e9s, choisis, puisqu&#8217;on sera moins vieux \u00e0 soixante ans en 2020 qu&#8217;on ne l&#8217;est aujourd&#8217;hui au m\u00eame \u00e2ge.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat sur les retraites pose donc des questions de fond, et souligne notamment un \u00e9norme paradoxe. Tout repose en effet sur l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;on va manquer de bras et qu&#8217;il y aura trop peu d&#8217;actifs par rapport au nombre de retrait\u00e9s. Mais, en m\u00eame temps, on postule l'&#8221;inemployabilit\u00e9&#8221; \u00e9ternelle d&#8217;une partie des actifs potentiels. On d\u00e9bouche alors sur des discours v\u00e9ritablement schizophr\u00e9niques : on veut reculer l&#8217;\u00e2ge de la retraite, mais, au m\u00eame moment, on l&#8217;avance sous forme de vastes plans de pr\u00e9retraite dans l&#8217;automobile et ailleurs. Derri\u00e8re ces contradictions, se profile une crise syst\u00e9mique que r\u00e9sume finalement assez bien le terme d\u00e9cri\u00e9, mais pr\u00e9cis, d&#8217;inemployabilit\u00e9. Une proportion croissante des besoins sociaux croissants, et par cons\u00e9quent les emplois qui leur correspondraient, sont d\u00e9clar\u00e9s &#8220;in\u00e9ligibles&#8221; parce que porteurs d&#8217;une rentabilit\u00e9 insuffisante aux yeux du capital. On voit mal ce qu&#8217;une dose suppl\u00e9mentaire de finance pourrait y changer.<\/p>\n<p>Nota bene : Le rapport Charpin porte le nom de l&#8217;actuel commissaire au Plan, son auteur.<\/p>\n<p>* Economiste, co-auteur des Retraites au p\u00e9ril du lib\u00e9ralisme, Syllepse (v. encadr\u00e9).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[304],"class_list":["post-1474","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-travail"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1474","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1474"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1474\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1474"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1474"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1474"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}