{"id":1390,"date":"1999-04-01T00:00:00","date_gmt":"1999-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/man-ray-expose-chez-elsa-et-louis1390\/"},"modified":"1999-04-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-03-31T22:00:00","slug":"man-ray-expose-chez-elsa-et-louis1390","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1390","title":{"rendered":"Man Ray expos\u00e9 chez Elsa et Louis"},"content":{"rendered":"<p>C&#8217;est un bout du monde de la banlieue parisienne. Un trou de verdure de six hectares au moins. Au centre, un moulin sans ailes qui s&#8217;appuie sur le coude d&#8217;une rivi\u00e8re. Aragon et Elsa aimaient \u00e0 s&#8217;y retrouver, loin du tout-Paris. Rien n&#8217;a boug\u00e9. Ni les meubles, ni les livres, ni la chambre, pas m\u00eame les deux bureaux. Il y a une cravate violette n\u00e9gligemment jet\u00e9e sur un coin de table. et les feuilles du calendrier ont fait retrait le 16 juin 1970, \u00e0 la mort d&#8217;Elsa. Nous \u00e9tonne, sous les murs, un bruit d&#8217;eau en fuite. Est-ce une source perdue qui ressort ? Les deux amants ne s&#8217;y enfonc\u00e8rent-ils pas, en pens\u00e9e, dans les obscures profondeurs de leur pass\u00e9 respectif ? Purification ? Dissolution \u00e0 deux ? Nul ne sait. On pense aussi \u00e0 l&#8217;Ile Saint-Louis, bien camp\u00e9e sur une veine de la Seine, o\u00f9 Aur\u00e9lien, h\u00e9ros \u00e9ponyme porta sa vie d\u00e9faite dans l&#8217;apr\u00e8s-guerre de 14. Il para\u00eet qu&#8217;Aragon, pour faire silence, ouvrait les vannes. Un autre silence eut lieu. Les voil\u00e0 c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, car la mort ne &#8220;les aura pas s\u00e9par\u00e9s plus s\u00fbrement que la guerre&#8221; de leur vivant, ainsi que dit la pierre sous laquelle ils reposent.<\/p>\n<p>Dans ce lieu d&#8217;un pr\u00e9sent d\u00e9finitif, on expose aujourd&#8217;hui des tirages photographiques, d&#8217;apr\u00e8s des intern\u00e9gatifs d&#8217;oeuvres originales de Man Ray, l&#8217;ami. Amiti\u00e9 chaotique toutefois. Les liens se distendent en 1930. Aragon quitte le groupe surr\u00e9aliste. Man Ray lui reste fid\u00e8le, m\u00eame s&#8217;il fait fi des d\u00e9bats politiques et th\u00e9oriques qui animent la p\u00e9riode. En 1966, les deux hommes se retrouvent : Man Ray illustre Aur\u00e9lien dans les OEuvres romanesques crois\u00e9es. De lui, Aragon dira : &#8220;Man Ray, qui a apprivois\u00e9 les plus grands yeux du monde, r\u00eave \u00e0 sa fa\u00e7on avec des porte-couteaux et des sali\u00e8res : il donne un sens \u00e0 la lumi\u00e8re et voil\u00e0 qu&#8217;elle sait parler.&#8221; Ici, nul fer \u00e0 repasser h\u00e9riss\u00e9 de clous, mais des nus, des visages, des portraits d\u00fbment solaris\u00e9s, soulign\u00e9s au fusain, argent\u00e9s comme ventres de truites au soleil. Manque certes &#8220;l&#8217;inconnue de la Seine&#8221;, d\u00e9sormais ins\u00e9parable de l&#8217;\u00e9vocation de B\u00e9r\u00e9nice. Il y a l\u00e0 d&#8217;autres chefs-d&#8217;oeuvre, doublement salu\u00e9s puisqu&#8217;ils sont mis en vente, \u00e0 des prix modiques (il faut compter 2 000 francs pour une photo).<\/p>\n<p>Surr\u00e9aliste est l&#8217;accrochage, o\u00f9 les yeux d&#8217;Elsa font bon m\u00e9nage (!) avec ceux de Nancy Cunard, m\u00e9c\u00e8ne fantaisiste, issue d&#8217;une grande famille, dont Aragon, avant de rencontrer Elsa, tomba fou d&#8217;amour. La Cunard lui en fit voir de toutes les couleurs, le troqua contre un musicien noir. &#8220;Elle n&#8217;aimait que ce qui passe et j&#8217;\u00e9tais la couleur du temps&#8221;, avait-il \u00e9crit. Pour elle, contre elle, il tenta \u00e0 Venise de se suicider. L&#8217;ancien m\u00e9decin des Arm\u00e9es ingurgita trop de barbituriques. Il en r\u00e9chappa. Gu\u00e9rit.<\/p>\n<p>C&#8217;est aussi Kiki de Montparnasse, qui &#8220;amenait son nez pointu&#8221;, aux dires d&#8217;Elsa. Man Ray, t\u00f4t d\u00e9barqu\u00e9 d&#8217;Am\u00e9rique dans les valises de Duchamp, la rencontre \u00e0 l&#8217;h\u00f4tel Istria. Il y a l\u00e0 du beau monde : Elsa, en t\u00eate, mais aussi Picabia, L\u00e9ger, Duchamp. Des nus de Kiki que Man Ray r\u00e9alisa, mais d&#8217;autres aussi bien, il se plaisait \u00e0 dire : &#8220;Ils ont toujours constitu\u00e9 pour moi un th\u00e8me de pr\u00e9dilection, aussi bien dans mes peintures que dans mes photos, et je dois avouer que cela n&#8217;est pas seulement \u00e0 imputer \u00e0 des raisons purement artistiques.&#8221; Et ceci encore : &#8220;Je dis que photographier un nu demandait un effort extraordinaire, plus le mod\u00e8le \u00e9tait beau, plus il \u00e9tait difficile de cr\u00e9er quelque chose qui rend\u00eet justice \u00e0 sa beaut\u00e9.&#8221; Il y parvint, avec ce sens du moment \u00e0 saisir o\u00f9, comme l&#8217;\u00e9crivait Aragon : &#8220;Dans l&#8217;expression d&#8217;un visage s&#8217;\u00e9tablit l&#8217;\u00e9quilibre entre le rire et l&#8217;action.&#8221;<\/p>\n<p>L&#8217;exposition &#8220;Man Ray&#8221; se tient \u00e0 la maison Elsa Triolet-Aragon, Moulin de Villeneuve, 78730 Saint-Arnoult-en-Yvelines, jusqu&#8217;au 1er novembre 1999. Ouvert samedi, dimanche et jours f\u00e9ri\u00e9s, de 14 \u00e0 18 heures. T\u00e9l. 01 30 41 20 15.<\/p>\n<p>Signalons que Man Ray, sous les traits de l&#8217;acteur Bruce Meyers, est l&#8217;un des personnages du film Disparus de Gilles Bourdos, actuellement sur les \u00e9crans.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&#8217;est un bout du monde de la banlieue parisienne. Un trou de verdure de six hectares au moins. Au centre, un moulin sans ailes qui s&#8217;appuie sur le coude d&#8217;une rivi\u00e8re. Aragon et Elsa aimaient \u00e0 s&#8217;y retrouver, loin du tout-Paris. Rien n&#8217;a boug\u00e9. 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