{"id":14056,"date":"2023-04-21T12:24:41","date_gmt":"2023-04-21T10:24:41","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-tribune-recit-de-mes-60-heures-de-privation-de-liberte\/"},"modified":"2023-04-21T12:24:41","modified_gmt":"2023-04-21T10:24:41","slug":"article-tribune-recit-de-mes-60-heures-de-privation-de-liberte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=14056","title":{"rendered":"TRIBUNE. R\u00e9cit de mes 60 heures de privation de libert\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Aniss, 23 ans, \u00e9tudiant, livre pour <em>Regards<\/em> le t\u00e9moignage de son arrestation arbitraire et de la justice politique qu&#8217;il a d\u00e9couverte. Ou quand manifester pour des id\u00e9es devient un d\u00e9lit.<\/p>\n<p>Samedi 15 avril 2023, \u00e0 00h10, alors que je quitte une manifestation spontan\u00e9e contre la r\u00e9forme des retraites au niveau du Pont-Neuf, \u00e0 la recherche d\u2019un V\u00e9lib&#8217;, je m\u2019aper\u00e7ois qu\u2019un camion de CRS me suit depuis maintenant quelques m\u00e8tres, avant que ses occupants ne descendent pour me prendre en chasse. Quelques instants plus tard, me voil\u00e0 plaqu\u00e9 et menott\u00e9 au sol par plusieurs agents de police, avant d&#8217;\u00eatre transf\u00e9r\u00e9 vers le commissariat du 17\u00e8me arrondissement. Ce n\u2019est que 60 heures plus tard que je serai lib\u00e9r\u00e9. Mes torts ? Certainement \u00eatre un arabe et avoir manifest\u00e9 en France.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/actu\/article\/peut-on-destituer-emmanuel-macron\">Peut-on destituer Emmanuel Macron ?<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mon r\u00e9cit commence \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 je suis mis dans une voiture de police, et o\u00f9 je prends connaissance pour la premi\u00e8re fois des motifs de mon arrestation. Alors que je pense avoir subi une arrestation al\u00e9atoire, j\u2019entends un des agents de police annoncer dans sa radio qu\u2019ils viennent d&#8217;interpeller le <em>\u00ab rebeu \u00bb<\/em> qui aurait mis le feu \u00e0 une poubelle. Quand j\u2019entends \u00e7a, je notifie \u00e0 l\u2019agent que ce qu\u2019il vient de dire s\u2019apparente \u00e0 un d\u00e9lit de faci\u00e8s, ce qui d\u00e9clenche un fou rire chez les policiers. Aussi, et \u00e9tant donn\u00e9 que je n\u2019ai mis le feu \u00e0 aucune poubelle, ni ce jour-l\u00e0, ni jamais, je pense innocemment que je serai rapidement disculp\u00e9, ne serait-ce que par les cam\u00e9ras de surveillance.<\/p>\n<p>Je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser qu\u2019au moment o\u00f9 je quitte la manifestation, je suis entour\u00e9 de passants qui regardent le cort\u00e8ge s\u2019\u00e9loigner, de couples et de policiers. Au milieu de tout cela, rien ne peut laisser penser que je faisais partie de la manifestation. Je suis habill\u00e9 en chemise-cravate \u2013 pour la premi\u00e8re fois de ma vie \u2013 et ma tenue ne d\u00e9note pas avec le quartier.<\/p>\n<p>Au commissariat, on me notifie le d\u00e9but de ma garde \u00e0 vue et les motifs de mon arrestation : participation \u00e0 un groupement en vue de commettre des violences et des d\u00e9gradations ; d\u00e9gradation de bien public par le moyen d&#8217;un explosif ou d&#8217;un incendie. \u00c0 ce moment-l\u00e0, ma seule pr\u00e9occupation est ma m\u00e8re avec qui je vis et que j\u2019avais pr\u00e9venu quelques minutes plus t\u00f4t que j\u2019\u00e9tais sur le chemin du retour. Aussi, pour ne pas l\u2019inqui\u00e9ter dans un premier temps, je d\u00e9cide de contacter un ami et demande un avocat que l\u2019on m\u2019a conseill\u00e9 plus t\u00f4t. Je suis ensuite conduit en fouille, o\u00f9 je subis la premi\u00e8re d\u2019une succession d\u2019\u00e9tapes d\u00e9gradantes.<\/p>\n<p>Ma premi\u00e8re nuit est assez compliqu\u00e9e. Je suis en cellule collective o\u00f9 il fait tr\u00e8s chaud, les lumi\u00e8res sont allum\u00e9es, on dort sur des matelas tr\u00e8s fins, appos\u00e9es sur des bancs de b\u00e9ton. Pour avoir acc\u00e8s \u00e0 de l\u2019eau ou aux toilettes, il faut demander \u00e0 y \u00eatre accompagn\u00e9 par un agent, et la porte doit rester ouverte. Dans mon cas, je je\u00fbne, et cela n\u2019a eu pour effet que de compliquer ma garde \u00e0 vue. Au terme de celle-ci, j\u2019aurais perdu trois kilos \u2013 moi qui suis d\u00e9j\u00e0 bien peu corpulent. Je n\u2019aurais eu le droit en 60h qu\u2019\u00e0 deux repas, malgr\u00e9 le fait que j\u2019ai signifi\u00e9 que je je\u00fbnais aux policiers et au magistrat.<\/p>\n<p>Le lendemain, apr\u00e8s une courte nuit, je m\u2019entretiens avec mon avocat. Il m\u2019explique alors en quoi consiste une garde \u00e0 vue et me pr\u00e9sente la situation ainsi que le d\u00e9roul\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements qui vont suivre. Il tient \u00e0 me rassurer en partie quant \u00e0 ce que je risque et les choix qui s\u2019offrent \u00e0 moi : garder le silence, ne pas r\u00e9pondre aux questions, ou faire des d\u00e9clarations spontan\u00e9es \u00e0 l\u2019OPJ.<\/p>\n<p>Quelque temps apr\u00e8s, je suis convoqu\u00e9 par l\u2019OPJ, seul, car mon avocat ne peut \u00eatre pr\u00e9sent. L\u2019OPJ me propose alors de raconter le d\u00e9roul\u00e9 des faits. Me voil\u00e0 alors en train de livrer ma version des \u00e9v\u00e9nements de la veille, depuis le restaurant o\u00f9 j\u2019ai din\u00e9 avec une amie vers 21h, \u00e0 mon arrestation. J\u2019insiste sur le fait que je cherchais \u00e0 ce moment un V\u00e9lib&#8217;. On parle aussi de mes \u00e9tudes ou encore de mon activit\u00e9 de photo-reportage en manifestation. J\u2019en profite alors pour demander si les cam\u00e9ras de surveillance dont on m\u2019avait parl\u00e9 avaient pu me disculper,et l\u2019OPJ m\u2019annonce alors qu\u2019il n\u2019y en a pas dans la rue en question. Je vis mon premier d\u00e9senchantement, mais certainement pas le dernier.<\/p>\n<p>\u00c0 la suite de cela, l\u2019OPJ m\u2019annonce aussi que les policiers ont d\u00e9clar\u00e9 dans leur proc\u00e8s-verbal qu\u2019ils attestent m\u2019avoir formellement identifi\u00e9 comme \u00e9tant l\u2019individu ayant mis le feu \u00e0 une poubelle. C\u2019est un choc pour moi. On ment. Je n\u2019ai pas vu de poubelle br\u00fbler. Les policiers mentent. J\u2019aurais d\u00fb ne pas \u00eatre surpris, mais je le suis. Ces m\u00eames policiers qui d\u00e9claraient la veille que les cam\u00e9ras m\u2019innocenteraient si j\u2019\u00e9tais innocent, affirment aujourd\u2019hui \u00eatre certains de leur version.<\/p>\n<p>C\u2019est donc leur parole contre la mienne. Et aujourd\u2019hui encore, \u00e0 mon sens et surtout \u00e0 ce moment-l\u00e0, ma parole, celle d\u2019un rebeu, ne peut pas valoir grand-chose face \u00e0 celle de policiers. Donc oui, on ment. Les policiers mentent. Apr\u00e8s tout, il n&#8217;y a pas de cam\u00e9ras, c\u2019est donc facile pour eux de le faire. Me voici vuln\u00e9rable et \u00e0 leur merci.<\/p>\n<p>Durant la suite de l\u2019audition, l\u2019OPJ me demande si elle peut avoir acc\u00e8s \u00e0 mon t\u00e9l\u00e9phone, ce que j\u2019accepte car, si j\u2019ai bien conscience que cela repr\u00e9sente une violation de mon intimit\u00e9, il ne peut \u00e0 mon sens rien y \u00e0 voir qui puisse m\u2019incriminer. Apr\u00e8s une longue fouille de celui-ci, l\u2019OPJ arrive \u00e0 la m\u00eame conclusion que moi, il n\u2019y a rien.<\/p>\n<p>Pour finir cette audition, on me demande si j\u2019avoue ou nie les faits qui me sont reproch\u00e9s. Je nie. On me demande alors si j\u2019ai des choses \u00e0 transmettre au procureur et, sur conseil de mon avocat, je d\u00e9clare qu\u2019en raison du je\u00fbne notamment, les conditions de garde \u00e0 vue sont particuli\u00e8rement difficiles pour moi. Aussi, et au vu de ce que je viens d\u2019apprendre, j\u2019insiste sur le motif racial de mon arrestation.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s mon audition, on m\u2019annonce que ma garde \u00e0 vue sera prolong\u00e9e de 24 heures. C\u2019est \u00e0 ce moment que celle-ci prend un tout autre tournant pour moi. Si dans un premier temps mon inqui\u00e9tude \u00e9tait port\u00e9e sur ma m\u00e8re, dor\u00e9navant, c\u2019est la peur qui pr\u00e9domine. La peur de me voir injustement \u00e9cras\u00e9 par un syst\u00e8me policier aliment\u00e9 par un mensonge. Le reste de ma garde \u00e0 vue est tout autant d\u00e9shumanisant et d\u00e9gradant. En somme, celle-ci participe \u00e0 nous \u00f4ter toute dignit\u00e9 et int\u00e9grit\u00e9. Dans mon cas, et aux termes des 60 heures de privation de libert\u00e9, je peux dire que je me suis senti tout \u00e0 fait d\u00e9muni face au syst\u00e8me. Ce qui aide en partie \u00e0 tenir, \u00e7a reste les autres, ceux avec qui tu partages ta cellule.<\/p>\n<p>Dans les 24 heures qui ont suivi mon audition, je me suis vu alterner entre peur, stup\u00e9faction, r\u00e9signation et d\u00e9pit. Je crois qu\u2019au-del\u00e0 d\u2019\u00eatre accus\u00e9 \u00e0 tort, le fait de ne rien savoir est aussi difficile \u00e0 appr\u00e9hender. Alors plusieurs pens\u00e9es me traversent l\u2019esprit. La version des policiers tiendra-t-elle ? N\u2019y a-t-il vraiment aucune cam\u00e9ra ? Une poubelle a-t-elle m\u00eame br\u00fbl\u00e9 ? Est-ce que je vais finir au tribunal ? Et mon m\u00e9moire dans tout \u00e7a ? Est-ce que je serais \u00e0 l\u2019heure \u00e0 mon travail lundi ? Et ma m\u00e8re ? Comment est-ce qu\u2019elle vit tout \u00e7a ? Tout nous traverse et se m\u00e9lange sans que cela ne prenne de sens, car au final on ne sait rien, et on ne peut rien savoir.<\/p>\n<p>Je finis par voir mon avocat le dimanche pour une deuxi\u00e8me fois. Il m\u2019annonce que mon dossier \u00e0 l\u2019air vide, d\u2019autant plus que la premi\u00e8re charge n\u2019a pas tant de sens que \u00e7a. Mais \u00e0 ce moment-l\u00e0, je peux difficilement \u00eatre rassur\u00e9. Et oui, apr\u00e8s tout, des policiers m&#8217;ont formellement identifi\u00e9, et je n\u2019ai rien pour prouver le contraire. De surcro\u00eet, je suis conscient de la t\u00eate que j\u2019ai et de ce que \u00e7a peut vouloir dire pour la police et la justice fran\u00e7aise.<\/p>\n<h2>Police partout, justice nulle part<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s ce deuxi\u00e8me entretien, me voil\u00e0 \u00e0 attendre que l\u2019OPJ revienne vers moi. Ce sera le cas 24 heures apr\u00e8s mon audition et, bonne nouvelle, le magistrat abandonne les charges d\u2019incendies contre moi. Si je me sais innocent, je reste surpris et me dis que je vais donc \u00eatre lib\u00e9r\u00e9. Apr\u00e8s tout, si je n\u2019ai pas commis d\u2019incendie et que la premi\u00e8re charge reste quelque chose de tr\u00e8s n\u00e9buleux \u2013 qui selon mon avocat devrait pouvoir sauter \u2013, il n\u2019y a donc plus rien de tangible de retenu contre moi. \u00c0 moi la douche, le lit douill\u00e9 et les bons plats de ma m\u00e8re pour le ftour[[Le moment o\u00f9 l&#8217;on coupe le je\u00fbne en fin de journ\u00e9e pendant le ramadan.]]. Il n\u2019en sera rien. Sans que l\u2019OPJ ne comprenne lui non plus pourquoi, le magistrat demande \u00e0 ce que je sois d\u00e9f\u00e9r\u00e9 au tribunal et plac\u00e9 au d\u00e9p\u00f4t dans l\u2019attente d\u2019une audition le lendemain. Apr\u00e8s le syst\u00e8me policier, me voil\u00e0 abus\u00e9 par le syst\u00e8me judiciaire.<\/p>\n<p>Deux heures plus tard, \u00e9puis\u00e9, je suis conduit menottes au poignet vers le tribunal judiciaire. Je suis mis dans une cellule collective o\u00f9 je retrouve plusieurs manifestants arr\u00eat\u00e9s eux aussi dans la soir\u00e9e de vendredi. Ce fut, je crois, le moment le plus agr\u00e9able de mon week-end. On retrace nos parcours, on rigole, je retrouve un peu de d\u00e9termination et de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. On est ensuite conduit en fouille, avant d\u2019\u00eatre mis en cellule individuelle o\u00f9 on nous donne un repas, une couverture et un verre d&#8217;eau. Enfin ! Cela fait maintenant bien 20h que je n\u2019avais pas bu. Je prends mon temps pour manger, non pas pour savourer, mais pour faire passer le temps, avant de tenter de m\u2019endormir.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab La d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e du procureur me reproche d\u2019avoir particip\u00e9 \u00e0 une manifestation, non pas pour des raisons l\u00e9gales, mais morales. Elle continue en me disant que cette r\u00e9forme des retraites est juste et n\u00e9cessaire, qu\u2019il faut que je le comprenne, qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019argent dans les caisses de l\u2019\u00c9tat et que, de toute fa\u00e7on, je n\u2019aurais pour ma part jamais de retraite. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Le lendemain, on vient me chercher aux alentours de 10h. Je suis conduit dans un box pour m\u2019entretenir avec un avocat \u2013 ami du mien qui ne peut \u00eatre pr\u00e9sent. Il m\u2019indique alors qu\u2019il ne comprend pas vraiment pourquoi je suis l\u00e0, \u00e9tant donn\u00e9 que le dossier qu\u2019il a pu consulter est vide et que je vais certainement ressortir sans rien. Dans ma t\u00eate, je suis rassur\u00e9 et me dis que je vais vite sortir, libre, sans sanction, et que je vais pouvoir retrouver ma m\u00e8re, et m\u2019excuser pour ce qu\u2019elle vient de subir. Pour autant, tout ne se passera pas comme cela aurait d\u00fb \u00eatre \u00e9crit.<\/p>\n<p>Je dois dire que l\u2019audition avec la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e du procureur qui va suivre a \u00e9t\u00e9 pour moi le moment le plus violent et le plus injuste de tous. Audition qui viendra conclure 60 heures de privation de libert\u00e9 tout \u00e0 fait abusives, et encore une fois fond\u00e9es sur de fausses d\u00e9clarations d\u2019agents de police. Si je ne devais retenir que quelques termes pour d\u00e9finir ladite audition, ce serait certainement les suivants : violent, abusif, atteinte \u00e0 mes droits et biais\u00e9. Je m\u2019explique.<\/p>\n<p>Une trentaine de minute apr\u00e8s l\u2019entretien avec mon avocat, je suis conduit dans un box o\u00f9 je me retrouve face \u00e0 une dame, qui s\u2019av\u00e8re \u00eatre la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e du procureur, et m\u2019attend par la m\u00eame occasion \u00e0 retrouver mon avocat qui m\u2019avait certifi\u00e9 qu\u2019il serait \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s comme j\u2019en ai le droit.<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019audition, la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e du procureur me reproche d\u2019avoir particip\u00e9 \u00e0 une manifestation, non pas pour des raisons l\u00e9gales, mais morales. Elle continue en me disant que cette r\u00e9forme des retraites est juste et n\u00e9cessaire, qu\u2019il faut que je le comprenne, qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019argent dans les caisses de l\u2019\u00c9tat et que, de toute fa\u00e7on, je n\u2019aurais pour ma part jamais de retraite. Selon elle, je devrais faire autre chose de ma vie que manifester, comme travailler. Quand elle me demande quelles sont les raisons qui m\u2019am\u00e8ne \u00e0 manifester, je lui dis innocemment que c\u2019est par solidarit\u00e9 avec nos a\u00een\u00e9s, et elle encha\u00eene alors sur des questions sur mes parents, leur travail et leurs revenus. Elle d\u00e9clare aussi que, dans le cas o\u00f9 les gens n\u2019ont pas les moyens de se s\u00e9parer, ils n\u2019avaient qu\u2019\u00e0 rester ensemble. Elle conclut cette le\u00e7on de morale en me disant que je dois bien avoir 300\u20ac de bourse et que je ne dois donc pas me plaindre.<\/p>\n<p>Dans un second temps, et alors que j\u2019attends toujours mon avocat, pensant que celui-ci est en chemin, la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e du procureur me reproche d\u2019\u00eatre \u00e9tudiant en master de Science politique \u00e0 la Sorbonne et de faire de la recherche, source selon elle de mon embrigadement. Elle m\u2019invite alors \u00e0 faire de <em>\u00ab vraies \u00bb<\/em> \u00e9tudes, et de chercher un vrai m\u00e9tier, car un vrai m\u00e9tier c\u2019est quand <em>\u00ab on fait pousser des l\u00e9gumes dans la terre \u00bb<\/em>. Plus tard, elle m\u2019invitera \u00e0 devenir plombier. Dans le m\u00eame temps, elle s\u2019attache \u00e0 prendre la d\u00e9fense de Bernard Arnault qui, selon elle, ne devrait pas \u00eatre tax\u00e9 car si l\u2019on fait cela on le prive d\u2019un argent qu\u2019il a m\u00e9rit\u00e9 et il n\u2019y aurait plus personne pour faire travailler les gens.<\/p>\n<p>Enfin, apr\u00e8s de multiples reproches sur ma participation \u00e0 des manifestations, sur la nature de celles-ci, sur les syndicats, les jeunes, mes \u00e9tudes, mes parents, etc., la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e du procureur finit par me tendre une feuille qu\u2019elle m\u2019enjoint de signer sans m\u2019\u00e9noncer les faits qui me sont reproch\u00e9s.<\/p>\n<p>Mon avocat n\u2019est toujours pas l\u00e0 et je demande \u00e0 la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e ce qu\u2019il en est. Elle me r\u00e9pond alors qu\u2019il n\u2019y en a pas. Surpris, \u00e9tant donn\u00e9 que je me suis entretenu avec lui moins d\u2019une heure avant, je le lui dis et elle me r\u00e9pond alors qu&#8217;<em>\u00ab il n\u2019y en a pas besoin \u00bb<\/em>. Je r\u00e9it\u00e8re ma demande avec insistance, car je me trouve face \u00e0 un document que je ne peux comprendre. Sans me r\u00e9pondre, elle exige que je signe le document papier, qui m\u2019oblige \u00e0 participer \u00e0 un stage de citoyennet\u00e9 de 150\u20ac, \u00e0 mes frais.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, je refuse de signer et lui pose des questions sur ce document, et si je vais avoir un casier judiciaire. Pour seule r\u00e9ponse, j\u2019obtiens la vague garantie qu\u2019elle me r\u00e9pondra une fois que j\u2019aurais sign\u00e9. Enfin, quand je lui demande si je peux faire appel de sa d\u00e9cision une fois le document sign\u00e9, document qui s\u2019av\u00e8re \u00eatre un \u00ab avertissement p\u00e9nal probatoire \u00bb. Elle me r\u00e9pond que c\u2019est une mauvaise id\u00e9e et qu\u2019elle me renverrait en correctionnelle si je le faisais. J\u2019apprendrai plus tard qu&#8217;il n\u2019est pas possible de faire appel de cette d\u00e9cision.<\/p>\n<p>Une derni\u00e8re fois, je demande \u00e0 avoir les conseils de mon avocat, demande \u00e0 laquelle elle n&#8217;acc\u00e9dera jamais.<\/p>\n<p>Dans les minutes qui suivent, je finis par signer le document avec le sentiment de le faire sous la contrainte. Apr\u00e8s tout, les 60 heures qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 cette audition ont tr\u00e8s largement particip\u00e9 \u00e0 me rendre vuln\u00e9rable face \u00e0 cette d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e du procureur qui n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 abuser de sa position. Celle-ci finit d\u2019ailleurs par r\u00e9pondre \u00e0 mes questions et m\u2019annonce que j\u2019ai dor\u00e9navant un casier judiciaire de cat\u00e9gorie B1, et que si je ne me rends pas \u00e0 mon stage de citoyennet\u00e9, elle n&#8217;h\u00e9sitera pas \u00e0 me renvoyer en correctionnelle l\u00e0 encore. Je tombe des nues. J\u2019apprendrai plus tard qu\u2019elle n\u2019en a pas le pouvoir.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord mon arrestation \u00e9tait abusive \u2013  les policiers ayant fait un faux proc\u00e8s-verbal pour m\u2019accuser \u00e0 tort \u2013, motiv\u00e9e par des crit\u00e8res raciaux, et je suis bien gentil de le formuler de cette fa\u00e7on et de ne pas crier au racisme. Apr\u00e8s 60 heures de privation de libert\u00e9 dans des conditions difficiles, les charges sont finalement abandonn\u00e9es et, malgr\u00e9 tout cela, me voil\u00e0 d\u00e9tenteur d\u2019un casier judiciaire du fait que mes opinions politiques ne correspondent pas \u00e0 celles de la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e du procureur. Plus tard, j\u2019apprendrais que signer ce document \u00e9quivaut \u00e0 une reconnaissance de culpabilit\u00e9, chose dont elle ne m\u2019avait pas pr\u00e9venu. Je lui dit alors que tout cela me semble plus que disproportionn\u00e9 et elle me r\u00e9pond que je n\u2019avais pas \u00e0 \u00eatre en manifestation. Pour elle, tout cela doit \u00eatre pour moi une le\u00e7on et l\u2019occasion de trouver une vraie activit\u00e9.<\/p>\n<p>Tout du long, la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e du procureur n\u2019a cess\u00e9 de me faire la morale sur les manifestations, leurs utilit\u00e9s, sur la r\u00e9forme des retraites, sur mes \u00e9tudes ou encore mes choix de vie. J\u2019ai le sentiment que cette repr\u00e9sentante de la justice a abus\u00e9 de ma situation, de ma vuln\u00e9rabilit\u00e9, une vuln\u00e9rabilit\u00e9 qui s\u2019est aggrav\u00e9e \u00e0 chacune des 60 heures de ma privation de libert\u00e9.<\/p>\n<p>Au terme de cette audition, je me rends compte qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 elle n\u2019\u00e9tait pas au fait des charges retenues contre moi \u2013 elle me reproche d\u2019avoir commis des d\u00e9gradations \u2013, avant de d\u00e9clarer qu\u2019elle sait bien que je n\u2019ai rien br\u00fbl\u00e9. En partant, elle m\u2019invite \u00e0 me d\u00e9sinfecter en rentrant chez moi, car certains ici ont certainement la gale.<\/p>\n<p>Je suis lib\u00e9r\u00e9 et rejoins mon avocat, qui se trouvait en robe devant la sortie du d\u00e9p\u00f4t, et qui me dit alors qu\u2019il attend de me rejoindre pour mon audition. Quand je lui dis que j\u2019en sors, il comprend aussit\u00f4t qu\u2019il vient lui aussi d\u2019\u00eatre dup\u00e9 par la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e du procureur qui ne l\u2019a fait appeler par le greffe qu\u2019une fois l\u2019audition termin\u00e9e. On m\u2019a donc priv\u00e9 de mon droit \u00e0 une audition \u00e9quitable et \u00e0 un avocat.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, quelques jours apr\u00e8s ces \u00e9v\u00e9nements, j\u2019ai le sentiment d\u2019\u00eatre en position de vuln\u00e9rabilit\u00e9 face aux rouages du syst\u00e8me, sentiment qui n\u2019a que tr\u00e8s peu de chance de s\u2019estomper. Ce syst\u00e8me policier\/judiciaire a toute la latitude pour nous r\u00e9duire et nous \u00e9craser, que l\u2019on soit innocent ou pas \u2013 ce ne semble pas \u00eatre ce qui compte.<\/p>\n<h2>Manifester, est-ce antir\u00e9publicain ?<\/h2>\n<p>Au-del\u00e0 de l\u2019abus de pouvoir, la nature de la sanction en elle-m\u00eame interroge. Apr\u00e8s tout, un stage de citoyennet\u00e9, ce n\u2019est pas anodin. Par curiosit\u00e9, je suis all\u00e9 jeter un coup d\u2019\u0153il, pour d\u00e9couvrir ce qu\u2019on allait m\u2019y enseigner. Ce seront les valeurs r\u00e9publicaines. Car oui, en manifestant, je suis visiblement all\u00e9 \u00e0 l\u2019encontre de celles-ci. Il appara\u00eet qu\u2019\u00e0 la suite d\u2019une manifestation o\u00f9 j\u2019ai exprim\u00e9 des opinions politiques contraires \u00e0 ceux de la repr\u00e9sentante de la justice, j\u2019ai donc gagn\u00e9 le droit de me voir inculquer les valeurs de la R\u00e9publique. On peut donc tous l\u00e9gitimement se demander s\u2019il nous est permis d\u2019exprimer librement ses d\u00e9saccords politiques avec le pouvoir en place, sans prendre le risque de se voir imposer un stage de r\u00e9\u00e9ducation.<\/p>\n<p>Enfin, je n\u2019oublie pas non plus mon B1, ni mon avertissement p\u00e9nal probatoire, car oui, me voil\u00e0 l\u2019heureux d\u00e9tenteur d\u2019un casier judiciaire. Du moins, c\u2019est ce qu\u2019on m\u2019a dit. Mon avocat m\u2019informera que c\u2019est faux. Pourtant, subsistera dans les nombreux logiciels de la justice, consult\u00e9s en cas de nouvelles poursuites, une suppos\u00e9e reconnaissance de ma culpabilit\u00e9 que je n\u2019ai jamais faite. Tout cela prend doucement la forme d\u2019une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s au-dessus de ma t\u00eate. Dor\u00e9navant, si je me d\u00e9cide \u00e0 faire usage de mon droit \u00e0 manifester, je dois le faire en toute connaissance de cause. Par-l\u00e0, j\u2019entends prendre la mesure des risques dans le cas o\u00f9 je ferais de nouveau face \u00e0 la justice \u00e0 la suite d\u2019une manifestation. L\u00e0 encore, mon innocence ne me suffira pas. J\u2019y vois une strat\u00e9gie des plus insidieuses pour nous d\u00e9courager \u00e0 disposer librement de nos droits, et j\u2019y vois une justice mise au service d\u2019une r\u00e9pression morale et politique.<\/p>\n<p>J\u2019ai beau \u00eatre libre, quelque chose s\u2019est bris\u00e9. Mon innocence n\u2019a pas suffi. Aujourd\u2019hui j\u2019ai peur de retourner en manifestation, peur d\u2019avoir \u00e0 nouveau \u00e0 faire \u00e0 des policiers, ne serait-ce que dans la rue. Si j\u2019avais bien entendu d\u00e9j\u00e0 peur d\u2019\u00eatre bless\u00e9, peur d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9, je n\u2019avais pour autant pas peur d\u2019\u00eatre injustement accus\u00e9 et de voir mes droits bafou\u00e9s, de subir un traitement abusif de la part des forces de l\u2019ordre et d\u2019une repr\u00e9sentante de la justice, sur la base de fausses d\u00e9clarations et de mes opinions politiques. Mon innocence ne m\u2019a pas prot\u00e9g\u00e9 des abus de pouvoir, mes droits non plus et ce, dans cet \u00c9tat de droit qu\u2019est cens\u00e9 \u00eatre la France. De surcro\u00eet, il n\u2019est pas certain que je puisse le faire reconna\u00eetre par la justice.<\/p>\n<h2>Comme un arabe en France<\/h2>\n<p>En somme, j\u2019ai peur \u2013 et c\u2019est l\u2019\u00e9motion qui pr\u00e9domine, avec le sentiment d\u2019avoir subi un traitement profond\u00e9ment injuste et discriminant. Si j\u2019avais bien s\u00fbr d\u00e9j\u00e0 peur de la police, et peu de confiance en la justice, ce qui semble aller de soi quand on est un arabe comme moi, ce sentiment prend maintenant une dimension bien plus tangible. J\u2019en ai peur dans ma chair, et cette peur je la partage avec ma m\u00e8re, elle qui m\u2019a appris d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge de faire attention \u00e0 la police, de ne jamais lui donner l\u2019occasion de s\u2019en prendre \u00e0 nous, et qui ne s\u2019imagine plus ne serait-ce que me voir retourner manifester ou sortir le soir sans s\u2019inqui\u00e9ter.<\/p>\n<p>Cette peur, je la regrette et elle m\u2019attriste. Apr\u00e8s tout, les manifestations, les espaces de r\u00e9voltes \u00e9taient de ces rares interstices o\u00f9 je pouvais me sentir bien entour\u00e9, en s\u00e9curit\u00e9, et ce non pas vis-\u00e0-vis de la police, mais vis-\u00e0-vis de mon identit\u00e9. Pour moi, ce sont des espaces o\u00f9 l\u2019on peut tenter d\u2019exister inconditionnellement de son identit\u00e9, et si je pensais qu\u2019un jour je devais avoir \u00e0 faire la police dans ce cadre, ce serait de mani\u00e8re indistincte, et non pas en tant que personne racis\u00e9e. Finalement, \u00e7a n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le cas.<\/p>\n<p>Aussi, je crois pouvoir dire que rien n\u2019a chang\u00e9 depuis l\u2019\u00e9poque de nos parents et ce n\u2019est pas une r\u00e9v\u00e9lation. On a beau avoir appris \u00e0 \u00ab bien \u00bb parler, fait des \u00e9tudes, bien pr\u00e9senter, etc., ce ne sera jamais assez. Les repr\u00e9sentants du syst\u00e8me conservent tout pouvoir pour nous renvoyer \u00e0 l\u2019image qu\u2019ils peuvent avoir de de nous. Ces gens peuvent et ont abus\u00e9 de leurs positions d\u2019autorit\u00e9 sur moi, sur nous, pour nous d\u00e9shumaniser et tenter de nous \u00f4ter toute dignit\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s tout cela, comment peuvent-ils venir nous demander d\u2019aimer la police r\u00e9publicaine, celle-l\u00e0 m\u00eame qui est pr\u00eate \u00e0 mentir ? Comment nous demander de faire confiance en la justice, celle-l\u00e0 m\u00eame qui abuse de nous ? Comment nous demander d\u2019aimer la France, celle-l\u00e0 m\u00eame qui s\u2019est attaqu\u00e9e \u00e0 nos parents, avant de s\u2019attaquer \u00e0 nous ? Comment croire au pacte r\u00e9publicain, quand celui-ci nous refuse les m\u00eames droits, aussi bien aux personnes racis\u00e9es, qu\u2019\u00e0 l\u2019ensemble des minorit\u00e9s, \u00e0 ceux qui n\u2019ont rien, et aux r\u00e9volt\u00e9s.<\/p>\n<p>Alors que je me demande comment passer \u00e0 autre chose, la seule envie qui m\u2019anime \u00e0 cet instant, c\u2019est la r\u00e9volte. Me r\u00e9volter contre ce qui m\u2019est arriv\u00e9. Me r\u00e9volter contre ce syst\u00e8me policier discriminant et raciste. Contre le syst\u00e8me judiciaire qui broie dans ses rouages des personnes qui ne demande qu\u2019\u00e0 exprimer une opinion, qui plus est juste et l\u00e9gitime. Me r\u00e9volter pour me dire qu\u2019\u00e0 la fin, il ne reste pas rien.<\/p>\n<p>Si j\u2019ai tenu \u00e0 \u00e9crire et \u00e0 t\u00e9moigner de ce qui m\u2019est arriv\u00e9, c\u2019est, je crois, avant tout pour ext\u00e9rioriser. Pour \u00e9vacuer et pour qu\u2019il en reste une trace. Pour ne pas passer \u00e0 autre chose, car je me refuse \u00e0 passer \u00e0 autre chose. Je veux rester en col\u00e8re, pour conserver cette int\u00e9grit\u00e9 que l\u2019on cherche \u00e0 nous \u00f4ter. De mon c\u00f4t\u00e9, je me refuse \u00e0 ne pas mener de combat, car si je le faisais, alors je perdrais moi aussi. Nous perdrions tous \u00e0 ne pas nous r\u00e9volter.<\/p>\n<p>Je tiens \u00e0 apporter mon soutien \u00e0 toutes les personnes qui ont, comme moi, tenu \u00e0 manifester, \u00e0 se battre pour un monde plus juste, et qui ont \u00e9t\u00e9 injustement vu priv\u00e9e de leurs droits. Soutien \u00e0 tous les gard\u00e9s \u00e0 vue, \u00e0 toutes celles et ceux qui se voient poursuivis, \u00e0 celles et ceux qui ont subi des violences polici\u00e8res, soutien \u00e0 tous les r\u00e9volt\u00e9s, et \u00e0 tous les travailleurs. Je tiens aussi \u00e0 remercier mes avocats, ma m\u00e8re, mes amis, et tous les co-gard\u00e9s \u00e0 vue avec qui j\u2019ai \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>Aniss<\/strong>, \u00e9tudiant en master de Science politique \u00e0 Panth\u00e9on Sorbonne, parcours PCAMO<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aniss, 23 ans, \u00e9tudiant, livre pour <em>Regards<\/em> le t\u00e9moignage de son arrestation arbitraire et de la justice politique qu&#8217;il a d\u00e9couverte. 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