{"id":14249,"date":"1995-06-01T00:00:00","date_gmt":"1995-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/democratie-appel-de-culture002\/"},"modified":"1995-06-01T00:00:00","modified_gmt":"1995-05-31T22:00:00","slug":"democratie-appel-de-culture002","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=14249","title":{"rendered":"D\u00e9mocratie, appel de culture"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Il ne pourra \u00e0 l&#8217;avenir y avoir de politique culturelle qui ne soit articul\u00e9e \u00e0 la politique de la ville. Les collectivit\u00e9s fournissent le plus gros de l&#8217;effort budg\u00e9taire, mais le r\u00f4le de l&#8217;Etat reste d\u00e9cisif. <\/p>\n<p>Par temps de crise, la tentation est grande de couper dans les budgets culturels, \u00e0 commencer par l&#8217;Etat, on l&#8217;a vu il y a quelques mois lorsque le gouvernement annon\u00e7ait le gel de 10% du budget de Jacques Toubon, mesure rapport\u00e9e car difficilement justifiable en campagne \u00e9lectorale pr\u00e9sidentielle o\u00f9 le candidat Chirac affirmait que le &#8221; 1% du budget de l&#8217;Etat consacr\u00e9 \u00e0 la culture, c&#8217;est une ambition digne de la France &#8220;, mais une prochaine lois de finance rectificative taillera tr\u00e8s probablement dans ce budget-symbole. Ambition, rien de plus, alors qu&#8217;il ne manque pas de bons lib\u00e9raux, et non plus de beaux esprits (1), pour penser qu&#8217;un minist\u00e8re de la Culture est un archa\u00efsme et que le r\u00f4le de l&#8217;Etat en mati\u00e8re de cr\u00e9ation et de culture consiste \u00e0 en \u00eatre absent. Bien entendu, personne ne peut faire abstraction de la r\u00e9alit\u00e9 de la crise, ni les cr\u00e9ateurs ni les agents culturels, et chacun est forc\u00e9 d&#8217;y apporter des r\u00e9ponses sp\u00e9cifiques et nouvelles. Car la culture est plus que jamais enjeu historique, d\u00e9mocratique et question politique centrale. En effet, l&#8217;extension des territoires de la culture, au cours des quinze derni\u00e8res ann\u00e9es, l&#8217;a mise au contact de r\u00e9alit\u00e9s sociales l&#8217;obligeant \u00e0 prendre en compte des pratiques populaires (musiques, danses, expressions plastiques, etc.) qui d\u00e9bordent le cadre classique o\u00f9 l&#8217;on tente de trouver un \u00e9quilibre entre patrimoine et cr\u00e9ation vivante. La culture, ainsi, se trouve \u00e9nonc\u00e9e avec s\u00e9gr\u00e9gation, pr\u00e9carit\u00e9, exclusion, urgence sociale, mais aussi avec m\u00e9tissage, mixit\u00e9 sociale, solidarit\u00e9, int\u00e9gration, identit\u00e9, citoyennet\u00e9. Et il para\u00eet \u00e9vident qu&#8217;\u00e0 l&#8217;avenir il ne pourra y avoir de politique culturelle qui ne soit articul\u00e9e \u00e0 la politique de la ville.<\/p>\n<p> <strong> Garantir \u00e0 tous l&#8217;\u00e9gal acc\u00e8s \u00e0 la culture  <\/strong><\/p>\n<p>Dans les domaines de la culture et de la cr\u00e9ation artistique, mais aussi dans ceux de la science et de la technique, il est une singularit\u00e9 fran\u00e7aise fond\u00e9e dans une tradition qui remonte \u00e0 l&#8217;Ancien R\u00e9gime, \u00e0 Richelieu, \u00e0 Colbert: elle veut que l&#8217;impulsion d\u00e9terminante vienne de l&#8217;Etat. Cette tradition a \u00e9t\u00e9 consolid\u00e9e par la R\u00e9volution fran\u00e7aise, bien que ce soit sous le Consulat, en 1801, que fut lanc\u00e9e l&#8217;une des premi\u00e8res op\u00e9rations d&#8217;envergure de d\u00e9centralisation: la cr\u00e9ation dans quinze villes de province de mus\u00e9es de peinture et de sculpture. Georges Duby a pu \u00e9crire que l&#8217;Etat royal &#8221; fut \u00e0 l&#8217;origine de tout ce qui a fait la grandeur culturelle de la France &#8220;. On peut m\u00eame penser que l&#8217;intervention de l&#8217;Etat dans les affaires de la culture s&#8217;est \u00e9tablie sur une constante: l&#8217;unit\u00e9 de la Nation et sa p\u00e9rennit\u00e9, de la cr\u00e9ation de l&#8217;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise en 1635 \u00e0 la constitution de 1946 par laquelle la Nation garantissait \u00e0 tous l&#8217;\u00e9gal acc\u00e8s \u00e0 la culture. Le lien, aujourd&#8217;hui central, entre culture et d\u00e9mocratie est apparu et a connu ses premi\u00e8res formulations dans la p\u00e9riode qui va du lendemain la Grande Guerre jusqu&#8217;au Front populaire, ann\u00e9es cruciales o\u00f9 le Parti communiste fran\u00e7ais joue un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la vie artistique et culturelle et commence \u00e0 b\u00e2tir la tradition qui reste la sienne dans ces domaines et dont la mise \u00e0 jour de mars 1966, \u00e0 Argenteuil, continue d&#8217;\u00eatre structurante. C&#8217;est lors de cette session que Waldeck-Rochet d\u00e9clarait: &#8221; Ni opportunisme, ni sectarisme &#8221; &#8211; en mati\u00e8re de cr\u00e9ation. C&#8217;est sous le Front populaire qu&#8217;apparut l&#8217;expression &#8221; politique culturelle &#8220;. L&#8217;accession d\u00e9mocratique \u00e0 la culture, au niveau national, fut symbolis\u00e9e par la d\u00e9centralisation th\u00e9\u00e2trale mise en place au lendemain de la Seconde Guerre, et par le travail fourni par Jean Vilar \u00e0 la t\u00eate du Festival d&#8217;Avignon et du Th\u00e9\u00e2tre national populaire, de 1951 \u00e0 1963. Mais cette d\u00e9centralisation, inscrite dans un cadre centralisateur, ne pourra pas tramer culturellement le territoire comme il aurait pu et du l&#8217;\u00eatre.<\/p>\n<p> <strong> La culture \u00e0 l&#8217;heure de la d\u00e9centralisation  <\/strong><\/p>\n<p>Avec la cr\u00e9ation du premier minist\u00e8re des Affaires culturelles, confi\u00e9 \u00e0 Andr\u00e9 Malraux en 1959, on pouvait esp\u00e9rer que les missions de soutien \u00e0 la cr\u00e9ation artistique et \u00e0 sa diffusion prendraient quelque ampleur, mais le budget d\u00e9risoire (0,34% en 1960) limita toute ambition. Jeanne Laurent, principal agent de la d\u00e9centralisation th\u00e9\u00e2trale, sourcilleuse quant \u00e0 la vocation de l&#8217;Etat \u00e0 intervenir dans le champs culturel, pour autant que ce ne soit pas pour conforter les acad\u00e9mismes et les conformismes artistiques, cette fonctionnaire mod\u00e8le liait la cr\u00e9ation du minist\u00e8re Malraux \u00e0 une prise de conscience des municipalit\u00e9s qui modifi\u00e8rent &#8221; leur attitude \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des d\u00e9penses culturelles [&#8230;] un effort fructueux fut entrepris dans des villes moyennes, voire de petites agglom\u00e9rations [&#8230;] avant 1959, il n&#8217;\u00e9tait pas concevable, pour une ville de l&#8217;importance d&#8217;Orl\u00e9ans, d&#8217;avoir, aupr\u00e8s de son maire, un adjoint \u00e0 la culture &#8220;.(2) Aujourd&#8217;hui, \u00e0 l&#8217;heure de la d\u00e9centralisation, de la politique de la ville et de l&#8217;am\u00e9nagement du territoire, version Pasqua, le r\u00f4le de l&#8217;Etat reste d\u00e9cisif, bien que ce soient les collectivit\u00e9s territoriales qui fournissent le plus gros de l&#8217;effort budg\u00e9taire, et au premier rang les municipalit\u00e9s (voir encadr\u00e9): &#8221; Nous n&#8217;affirmerons jamais assez la responsabilit\u00e9 qui incombe \u00e0 l&#8217;Etat.[&#8230;] Je ne pr\u00f4ne pas une nouvelle forme de jacobinisme mais une responsabilit\u00e9 publique nationale [&#8230;] je suis favorable \u00e0 une plus grande ma\u00eetrise des collectivit\u00e9s et \u00e0 la d\u00e9centralisation qui passe notamment par une r\u00e9forme des finances locales et du financement de l&#8217;ensemble du syst\u00e8me &#8220;, d\u00e9clare Ivan Renar (3).<\/p>\n<p> <strong> Si le d\u00e9sengagement de l&#8217;Etat continuait&#8230; <\/strong>Cette synergie, cependant, risque de se rompre si le d\u00e9sengagement de l&#8217;Etat se poursuivait, situation de fait pour certaines municipalit\u00e9s qui doivent r\u00e9pondre \u00e0 la crise \u00e9conomique en consacrant une part importante de leur budget aux d\u00e9penses sociales, plus de 50% pour certaines villes du Nord-Pas-de-Calais, selon Ivan Renar qui, dans ce contexte, estime que le 1% du budget de l&#8217;Etat affect\u00e9 \u00e0 la culture &#8221; n&#8217;est qu&#8217;un minimum et ne constitue en rien un luxe &#8221; (3). De son c\u00f4t\u00e9, Michel Germa, pr\u00e9sident du Conseil g\u00e9n\u00e9ral du Val-de-Marne, \u00e0 la suite d&#8217;une journ\u00e9e d&#8217;\u00e9tude sur le th\u00e8me &#8221; Cr\u00e9ation, recherche, culture: pourquoi aujourd&#8217;hui dans la crise ? &#8220;, prenait l&#8217;initiative d&#8217;une lettre ouverte au Premier ministre dans laquelle il soulignait que l&#8217;insuffisance du budget de la Culture s&#8217;accompagnait de nouveaux transferts de charges financi\u00e8res sur les collectivit\u00e9s locales. Il constatait aussi: &#8221; la r\u00e9gression des pratiques culturelles alors que les besoins grandissent et que la d\u00e9mocratie constitue un grand appel de culture.&#8221; Cette derni\u00e8re question, Robert Hue l&#8217;abordait dans un entretien donn\u00e9 \u00e0 l&#8217;Orm\u00e9e, publication du secteur culturel de la f\u00e9d\u00e9ration de la Gironde du PCF: &#8221; Luttes pour la d\u00e9mocratie et luttes pour la culture sont toujours indissociables. Il n&#8217;y a pas de progr\u00e8s possible de la civilisation sans essor de la culture, sans recul de toutes les formes de s\u00e9gr\u00e9gation sociale &#8220;. Et il pointait le danger: &#8221; Si l&#8217;on ne choisit pas de rompre avec les dogmes de l&#8217;argent, avec la rentabilit\u00e9 financi\u00e8re &#8211; particuli\u00e8rement choquante lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de culture -, c&#8217;est toute l&#8217;identit\u00e9 culturelle d&#8217;un peuple qui se trouve menac\u00e9e &#8220;.<\/p>\n<p>1. Marc Fumaroli, l&#8217;Etat culturel.Essai sur une religion moderne, \u00e9ditions de Fallois, 1991.<\/p>\n<p>2. Jeanne Laurent, Arts et pouvoirs, \u00e9ditions CIEREC, Saint-Etienne, 1982.<\/p>\n<p>3. Ivan Renar, s\u00e9nateur PCF, conseiller r\u00e9gional du Nord-Pas-de-Calais, dans l&#8217;Elu d&#8217;aujourd&#8217;hui, no 191, avril 1995.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Il ne pourra \u00e0 l&#8217;avenir y avoir de politique culturelle qui ne soit articul\u00e9e \u00e0 la politique de la ville. 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