{"id":14077,"date":"2023-04-28T13:52:41","date_gmt":"2023-04-28T11:52:41","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-tribune-retraites-2023-essayer-de-tirer-des-lecons\/"},"modified":"2023-06-24T00:36:39","modified_gmt":"2023-06-23T22:36:39","slug":"article-tribune-retraites-2023-essayer-de-tirer-des-lecons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=14077","title":{"rendered":"TRIBUNE. Retraites 2023 : essayer de tirer des le\u00e7ons"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">La France conna\u00eet un mouvement social d\u2019une ampleur consid\u00e9rable tant par sa massivit\u00e9 que par sa dur\u00e9e, le plus important depuis celui de d\u00e9cembre 1995. Pourtant, ce mouvement n\u2019a pas, pour l\u2019instant, r\u00e9ussi \u00e0 faire fl\u00e9chir le pouvoir. Cela n\u2019est d\u2019ailleurs pas la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p>Si l\u2019on prend comme point de d\u00e9part la d\u00e9cennie des ann\u00e9es 1990, un fort mouvement de la jeunesse en 1994 avait certes forc\u00e9 le Premier ministre de l\u2019\u00e9poque, \u00c9douard Balladur, \u00e0 reculer sur son projet de contrat d\u2019insertion professionnelle (CIP) et le mouvement de d\u00e9cembre 1995 en France contre le plan Jupp\u00e9 sur la S\u00e9curit\u00e9 sociale s\u2019\u00e9tait sold\u00e9 par une demi-victoire. Depuis, \u00e0 l\u2019exception de 2006 contre le Contrat de premi\u00e8re embauche (CPE), et d\u2019une mobilisation atypique, celle des gilets jaunes en 2019, toutes les luttes contre un projet gouvernemental se sont sold\u00e9es par des \u00e9checs, que ce soit contre les r\u00e9formes des retraites \u2013 particuli\u00e8rement celles de 2003 et de 2010 \u2013 ou contre la loi Travail en 2016.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/actu\/article\/100-jours-de-zbeul-un-intervilles-des-casserolades-pour-contrer-l-apaisement\">\u00ab 100 jours de zbeul \u00bb : un Intervilles des casserolades pour contrer l\u2019apaisement macronien<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces luttes ont vu pourtant un degr\u00e9 de massivit\u00e9 extr\u00eamement fort avec un mouvement qui a irrigu\u00e9 tout le tissu social mais, surtout, qui gagnait aussi en profondeur. En effet, plus les villes \u00e9taient petites et plus, proportionnellement, les manifestations \u00e9taient importantes. Dans ces conditions, l\u2019impossibilit\u00e9 du mouvement social \u00e0 acqu\u00e9rir par sa dynamique propre une victoire interroge d\u2019abord sur la strat\u00e9gie \u00e0 employer face \u00e0 un pouvoir qui ne veut rien l\u00e2cher, ensuite sur le rapport du mouvement social au politique dans la perspective d\u2019une alternative politique.<\/p>\n<h2>De l\u2019unit\u00e9 syndicale et de ses limites<\/h2>\n<p>Le mouvement de 2023 a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par une unit\u00e9 syndicale sans faille qui a \u00e9t\u00e9 un moteur majeur de l\u2019isolement du gouvernement et du caract\u00e8re massif de la mobilisation ayant permis de mettre des millions de personnes dans la rue. Il en avait \u00e9t\u00e9 de m\u00eame, \u00e0 une \u00e9chelle un peu moins importante, en 2010 o\u00f9 une intersyndicale, avec la CFDT, avait pilot\u00e9 la mobilisation. Cependant, en 2010, le degr\u00e9 d\u2019affrontement port\u00e9 par l\u2019intersyndicale \u00e9tait moindre qu\u2019en 2023. Ainsi en 2010, la majorit\u00e9 de l\u2019intersyndicale avait refus\u00e9 le mot d\u2019ordre de retrait de la r\u00e9forme, partageait l\u2019id\u00e9e qu\u2019un affrontement avec le gouvernement pouvait \u00eatre \u00e9vit\u00e9 et n\u2019avait jamais appel\u00e9 \u00e0 \u00ab mettre le pays \u00e0 l\u2019arr\u00eat \u00bb. En 2023, au contraire, le mot d\u2019ordre de retrait a \u00e9t\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part celui de l\u2019intersyndicale qui savait, toutes composantes r\u00e9unies, qu\u2019elle \u00e9tait engag\u00e9e dans un bras de fer avec le pouvoir.<\/p>\n<p>Le caract\u00e8re r\u00e9p\u00e9titif des \u00ab journ\u00e9es de gr\u00e8ves et de manifestations \u00bb a permis de faire la d\u00e9monstration de la capacit\u00e9 de mobilisation de l\u2019intersyndicale, ce qui \u00e9tait le pr\u00e9alable pour asseoir la l\u00e9gitimit\u00e9 du refus de la r\u00e9forme. Cela n\u2019a pas suffit \u00e0 faire c\u00e9der le gouvernement. D\u2019o\u00f9 l\u2019appel <em>\u00ab \u00e0 mettre le pays \u00e0 l\u2019arr\u00eat \u00bb<\/em> le 7 mars, qui a marqu\u00e9 la volont\u00e9 de franchir un pas suppl\u00e9mentaire dans l\u2019affrontement. Mais \u00e9videmment, un tel appel comportait un risque, celui de ne pas \u00eatre suivi d\u2019effet. De ce point de vue, il faut bien dire que le bilan du 7 mars a \u00e9t\u00e9 en demi-teinte : les manifestations ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s massives \u2013 les plus massives depuis le d\u00e9but du mouvement d\u2019apr\u00e8s m\u00eame le comptage policier \u2013 mais le blocage du pays a \u00e9t\u00e9 limit\u00e9. <\/p>\n<p>La mise \u00e0 l\u2019arr\u00eat n\u2019a \u00e9t\u00e9 que partielle m\u00eame si des secteurs significatifs ont \u00e9t\u00e9 en gr\u00e8ve et l\u2019ont reconduite quelques jours par la suite. La journ\u00e9e du 7 mars n\u2019a donc pas permis de franchir le saut qualitatif n\u00e9cessaire dans la construction du rapport de force avec le pouvoir. Pire, elle a montr\u00e9 que l\u2019intersyndicale \u00e9tait incapable de bloquer le pays, m\u00eame un seul jour. Or, \u00e0 la suite du 7 mars, l\u2019intersyndicale n\u2019a pu que reproduire une suite de journ\u00e9es de mobilisation plus ou moins massives suivant le moment, alors m\u00eame qu\u2019il \u00e9tait de plus en plus \u00e9vident que le pouvoir ne l\u00e2cherait rien et avait pour objectif d\u2019infliger une d\u00e9faite en rase campagne au mouvement social.<\/p>\n<h2>Le mythe de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale reconductible<\/h2>\n<p>Que ce soit en 2010, en 2016 contre la loi Travail ou en 2023, il y a eu des gr\u00e8ves reconductibles dans certains secteurs, beaucoup plus d\u2019ailleurs en 2010 qu\u2019en 2023. Elles ont eu lieu dans des entreprises se caract\u00e9risant par une pr\u00e9sence syndicale forte. Mais les secteurs en gr\u00e8ve reconductible n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 rejoints par les autres salari\u00e9s. Il n\u2019y a eu aucune extension de la gr\u00e8ve reconductible. Les gr\u00e8ves ne se sont donc pas g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es alors m\u00eame que le pouvoir campait sur ses positions, jouait sur le pourrissement du mouvement et que les journ\u00e9es \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019intersyndicale montraient leurs limites. De plus, les enqu\u00eates d\u2019opinion indiquent que si une tr\u00e8s large majorit\u00e9 \u00e9tait oppos\u00e9e au projet du gouvernement et soutenait les mobilisations, une large majorit\u00e9 pensait aussi dans le m\u00eame temps que la r\u00e9forme serait appliqu\u00e9e. Ce paradoxe explique peut-\u00eatre que les salari\u00e9s, ne croyant pas \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019un succ\u00e8s, ne se sont pas lanc\u00e9s dans une gr\u00e8ve qui leur paraissait inutile et co\u00fbteuse. La hauteur des enjeux a pu \u00eatre un frein.<\/p>\n<blockquote><p>Une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale reconductible se d\u00e9ploie par capillarit\u00e9 \u00e0 partir des secteurs les plus mobilis\u00e9s qui d\u00e9cident localement de se lancer. Les militants syndicaux peuvent la proposer. Les organisations syndicales au niveau national peuvent relayer le mouvement de mani\u00e8re \u00e0 l\u2019amplifier. Mais elles n\u2019en sont pas \u00e0 l\u2019origine.<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans cette situation, une s\u00e9rie de critiques ont \u00e9t\u00e9 faites \u00e0 l\u2019intersyndicale. Elle aurait \u00e9t\u00e9 coupable de ne pas avoir lanc\u00e9 <em>\u00ab d\u2019appel clair et net \u00e0 une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale reconductible \u00bb<\/em> et, pire, de n\u2019avoir ni pr\u00e9par\u00e9 ni construit en amont une telle possibilit\u00e9. Or, toute l\u2019exp\u00e9rience historique en France montre justement qu\u2019une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale reconductible n\u2019est pas le fruit d\u2019un long travail de maturation. Que ce soit juin 1936 ou mai 1968, non seulement aucune organisation n\u2019avait anticip\u00e9 ces mouvements, mais aucune n\u2019a appel\u00e9 \u00e0 la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale reconductible. Les conditions de d\u00e9clenchement d\u2019un tel mouvement sont en fait assez myst\u00e9rieuses. On peut simplement apr\u00e8s coup l\u2019expliquer ou indiquer que les \u00ab conditions objectives \u00bb \u00e9taient r\u00e9unies pour qu\u2019elle ait lieu. En fait, on constate qu\u2019une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale reconductible se d\u00e9ploie par capillarit\u00e9 \u00e0 partir des secteurs les plus mobilis\u00e9s qui d\u00e9cident localement de se lancer. Les militants syndicaux peuvent la proposer. Les organisations syndicales au niveau national peuvent relayer le mouvement de mani\u00e8re \u00e0 l\u2019amplifier. Mais elles n\u2019en sont pas \u00e0 l\u2019origine. Croire qu\u2019il suffit d\u2019un appel \u00ab clair et net \u00bb pour la lancer est d\u2019autant plus chim\u00e9rique qu\u2019il y a h\u00e9las bien longtemps que le mouvement syndical a perdu l\u2019implantation n\u00e9cessaire dans les entreprises pour qu\u2019un tel mot d\u2019ordre ait la moindre chance d\u2019\u00eatre suivi d\u2019effet, alors m\u00eame que l\u2019\u00e9clatement du salariat et la disparition des grosses concentrations ouvri\u00e8res jouent \u00e0 plein.<\/p>\n<p>George Sorel d\u00e9finissait la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale comme un mythe, mais un mythe mobilisateur. Les mythes, disait-il dans <em>R\u00e9flexions sur la violence<\/em>, <em>\u00ab ne sont pas des descriptions des choses, mais des expressions de volont\u00e9 \u00bb<\/em>. Peu importait pour lui qu\u2019une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale ait lieu ou pas, cette id\u00e9e, implant\u00e9e dans la classe ouvri\u00e8re, devait avoir un effet galvanisant. Outre qu\u2019h\u00e9las cette vision est rest\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque largement lettre morte, force est aujourd\u2019hui de constater que, loin d\u2019\u00eatre un moteur de l\u2019action, l\u2019id\u00e9e de gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale reconductible reste non seulement tr\u00e8s largement la rh\u00e9torique d\u2019une minorit\u00e9, mais est un obstacle \u00e0 une r\u00e9flexion de fond sur les formes d\u2019action. Comme <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/club\/blog\/philippe-corcuff\/231210\/greve-generale-et-guerilla-sociale-suites-mouvement-retraites\">l\u2019indiquait d\u00e9j\u00e0 en 2010 Philippe Corcuff<\/a>, <em>\u00ab dans certains usages dogmatiques, la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale peut toutefois se transformer en mythologie morte bloquant l&#8217;imagination et l&#8217;action, si on n&#8217;envisage pas d&#8217;autres moyens de g\u00e9n\u00e9ralisation que le &#8220;tous ensemble en gr\u00e8ve au m\u00eame moment&#8221; [\u2026] la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un outil pour nous aider dans l&#8217;action, mais pas comme un dogme susceptible d&#8217;entretenir la d\u00e9ception, ou comme une identit\u00e9 vaguement rebelle qu&#8217;on trimbale dans les manifs pour se la jouer \u00bb<\/em>. <\/p>\n<p>Il faut donc s\u2019interroger en permanence sur le recours au th\u00e8me de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale reconductible qui peut effectivement se transformer en rh\u00e9torique creuse. Si la seule solution pour gagner est une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale reconductible que l\u2019on est incapable d\u2019organiser, que faire donc une fois ce mirage dissip\u00e9 ? Sommes-nous condamn\u00e9s \u00e0 choisir entre la r\u00e9p\u00e9tition de journ\u00e9es de mobilisations qui, m\u00eame tr\u00e8s massives, ne font pas reculer le pouvoir et l\u2019attente quasi messianique d\u2019une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale qui, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, appara\u00eet de plus en plus incertaine ? S\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019abandonner cette perspective, en faire l\u2019alpha et l\u2019om\u00e9ga de la strat\u00e9gie syndicale ne peut mener qu\u2019\u00e0 une impasse.<\/p>\n<h2>Relancer le d\u00e9bat strat\u00e9gique<\/h2>\n<p>Le mouvement syndical a montr\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait encore capable de mobiliser des millions de personnes et d\u2019avoir le soutien de l\u2019opinion. C\u2019est un acquis consid\u00e9rable mais fragile car expos\u00e9 au r\u00e9sultat concret des mobilisations. Comment sortir de l\u2019impuissance ? Il faut tout d\u2019abord reconna\u00eetre qu\u2019il y a un probl\u00e8me et engager le d\u00e9bat publiquement avec les \u00e9quipes syndicales et plus largement avec les salari\u00e9s et la population. L\u2019intersyndicale, ou \u00e0 d\u00e9faut certaines de ses composantes, pourrait en prendre l\u2019initiative, ce qui permettrait aux organisations syndicales de combattre un possible abattement et surtout de pr\u00e9parer les combats futurs en essayant de faire participer les salari\u00e9s \u00e0 la d\u00e9termination des formes de leur mobilisation. Il s\u2019agirait aussi, face \u00e0 la strat\u00e9gie de la tension mise en \u0153uvre par le pouvoir, de marginaliser les tentations de r\u00e9pondre au coup par coup sur le m\u00eame terrain que la violence du pouvoir. Comme <a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/etienne-balibar\/blog\/160423\/un-tournant-dans-le-mouvement\">l\u2019\u00e9crit \u00c9tienne Balibar<\/a> : <em>\u00ab Une gu\u00e9rilla urbaine ou campagnarde ne fera que donner des pr\u00e9textes \u00e0 la violence d\u2019\u00c9tat \u2013 une violence incomparablement sup\u00e9rieure et qui se d\u00e9cha\u00eene, comme dit l\u2019autre, &#8220;quoi qu\u2019il en co\u00fbte&#8221; et ne s\u2019embarrasse d\u2019aucun scrupule. La contre-violence est vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec et conduit droit dans le pi\u00e8ge du pouvoir \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec du mouvement sur les retraites de 2010, un d\u00e9bat sur les formes de lutte s\u2019\u00e9tait esquiss\u00e9. Ainsi Pierre Dardot et Christian Laval, dans <em>Le retour de la guerre sociale<\/em>, \u00e9crivaient : <em>\u00ab Ce qui fait de plus en plus son chemin, c\u2019est l\u2019id\u00e9e que l\u2019on peut parvenir \u00e0 tout bloquer <\/em>sans<em> avoir \u00e0 d\u00e9clencher une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale \u00bb<\/em>[[Pierre Dardot et Christian Laval, <em>Le retour de la guerre sociale<\/em>, in <em>Tous dans la rue<\/em>, Seuil, janvier 2011. Dans la citation, le mot en italique est le fait des auteurs.]]. Le capitalisme contemporain est organis\u00e9 suivant une logique de flux que permet le libre-\u00e9change avec la libert\u00e9 de circulation des marchandises. Pour des raisons li\u00e9es \u00e0 la rentabilit\u00e9 du capital, les stocks sont tr\u00e8s faibles, voire inexistants. Emp\u00eacher la circulation des marchandises permettrait de bloquer le syst\u00e8me. Les actions de blocage deviendraient la forme la plus efficace de la lutte des classes. <em>\u00ab Pourquoi en effet perdre des jours en pure perte \u00bb<\/em> en faisant gr\u00e8ve ?[[Pierre Dardot et Christian Laval, <em>ibid<\/em>.]]<\/p>\n<p>L\u2019analyse para\u00eet s\u00e9duisante. Elle p\u00eache cependant par plusieurs aspects. La question qui se pose est de savoir qui bloque. Le blocage du pays \u00e9tait auparavant le r\u00e9sultat de la gr\u00e8ve, non seulement parce qu\u2019elle touchait des secteurs strat\u00e9giques, comme par exemple les cheminots, mais surtout parce que plus la gr\u00e8ve s\u2019\u00e9tendait, plus l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique d\u00e9clinait jusqu\u2019\u00e0 la paralysie. Celle-ci relevait de l\u2019engagement massif des salari\u00e9.es. Le sch\u00e9ma propos\u00e9 ici est tout autre. Si les gens sont au travail, les actions de blocage des n\u0153uds strat\u00e9giques ne peuvent concerner qu\u2019une frange militante r\u00e9duite. Si techniquement, il est toujours possible de bloquer tel ou tel point sensible \u00e0 quelques centaines de personnes, l\u2019escalade dans l\u2019affrontement ne peut reposer sur une petite minorit\u00e9 qui bloque alors m\u00eame que la grande masse de la population, m\u00eame si elle sympathise avec ces actions, a une attitude de spectateur. De plus, si la situation devient critique, le pouvoir peut tout \u00e0 fait employer les moyens qu\u2019il a \u00e0 sa disposition pour d\u00e9bloquer la situation.<\/p>\n<p>Romaric Godin, <a href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/economie-et-social\/130423\/retraites-face-un-pouvoir-radicalise-les-syndicats-ont-besoin-d-une-nouvelle-strategie\">dans un article r\u00e9cent de Mediapart<\/a>, propose une autre strat\u00e9gie, organiser <em>\u00ab un travail plus long et plus syst\u00e9matique sur la soci\u00e9t\u00e9 pour organiser une forme de d\u00e9stabilisation permanente du syst\u00e8me productif. L\u2019id\u00e9e est en effet de permettre l\u2019organisation d\u2019un mouvement de grande ampleur fond\u00e9 non pas sur un &#8220;grand moment&#8221; mais, au contraire, sur une myriade d\u2019actions d\u00e9termin\u00e9es et successives dans les entreprises, venant perturber la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique et cherchant \u00e0 imposer en permanence un ordre du jour politique \u00bb<\/em>. Il s\u2019agirait donc d\u2019organiser une gu\u00e9rilla \u00e9conomique, une <em>\u00ab agitation \u00e9conomique permanente, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que ce qui fonde le syst\u00e8me productif, c\u2019est avant tout la stabilit\u00e9, la pr\u00e9visibilit\u00e9 et la confiance dans l\u2019avenir. En frappant ici, on touche l\u2019\u00e9conomie en profondeur \u00bb<\/em>. <\/p>\n<p>L\u00e0 aussi la perspective est s\u00e9duisante mais demande \u00e0 \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9e. Quelles formes concr\u00e8tes prendrait cette <em>\u00ab d\u00e9stabilisation permanente du syst\u00e8me productif \u00bb<\/em> : des gr\u00e8ves perl\u00e9es, o\u00f9 les salari\u00e9s travaillent de fa\u00e7on volontairement ralentie, des gr\u00e8ves du z\u00e8le qui d\u00e9sorganisent la production, des d\u00e9brayages ponctuels sans pr\u00e9avis ? Dans tous les cas, cela suppose un fort degr\u00e9 d\u2019engagement \u00e0 la fois individuel et collectif. Tiendra-t-il dans la dur\u00e9e face \u00e0 une r\u00e9pression patronale qui ne manquera pas de se faire sentir et si la pr\u00e9sence syndicale est faible, voire absente ? Mais surtout, m\u00eame si <em>\u00ab les syndicats ont sans doute un r\u00f4le \u00e0 jouer dans la coordination et l\u2019entretien du mouvement \u00bb<\/em>, le risque est grand que chacune et chacun se retrouvent isol\u00e9s dans son entreprise. Certes des assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales interprofessionnelles locales peuvent r\u00e9duire ce risque, mais elles ne le suppriment pas avec le spectre de l\u2019\u00e9tiolement du mouvement comme horizon.<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience des gilets jaunes, avec l\u2019occupation des ronds-points, le \u00ab mouvement des places \u00bb qui a vu le jour il y a quelques ann\u00e9es dans nombre de pays et l\u2019obsession du gouvernement contre les ZAD peuvent inspirer une autre solution. Il aurait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 possible de tenter des occupations massives de places publiques organis\u00e9es par tout ou partie de l\u2019intersyndicale ce qui aurait chang\u00e9 notablement la nature de l\u2019affrontement. Combin\u00e9e avec les manifestations r\u00e9guli\u00e8res massives, des gr\u00e8ves dans certains secteurs strat\u00e9giques, comme les transports, les raffineries ou les \u00e9boueurs, elle auraient permis de durcir le mouvement, de franchir ainsi un saut qualitatif dans la mobilisation et peut-\u00eatre de reposer dans des termes nouveaux la question de la g\u00e9n\u00e9ralisation de la gr\u00e8ve. \u00c9videmment cela sortait de la strat\u00e9gie habituelle du mouvement syndical et aurait n\u00e9cessit\u00e9 une prise de risque certaine, le pouvoir n\u2019allant pas laisser faire cela sans r\u00e9agir.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, m\u00eame si l\u2019on voit bien qu\u2019il n\u2019y a pas de solution miracle, il est clair qu\u2019il y a une n\u00e9cessit\u00e9 absolue de discuter des formes d\u2019action sous peine de reproduire mouvement social apr\u00e8s mouvement social l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 faire c\u00e9der le pouvoir.<\/p>\n<h2>Du nouveau sous le soleil syndical ?<\/h2>\n<p>Une telle perspective pose \u00e9videmment la question de l\u2019intersyndicale et de son fonctionnement. Son unit\u00e9, avec l\u2019implication de la CFDT, a \u00e9t\u00e9 un facteur d\u00e9cisif de l\u2019isolement du pouvoir et du caract\u00e8re massif de la mobilisation. Cependant il serait illusoire de penser que les divergences entre organisations syndicales auraient, comme par miracle, disparu. L\u2019engagement sans faille de la CFDT dans la lutte contre le projet du gouvernement repose, au-del\u00e0 m\u00eame de la question des retraites, sur le refus du pouvoir macroniste d\u2019accorder au syndicalisme la place que la CFDT revendique, celle d\u2019un interlocuteur privil\u00e9gi\u00e9 avec lequel le pouvoir et le patronat n\u00e9gocient. La CFDT d\u00e9fend un syndicalisme d\u2019accompagnement qui, face aux projets de transformation n\u00e9olib\u00e9rale du monde du travail et de la soci\u00e9t\u00e9, a choisi de les n\u00e9gocier, esp\u00e9rant ainsi les amender. Ainsi par exemple, la CFDT a soutenu, <em>in fine<\/em>, la loi El Khomry en 2016, se f\u00e9licitant de l\u2019avoir am\u00e9lior\u00e9e, alors m\u00eame que cette loi constitue une r\u00e9gression majeure des droits des salari\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette orientation suppose que le gouvernement l\u2019accepte comme un partenaire au niveau national et soit capable de lui faire quelques concessions. Or la volont\u00e9 d\u2019E. Macron est de cantonner les organisations syndicales au cadre des relations professionnelles dans l\u2019entreprise ou au mieux dans la branche, ce qui est pour la CFDT inacceptable car lui faisant perdre son r\u00f4le interprofessionnel. La CFDT s\u2019\u00e9tait ainsi inscrite dans le projet de r\u00e9forme des retraites de 2019, instaurant une retraite par points, pensant pouvoir l\u2019infl\u00e9chir sur certains aspects, notamment sur les crit\u00e8res de p\u00e9nibilit\u00e9 et en lui faisant retirer l\u2019instauration d\u2019un \u00e2ge pivot \u00e0 64 ans. Or elle avait \u00e9chou\u00e9 devant l\u2019intransigeance du gouvernement. Elle avait subi le m\u00eame \u00e9chec au moment de la loi sur l\u2019assurance-ch\u00f4mage. Dans le projet macroniste, il n\u2019y a pas de place pour le syndicalisme, ni m\u00eame pour un syndicalisme d\u2019accompagnement et donc pour la CFDT. <\/p>\n<p>C\u2019est dans cette optique qu\u2019il faut comprendre l\u2019engagement de la CFDT dans le refus de la r\u00e9forme des retraites de 2023. Au-del\u00e0 donc de la question des retraites, l\u2019enjeu pour la CFDT \u00e9tait de ne pas se laisser marginaliser par le pouvoir macroniste avec l\u2019ambition de redevenir l\u2019interlocuteur incontournable du pouvoir. De ce point de vue, le mouvement actuel, quelle que soit son issue, peut lui \u00eatre profitable. L\u2019affaiblissement notable du pouvoir macroniste, son isolement politique le forcent \u00e0 retisser des liens avec le mouvement syndical pour l\u2019associer aux \u00ab r\u00e9formes \u00bb. La CFDT a donc aujourd\u2019hui une opportunit\u00e9 de revenir dans son jeu traditionnel\u2026 apr\u00e8s \u00ab un d\u00e9lai de d\u00e9cence \u00bb selon les mots m\u00eames de Laurent Berger.<\/p>\n<p>De fait, c\u2019est la CFDT qui a dirig\u00e9 l\u2019intersyndicale. Au nom de l\u2019unit\u00e9 n\u00e9cessaire, ce leadership a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9 par tous, y compris par la CGT, ce qui explique au moins en partie les d\u00e9convenues de la direction sortante de la CGT lors de son congr\u00e8s. Or, la strat\u00e9gie mise en \u0153uvre, pour efficace qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 au d\u00e9part, a atteint aujourd\u2019hui ses limites. Aurait-il \u00e9t\u00e9 possible d\u2019en changer sans casser l\u2019intersyndicale et provoquer le d\u00e9part de la CFDT, perspective que le pouvoir attendait depuis le d\u00e9but ? Il est \u00e9videmment toujours tr\u00e8s d\u00e9licat de faire de l\u2019histoire contrefactuelle. On peut simplement noter qu\u2019un retrait de la CFDT de l\u2019intersyndicale aurait \u00e9t\u00e9 pay\u00e9 au prix fort par cette derni\u00e8re puisqu\u2019il se serait effectu\u00e9 sans la moindre concession du pouvoir. En fait, \u00e0 partir du moment o\u00f9 la CFDT avait fait du retrait de la mesure d\u2019\u00e2ge le point central de l\u2019affrontement, il lui \u00e9tait impossible de se d\u00e9gager du cadre unitaire sans avoir obtenu une quelconque avanc\u00e9e sur ce point, avanc\u00e9e que le pouvoir lui refusait. D\u2019o\u00f9 d\u2019ailleurs ses tentatives un peu d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es de jouer sur le vocabulaire en demandant que l\u2019on <em>\u00ab mette sur pause la r\u00e9forme\u2005des retraites \u00bb<\/em>, esp\u00e9rant ainsi amadouer Emmanuel Macron qui n\u2019entendait c\u00e9der sur rien. Dans une telle situation, et m\u00eame en cas de refus de la CFDT, une partie de l\u2019intersyndicale \u2013 la CGT, la FSU et Solidaires \u2013 aurait pu prendre l\u2019initiative de proposer des formes d\u2019action compl\u00e9mentaires des journ\u00e9es de manifestations sans rompre avec le cadre unitaire. Cela aurait suppos\u00e9 une r\u00e9flexion en amont sur les formes de lutte et un approfondissement des liens entre ces trois organisations pour remettre en cause le leadership de la CFDT. Cela ne s\u2019est pas fait.<\/p>\n<blockquote><p>Les divergences sur la tactique parlementaire entre LFI et l\u2019intersyndicale en ont rajout\u00e9 dans l\u2019incompr\u00e9hension r\u00e9ciproque. Pourtant, ce qui est aujourd\u2019hui pos\u00e9 est la question de l\u2019alternative politique alors m\u00eame que le pouvoir macroniste se durcit jour apr\u00e8s jour et que l\u2019extr\u00eame droite croit son heure arriv\u00e9e.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Le rapport au politique<\/h2>\n<p>Les rapports entre partis politiques et syndicats sont marqu\u00e9s par une m\u00e9fiance r\u00e9ciproque. Sans refaire ici <a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/pierre-khalfa\/blog\/280922\/partis-politiques-et-mouvements-sociaux-des-rapports-redefinir\">l\u2019historique complexe de ces relations<\/a>, il faut noter que le pass\u00e9 r\u00e9cent n\u2019a pas permis de les am\u00e9liorer alors m\u00eame que la cr\u00e9ation de la Nupes, instaurant un cadre unitaire de la gauche et de l\u2019\u00e9cologie politique, aurait d\u00fb, <em>a priori<\/em>, \u00eatre favorable \u00e0 une relation plus apais\u00e9e. Cela s\u2019explique assez facilement dans le cas de la CFDT qui a toujours \u00e9t\u00e9 hostile \u00e0 une gauche de rupture et n\u2019a pas manqu\u00e9 toutes les occasions possibles de critiquer LFI. Cela s\u2019explique aussi dans le cas de FO professant une ind\u00e9pendance sourcilleuse qui n\u2019emp\u00eache pas les contacts discrets et les petits arrangements, y compris avec la droite. Cela est plus \u00e9tonnant dans le cas de la CGT, de la FSU et de Solidaires.<\/p>\n<p>On aurait pu m\u00eame penser que les choses allaient bouger quand, \u00e0 la fin juillet 2022, s\u2019\u00e9tait mis en place un collectif regroupant les forces politiques de la Nupes, un certain nombre d\u2019associations, la FSU et Solidaires, rejoints \u00e0 la rentr\u00e9e par la CGT. L\u2019objectif de ce collectif \u00e9tait de voir s\u2019il \u00e9tait possible d\u2019organiser des initiatives communes contre la politique du gouvernement. Or, malgr\u00e9 un d\u00e9but prometteur marqu\u00e9 par la bonne volont\u00e9 des uns et des autres, l\u2019\u00e9chec a \u00e9t\u00e9 patent. C\u00f4t\u00e9 organisations syndicales, la m\u00e9fiance traditionnelle envers les partis politiques a d\u2019autant plus vite repris le dessus qu\u2019elles \u00e9taient engag\u00e9es dans la recherche d\u2019une unit\u00e9 intersyndicale. Elles pensaient qu\u2019il ne fallait rien faire qui puisse la mettre en danger, notamment dans les rapports avec la CFDT. C\u00f4t\u00e9 partis politiques, la volont\u00e9 de LFI de tenir \u00e0 tout prix une marche nationale le 21 janvier, pr\u00e9sent\u00e9e au d\u00e9part comme la premi\u00e8re riposte face \u00e0 la r\u00e9forme des retraites, ce que les organisations syndicales consid\u00e9raient comme une concurrence avec leurs propres mobilisations, a emp\u00each\u00e9 la tenue d\u2019une autre initiative qui aurait pu avoir l\u2019aval des organisations syndicales et des associations. Les \u00ab amabilit\u00e9s \u00bb \u00e9chang\u00e9es entre la direction de la CGT et les responsables de LFI ont d\u00e9finitivement plomb\u00e9 cette tentative de rapprochement.<\/p>\n<p>Par la suite, les divergences sur la tactique parlementaire entre LFI et l\u2019intersyndicale en ont rajout\u00e9 dans l\u2019incompr\u00e9hension r\u00e9ciproque. Malgr\u00e9 le fait que toutes les forces politiques de la Nupee se sont align\u00e9es sur les initiatives de mobilisation de l\u2019intersyndicale, ce mouvement social n\u2019a pas resserr\u00e9 les liens entre le mouvement syndical et les forces politiques de la gauche et de l\u2019\u00e9cologie politique. Pourtant, ce qui est aujourd\u2019hui pos\u00e9 est la question de l\u2019alternative politique alors m\u00eame que le pouvoir macroniste se durcit jour apr\u00e8s jour et que l\u2019extr\u00eame droite croit son heure arriv\u00e9e. Le mouvement syndical ne peut se d\u00e9sint\u00e9resser de cette question et revenir au <em>business as usual<\/em>. L\u2019urgence de la situation implique de red\u00e9finir les rapports entre le mouvement syndical, et plus largement les mouvements sociaux et les partis politiques.<\/p>\n<p>Cette red\u00e9finition ne peut se faire que si se mettent en place des rapports d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre partis et mouvements. Trop souvent encore des partis politiques essaient d\u2019instrumentaliser les mouvements sociaux en fonction de leurs objectifs, que ce soit au moment d\u2019une bataille parlementaire ou pour valoriser leur existence. Les mouvements sociaux ne peuvent \u00eatre les suppl\u00e9tifs d\u2019aucun parti quel qu\u2019il soit. Cependant, le refus de s\u2019engager politiquement d\u00e9sarme les classes populaires alors m\u00eame que la question de la construction d\u2019une alternative politique est une question majeure. Il ne s\u2019agit pas, comme on peut l\u2019entendre quelquefois, de <em>\u00ab donner un d\u00e9bouch\u00e9 politique aux luttes \u00bb<\/em> \u2013 ce qui supposerait que ces derni\u00e8res et la perspective politique soient ext\u00e9rieures l\u2019une \u00e0 l\u2019autre \u2013, mais de comprendre que l\u2019existence d\u2019une alternative politique cr\u00e9dible est une des conditions pour que l\u2019esp\u00e9rance en une soci\u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente infuse les mobilisations sociales en renfor\u00e7ant ainsi la port\u00e9e. Partis et mouvements sociaux doivent s\u2019appuyer les uns sur les autres dans une dynamique politique globale d\u00e9finie ensemble. <\/p>\n<p>Mais les partis politiques doivent aussi comprendre que la construction d\u2019une alternative politique exige de d\u00e9passer le strict terrain \u00e9lectoral pour s\u2019appuyer sur les mobilisations sociales et citoyennes. Car ces derni\u00e8res sont indispensables pour permettre que se cr\u00e9e la dynamique politique n\u00e9cessaire au combat \u00e9lectoral et pour lever au moins en partie les obstacles qui ne manqueront pas de se dresser devant la volont\u00e9 transformatrice d\u2019un gouvernement de gauche et de l\u2019\u00e9cologie politique. L\u2019engagement des forces du mouvement social dans\/au c\u00f4t\u00e9 de la Nupes, engagement dont il faut trouver les formes concr\u00e8tes, peut permettre de cr\u00e9er un front politico-social enracin\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9, porteur d\u2019une alternative globale, face \u00e0 un n\u00e9olib\u00e9ralisme qui ne renonce \u00e0 rien et \u00e0 une extr\u00eame droite en expansion pouvant arriver au pouvoir. Pr\u00f4n\u00e9e d\u00e9j\u00e0 par un certain nombre de responsables associatifs, la cr\u00e9ation d\u2019un tel front politico-social ne r\u00e9sout \u00e9videmment pas d\u2019embl\u00e9e tous les probl\u00e8mes, et ils sont nombreux, qui font obstacle \u00e0 la victoire d\u2019un projet de transformation sociale, \u00e9cologique et d\u00e9mocratique. C\u2019est cependant une des conditions pour les r\u00e9soudre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/pierre-khalfa\"><strong>Pierre Khalfa<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-14077 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/befunky-collage_2_-45-705-scaled.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/befunky-collage_2_-45-705-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"befunky-collage_2_-45.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La France conna\u00eet un mouvement social d\u2019une ampleur consid\u00e9rable tant par sa massivit\u00e9 que par sa dur\u00e9e, le plus important depuis celui de d\u00e9cembre 1995. Pourtant, ce mouvement n\u2019a pas, pour l\u2019instant, r\u00e9ussi \u00e0 faire fl\u00e9chir le pouvoir. Cela n\u2019est d\u2019ailleurs pas la premi\u00e8re fois.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":33147,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[278],"tags":[295,308,315],"class_list":["post-14077","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-tribunes","tag-nupes","tag-retraite","tag-syndicats"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14077","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=14077"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14077\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/33147"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=14077"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=14077"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=14077"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}