{"id":14136,"date":"2023-06-14T12:19:14","date_gmt":"2023-06-14T10:19:14","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-espagne-podemos-sitot-defait-sitot-remplace\/"},"modified":"2023-06-24T00:37:38","modified_gmt":"2023-06-23T22:37:38","slug":"article-espagne-podemos-sitot-defait-sitot-remplace","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=14136","title":{"rendered":"Espagne : Podemos, sit\u00f4t d\u00e9fait, sit\u00f4t remplac\u00e9 ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Apr\u00e8s des \u00e9lections r\u00e9gionales et municipales emport\u00e9es par la droite (et l&#8217;extr\u00eame droite), l&#8217;Espagne se pr\u00e9pare \u00e0 des l\u00e9gislatives anticip\u00e9es. Comment la gauche, socialiste et radicale, peut-elle se sortir de cette situation \u00e9pineuse ? On a caus\u00e9 avec L\u00e9o Rosell.<\/p>\n<p><em> <strong>L\u00e9o Rosell<\/strong> est doctorant en histoire et sciences politiques, et il suit l&#8217;actualit\u00e9 politique espagnole, notamment pour le m\u00e9dia Le Vent se L\u00e8ve. <\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><p style=\"text-align: center;\">* * *<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le 28 mai dernier, l&#8217;Espagne a jou\u00e9 \u00e0 se faire peur. \u00c0 l&#8217;occasion des \u00e9lections r\u00e9gionales, Murcie, les \u00eeles Bal\u00e9ares, la Rioja, la Cantabrie, la communaut\u00e9 valencienne et surtout la r\u00e9gion Aragon (bastion historique de la gauche) ont bascul\u00e9 \u00e0 droite. Dans le m\u00eame temps, lors des municipales, la droite est pass\u00e9e en t\u00eate, en pourcentage de votes \u00e0 l&#8217;\u00e9chelon national, de 22,6 \u00e0 31,5%. Les coups durs ayant \u00e9t\u00e9 port\u00e9s \u00e0 Barcelone, Valence, Saragosse ou encore S\u00e9ville. Les nostalgiques du franquisme de Vox s&#8217;installent, eux, un peu plus dans le paysage politique espagnol avec 7,2% des suffrages, faisant craindre de futures coalitions entre la droite et l&#8217;extr\u00eame droite.<\/p>\n<p>Dans la foul\u00e9e de ces \u00e9lections locales, le premier ministre socialiste Pedro Sanchez \u2013 \u00e0 la t\u00eate d&#8217;une coalition avec la gauche radicale \u2013 a annonc\u00e9 la tenue d&#8217;\u00e9lections l\u00e9gislatives anticip\u00e9es le 23 juillet prochain. Il esp\u00e8re ainsi prendre de court la droite qui esp\u00e9rait avoir encore quelques semaines suppl\u00e9mentaires pour installer sa campagne \u2013 bien qu&#8217;ils aient utilis\u00e9 ces \u00e9lections locales comme un vrai premier tour d&#8217;\u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales avec pour mot d&#8217;ordre de \u00ab mettre fin au sanchisme \u00bb&#8230;<\/p>\n<p>La droite du PP, qui ne gouverne plus depuis 2018, a le vent en poupe. Mais les conservateurs auront sans doute besoin des voix de l&#8217;extr\u00eame droite s&#8217;ils entendent retrouver le pouvoir. C\u00f4t\u00e9 gauche de l&#8217;\u00e9chiquier, Podemos, en grande difficult\u00e9 puisqu&#8217;il tombe sous la barre des 5%, est litt\u00e9ralement en train de se faire remplacer par \u00ab Sumar \u00bb, le parti de Yolanda D\u00edaz, vice-pr\u00e9sidente, ministre du Travail et figure principale de la gauche radicale espagnole. Cette derni\u00e8re vient de r\u00e9aliser une tr\u00e8s large alliance entre tous les partis de gauche, dont Podemos, ce qui ferait progresser le bloc de gauche radicale selon les sondages. <em>A contrario<\/em>, les socialistes enregistrent un retrait d&#8217;une dizaine de si\u00e8ges au Parlement. Difficile donc de dire si l&#8217;Espagne sera gouvern\u00e9e par la gauche ou la droite d&#8217;ici quelques semaines\u2026<\/p>\n<blockquote class=\"twitter-tweet\">\n<p lang=\"fr\" dir=\"ltr\">&#127466;&#127480;&#128202; Un sondage 40dB pour <a href=\"https:\/\/twitter.com\/el_pais?ref_src=twsrc%5Etfw\">@el_pais<\/a> qui confirme que si Podemos rallie Sumar, une majorit\u00e9 pour la droite n&#39;est pas acquise. <a href=\"https:\/\/t.co\/hICsk97HTW\">pic.twitter.com\/hICsk97HTW<\/a><\/p>\n<p>&mdash; mathieu gallard (@mathieugallard) <a href=\"https:\/\/twitter.com\/mathieugallard\/status\/1665693493900001281?ref_src=twsrc%5Etfw\">June 5, 2023<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p> <script async src=\"https:\/\/platform.twitter.com\/widgets.js\" charset=\"utf-8\"><\/script><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong> <em>Regards<\/em>. Comment analyses-tu les r\u00e9sultats des \u00e9lections du 28 mai et plus particuli\u00e8rement le r\u00e9sultat de Podemos ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>L\u00e9o Rosell.<\/strong> Il faut tout d\u2019abord rappeler l\u2019importance des \u00e9lections municipales et r\u00e9gionales en Espagne. La mar\u00e9e \u00e9lectorale des \u00ab villes du changement \u00bb en 2015, comme Barcelone, Madrid, Valence, Saragosse ou encore Cadix, avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la dynamique municipaliste issue de la gauche radicale et du mouvement des Indign\u00e9s. Au contraire, les derni\u00e8res \u00e9lections ont permis de mesurer le d\u00e9clin de ces formations. Alors qu\u2019elles \u00e9taient cens\u00e9es r\u00e9concilier les citoyens avec la politique, elles ont progressivement perdu l\u2019assise populaire qui leur avait permis de s\u2019imposer, en ne cessant de s\u2019\u00e9loigner des pr\u00e9occupations port\u00e9es par les cat\u00e9gories populaires. Le bilan sur des th\u00e8mes comme le logement, la gestion publique des ressources, les transports ou l\u2019alimentation \u2013 th\u00e9matiques centrales dans leur communication \u00e9lectorale \u2013 semble faible. Le rejet que ces formations suscitent aujourd\u2019hui dans de larges secteurs de la soci\u00e9t\u00e9 est \u00e0 la hauteur des esp\u00e9rances qu\u2019elles avaient suscit\u00e9 hier.<\/p>\n<p>En ce sens, Podemos a autant p\u00e2ti de sa participation gouvernementale, en \u00e9tant une cible privil\u00e9gi\u00e9e de l\u2019opposition de la droite, que des b\u00e2tons que la formation a tendu pour se faire battre. D\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9e dans l\u2019opinion publique par des scandales et pol\u00e9miques \u2013 bien souvent entretenus voire mont\u00e9s de toute pi\u00e8ce par la droite-extr\u00eame avec l\u2019appui des m\u00e9dias conservateurs \u2013, le parti a mis au c\u0153ur de son agenda politique des th\u00e8mes extr\u00eamement clivants dans la soci\u00e9t\u00e9 espagnole, et qui divisent fortement l\u2019\u00e9lectorat populaire. <a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/societe\/droits-des-femmes\/espagne-les-deputes-adoptent-la-loi-transgenre-fruit-dune-division-au-sein-de-la-gauche-et-des-feministes-20221222_LR3D3LXYLZAXHCTWUURDN7ZCLI\/?redirected=1\">La fameuse \u00ab loi transgenre \u00bb<\/a> port\u00e9e par Irene Montero, ministre \u00e0 l\u2019\u00c9galit\u00e9, a ainsi permis des progr\u00e8s dans les droits des personnes LGBTQI+, mais a offert \u00e0 l\u2019opposition un moyen de focaliser l\u2019attention m\u00e9diatique sur ces d\u00e9bats. Or, en Espagne, une partie non n\u00e9gligeable de l\u2019\u00e9lectorat traditionnel de la gauche, notamment du Parti socialiste (PSOE), reste tr\u00e8s conservatrice sur ces questions, tandis que l\u2019\u00e9lectorat de droite s\u2019est sur-mobilis\u00e9. Ces \u00e9lections ont donc rappel\u00e9 qu\u2019il persistait de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es un \u00e9lectorat tr\u00e8s r\u00e9actionnaire, de plus en plus d\u00e9complex\u00e9 depuis l\u2019\u00e9mergence de Vox sur les questions d\u2019immigration, de nationalisme espagnol anti-catalan et anti-basque, sur l\u2019anti-f\u00e9minisme et les LGBTphobies. Sans parler des combats port\u00e9s par le gouvernement pour la \u00ab m\u00e9moire d\u00e9mocratique \u00bb, qui ont excit\u00e9 les nostalgiques du franquisme.<\/p>\n<p>Ainsi, les mauvais r\u00e9sultats enregistr\u00e9s par le PSOE apparaissent encore plus directement li\u00e9s \u00e0 une sanction contre la politique nationale men\u00e9e par le gouvernement de Pedro S\u00e1nchez. Peut-\u00eatre pouss\u00e9 par son aile droite qui aspire \u00e0 un retour au bipartisme[[Alternance traditionnelle entre le PSOE et le parti de droite depuis la p\u00e9riode de la Transition, en partie rompu par l\u2019\u00e9mergence de Ciudadanos, de Podemos et de Vox ces derni\u00e8res ann\u00e9es.]], le Premier ministre n\u2019a pas tard\u00e9 \u00e0 r\u00e9agir en convoquant d\u00e8s le soir m\u00eame des \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales le 23 juillet prochain. De quoi \u00e9clipser la victoire \u00e9lectorale de la droite, mettre la pression sur la gauche radicale divis\u00e9e entre Podemos et Sumar, et se recentraliser.<\/p>\n<p>Enfin, la forte abstention au sein de secteurs favorables \u00e0 la gauche, notamment la jeunesse, a \u00e9t\u00e9 point\u00e9e du doigt par les responsables et les m\u00e9dias progressistes, sans jamais v\u00e9ritablement interroger les causes profondes de cette faible mobilisation.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Ce n\u2019est pas sur sa politique sociale que le gouvernement de gauche a \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9 par les \u00e9lecteurs \u2013 en tout cas de gauche \u2013, mais davantage sur des enjeux li\u00e9s \u00e0 la guerre culturelle. Le bilan flatteur des minist\u00e8res sociaux dirig\u00e9s par Unidas Podemos, notamment celui du Travail de Yolanda D\u00edaz, tend davantage \u00e0 justifier la strat\u00e9gie de participation initi\u00e9e par Podemos qu\u2019\u00e0 l\u2019enterrer. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><strong> <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/politique\/article\/2023\/06\/01\/la-debacle-des-socialistes-et-de-podemos-en-espagne-un-avertissement-pour-la-gauche-francaise_6175765_823448.html\"><em>Le Monde<\/em> ne m\u00e2che pas ses mots<\/a> pour commenter ces r\u00e9sultats, parlant de <em>\u00ab d\u00e9b\u00e2cle des socialistes et de Podemos \u00bb<\/em> \u2013 sans jamais mentionner Sumar&#8230; \u00c0 la France insoumise, on analyse cette d\u00e9faite de Podemos comme suit : <em>\u00ab Les r\u00e9sultats des \u00e9lections manifestent l\u2019impasse \u00e9lectorale o\u00f9 conduit la ligne de &#8220;normalisation&#8221; \u00e0 la sauce Cazeneuve lorsqu\u2019elle gagne le camp de la rupture \u00bb<\/em>, tweete le d\u00e9put\u00e9 Paul Vannier ; <em>\u00ab Il y a eu un changement de braquet sur la volont\u00e9 de rupture et de radicalit\u00e9, \u00e7a se paie \u00bb<\/em>, juge quant \u00e0 elle la d\u00e9put\u00e9e Marianne Maximi. Ainsi, Podemos serait d\u00e9fait par son renoncement \u00e0 la radicalit\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p>Il est logique et bienvenu que cet \u00e9chec interpelle la gauche fran\u00e7aise, mais encore faut-il que le constat soit pos\u00e9 justement. La politique sociale ambitieuse du gouvernement espagnol a \u00e9t\u00e9 prise en exemple \u00e0 plusieurs reprises par la Nupes lors de la s\u00e9quence sur la r\u00e9forme des retraites, pour montrer qu\u2019une autre politique \u00e9conomique et sociale \u00e9tait possible en Europe, contrairement \u00e0 ce que voulait faire croire la majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle. Or, encore une fois, ce n\u2019est pas sur sa politique sociale que le gouvernement de gauche a \u00e9t\u00e9 sanctionn\u00e9 par les \u00e9lecteurs \u2013 en tout cas de gauche \u2013, mais davantage sur des enjeux li\u00e9s \u00e0 la guerre culturelle.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, lorsque l\u2019on regarde de plus pr\u00e8s la popularit\u00e9 des personnalit\u00e9s politiques, on remarque que Pedro S\u00e1nchez et sa vice-pr\u00e9sidente et ministre du Travail, Yolanda D\u00edaz, sont pl\u00e9biscit\u00e9s dans les secteurs les plus progressistes de la population, tandis que Pedro S\u00e1nchez est en difficult\u00e9 dans les secteurs centristes souvent consid\u00e9r\u00e9s comme des pivots \u00e9lectoraux. C\u2019est sans doute le signe que la politique men\u00e9e par le gouvernement espagnol est plus appr\u00e9ci\u00e9e par la gauche de la gauche que par le centre-gauche.<\/p>\n<p>En ce sens, comparer la participation de la gauche radicale \u00e0 une \u00ab normalisation \u00e0 la sauce Cazeneuve \u00bb me semble d\u2019autant plus contradictoire que, jusqu\u2019\u00e0 preuve du contraire, la Nupes a elle-m\u00eame pour ambition \u00e0 terme de gouverner, en r\u00e9unissant l\u2019ensemble des forces de gauche sur une base de rupture. Le bilan flatteur des minist\u00e8res sociaux dirig\u00e9s par Unidas Podemos, notamment celui de Yolanda D\u00edaz, tend davantage \u00e0 justifier la strat\u00e9gie de participation initi\u00e9e par Podemos qu\u2019\u00e0 l\u2019enterrer.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Sumar devrait demeurer la force h\u00e9g\u00e9monique dans le camp du changement, avec une transversalit\u00e9 et une capacit\u00e9 de croissance bien plus fortes que Podemos. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Peut-on dire que la gauche radicale s&#8217;est mu\u00e9e chez Yolanda D\u00edaz ? Son parti, Sumar, est-il la continuit\u00e9 de Podemos ? Que penser de l&#8217;accord de Sumar d&#8217;union de la gauche ?<\/strong><\/p>\n<p>On peut en effet dire que Sumar a permis de reg\u00e9n\u00e9rer une dynamique capable de susciter un nouvel enthousiasme au sein de la gauche radicale. Issue d\u2019Izquierda unida (IU, ancien Parti communiste espagnol) et ind\u00e9pendante de l\u2019organisation de Podemos, Yolanda D\u00edaz a pu capitaliser sur son image populaire et charismatique, de m\u00eame que sur son bilan positif \u00e0 la t\u00eate du minist\u00e8re du Travail. L\u2019adh\u00e9sion rapide d\u2019autres formations de la gauche radicale plus ou moins f\u00e2ch\u00e9es avec Podemos, comme <em>M\u00e1s Pa\u00eds<\/em> d\u2019I\u00f1igo Errej\u00f3n, <em>Comprom\u00eds<\/em> ou <em>En Com\u00fa Podem<\/em> d\u2019Ada Colau, a permis \u00e0 la force d\u2019aller \u00e0 la force. Le dernier sondage publi\u00e9 dans <em>El Pais<\/em> donnait 41 si\u00e8ges \u00e0 Sumar-Podemos en cas d\u2019accord, contre 25 pour Sumar et seulement 3 pour Podemos en cas de division, avec en prime une majorit\u00e9 absolue assur\u00e9e pour la droite.<\/p>\n<p>Cet accord forc\u00e9, trouv\u00e9 <em>in extremis<\/em>, permet donc \u00e0 Podemos de sauver les meubles, dans un bras de fer qui laissera des traces. 15 places lui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9es sur les listes, dont 8 en position \u00e9ligible, si le r\u00e9sultat des \u00e9lections du 23 juillet est similaire \u00e0 celui de 2019. Parmi elles, on retrouve la secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale Ione Belarra \u00e0 Madrid ou la secr\u00e9taire \u00e0 l\u2019organisation Lilith Verstrynge \u00e0 Barcelone, mais pas la ministre \u00e0 l\u2019\u00c9galit\u00e9 Irene Montero ou le porte-parole Pablo Echenique, qui ont subi le veto de Yolanda D\u00edaz. L\u2019inconnu reste donc de savoir si Podemos s\u2019en remettra dans les prochains mois. Mais dans tous les cas, Sumar devrait demeurer la force h\u00e9g\u00e9monique dans le camp du changement, avec une transversalit\u00e9 et une capacit\u00e9 de croissance bien plus fortes.<\/p>\n<p><strong>Quel impact c\u00f4t\u00e9 socialistes ? Pedro S\u00e1nchez esp\u00e8re-t-il gouverner sans la gauche radicale et, surtout, le peut-il ?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019aile droite des socialistes esp\u00e8re pouvoir tirer profit d\u2019un retour au bipartisme en se d\u00e9barrassant du poids \u00e9lectoral et politique de la gauche radicale, ce qui aurait sans doute \u00e9t\u00e9 envisageable en l\u2019absence d\u2019accord \u00e0 gauche mais ne l\u2019est plus autant depuis que l\u2019accord a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, compte tenu du rapport de force interne \u00e0 la gauche, de la popularit\u00e9 de Pedro S\u00e1nchez plus marqu\u00e9e dans les secteurs id\u00e9ologiques ancr\u00e9s \u00e0 gauche et enfin du poids des partis r\u00e9gionalistes \u2013 qui sont autant de partenaires n\u00e9cessaires lors du vote de confiance du gouvernement \u2013, il semble compliqu\u00e9 pour Pedro S\u00e1nchez de gouverner sans la gauche radicale.<\/p>\n<p>Surtout si le r\u00e9sultat des \u00e9lections est aussi serr\u00e9 que ce que pr\u00e9disent les enqu\u00eates d\u2019opinion. \u00c0 moins de n\u00e9gocier une abstention de la droite dans le cadre d\u2019un gouvernement excluant la gauche radicale, mais la probabilit\u00e9 d\u2019un tel cas de figure est \u00e9videmment tr\u00e8s faible et serait dure \u00e0 assumer politiquement.<\/p>\n<p><strong>Enfin, que peut-on dire sur le cas d&#8217;Ada Colau, maire embl\u00e9matique de Barcelone qui vient de perdre son si\u00e8ge ?<\/strong><\/p>\n<p>Il illustre bien la difficult\u00e9 pour les plateformes municipalistes, en l\u2019occurrence Barcelona en com\u00fa, \u00e0 incarner le changement sur le temps long. Issue des mobilisations pour le droit au logement et de la mouvance des Indign\u00e9s, Ada Colau incarnait au moment de son \u00e9lection en 2015 une figure de la vie associative, une citoyenne engag\u00e9e qui allait renouveler la politique dans l\u2019int\u00e9r\u00eat du plus grand nombre. Cette image a progressivement \u00e9t\u00e9 \u00e9corn\u00e9e. Tout d\u2019abord, \u00e0 cause de politiques certes pl\u00e9biscit\u00e9es par les classes urbaines dipl\u00f4m\u00e9es, notamment la mise en place des Zones de basses \u00e9missions (ZBE) et <a href=\"https:\/\/www.equinoxmagazine.fr\/2022\/07\/20\/chaud-a-barcelone-2\/\">les travaux des <em>superilles<\/em><\/a>, mais au d\u00e9triment des classes populaires et des habitants de la banlieue barcelonaise. \u00c0 ce titre, la comparaison avec Anne Hidalgo est assez op\u00e9rante, puisque cette politique d\u2019am\u00e9nagement l\u2019a rendue extr\u00eamement clivante au sein des \u00e9lectorats populaires, qui se sentent exclus, et conservateurs.<\/p>\n<p>Un autre \u00e9pisode qui a profond\u00e9ment ab\u00eem\u00e9 l\u2019image de Colau a \u00e9t\u00e9 sa r\u00e9\u00e9lection en 2019. Alors que c\u2019est traditionnellement le candidat arriv\u00e9 en t\u00eate, en l\u2019occurrence Ernest Maragall de la Gauche r\u00e9publicaine catalane (ERC, ind\u00e9pendantistes de gauche), qui est \u00e9lu maire et doit composer une majorit\u00e9 municipale, Ada Colau, arriv\u00e9e deuxi\u00e8me, a n\u00e9goci\u00e9 avec les socialistes et Manuel Valls, candidat de Ciutadans, pour conserver son poste et emp\u00eacher que la mairie ne tombe aux mains des ind\u00e9pendantistes. Ces petits arrangements politiciens ont accru son impopularit\u00e9 dans le mouvement ind\u00e9pendantiste et ont suscit\u00e9 de vives critiques y compris dans son propre camp.<\/p>\n<p>Encore ce mardi 13 juin, pour sortir du blocage politique cr\u00e9\u00e9 par les derni\u00e8res \u00e9lections municipales, lors desquelles elle est arriv\u00e9e troisi\u00e8me apr\u00e8s Xavier Trias (Junts, ind\u00e9pendantistes de centre-droit) et le socialiste Jaume Collboni, Ada Colau a pr\u00f4n\u00e9 sur TVE des <em>\u00ab formules imaginatives \u00bb<\/em>, en proposant notamment au Parti socialiste catalan et \u00e0 ERC un accord de majorit\u00e9 tripartite \u00e0 gauche. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait de s\u2019accorder sur un pacte de gouvernement et que la fonction de maire tourne d\u2019une ann\u00e9e \u00e0 l\u2019autre entre Ernest Maragall d\u2019ERC, Jaume Collboni du PSC et elle pour les <em>comuns<\/em>. Une proposition d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e qui a essuy\u00e9 dans la foul\u00e9e un refus du PSC et qui n\u2019a jamais vraiment \u00e9t\u00e9 prise au s\u00e9rieux par ERC non plus. Autant dire que son avenir \u00e0 la mairie de Barcelone reste fort incertain\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\nPropos recueillis par <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/loic-le-clerc\"><strong>Lo\u00efc Le Clerc<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-14136 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/befunky-collage-68-d47-scaled.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/befunky-collage-68-d47-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"befunky-collage-68.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s des \u00e9lections r\u00e9gionales et municipales emport\u00e9es par la droite (et l&#8217;extr\u00eame droite), l&#8217;Espagne se pr\u00e9pare \u00e0 des l\u00e9gislatives anticip\u00e9es. Comment la gauche, socialiste et radicale, peut-elle se sortir de cette situation \u00e9pineuse ? On a caus\u00e9 avec L\u00e9o Rosell.<\/p>\n","protected":false},"author":1203,"featured_media":33299,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[293,419,483],"class_list":["post-14136","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actu","tag-entretien","tag-espagne","tag-podemos"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14136","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1203"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=14136"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14136\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/33299"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=14136"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=14136"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=14136"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}