{"id":14248,"date":"1995-06-01T00:00:00","date_gmt":"1995-05-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/bourges-tant-que-l-ete-suit-le001\/"},"modified":"1995-06-01T00:00:00","modified_gmt":"1995-05-31T22:00:00","slug":"bourges-tant-que-l-ete-suit-le001","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=14248","title":{"rendered":"Bourges, tant que l&#8217;\u00e9t\u00e9 suit le printemps"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Municipalit\u00e9 d&#8217;union dirig\u00e9e par un maire communiste, Bourges dans le Cher donne \u00e0 voir les r\u00e9sultats d&#8217;une collaboration qui, loin d&#8217;\u00eatre la simple addition des \u00e9tiquettes politiques, est bas\u00e9e sur l&#8217;association des gens connus pour leur engagement dans la vie de la cit\u00e9. Enqu\u00eate. <\/p>\n<p>Le soir des r\u00e9sultats du premier tour de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, Simone Veil s&#8217;est \u00e9tonn\u00e9e que, dans un grand pays comme le n\u00f4tre, il se trouv\u00e2t tant de gens pr\u00eats \u00e0 voter communiste. Cette stup\u00e9faction \u00e9tait &#8211; \u00e0 sa mani\u00e8re &#8211; une reconnaissance de la complexit\u00e9 de l&#8217;enracinement communiste dans la terre de France. Prenons Bourges dans le Cher, au coeur m\u00eame de l&#8217;hexagone, cette ville est un joyau: une nature aimable, apprivois\u00e9e par un travail s\u00e9culaire des hommes, une cath\u00e9drale inscrite au patrimoine mondial de l&#8217;Unesco, une profusion de merveilles architecturales, de confortables demeures \u00e0 colombages. C&#8217;est ici que Charles VII, le petit roi de Bourges, cristallise autour de lui un sentiment national, comme en t\u00e9moigne l&#8217;\u00e9pop\u00e9e de Jeanne d&#8217;Arc. C&#8217;est \u00e0 partir de ce lieu que Jacques Coeur, son grand argentier, d\u00e9veloppe dans le bassin m\u00e9diterran\u00e9en le capitalisme marchand. Ici que la f\u00e9odalit\u00e9 d\u00e9cline et que la France entre dans la modernit\u00e9. Louis XI, le fils de Charles VII, un authentique Berrichon, poursuivra la construction de l&#8217;Etat Nation, cette sp\u00e9cificit\u00e9 fran\u00e7aise, achev\u00e9e par la R\u00e9volution. Comment l&#8217;ancienne ville royale, la place militaire avec sa garnison et ses arsenaux, le si\u00e8ge archi\u00e9piscopal, le sabre et le goupillon, a-t-elle \u00e0 sa t\u00eate aujourd&#8217;hui une municipalit\u00e9 d&#8217;union dirig\u00e9e par un maire communiste ?En 1977, Jacques Rimbault, une forte personnalit\u00e9, un ajusteur, un communiste, devient maire de Bourges. Certes la ville appartient au Cher, au triangle industriel de ce d\u00e9partement dans lequel tr\u00e8s t\u00f4t se r\u00e9pandent les id\u00e9es socialistes, le syndicalisme y compris paysan, il y a les ouvriers des arsenaux, il y a l&#8217;homme Jacques Rimbault, son charisme, il n&#8217;en demeure pas moins que cette \u00e9lection n&#8217;a rien d&#8217;\u00e9vident. Ici la droite est puissante, oui, mais elle est divis\u00e9e, incapable d&#8217;innover, tandis que s&#8217;op\u00e8re \u00e0 gauche un large rassemblement. Il faut apprendre \u00e0 g\u00e9rer alors qu&#8217;on est minoritaire. D\u00e8s son arriv\u00e9e, Jacques Rimbault mart\u00e8le: &#8221; La cl\u00e9 du succ\u00e8s, c&#8217;est la d\u00e9mocratie ! &#8221;<\/p>\n<p> <strong> Continuit\u00e9 de l&#8217;espace urbain, refus de l&#8217;exclusion  <\/strong><\/p>\n<p>Ce parti pris trouve rapidement un terrain d&#8217;application dans l&#8217;affaire de la rue Moyenne, c&#8217;est-\u00e0-dire la rue principale du centre ville historique. Si, dans la plupart des villes, il y a une Grande Rue, ici elle est &#8221; moyenne &#8220;, le Berruyer a le go\u00fbt de la mesure en toute chose. Donc la rue Moyenne, \u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e de la nouvelle municipalit\u00e9, est ouverte \u00e0 la circulation des automobiles, impraticable aux heures de pointe, des autobus s&#8217;y croisent difficilement, le stationnement est impossible. La nouvelle municipalit\u00e9 parle de voies pi\u00e9tonnes, de transports collectifs, les commer\u00e7ants ne veulent pas d&#8217;interdiction de la voiture individuelle, ils r\u00e9clament seulement des lieux de stockage. A partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 80 jusqu&#8217;au 4 mai 1992, date de l&#8217;ouverture des travaux, mois apr\u00e8s mois, pendant presque sept ans, se d\u00e9roule une discussion marathon entre les commer\u00e7ants et la municipalit\u00e9. Le 19 mai 1990, dans le Berry r\u00e9publicain, on peut lire: &#8221; Avant que le projet de r\u00e9am\u00e9nagement de l&#8217;art\u00e8re principale de la Cit\u00e9 devienne r\u00e9alit\u00e9, des hectolitres de salive auront coul\u00e9.&#8221;Le 18 octobre 1991, un protocole d&#8217;accord est sign\u00e9: la rue Moyenne sera une voie unique bord\u00e9e de larges trottoirs pi\u00e9tons. Du temps perdu ? Pas pour un Berrichon un peu &#8221; tazon &#8221; (1). Surtout que le r\u00e9am\u00e9nagement de la rue Moyenne s&#8217;inscrit dans un plan d&#8217;ensemble, de sauvegarde et de mise en valeur du centre ville ancien et d&#8217;une ouverture de celui-ci sur le reste de la ville avec un contrat de modernisation des transports collectifs, c&#8217;est tout l&#8217;environnement urbain qui est reprofil\u00e9 avec le souci de la continuit\u00e9 de l&#8217;espace urbain, le refus de l&#8217;exclusion. Ce mercredi 3 mai, rendez-vous des militants et des \u00e9lus sur le march\u00e9 de la Chancellerie. R\u00e9my Perrot, le secr\u00e9taire f\u00e9d\u00e9ral du PCF, me fait faire le tour du quartier. Cette zone nord est coup\u00e9e du centre par une voie de chemin de fer, par une route nationale. Elle est constitu\u00e9e de deux cit\u00e9s populaires, la Chancellerie et les Gibjoncs. R\u00e9my Perrot fait la grimace devant les tours et les barres: &#8221; Nous en avons h\u00e9rit\u00e9, c&#8217;est pas berrichon \u00e7a ! &#8221; Tous les am\u00e9nagements d\u00e9cid\u00e9s par l&#8217;actuelle municipalit\u00e9 ont eu pour but d&#8217;en finir avec ce d\u00e9sert urbain, de l&#8217;harmoniser avec le reste de la ville; des services, dont ceux de l&#8217;OPHLM, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9centralis\u00e9s, un parc paysager \u00e9ducatif et sportif a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 au coeur des Gibjoncs, tout cela en gardant le cap sur une politique sociale qui interdit d&#8217;augmenter les charges financi\u00e8res des habitants (2).<\/p>\n<p> <strong> Favoriser les rencontres et la vie associative  <\/strong><\/p>\n<p>Tous les am\u00e9nagements sont ici n\u00e9goci\u00e9s avec la population dans l&#8217;esprit de ce qui s&#8217;est pass\u00e9 dans la rue Moyenne.&#8221; C&#8217;est parfois difficile, me dira un \u00e9lu, on arrive avec un beau projet bien ficel\u00e9 par les architectes, on est content de soi et les gars font la grimace ! Un bel environnement, \u00e7a n&#8217;enl\u00e8ve pas les probl\u00e8mes mais \u00e7a humanise ! &#8221; Les probl\u00e8mes sont ceux des cit\u00e9s populaires: ch\u00f4mage, toxicomanie, familles monoparentales, difficult\u00e9s de cohabitation, mais ici on traite le quartier de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9viter le ghetto, avec la volont\u00e9 de favoriser les rencontres, la vie associative, comme le prouve le &#8221; Hameau de la fraternit\u00e9 &#8220;, un gros ensemble de salles pour les r\u00e9unions. Et puis il y a le march\u00e9 hebdomadaire de la Chancellerie qui fait respirer Bourges-Nord. Gilbert Camuzat, le premier adjoint, m&#8217;explique: &#8221; Il y a eu derni\u00e8rement la proposition de cr\u00e9er un autre march\u00e9 dans le sud, au Val d&#8217;Auron. Nous avons r\u00e9fl\u00e9chi: ils nous disent, il faudrait changer \u00e7a et \u00e7a encore. Nous, on a l&#8217;impression que tout est d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9, on discute&#8230; Toute la ville vient ici, c&#8217;est une bonne chose. Nous ne pouvons pas prendre le risque de tuer ce march\u00e9, en lui cr\u00e9ant un concurrent ! &#8221; Le Val d&#8217;Auron, je revois autour d&#8217;un lac artificiel, un magnifique paysage, o\u00f9 ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s non des r\u00e9sidences de luxe mais des HLM et des pavillons. Un groupe s&#8217;est form\u00e9. Il \u00e9change les derni\u00e8res nouvelles.&#8221; Pour les municipales, dit un militant avec un sourire radieux, tout n&#8217;est pas perdu &#8220;. En bon berrichon, cela veut dire que l&#8217;affaire se pr\u00e9sente bien. Ce matin m\u00eame, le vice-pr\u00e9sident de l&#8217;Association Bourges D\u00e9mocratie (proche du PS), Alain Philippe (G\u00e9n\u00e9ration Ecologie) a rejoint la liste de droite, faute de pouvoir cr\u00e9er sa propre liste. Un homme arrive, il salue chaleureusement les militants communistes et temp\u00eate: &#8221; J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 de ceux qui se sont \u00e9lev\u00e9s contre cette d\u00e9rive de Bourges D\u00e9mocratie. Les faits nous donnent raison. Ils me le font payer &#8220;.<\/p>\n<p> <strong> Le maire, un homme qui &#8221; a un regard &#8221; et qui cherche des solutions  <\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est Bernard Gourdon, un militant socialiste de toujours, adjoint \u00e0 l&#8217;Enseignement.&#8221; Ils &#8220;, ce sont ceux qui, dans le PS, l&#8217;ont plac\u00e9 de telle sorte qu&#8217;il ne puisse plus \u00eatre adjoint. A ce moment, le maire Jean-Claude Sandrier arrive sur le march\u00e9, Bernard Gourdon l&#8217;accueille avec amiti\u00e9: &#8221; En attendant, il faut aider Jean-Claude Sandrier \u00e0 gagner ! &#8220;S&#8217;il y a eu quelques turbulences internes au PS, l&#8217;accord est r\u00e9alis\u00e9 (d\u00e8s le mois de septembre, il y a eu un vote unanime de la section socialiste en faveur de la reconduction de l&#8217;union municipale) et sur l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas seulement d&#8217;additionner des \u00e9tiquettes politiques mais d&#8217;associer des gens connus pour leur engagement dans la vie de la cit\u00e9. Le maire est aussit\u00f4t entour\u00e9 d&#8217;une foule, il est maire, mais aussi conseiller g\u00e9n\u00e9ral du canton, on sent qu&#8217;il ne vient pas ici seulement en campagne \u00e9lectorale. Une dame blonde m&#8217;explique: &#8221; Le maire, il a un regard. Les autres vous \u00e9coutent parler, lui, il vient voir, il cherche avec vous les solutions ! Vous savez, ici, la vie est difficile. Heureusement que la municipalit\u00e9 donne des repas, certains gosses ne mangent qu&#8217;\u00e0 midi ! &#8221; C&#8217;est une institutrice. Elle n&#8217;est pas communiste. La foule me s\u00e9pare d&#8217;elle et me pousse vers Robert Chaton, un v\u00e9t\u00e9ran du Parti: &#8221; Une municipalit\u00e9 qui fonctionne bien fonctionne avec la population. Autant Jacques \u00e9tait grande gueule, autant il \u00e9tait souple avec tout le monde. C&#8217;\u00e9tait curieux ce temp\u00e9rament&#8230; Jean-Claude n&#8217;est pas le m\u00eame, il ne s&#8217;est pas moul\u00e9, il a bien fait, il est lui-m\u00eame.&#8221;Encore une rencontre dans ce quartier de la Chancellerie, celle de l&#8217;animateur de Radio R\u00e9sonance, install\u00e9e dans une tour, Pierre-Alain Co\u00efc. Il croit au succ\u00e8s de l&#8217;actuelle municipalit\u00e9: &#8221; Les r\u00e9alisations sont claires, il n&#8217;y a pas de l\u00e9zard. Le Berruyer n&#8217;aime pas les vagues, ce qu&#8217;il voit c&#8217;est que la vie \u00e0 Bourges est agr\u00e9able. M\u00eame le candidat de droite juge la gestion exemplaire. Et puis il y a la vie associative, les gens se sentent \u00e9cout\u00e9s. La vie associative est l&#8217;affaire d&#8217;une \u00e9lue communiste, Marguerite Renaudat. C&#8217;est elle l&#8217;animatrice de la F\u00eate des associations qui conna\u00eet d&#8217;ann\u00e9e en ann\u00e9e un succ\u00e8s croissant. En 1994, il y a eu 260 associations pr\u00e9sentes attestant la dynamique collective de cette ville puisqu&#8217;il y avait l\u00e0, sur le th\u00e8me de la solidarit\u00e9 et de la lutte contre l&#8217;exclusion, des dizaines de milliers de personnes engag\u00e9es dans le b\u00e9n\u00e9volat. La ville leur alloue une subvention globale de 36 676 252 F. Cette F\u00eate des associations marque le coup d&#8217;envoi d&#8217;un autre temps fort de la d\u00e9mocratie locale: les assises des quartiers. En octobre, toutes les ann\u00e9es, la population est invit\u00e9e \u00e0 venir dialoguer avec le maire et son \u00e9quipe municipale, quartier apr\u00e8s quartier. Les salles sont remplies sans doute parce que le relais associatif fonctionne bien, mais aussi parce que l&#8217;on y traite des questions soulev\u00e9es par les gens eux-m\u00eames et parce qu&#8217;on sait que cette municipalit\u00e9 ne se r\u00e9signe pas \u00e0 abandonner \u00e0 son sort la moindre parcelle du territoire communale. La priorit\u00e9 \u00e0 Bourges, ce sont les gens, le dialogue, la d\u00e9mocratie et cette priorit\u00e9 insuffle un dynamisme \u00e9tonnant.<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;\u00e9tonnant dynamisme qu&#8217;insuffle la d\u00e9mocratie  <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;an dernier, l&#8217;inspecteur du minist\u00e8re de la Culture a constat\u00e9: &#8221; Malgr\u00e9 la crise, le dynamisme de la ville de Bourges ne se d\u00e9ment pas.&#8221; Il y a bien s\u00fbr le Printemps mais aussi le groupe de musique exp\u00e9rimentale avec ses archives. La m\u00e9diath\u00e8que \u00e0 peine termin\u00e9e conna\u00eet un \u00e9norme succ\u00e8s (3). Le 3 juin, on inaugure le Mus\u00e9e du meilleur ouvrier de France, d&#8217;autres comme celui des sciences et de l&#8217;homme sont en cours de r\u00e9alisation, se poursuit \u00e9galement l&#8217;am\u00e9nagement des alentours de la cath\u00e9drale. L&#8217;effort culturel et de d\u00e9fense du patrimoine est \u00e0 la base d&#8217;un d\u00e9veloppement touristique exceptionnel puisque, depuis deux ans, il a progress\u00e9 de 40% pour les nationaux et 70% pour les \u00e9trangers. Bourges a bien besoin de nouvelles activit\u00e9s car le taux de ch\u00f4mage de cette agglom\u00e9ration est de 12,5%. L&#8217;armement et l&#8217;a\u00e9ronautique constituent 41% de l&#8217;emploi industriel, avec de grandes entreprises telles que Giat Industries, Luchaire D\u00e9fense, ETBS, l&#8217;A\u00e9rospatiale. Jacques Rimbault comme Jean-Claude Sandrier, l&#8217;adjoint Gilbert Camuzat comme R\u00e9my Perrot, le secr\u00e9taire f\u00e9d\u00e9ral du PCF, sont tous issus du secteur de la D\u00e9fense. Tr\u00e8s t\u00f4t, Jacques Rimbault avait mis en place le SIRITT, salon de l&#8217;innovation et des transferts de technologie, pour aider au d\u00e9veloppement des petites et moyennes entreprises, mais aussi pour familiariser les jeunes \u00e0 l&#8217;informatique et \u00e0 la robotique. C&#8217;\u00e9tait un salon et un outil p\u00e9dagogique, il le demeure. D&#8217;ailleurs, un des points forts de Bourges est la qualit\u00e9 de l&#8217;enseignement technologique pr\u00e9 et post-baccalaur\u00e9at. Oui, mais voil\u00e0, les Arsenaux sont en crise, la municipalit\u00e9 se bat avec les Berruyers pour conserver une d\u00e9fense nationale mais elle propose aussi qu&#8217;\u00e0 partir des savoirs militaires en mati\u00e8re de lutte contre les catastrophes naturelles ou industrielles, on diversifie les industries d&#8217;armement vers la s\u00e9curit\u00e9. Le maire, Jean-Claude Sandrier, a cr\u00e9\u00e9 une association avec la Chambre de Commerce, l&#8217;Union patronale, la R\u00e9gion, le D\u00e9partement, dans ce but. Deux villes europ\u00e9ennes abritant d&#8217;anciens arsenaux, La Spezia en Italie, Palencia en Espagne, se sont associ\u00e9es \u00e0 Bourges pour une coop\u00e9ration europ\u00e9enne et l&#8217;ont d\u00e9sign\u00e9 comme leur chef de file. L&#8217;Etat va installer \u00e0 Bourges une \u00e9cole d&#8217;ing\u00e9nieurs dont la sp\u00e9cialisation portera sur les risques industriels et ceux de l&#8217;environnement.&#8221; Qu&#8217;est-ce qui nous fait courir ? s&#8217;interroge Jean-Claude Sandrier, c&#8217;est parce que nous sommes communistes. On croit que les communistes ne sont qu&#8217;une force protestataire, qu&#8217;ils font fuir les investisseurs. C&#8217;est faux ! Nous refusons la fatalit\u00e9, alors nous cherchons des solutions, c&#8217;est \u00e7a qui permet de rassembler.&#8221;<\/p>\n<p> <strong> Vierzon, la ville rouge qui refuse de se r\u00e9signer  <\/strong><\/p>\n<p>Juste avant de quitter Bourges, dans un caf\u00e9, je rencontre un homme qui s&#8217;affirme de droite, un ancien officier de la coloniale, qui s&#8217;appr\u00eate pourtant \u00e0 voter Jean-Claude Sandrier.&#8221; \u00e7a vous \u00e9tonne ? A Bourges, nous sommes un peu particuliers: nos communistes on y tient. Ils sont honn\u00eates et travailleurs. Et puis, on les a mis au pas, on ne s&#8217;est pas laiss\u00e9 faire ! &#8221; Autre mani\u00e8re de voir la question.&#8221; Si vous chassez les communistes, les industriels viendront et vous aurez mille emplois de plus ! &#8221; C&#8217;est sur ce th\u00e8me que M. Rousseau, alors PS, aujourd&#8217;hui ouvertement alli\u00e9 \u00e0 la droite, a conquis la municipalit\u00e9 qui \u00e9tait depuis trente ans dirig\u00e9e par les communistes.&#8221; Nous avons fait des b\u00eatises ! &#8220;, avoue Fran\u00e7ois Dumont qui conduit la liste de large ouverture aux prochaines municipales. Des b\u00eatises ? En 1990, un renversement de majorit\u00e9 au Conseil municipal, une \u00e9lection pr\u00e9cipit\u00e9e parce qu&#8217;on est trop s\u00fbr de soi, de son influence sur la ville mais peut-\u00eatre aussi en toile de fond l&#8217;habitude de vivre sur l&#8217;acquis, de faire le bonheur des gens malgr\u00e9 eux. Et l\u00e0-dessus ces emplois que fait miroiter Rousseau ! Oui, mais voil\u00e0, depuis, non seulement il n&#8217;y a pas eu d&#8217;emplois nouveaux mais la ville est sinistr\u00e9e, fermetures d&#8217;entreprises, attaques contre les services publics, Vierzon a aujourd&#8217;hui le plus fort taux de ch\u00f4mage de la r\u00e9gion Centre (4). Le maire, Rousseau, a expliqu\u00e9 que c&#8217;\u00e9tait la fatalit\u00e9, pas question de se battre. Cette id\u00e9e qu&#8217;on n&#8217;y peut rien est aujourd&#8217;hui le principal adversaire de ceux qui refusent de se r\u00e9signer, de ceux qui, avec les communistes, ont constitu\u00e9 un collectif de travail pour chercher des solutions. Il y avait l\u00e0 des gens qui a priori ne paraissaient pas devoir s&#8217;entendre, Solange Mion, une enseignante non communiste, explique pourquoi \u00e7a a march\u00e9 malgr\u00e9 les antagonismes id\u00e9ologiques: &#8221; En travaillant sur les contenus on peut avancer ! &#8221; Jacques Fleuret, un militant chr\u00e9tien, tente de d\u00e9gager une philosophie commune: &#8221; Ce qui nous r\u00e9unit, c&#8217;est la volont\u00e9 de servir. On ne se sert pas d&#8217;une ville ouvri\u00e8re comme Vierzon, on la sert ! &#8221; Une liste de large union s&#8217;est constitu\u00e9e sur la base de ce collectif de travail, toutes les forces de gauche, PCF, PS, Verts, Mouvement des Citoyens, des sans partis, des syndicalistes, des chr\u00e9tiens, des gens engag\u00e9s dans des activit\u00e9s professionnelles de sant\u00e9, d&#8217;\u00e9ducation m\u00e8nent ensemble un combat pour Vierzon. Dans cette ville, au premier tour de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, Robert Hue \u00e9tait en t\u00eate avec 21,77% des voix, suivi par Lionel Jospin. Alors l&#8217;enracinement communiste dans la terre de France ? Aussi divers que la France elle-m\u00eame, y compris \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;un m\u00eame d\u00e9partement.<\/p>\n<p>1. Terme intraduisible sauf par cette anecdote d&#8217;un chauffeur de taxi: le Berrichon est un chasseur, prenez un chien d&#8217;arr\u00eat et dites-lui &#8221; attends ! &#8220;, il attendra comme \u00e7a dix ans s&#8217;il le faut.A la seule diff\u00e9rence pr\u00e8s que le tazon ne se contente pas d&#8217;attendre, il s&#8217;obstine, il discutaille.<\/p>\n<p>2. Sur 282 soci\u00e9t\u00e9s HLM nationales, celle de Bourges est class\u00e9e 262e pour le prix des loyers (du plus cher au moins cher).Ce chef lieu est la ville de la r\u00e9gion Centre o\u00f9 les habitants payent le moins d&#8217;imp\u00f4ts locaux et, sur ce plan, Bourges est 51e sur 60 (toujours du plus cher au moins cher) des villes fran\u00e7aises.<\/p>\n<p>3. Sur le plan national et m\u00eame international.Des tarifs pr\u00e9f\u00e9rentiels, voire la gratuit\u00e9 totale pour les livres, sont accord\u00e9s aux CES, aux RMIstes, aux soldats du contingent non seulement berruyers mais ceux du d\u00e9partement.<\/p>\n<p>4. En m\u00eame temps, chacun se plaint des services municipaux.Si le prix de l&#8217;eau est de 10 F \u00e0 Bourges, ici il est \u00e0 16 F.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Municipalit\u00e9 d&#8217;union dirig\u00e9e par un maire communiste, Bourges dans le Cher donne \u00e0 voir les r\u00e9sultats d&#8217;une collaboration qui, loin d&#8217;\u00eatre la simple addition des \u00e9tiquettes politiques, est bas\u00e9e sur l&#8217;association des gens connus pour leur engagement dans la vie de la cit\u00e9. 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