{"id":14252,"date":"1995-06-01T00:00:00","date_gmt":"1995-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/l-ecole-et-l-effet-maires005\/"},"modified":"1995-06-01T00:00:00","modified_gmt":"1995-05-31T22:00:00","slug":"l-ecole-et-l-effet-maires005","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=14252","title":{"rendered":"L&#8217;Ecole et l&#8217;effet-maires"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec BernardCharlot <\/p>\n<p><strong> L&#8217;intervention des communes dans l&#8217;Ecole permet de g\u00e9rer la diversit\u00e9 des situations. Mais les effets pervers existent. <\/strong><\/p>\n<p>La d\u00e9centralisation amplifie la responsabilit\u00e9 des communes en mati\u00e8re d&#8217;\u00e9cole maternelle et \u00e9l\u00e9mentaire. Cette extension ouvre-t-elle un champ d\u00e9mocratique ?<\/p>\n<p> <strong>  Bernard Charlot  <\/strong>: L&#8217;intervention locale dans l&#8217;\u00e9cole est ancienne: elle remonte \u00e0 1833, voire au-del\u00e0. Les communes ne se cantonnent plus dans le para-\u00e9ducatif: construction, entretien des locaux, restauration scolaire, \u00e9tudes du soir et, \u00e9ventuellement, voyages&#8230; Les communes aujourd&#8217;hui investissent le coeur m\u00eame de l&#8217;acte \u00e9ducatif; elles financent de multiples actions: clubs lecture, associations d&#8217;aide aux devoirs, soutien scolaire, intervenants ext\u00e9rieurs, activit\u00e9s culturelles et projets d&#8217;actions \u00e9ducatives (PAE).<\/p>\n<p> <strong> Quelles sont les raisons d&#8217;une telle \u00e9volution ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong>  B. C. <\/strong>: La logique de l&#8217;Ecole serait d&#8217;inciter \u00e0 une mobilisation g\u00e9n\u00e9rale des &#8221; partenaires &#8221; pour l&#8217;aider dans une situation de difficult\u00e9s r\u00e9elles, aux multiples causes, y compris sociales. Par ailleurs, ch\u00f4mage, &#8221; exclusion &#8220;, violence, toxicomanie renvoient \u00e0 la question de la jeunesse. Un espace s&#8217;ouvre alors pour les municipalit\u00e9s qui sont confront\u00e9es \u00e0 ces probl\u00e8mes. Si elles veulent agir sur tous les jeunes, le seul endroit o\u00f9 ils se trouvent tous c&#8217;est l&#8217;\u00e9cole, seul service public pr\u00e9sent dans tous les quartiers. La tentation est donc grande d&#8217;investir sur l&#8217;Ecole pour traiter toute une s\u00e9rie de probl\u00e8mes, dans toutes leurs dimensions \u00e9ducatives, au del\u00e0 du seul apport financier. Dans d&#8217;autres quartiers, favoris\u00e9s, les municipalit\u00e9s subissent une demande forte des parents pour aider l&#8217;\u00e9cole \u00e0 faire mieux r\u00e9ussir leurs enfants. Quelles que soient les villes, \u00e0 travers des logiques diff\u00e9rentes, raisons objectives et demande sociale convergent. On sait de mieux en mieux, et le livre d&#8217;Agn\u00e8s Henriot (1) \u00e9claire le probl\u00e8me, que la qualit\u00e9 de la scolarisation est un facteur important dans la strat\u00e9gie r\u00e9sidentielle des familles.<\/p>\n<p> <strong> Ce choix du lieu de r\u00e9sidence en fonction de l&#8217;\u00e9cole ne correspond-il pas \u00e0 des aspirations profondes ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. C.:  <\/strong>Dans l&#8217;inconscient social, la proximit\u00e9 favorise la d\u00e9mocratie, d&#8217;une part, et d&#8217;autre part, l&#8217;efficacit\u00e9. Le responsable local semble plus proche, plus accessible, mieux inform\u00e9 des situations. Mais en fait la transparence n&#8217;est pas toujours au rendez-vous; la bureaucratie, des proc\u00e9dures multiples non harmonis\u00e9es, une certaine connivence et parfois des potentats locaux malm\u00e8nent la d\u00e9mocratie et compromettent l&#8217;efficacit\u00e9. On en vient \u00e0 oublier les questions centrales et, comme le dit Jean-Louis Derouet, le local peut produire \u00e0 la fois plus de satisfactions des parents, et plus d&#8217;in\u00e9galit\u00e9s sociales.<\/p>\n<p> <strong> En tenant compte des attentes, explicites ou non, dans quelles logiques l&#8217;Ecole peut-elle s&#8217;inscrire ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. C.: <\/strong> La logique de l&#8217;Ecole se pr\u00eate \u00e0 plusieurs interpr\u00e9tations: la version autogestionnaire des ann\u00e9es 60, la version lib\u00e9rale de segmentation croissante du syst\u00e8me scolaire national au profit d&#8217;un march\u00e9 &#8221; libre &#8221; (la fac Pasqua, par exemple), la version territoriale qui risque d&#8217;instrumentaliser l&#8217;Ecole pour des fins non sp\u00e9cifiques \u00e0 ses missions. Au niveau des r\u00e9gions, l&#8217;Ecole peut \u00eatre totalement recentr\u00e9e sur l&#8217;emploi, et dans des perspectives \u00e0 trop court terme. L&#8217;Ecole peut aussi se mobiliser pour la r\u00e9habilitation d&#8217;un quartier ou, bien au contraire, c&#8217;est ce dernier qui agit pour la r\u00e9ussite scolaire des enfants. Dans un cas l&#8217;\u00e9cole est moyen; dans l&#8217;autre, objectif.<\/p>\n<p> <strong> Mais quelle doit \u00eatre la logique de l&#8217;Ecole ? Celle qui pr\u00e9serve et d\u00e9veloppe le sens ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. C.:  <\/strong>Il existe un clivage assez fort entre des enseignants porteurs de finalit\u00e9s universalistes, attach\u00e9s \u00e0 l&#8217;acquisition des savoirs, et, \u00e0 l&#8217;autre p\u00f4le, des enseignants plus sensibles aux difficult\u00e9s v\u00e9cues par leurs \u00e9l\u00e8ves. Les uns seront souvent accus\u00e9s de traditionalisme et les autres soup\u00e7onn\u00e9s de se transformer en animateurs sociaux-culturels. Si l&#8217;Ecole est trop ouverte, elle reproduit son environnement, elle ne poss\u00e8de plus ses sp\u00e9cificit\u00e9s et ses r\u00e8gles; il n&#8217;y a plus d&#8217;effet de seuil symbolique, et elle ne sert plus. A l&#8217;oppos\u00e9, si les savoirs ne prennent pas sens pour les \u00e9l\u00e8ves, si l&#8217;Ecole regarde ceux-ci avec les yeux des classes moyennes, une cl\u00f4ture sociale est tr\u00e8s vite \u00e9difi\u00e9e et l&#8217;\u00e9chec scolaire menace. Actuellement, l&#8217;Ecole souffre de deux maux: il n&#8217;y a plus assez de cl\u00f4ture symbolyque, celle qui donne sens au fait d&#8217;aller \u00e0 l&#8217;\u00e9cole; et il y a trop de cl\u00f4ture sociale produite par l&#8217;ignorance des conditions de vie r\u00e9elles des milieux populaires. Il faut d\u00e9passer l&#8217;enfermement local, garder les ambitions universalistes, mais en partant de ce que les enfants sont r\u00e9ellement, donc socialement.<\/p>\n<p> <strong> Ce qui ne peut emp\u00eacher l&#8217;Ecole de faire un effort d&#8217;adaptation. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. C.: <\/strong> Pour reprendre les mots de Dominique Glasman, je dirais qu&#8217;autrefois les parents envoyaient \u00e0 l&#8217;\u00e9cole des \u00e9l\u00e8ves, maintenant ils y envoient des enfants \u00e0 transformer en \u00e9l\u00e8ves. L&#8217;Ecole est aujourd&#8217;hui confront\u00e9e \u00e0 une grande h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves, mais elle ne doit pas pour autant renoncer \u00e0 ses objectifs. Je suis donc m\u00e9fiant par rapport \u00e0 l&#8217;id\u00e9e d&#8217;adapter l&#8217;Ecole aux enfants d&#8217;origine populaire. Avoir meilleure conscience de ce qu&#8217;ils sont pour mieux choisir les chemins menant aux objectifs fondamentaux, oui ! Red\u00e9finir les objectifs pour s&#8217;adapter \u00e0 &#8221; ces enfants-l\u00e0 &#8221; pose probl\u00e8me car cela conduit trop souvent \u00e0 faire pour eux des choses que l&#8217;on refuserait pour ses propres enfants. En ce sens, la territorialisation des politiques \u00e9ducatives est ambivalente: elle peut aider les enseignants \u00e0 mieux prendre conscience des jeunes avec lesquels ils travaillent; elle peut aussi induire plus d&#8217;enfermement dans un monde o\u00f9 les objectifs de l&#8217;Ecole seraient red\u00e9finis \u00e0 la baisse pour certains.<\/p>\n<p> <strong> Vous \u00e9voquez souvent une obligation de r\u00e9sultats pour les enseignants&#8230; <\/strong><\/p>\n<p> <strong> B. C.: <\/strong> C&#8217;est un aspect des nouvelles logiques. La soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, depuis la &#8221; crise &#8220;, fonctionne avec des principes nouveaux qui ouvrent des possibles dans des perspectives oppos\u00e9es: autogestionnaires ou ultralib\u00e9rales. Tout d\u00e9pend de ce qu&#8217;on va en faire. Mais toute organisation est appel\u00e9e aujourd&#8217;hui \u00e0 devenir plus efficace, qu&#8217;il s&#8217;agisse des entreprises ou du service public. On en revient \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de g\u00e9rer la diversit\u00e9 des situations, l&#8217;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, comme on dit. Pour cela l&#8217;\u00e9chelon central ne peut gouverner uniquement par circulaires. Il faut laisser une part d&#8217;initiative \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, \u00e0 ceux qui agissent, dans l&#8217;entreprise comme \u00e0 l&#8217;\u00e9cole. Aussi tous les &#8221; partenaires &#8221; locaux de l&#8217;\u00e9cole sont-ils invit\u00e9s \u00e0 se mobiliser pour l&#8217;aider \u00e0 r\u00e9ussir. Cette nouvelle logique a aussi ses effets pervers. Il y a danger de production d&#8217;un flou g\u00e9n\u00e9ral o\u00f9 n&#8217;importe qui fait n&#8217;importe quoi alors que le partenariat n&#8217;est int\u00e9ressant que dans la sp\u00e9cificit\u00e9 de chacun. Autre d\u00e9rive, le centre s&#8217;efforce de faire g\u00e9rer par la p\u00e9riph\u00e9rie des contradictions centrales; la circulaire Bayrou sur le foulard islamique en est l&#8217;exemple type. Des municipalit\u00e9s proc\u00e8dent de fa\u00e7on similaire lorsqu&#8217;elles tentent de g\u00e9rer la contradiction centrale qu&#8217;est le ch\u00f4mage. Le risque est de produire de l&#8217;apaisement, de la neutralisation, de la compensation affective et symbolique mais d&#8217;\u00eatre d\u00e9bord\u00e9 finalement par les contradictions sans les avoir r\u00e9solues.<\/p>\n<p>Bernard Charlot est professeur en Sciences de l&#8217;\u00e9ducation \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 Paris-VIII.Au sein de l&#8217;\u00e9quipe ESCOL, il \u00e9tudie notamment l&#8217;Ecole dans les banlieues.Il a, entre autres, coordonn\u00e9 l&#8217;ouvrage l&#8217;Ecole et le territoire, paru chez Armand Colin.<\/p>\n<p>1. Agn\u00e8s Henriot-Van Zanten, Jean-Paul Payet, Laurence Roulleau-Berger, l&#8217;Ecole dans la ville, L&#8217;Harmattan.<strong>   <\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec BernardCharlot <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-14252","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14252","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=14252"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14252\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=14252"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=14252"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=14252"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}