{"id":1417,"date":"1999-05-01T00:00:00","date_gmt":"1999-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/jim-harrison-je-suis-l-oiseau-et1417\/"},"modified":"1999-05-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-04-30T22:00:00","slug":"jim-harrison-je-suis-l-oiseau-et1417","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1417","title":{"rendered":"Jim Harrison: &#8216;Je suis l&#8217;oiseau et non l&#8217;ornithologue&#8217;"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> L&#8217;auteur de la Route du Retour (1), chantre des espaces naturels am\u00e9ricains, est avant tout po\u00e8te. Il a donn\u00e9 une voix \u00e0 l&#8217;\u00e9mouvante Dalva, au tumultueux Chien-Brun, mais il a aussi plac\u00e9 sa propre voix et tout son \u00eatre dans des po\u00e8mes aussi oniriques que v\u00e9h\u00e9ments, en hommage \u00e0 la Terre-M\u00e8re. L&#8217;Eclipse de Lune de Davenport (\u00e9dition bilingue, La Table Ronde) est une errance jubilatoire au coeur du monde. <\/p>\n<p><strong> Je consid\u00e8re l&#8217;espace comme le fait central de l&#8217;Am\u00e9rique&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Dans le recueil d&#8217;articles et de petites histoires vraies publi\u00e9 en France en 1993, Entre chien et loup (Ed. Christian Bourgois), Jim Harrison \u00e9crivait : &#8220;Si vous voulez attirer l&#8217;attention sur la po\u00e9sie dans un pays o\u00f9 tout ce qui n&#8217;est pas li\u00e9 \u00e0 la cupidit\u00e9, de pr\u00e8s ou de loin passe pour superflu, il vous faudrait immoler un po\u00e8te volontaire dans une BMW 751. En costume Giorgio Armani. Avec une Rolex en or massif au poignet. Et le premier b\u00e9b\u00e9 marsouin fard\u00e9 au rimmel, pos\u00e9 sur les genoux dudit po\u00e8te. Ce genre d&#8217;excentricit\u00e9.&#8221; La po\u00e9sie selon Harrison est un art fragile, &#8220;un savoir qui n&#8217;est pas ais\u00e9ment transmissible, ni cumulatif&#8221;. Pr\u00e9f\u00e9rant la solitude des grands espaces du Nord-Michigan, o\u00f9 il vit, il a toujours refus\u00e9 d&#8217;\u00eatre po\u00e8te enseignant \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 : &#8220;En tant que po\u00e8te, je suis l&#8217;oiseau, et non l&#8217;ornithologue&#8221;. Il cite Garcia Lorca : &#8220;Le po\u00e8te n&#8217;est que le pouls d&#8217;une plaie qui palpite vers l&#8217;ailleurs&#8221;, puis Charles Oleson : &#8220;Je consid\u00e8re l&#8217;Espace comme le fait central de l&#8217;Am\u00e9rique&#8221;.<\/p>\n<p><strong> Le po\u00e8te n&#8217;est que le pouls d&#8217;une plaie qui palpite vers l&#8217;ailleurs <\/strong><\/p>\n<p>Pour l&#8217;auteur de Th\u00e9orie et pratique des Rivi\u00e8res (Po\u00e8mes, Ed. bilingue, 10\/18) la po\u00e9sie est une alli\u00e9e. Elle est aussi une forme de r\u00e9sistance \u00e0 tous les conformismes de la r\u00e9alit\u00e9 consensuelle. Contre la g\u00e9om\u00e9trie occidentale, &#8220;les escaliers, les \u00e9chelles, les dix Commandements&#8221;. Ecrire de la po\u00e9sie, c&#8217;est nager en eaux troubles, &#8220;l\u00e0 o\u00f9 les gens raisonnables se seraient aussit\u00f4t noy\u00e9s&#8221;. L&#8217;homme \u00e9crit au gr\u00e9 de promenades dans les for\u00eats, de parties de chasse, de p\u00eache, de marches dans les \u00e9tendues sauvages, o\u00f9 il surprend les animaux dans leurs activit\u00e9s, ours, pumas et autres oiseaux : &#8220;Dans la Nature sauvage, je suis peut-\u00eatre plus pr\u00e8s de la vie onirique.&#8221; Il affirme aussi que les po\u00e8mes sont faits pour r\u00e9veiller les dieux endormis, histoire de r\u00e9enchanter le monde ; sa volont\u00e9 po\u00e9tique est d&#8217;acc\u00e9der au coeur des choses, de percevoir les battements de coeur du monde : &#8220;Nos esprits bruissent comme des abeilles\/mais les leurs ne bourdonnent pas.\/ Ce ne sont qu&#8217;ailes sans coeur, disent-elles,\/cheminant vers une autre fleur.&#8221; Il n&#8217;est pas question pour autant d&#8217;un rapport mielleux \u00e0 la Nature. Cette derni\u00e8re se contente d&#8217;\u00eatre &#8220;juste&#8221;, et de rappeler \u00e0 l&#8217;homme qu&#8217;il n&#8217;est pas tout-puissant. &#8220;J&#8217;ai trop g\u00e2ch\u00e9 le clair de lune&#8221; : la nature permet de distinguer les \u00e9checs, de les replacer \u00e0 leur juste mesure, car seule &#8220;l&#8217;\u00e9preuve du monde naturel&#8221; permet de se trouver une place, que la civilisation a fait perdre \u00e0 l&#8217;homme depuis longtemps. Elle serait alors aussi une consolation&#8230; Des animaux et des hommes bless\u00e9s peuplent les po\u00e8mes de Harrison, qui, sonnant parfois comme de l\u00e9gers et doux aphorismes, exaltent la magnificence tout en exprimant l&#8217;\u00e9nigme qui se tapit au coeur du monde : &#8220;Les poissons n&#8217;ont pas invent\u00e9 l&#8217;eau et les oiseaux n&#8217;ont pas invent\u00e9 l&#8217;air.&#8221; La lune est omnipr\u00e9sente, cach\u00e9e ou non : &#8220;Les hommes ont b\u00e2ti des maisons en partie pour la g\u00eane que leur donnent les \u00e9toiles&#8221;&#8230;<\/p>\n<p><strong> Je me suis r\u00eav\u00e9****De longtemps****A l&#8217;endroit o\u00f9 je suis <\/strong><\/p>\n<p>Harrison parle aussi de politique, d&#8217;\u00e9cologie, des &#8220;balafres sur le visage de la Terre&#8221; ; il salue la m\u00e9moire indienne et honore le Temps pr\u00e9sent : &#8220;Je sais ces choses curieuses parce que je suis Jim, au bon endroit, au bon moment.&#8221; Et d&#8217;inventer un calendrier avec des mois de trois jours, car &#8220;Tout le reste est espace\/pour que le jour et la nuit\/ne se sentent mal \u00e0 l&#8217;aise\/dans mes propres limites&#8221;. Et il y a toujours ce sens de l&#8217;humour, comme ce po\u00e8me sur un sage qui passe sa nuit \u00e0 m\u00e9diter dans un cimeti\u00e8re, non loin des loups&#8230; La chute ? Lorsqu&#8217;il se l\u00e8ve enfin, avec le jour, il va pisser et prendre un d\u00e9jeuner&#8230; &#8220;Je me suis entra\u00een\u00e9 \u00e0 me faire aussi fort que l&#8217;eau.&#8221; Harrison cherche enfin, par ses \u00e9crits, \u00e0 d\u00e9finir cette relation qui l&#8217;unit au lieu et au pr\u00e9sent, et l&#8217;espace po\u00e9tique est empli de cette qu\u00eate merveilleuse : &#8220;Je me suis r\u00eav\u00e9\/De longtemps\/A l&#8217;endroit\/ O\u00f9 je suis&#8221;.<\/p>\n<p>Aux Etats-Unis, Jim Harrison s&#8217;est d&#8217;abord fait conna\u00eetre comme po\u00e8te ; il a publi\u00e9 9 recueils. Les po\u00e8tes fran\u00e7ais l&#8217;ont influenc\u00e9, comme Rimbaud, Apollinaire, Villon, mais aussi les Am\u00e9ricains comme Whitman ou Neruda. Mais dans ses \u00e9crits, &#8220;il n&#8217;y a pas de cloison \u00e9tanche entre la po\u00e9sie et les romans&#8221;, souligne son traducteur, Brice Mathieussent dans la biographie qu&#8217;il a consacr\u00e9e \u00e0 l&#8217;auteur (Jim Harrison de A \u00e0 W, Ed. Christian Bourgois). &#8220;La meilleure po\u00e9sie est le langage que votre \u00e2me parlerait si vous pouviez apprendre \u00e0 parler \u00e0 votre \u00e2me&#8221;, souffle le po\u00e8te.<\/p>\n<p>1. Ed. Christian Bourgois<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> L&#8217;auteur de la Route du Retour (1), chantre des espaces naturels am\u00e9ricains, est avant tout po\u00e8te. Il a donn\u00e9 une voix \u00e0 l&#8217;\u00e9mouvante Dalva, au tumultueux Chien-Brun, mais il a aussi plac\u00e9 sa propre voix et tout son \u00eatre dans des po\u00e8mes aussi oniriques que v\u00e9h\u00e9ments, en hommage \u00e0 la Terre-M\u00e8re. 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