{"id":140,"date":"1995-12-01T00:00:00","date_gmt":"1995-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/coup-de-jeunes-sur-la-politique140\/"},"modified":"1995-12-01T00:00:00","modified_gmt":"1995-11-30T23:00:00","slug":"coup-de-jeunes-sur-la-politique140","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=140","title":{"rendered":"Coup de jeunes sur la politique"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Pascal Diard, Fr\u00e9d\u00e9ric Olive, Marie-Pierre Vieu, Marianne Bruller <\/p>\n<p>** Robert Hue cite, d\u00e8s la premi\u00e8re page de son livre, un \u00e9tudiant aixois qui lui a demand\u00e9 \u00e0 br\u00fble-pourpoint: &#8221; Parlez-nous de votre nouveau communisme &#8220;. Les 340 pages qui suivent pourraient \u00eatre la r\u00e9ponse \u00e0 ce jeune homme. Quatre intellectuels d&#8217;aujourd&#8217;hui, jeunes, communistes, qui ont lu le livre, en d\u00e9battent.<\/p>\n<p>Plus du tiers du livre de Robert Hue est consacr\u00e9 \u00e0 notre histoire. Que pensez-vous de ce d\u00e9tour ?<\/p>\n<p>** <\/p>\n<p> <strong> Pascal Diard : <\/strong> Ne pas trier, \u00e7a veut dire accepter le mouvement contradictoire de l&#8217;histoire. Ce qu&#8217;on n&#8217;a pas toujours fait. Ce qui m&#8217;a plu dans le chapitre sur le stalinisme c&#8217;est le c\u00f4t\u00e9 humain de son t\u00e9moignage. Il n&#8217;y a pas d&#8217;histoire sans t\u00e9moin dans toute sa sensibilit\u00e9, ses contradictions. J&#8217;ai l&#8217;impression que c&#8217;est la premi\u00e8re fois qu&#8217;un dirigeant du parti affronte la question: Staline, \u00e9tait-il d\u00e9j\u00e0 dans L\u00e9nine ?Ce qui m&#8217;a plu c&#8217;est que, pour \u00e9voquer la p\u00e9riode du parti communiste fran\u00e7ais des ann\u00e9es 30 \u00e0 50, la p\u00e9riode dite &#8221; stalinienne &#8221; du PCF, il aborde plut\u00f4t l&#8217;ensemble du mouvement ouvrier fran\u00e7ais avec ses contradictions. J&#8217;appr\u00e9cie l&#8217;analyse qui associe une tradition jacobine d&#8217;un Etat centralisateur dont on attend beaucoup de choses et la m\u00e9fiance persistante envers lui.<\/p>\n<p> <strong> Fr\u00e9d\u00e9ric Olive : <\/strong> Beaucoup a \u00e9t\u00e9 dit sur le stalinisme en URSS. Mais c&#8217;est la premi\u00e8re fois qu&#8217;on dit des choses aussi fortes sur &#8221; notre &#8221; stalinisme. Je trouve que c&#8217;est bien d&#8217;assumer cette histoire, sans la justifier, mais en l&#8217;assumant. Une deuxi\u00e8me chose, je trouve tr\u00e8s convaincante la fa\u00e7on dont Robert Hue montre que le parti s&#8217;enracine dans une histoire qui d\u00e9passe tr\u00e8s largement ce qui s&#8217;est pass\u00e9 en URSS. Cet effort de m\u00e9moire, pour comprendre d&#8217;o\u00f9 on vient me semble essentiel pour avancer dans la mutation dont on parlera plus tard, parce que je trouve que dans une certaine mesure \u00e7a relativise notre identit\u00e9. On se dit cette histoire a produit ce parti, et \u00e7a am\u00e8ne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir quel type d&#8217;autre parti la situation nouvelle peut g\u00e9n\u00e9rer. Le rappel de l&#8217;esprit de sectes des ann\u00e9es trente m&#8217;am\u00e8ne \u00e0 penser que les choses peuvent aller vite. Pensons \u00e0 la R\u00e9sistance. Il y a cinq ans s&#8217;effondrait le mur de Berlin, et on parle aujourd&#8217;hui du nouveau communisme&#8230;<\/p>\n<p> <strong> Marie-Pierre Vieu : <\/strong> Sur la p\u00e9riode du stalinisme, je n&#8217;ai pas le regard d&#8217;une historienne, je suis \u00e9tudiante en Lettres: par exemple, le regard que je porte sur les ann\u00e9es vingt, c&#8217;est plus le surr\u00e9alisme, Aragon. Un rapport au parti tr\u00e8s conflictuel, un parti qui, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, \u00e9tait neuf et v\u00e9hiculait de grands espoirs. Dans ma famille, des gens ont v\u00e9cu cette \u00e9poque de la guerre. Ils ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s par les Russes, d&#8217;o\u00f9 la complexit\u00e9 des sentiments, la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;en parler entre communistes de toutes g\u00e9n\u00e9rations. D&#8217;autant plus qu&#8217;il y a maintenant ce regard tourn\u00e9 vers le nouveau communisme pour savoir ce qui se passe de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, ce qu&#8217;on peut construire de neuf, m\u00eame si, p\u00e8se toujours, l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une lourdeur du pass\u00e9, d&#8217;un mod\u00e8le qui a \u00e9chou\u00e9.<\/p>\n<p> <strong> Marianne Bruller : <\/strong> L&#8217;histoire ? Est-ce qu&#8217;on la continue ou est-ce qu&#8217;on la rejette ? Moi qui suis une toute nouvelle adh\u00e9rente, j&#8217;ai longtemps \u00e9t\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du parti, entre le positif et le n\u00e9gatif. D&#8217;une part parce que j&#8217;avais un grand-p\u00e8re qui \u00e9tait dans la R\u00e9sistance intellectuelle, \u00e7a s&#8217;appelait comme \u00e7a \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, \u00e7a c&#8217;\u00e9tait tout le c\u00f4t\u00e9 magnifique, je dirais du communisme. Et puis j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e par une m\u00e8re militante, qui a quitt\u00e9 le parti dans les ann\u00e9es 70 avec beaucoup de d\u00e9chirements et beaucoup de d\u00e9ceptions. C&#8217;est le c\u00f4t\u00e9 n\u00e9gatif. C&#8217;est vraiment bien d&#8217;ouvrir enfin le d\u00e9bat. Pour les communistes, pour les nouveaux communistes, \u00e7a cr\u00e9e un d\u00e9bat entre les anciens communistes et les nouveaux. Et puis \u00e7a interroge les anticommunistes. C&#8217;est toujours facile de faire de l&#8217;anticommunisme primaire avec le stalinisme, mais l\u00e0 tout \u00e0 coup il y a un d\u00e9bat qui s&#8217;ouvre \u00e0 la fois pour les communistes et pour les autres.<\/p>\n<p> **Justement, Robert Hue dit: &#8221; la mutation que nous op\u00e9rons nous permet aujourd&#8217;hui de renouer le dialogue avec une grande diversit\u00e9 avec d&#8217;autres familles de pens\u00e9e qui se r\u00e9clament comme nous de la grande tradition fran\u00e7aise de l&#8217;humanisme &#8220;. Est-ce que cette affirmation veut dire quelque chose pour vous ?<\/p>\n<p>** <\/p>\n<p> <strong> Marianne : <\/strong> Je trouve que c&#8217;est tr\u00e8s important. Ouvrir ce d\u00e9bat pour enfin parler des choses qui plaisent ou qui d\u00e9plaisent et enfin aborder le communisme dans son int\u00e9grit\u00e9, dans sa totalit\u00e9, au lieu de le r\u00e9duire \u00e0 l&#8217;Est, au r\u00e9gime sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p> <strong> Pascal : <\/strong> Cet humanisme-l\u00e0 doit \u00eatre tr\u00e8s concret. A propos des exclus du parti, Robert Hue interroge: qui pourra dire les coups que nous nous sommes port\u00e9s \u00e0 nous-m\u00eames en refusant de les entendre ? Quand quelqu&#8217;un posait des questions, on disait: il a un probl\u00e8me avec le parti. Il y avait des questions qui \u00e9taient des vraies questions, qui nous obligeaient \u00e0 nous regarder de fa\u00e7on contradictoire, qu&#8217;on a mis de c\u00f4t\u00e9. Un humanisme concret, je suis pour, \u00e7a permettra de se r\u00e9unir&#8230;<\/p>\n<p> <strong> Marie-Pierre : <\/strong> Le stalinisme n&#8217;\u00e9tait pas seulement &#8221; import\u00e9 &#8220;. Nous-m\u00eames, dans notre pays, nous avions g\u00e9n\u00e9r\u00e9 \u00e7a par des comportements et des pratiques. C&#8217;est important qu&#8217;on dise aux gens qu&#8217;on veut r\u00e9ancrer le projet communisme dans l&#8217;humanisme. C&#8217;est fort, surtout \u00e0 l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 on vit.<\/p>\n<p> <strong> Fr\u00e9d\u00e9ric : <\/strong> Renouer des liens avec les humanistes \u00e9ventuellement hors du parti, des progressistes, me para\u00eet indispensable. La r\u00e9alit\u00e9 est vraiment trop complexe pour pr\u00e9tendre la cerner avec une seule analyse f\u00fbt-elle marxiste. Etre lucide c&#8217;est essayer de palper cette r\u00e9alit\u00e9, et en faisant appel \u00e0 tous les points de vue, \u00e0 tous les regards, pour s&#8217;en enrichir, sans en \u00e9liminer aucun.<\/p>\n<p> <strong>  Que pensez-vous de l&#8217;\u00e9loge du militantisme ? Y a-t-il, \u00e0 ce propos, quelque chose de neuf ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Pascal : <\/strong> Sur la fa\u00e7on de militer, je crois qu&#8217;on n&#8217;est pas cr\u00e9dible si on n&#8217;a pas une pratique qui corresponde. Je le vois dans mon bahut \u00e7a se passe bien parce que on est plusieurs communistes ou de sensibilit\u00e9s communiste, progressiste, qui nous battons pour tous les \u00e9l\u00e8ves. Si je ne la faisais pas, serai-je vraiment communiste, serions-nous cr\u00e9dibles ?<\/p>\n<p> <strong> Marianne : <\/strong> J&#8217;ai tard\u00e9 \u00e0 adh\u00e9rer et je l&#8217;ai fait comme un moyen de sortir de la crise actuelle. Je ne peux pas ne pas lutter aujourd&#8217;hui, je ne peux pas ne pas me retrouver avec des gens et d\u00e9battre de certaines choses. Je ne peux pas rester toute seule. Je n&#8217;ai pas adh\u00e9r\u00e9 au parti en disant \u00e7a va \u00eatre comme ci, comme \u00e7a, j&#8217;adh\u00e8re les yeux ferm\u00e9s, et je signe un ch\u00e8que en blanc \u00e0 un id\u00e9al. Pour moi, c&#8217;est \u00e7a qui est compl\u00e8tement diff\u00e9rent.<\/p>\n<p> <strong> Pascal : <\/strong> Je reviens sur l&#8217;id\u00e9al. Un id\u00e9al v\u00e9cu au quotidien. Henri Lefebvre, dans la Somme et le reste, un livre qu&#8217;il a \u00e9crit en 1959 juste avant d&#8217;\u00eatre exclu, r\u00e9fl\u00e9chissait sur le dogmatisme et sur le quotidien. Le quotidien, c&#8217;est aussi ce creuset qui r\u00e9sume plein d&#8217;autres choses.<\/p>\n<p> <strong> Marie-Pierre : <\/strong> Je me retrouve dans l&#8217;\u00e9loge du militantisme. Pendant la p\u00e9riode de l&#8217;union de la gauche, j&#8217;\u00e9tais petite, je voyais passer plein de banderoles chez moi avec des noms comme Pablo Neruda, Picasso, je trouvais \u00e7a extraordinaire, et puis les gens voulaient refaire le monde, je trouvais \u00e7a g\u00e9nial. Aujourd&#8217;hui, malgr\u00e9 tout, parfois je dois me forcer, mais je veux continuer \u00e0 croire \u00e0 un id\u00e9al qui se construit au quotidien. Pour moi, le parti communiste sert \u00e0 \u00e7a. C&#8217;est une joie de militer, si ce n&#8217;\u00e9tait pas le cas je ne serais pas membre du parti communiste, mais en m\u00eame temps il peut y avoir la lourdeur de l&#8217;organisation.<\/p>\n<p> <strong> Marianne : <\/strong> Je me suis peut-\u00eatre mal exprim\u00e9e. Avant, l&#8217;id\u00e9al, c&#8217;\u00e9tait se plier \u00e0 l&#8217;id\u00e9al communiste qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9, qui s&#8217;est effondr\u00e9, qui n&#8217;a pas fonctionn\u00e9 comme pr\u00e9vu. Maintenant il faut construire quelque chose de nouveau. C&#8217;est la diff\u00e9rence. Sinon vivre un id\u00e9al au quotidien, bien s\u00fbr.<\/p>\n<p> <strong> Pascal : <\/strong> Le militantisme ? Je le r\u00e9sume \u00e0 comment faire pour que tous les individus se sentent responsables et d&#8217;eux-m\u00eames et de la collectivit\u00e9 qui s&#8217;appelle la soci\u00e9t\u00e9 ? Comment faire pour que tout le monde soit militant ?<\/p>\n<p> ** On rejoint l\u00e0 une autre partie du livre, qui dit que les transformations ne se feront pas sans les gens eux-m\u00eames, que le capitalisme est \u00e0 bout de souffle, qu&#8217;un besoin d&#8217;autre chose s&#8217;affirme.<\/p>\n<p>** <\/p>\n<p> <strong> Fr\u00e9d\u00e9ric : <\/strong> Le capitalisme \u00e0 bout de souffle, oui, mille fois oui, c&#8217;est quelque chose que je partage, que je ressens fortement. Je trouve qu&#8217;il y a des passages tr\u00e8s forts dans le bouquin sur la loi de l&#8217;argent par exemple, sur sa domination perp\u00e9tuelle, \u00e0 chaque seconde, \u00e0 chaque choix fait. Le CAC 40 est devenu une sorte de barom\u00e8tre de notre malheur. Je suis en th\u00e8se de maths et je discutais avec l&#8217;un de mes amis qui s&#8217;inqui\u00e9tait des d\u00e9clarations de Madelin annon\u00e7ant qu&#8217;il fallait limiter l&#8217;acc\u00e8s au RMI, ce copain s&#8217;inqui\u00e9tait parce que c&#8217;\u00e9tait la seule source de financement pour lui ! Le sentiment que le capitalisme est en bout de course commence \u00e0 impr\u00e9gner un peu l&#8217;\u00e9tat d&#8217;esprit g\u00e9n\u00e9ral m\u00eame si c&#8217;est de fa\u00e7on contradictoire et diversifi\u00e9e. J&#8217;aspire \u00e0 avoir un poste d&#8217;enseignant chercheur \u00e0 l&#8217;universit\u00e9. Il se trouve que maintenant 50% des docteurs sont au ch\u00f4mage. Quand j&#8217;entends que les enseignants et les \u00e9tudiants de Rouen ont gagn\u00e9 la cr\u00e9ation d&#8217;une centaine de postes \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 de Rouen, je me dis: voil\u00e0, ma chance, elle est l\u00e0, ma perspective.<\/p>\n<p> <strong> Marie-Pierre : <\/strong> Je me reconnais beaucoup dans ce que tu as dit. Je fais Lettres et je me retrouve \u00e0 peu pr\u00e8s dans la m\u00eame situation. Je trouve que le capitalisme est \u00e0 bout de force mais il a encore la force de briser des vies enti\u00e8res.<\/p>\n<p> ** Justement Robert Hue revient sur la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9passer cette forme de soci\u00e9t\u00e9 tout en pr\u00e9conisant un nouveau mode de transformation sociale. Il revient sur le d\u00e9bat r\u00e9forme\/r\u00e9volution, qu&#8217;en pensez-vous ?<\/p>\n<p>** <\/p>\n<p> <strong> Pascal : <\/strong> Il faudrait se poser la question: qu&#8217;est-ce que c&#8217;est \u00eatre r\u00e9volutionnaire au quotidien ? On s&#8217;engage dans une r\u00e9volution qui sera un processus et non un grand soir. Sur le capitalisme \u00e0 bout de souffle, je r\u00e9pondrai oui et non. Oui quand j&#8217;entends qu&#8217;on va m&#8217;imposer la CSG avec remboursement de la dette sociale. Non quand je vois &#8221; le mouvement r\u00e9volutionnaire &#8221; qui s&#8217;est \u00e9croul\u00e9 \u00e0 l&#8217;Est, ce qui donne au capitalisme un second souffle.<\/p>\n<p> <strong> Fr\u00e9d\u00e9ric : <\/strong> Juste un mot l\u00e0-dessus. Je pense qu&#8217;il y a une sorte d&#8217;ambigu\u00eft\u00e9. Quand je dis capitalisme \u00e0 bout de souffle, je ne pense pas du tout que le capitalisme soit \u00e0 bout de souffle dans ses capacit\u00e9s \u00e0 pr\u00e9server son pouvoir, \u00e0 le conserver. Je crois qu&#8217;il n&#8217;y a aucune fatalit\u00e9 historique \u00e0 ce qu&#8217;il s&#8217;\u00e9tiole de lui-m\u00eame. Mais c&#8217;est le capitalisme \u00e0 bout de souffle dans sa capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins des gens. Et \u00e7a n&#8217;a pas toujours \u00e9t\u00e9 le cas. Sur r\u00e9forme, r\u00e9formisme, il y a quelque chose qui me para\u00eet \u00eatre une \u00e9vidence, c&#8217;est le lien qui existe entre luttes g\u00e9n\u00e9rales, luttes concr\u00e8tes, changement de soci\u00e9t\u00e9. Le premier probl\u00e8me d&#8217;un individu c&#8217;est de transformer concr\u00e8tement les choses, c&#8217;est de changer sa vie. J&#8217;ai envie d&#8217;un poste \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9, je sens que \u00e7a pose la question d&#8217;une autre Universit\u00e9, d&#8217;un autre financement de l&#8217;Universit\u00e9, d&#8217;une autre conception de la recherche dans ce pays. Autant de choses qui petit \u00e0 petit m&#8217;apparaissent de fa\u00e7on de plus en plus flagrante, incompatibles avec la fa\u00e7on dont le &#8221; capitalisme &#8221; s&#8217;occupe de l&#8217;Universit\u00e9.<\/p>\n<p> <strong> Marianne : <\/strong> Ce que je trouve un peu d\u00e9sarmant, c&#8217;est que le capitalisme ne peut pas s&#8217;effondrer comme \u00e7a, du jour au lendemain, mais en m\u00eame temps, les luttes dans le capitalisme, \u00e0 chaque fois, trouvent une r\u00e9ponse capitaliste.<\/p>\n<p> <strong>  Cela nous am\u00e8ne au lien entre luttes, action et politique. Est-ce que ce que dit Robert Hue sur l&#8217;union vous fait r\u00e9agir ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Marie-Pierre : <\/strong> Tout \u00e0 l&#8217;heure, dans une Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 la fac de Nanterre, on a fait le tour de la question. On est parti des probl\u00e8mes concrets, de la fac Pasqua. Les \u00e9tudiants ont dit: on ne veut plus de cette universit\u00e9. L&#8217;un d&#8217;entre eux est descendu en bas de l&#8217;amphi et a dit: &#8221; Moi je ne suis pas syndiqu\u00e9, je suis pas politis\u00e9, mais je sens bien qu&#8217;il faut changer politiquement les choses, changer en m\u00eame temps au niveau politique, parce que si on veut changer fondamentalement, il faut changer les hommes, il faut changer les options.j&#8217;aimerais bien que les partis politiques s&#8217;expliquent &#8220;. Les gens sont \u00e0 bout de nerfs, ils n&#8217;en peuvent plus, \u00e0 un certain moment, \u00e7a peut se radicaliser et il faudra r\u00e9pondre politiquement tout de suite. Nous, on doit aider \u00e0 \u00e7a.<\/p>\n<p> ** Robert Hue dit que l&#8217;insatisfaction, le m\u00e9contentement qui grandissent ne conduisent pas syst\u00e9matiquement \u00e0 des choix progressistes. Il y a des risques. Il donne un certain nombre de propositions du parti communiste, par exemple sur l&#8217;utilisation de l&#8217;argent, la conception du travail. Est-ce que ces propositions sont convaincantes et qu&#8217;est-ce qui bloque ?<\/p>\n<p>** <\/p>\n<p> <strong> Pascal : <\/strong> Les profs r\u00e9clament les d\u00e9doublements de classes. C&#8217;est un mot d&#8217;ordre syndical que j&#8217;ai port\u00e9 passivement jusqu&#8217;\u00e0 cette ann\u00e9e. Jusqu&#8217;au moment o\u00f9, cette ann\u00e9e, je me suis coltin\u00e9 avec une autre forme de p\u00e9dagogie, faire en sorte que les m\u00f4mes soient acteurs et cr\u00e9ateurs eux-m\u00eames de leurs connaissances, alors l\u00e0 les d\u00e9doublements sont devenus une n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p> <strong> Fr\u00e9d\u00e9ric : <\/strong> J&#8217;avais \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par le fait que par exemple des \u00e9tudiants r\u00e9agissaient au fait que de jeunes salari\u00e9s demandaient le SMIC \u00e0 7 000 F en disant: c&#8217;est pas cr\u00e9dible, et que par contre quand eux demandaient le doublement du budget de l&#8217;enseignement sup\u00e9rieur, \u00e7a leur paraissait beaucoup plus cr\u00e9dible. Et en quelque sorte, inversement. Il y a vraiment un lien entre la cr\u00e9dibilit\u00e9 d&#8217;une proposition et le nombre de gens qui la porte. Une proposition est d&#8217;autant plus cr\u00e9dible qu&#8217;elle est \u00e9labor\u00e9e par les gens eux-m\u00eames.<\/p>\n<p> <strong> Marie-Pierre : <\/strong> Je crois que le plus dur c&#8217;est de trouver le geste pour porter la proposition. Ce qui m&#8217;a permis vraiment d&#8217;\u00eatre pacifiste, c&#8217;est le fait que le parti l&#8217;articuler avec l&#8217;argent de l&#8217;\u00e9ducation. Et je crois qu&#8217;\u00e0 chaque fois il faut vraiment trouver le geste en concordance avec la proposition, autrement \u00e0 un certain moment c&#8217;est quelque chose d&#8217;abstrait auquel on ne peut pas adh\u00e9rer.<\/p>\n<p> ** Le peuple acteur. Cela tient beaucoup de place dans le livre de Robert Hue. Il dit aussi: nous voulons dialoguer avec les autres forces politiques, et en particulier ceux qui se disent progressistes, de gauche, mais autrement que ce qu&#8217;on a fait dans le pass\u00e9.<\/p>\n<p>** <\/p>\n<p> <strong> Marianne : <\/strong> Je ne m&#8217;y retrouvais pas du tout sur le plan syndical. Quand je vois la d\u00e9sunion entre les syndicats, je me dis que la question de l&#8217;union, elle se pose l\u00e0 aussi. L&#8217;union, oui, l&#8217;union partout. Et la politique doit y contribuer.<\/p>\n<p> <strong> Marie-Pierre : <\/strong> Comme je suis responsable syndicale, je me suis pench\u00e9e tout de suite sur la question de l&#8217;unit\u00e9. C&#8217;est tr\u00e8s complexe. Nous avons deux syndicats \u00e9tudiants de gauche, l&#8217;UNEF et l&#8217;UNEF-ID, et c&#8217;est vrai que quand on arrive \u00e0 la fac, on ne comprend pas pourquoi il y a deux organisations s\u00e9par\u00e9es. On pense mieux vaudrait une seule. C&#8217;est la th\u00e9orie. Apr\u00e8s, pour la pratique, il faut \u00eatre deux et \u00e7a veut dire qu&#8217;on a des choses \u00e0 prendre chacun de l&#8217;autre. Je suis en ce moment amen\u00e9e \u00e0 beaucoup discuter avec des jeunes qui sont engag\u00e9s politiquement mais pas forc\u00e9ment dans la m\u00eame organisation que moi. Je d\u00e9couvre qu&#8217;il ne suffit pas d&#8217;arriver autour d&#8217;une table et de dire voil\u00e0 on va rassembler. Il faut entendre aussi. Entendre qu&#8217;ils sont diff\u00e9rents, ne pas leur demander d&#8217;\u00eatre comme nous. La volont\u00e9 d&#8217;unit\u00e9 dans une manif comme le 10 octobre a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s forte. Pour les gens \u00e7a va tellement mal qu&#8217;ils ont envie de voir des gestes d&#8217;union qui leur donnent confiance. Sur ce point-l\u00e0 j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s convaincue par le livre, \u00e7a m&#8217;a vraiment fait du bien de le lire, de me dire que m\u00eame l\u00e0-dessus les questions ne sont pas si simples, l\u00e0 aussi il y a une histoire. Les socialistes, on ne peut pas leur demander d&#8217;\u00eatre des communistes, et pourtant il faut travailler avec eux, et avec d&#8217;autres plut\u00f4t gauchisants, d&#8217;autres anarchisants, des gens qui sont de gauche mais sans rep\u00e8re vraiment strict&#8230;<\/p>\n<p> <strong> Marianne : <\/strong> Chez les socialistes, pour moi, il y a deux c\u00f4t\u00e9s, ceux qui veulent reprendre le pouvoir. Avec eux c&#8217;est peut-\u00eatre plus difficile de renouer un dialogue, parce qu&#8217;on n&#8217;est peut-\u00eatre pas sur le m\u00eame plan. Et puis il y a tous ceux qui sont tr\u00e8s d\u00e9\u00e7us par ce qui s&#8217;est pass\u00e9 ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es. Avec eux, le dialogue peut \u00eatre tr\u00e8s fructueux.<\/p>\n<p> <strong> Pascal : <\/strong> Dialoguer autrement, oui, \u00e0 une seule condition, de mettre en pratique une transparence politique comme jamais on l&#8217;a mise en pratique, et je dis jamais ! Je suis secr\u00e9taire de cellule des enseignants de mon coll\u00e8ge. J&#8217;y ai mis une condition, que les r\u00e9unions de cellule soient ouvertes aux non communistes. On y d\u00e9bat de nos contradictions, de nos d\u00e9saccords ouvertement. R\u00e9sultat des courses, avant on se r\u00e9unissait \u00e0 deux, maintenant on est quinze syst\u00e9matiquement. La vraie critique de l&#8217;union de la gauche, c&#8217;est la critique de son absence de transparence.<\/p>\n<p> <strong>  La mutation, alors qu&#8217;est-ce que c&#8217;est pour vous ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Fr\u00e9d\u00e9ric : <\/strong> Depuis que je suis au parti, le parti change, revendique de changer. Je trouve qu&#8217;effectivement il a sensiblement chang\u00e9. Je l&#8217;ai senti dans ma vie militante. Aujourd&#8217;hui, il y a vraiment un saut qualitatif. Ce qui permet de parler de mutation aujourd&#8217;hui plut\u00f4t qu&#8217;hier. Elle pose des probl\u00e8mes nouveaux aux communistes et implique qu&#8217;ils les abordent avec des conceptions nouvelles, en partant du r\u00e9el, sans a priori.<\/p>\n<p> <strong> Marie-Pierre : <\/strong> Je trouve que \u00e7a va tr\u00e8s vite dans le parti communiste. J&#8217;ai adh\u00e9r\u00e9 en 1988 pour faire la campagne pr\u00e9sidentielle. Et c&#8217;est vrai que, de 88 \u00e0 aujourd&#8217;hui, il y a eu un nouveau souffle. Je me sens beaucoup mieux \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du parti, beaucoup mieux communiste. M\u00eame si je ne vois pas encore suffisamment cette mutation dans ma vie quotidienne et dans les r\u00e9unions du parti que je fr\u00e9quente. Finalement le meilleur moyen c&#8217;est que moi j&#8217;y contribue aussi parce que apr\u00e8s je peux toujours dire ma cellule &#8221; c&#8217;est pas \u00e7a &#8220;, mais comment je fais, moi, pour changer les choses ?<\/p>\n<p> <strong> Marianne : <\/strong> C&#8217;est un peu difficile pour moi d&#8217;en parler parce que c&#8217;est nouveau. Pour l&#8217;instant, \u00e7a se passe tr\u00e8s bien. Je suis en train de monter une cellule \u00e0 la Cit\u00e9 des Sciences. J&#8217;ai des camarades tout autour ne serait-ce que parce que je vis avec un militant, ce qui fait que tr\u00e8s vite ils m&#8217;ont aid\u00e9e, \u00e7a m&#8217;a remont\u00e9 le moral, je me sentais moins seule, j&#8217;avais l&#8217;impression de servir \u00e0 quelque chose.\u00e7a y est, c&#8217;est lanc\u00e9. Mais j&#8217;ai un copain, qui fera sans doute partie de la nouvelle cellule, qui m&#8217;a dit que lui en revanche, l\u00e0 o\u00f9 il \u00e9tait, c&#8217;est difficile de travailler sur la mutation avec les anciens militants. Il a face \u00e0 lui des gens tout \u00e0 fait bloqu\u00e9s.<\/p>\n<p> <strong> Pascal : <\/strong> J&#8217;ai envie de dire que la mutation est aussi difficile avec les jeunes. Il y a des jeunes \u00e9lus qui sont aussi scl\u00e9ros\u00e9s que les anciens militants, je connais des vieux militants qui sont d&#8217;une grande ouverture, qui sont des &#8221; sages &#8220;. Le titre que j&#8217;aurais bien aim\u00e9, c&#8217;est la mutation permanente.\u00e7a fait un peu pr\u00e9tentieux la mutation. J&#8217;ai envie de dire \u00e0 Robert Hue: attention prudence, d&#8217;autres avant toi ont proclam\u00e9 communisme &#8221; la mutation &#8220;. Il faut qu&#8217;on ait conscience que de toutes fa\u00e7ons on sera en mutation perp\u00e9tuelle. Il faut remettre la contradiction au coeur de nos pratiques, de nos analyses. La contradiction c&#8217;est le moteur vivant.<\/p>\n<p> <strong> Fr\u00e9d\u00e9ric : <\/strong> Evidemment, l&#8217;id\u00e9e de mutation permanente, je la partage. Mais je ne veux pas att\u00e9nuer le fait qu&#8217;il y a vraiment quelque chose de l&#8217;ordre d&#8217;une rupture en ce moment, une rupture dans la fa\u00e7on dont on veut concevoir le parti. J&#8217;ai l&#8217;impression que le parti communiste fran\u00e7ais est en train d&#8217;essayer d&#8217;inventer une organisation r\u00e9volutionnaire qui n&#8217;a jamais exist\u00e9, en revendiquant ses racines, en ne partant pas de rien, au contraire, et en modifiant sa fa\u00e7on de concevoir l&#8217;intervention du parti vis \u00e0 vis du peuple. Je trouve vraiment importantes les nouvelles affirmations du r\u00f4le de l&#8217;individu, du lien entre l&#8217;individu et le collectif. Une autre fa\u00e7on de concevoir la v\u00e9rit\u00e9, de concevoir l&#8217;analyse de la r\u00e9alit\u00e9, voil\u00e0 autant de choses qui me paraissent \u00eatre une rupture.<\/p>\n<p> <strong> Marie-Pierre : <\/strong> J&#8217;aime bien le terme mutation, j&#8217;aurais pas aim\u00e9 que Robert Hue \u00e9crive par exemple la rupture ou un truc comme \u00e7a, parce que je ne crois pas que ce soit le cas. Aujourd&#8217;hui on veut aller plus vite et aller plus loin, mais c&#8217;est pas du pass\u00e9 faisons table rase.<\/p>\n<p> ** Robert Hue va lire vos remarques, et votre discussion \u00e0 propos de son livre. Il a dit que c&#8217;\u00e9tait une r\u00e9flexion personnelle et que ce qui \u00e9tait surtout int\u00e9ressant c&#8217;est que sa propre r\u00e9flexion suscite r\u00e9flexions, d\u00e9bats, dialogues entre les communistes et avec d&#8217;autres. Merci d&#8217;avoir r\u00e9agi \u00e0 chaud et avoir contribu\u00e9, vous aussi, \u00e0 lancer le d\u00e9bat.<\/p>\n<p>**<\/p>\n<p>* Journaliste alg\u00e9rien.<\/p>\n<p>1. A la mi septembre 1995.(Chaque candidature, pour \u00eatre valid\u00e9e, devait recueillir 75.000 signatures \u00e9manant de 20 Wilayas sur 43).<\/p>\n<p>2. Apr\u00e8s l&#8217;ind\u00e9pendance, on nommait &#8221; Shab El 404 &#8221; ceux qui poss\u00e9daient des Peugeot 404.A pr\u00e9sent ils ont des centaines de milliards.<\/p>\n<p>3. Le 17 mars 1994, le d\u00e9put\u00e9 Jean Ziegler a confirm\u00e9 \u00e0 Alger R\u00e9publicain l&#8217;existence, dans les banques suisses, de sommes importantes appartenant \u00e0 des Alg\u00e9riens.<\/p>\n<p>4. Douze milliards de FF.Ce chiffre est aujourd&#8217;hui nettement sup\u00e9rieur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Pascal Diard, Fr\u00e9d\u00e9ric Olive, Marie-Pierre Vieu, Marianne Bruller <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-140","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/140","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=140"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/140\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=140"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=140"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=140"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}