{"id":139,"date":"1995-11-01T00:00:00","date_gmt":"1995-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/des-elections-algeriennes-sous139\/"},"modified":"1995-11-01T00:00:00","modified_gmt":"1995-10-31T23:00:00","slug":"des-elections-algeriennes-sous139","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=139","title":{"rendered":"Des \u00e9lections alg\u00e9riennes sous haute surveillance"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">  Avant comme apr\u00e8s l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle du 16 novembre, une issue progressiste et pacifique \u00e0 la crise alg\u00e9rienne suppose que le mouvement de r\u00e9sistance s&#8217;unisse sur une alternative de progr\u00e8s. <\/p>\n<p>Cinq candidats se pr\u00e9sentent \u00e0 l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle: Mahfoud Nahnah, Liamine Z\u00e9roual, Norredine Boukrouh, Sa\u00efd Sadi, Redha Malek (1). Si aucun ne remet en cause l&#8217;application du plan d&#8217;ajustement structurel du Fonds mon\u00e9taire international (FMI), il serait erron\u00e9 de les confondre. Deux d&#8217;entre eux, Sa\u00efd Sadi et Redha Malek, sont des d\u00e9mocrates oppos\u00e9s \u00e0 tout compromis avec l&#8217;int\u00e9grisme religieux<\/p>\n<p> <strong>  L&#8217;objectif v\u00e9ritable de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle  <\/strong><\/p>\n<p>Au del\u00e0 des candidatures, quel objectif vise l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle ? Remarquons d&#8217;abord que pour faire face \u00e0 sa crise structurelle, le syst\u00e8me capitaliste fait tout pour imposer une voie n\u00e9o-lib\u00e9rale aux pays d\u00e9colonis\u00e9s et les re-coloniser par le biais du FMI et de la Banque mondiale. L&#8217;Alg\u00e9rie n&#8217;y a pas \u00e9chapp\u00e9. En 1962, la classe ouvri\u00e8re et la bourgeoisie \u00e9taient embryonnaires (2). La petite-bourgeoisie, ayant conduit la guerre de lib\u00e9ration nationale, jouissait d&#8217;un prestige et d&#8217;une l\u00e9gitimit\u00e9 historiques incontestables. Elle prit en main l&#8217;appareil d&#8217;Etat. Trente trois ans apr\u00e8s, une partie d&#8217;entre elle fait d\u00e9sormais partie de la bourgeoisie. Deux fractions de celle-ci, les bourgeoisies compradore d&#8217;Etat et priv\u00e9e, renforc\u00e9es par les mesures de lib\u00e9ralisation prises par la pr\u00e9sidence de Chadli ont pris une ampleur consid\u00e9rable depuis les ann\u00e9es 80. La restructuration des entreprises, con\u00e7ue par le bureau d&#8217;\u00e9tudes am\u00e9ricain Mc Kinsey, a en outre favoris\u00e9 l&#8217;importation et les activit\u00e9s sp\u00e9culatives. La bourgeoisie compradore d&#8217;Etat poss\u00e8de \u00e0 pr\u00e9sent 37 milliards de dollars (3) dans des banques \u00e9trang\u00e8res. Tandis que sa rivale contr\u00f4le l&#8217;essentiel du march\u00e9 parall\u00e8le, pass\u00e9 de 1,2 milliard de DA (dinars alg\u00e9riens) en 1971 \u00e0 116 milliards de DA en 1988 (4), (soit 96 fois plus en dix sept ans), et b\u00e9n\u00e9ficie d&#8217;une \u00e9vasion fiscale \u00e9valu\u00e9e \u00e0 100 milliards de DA par an. Ces deux forces agissent de fa\u00e7on compl\u00e9mentaire pour imposer en Alg\u00e9rie le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme et bloquer toute alternative de progr\u00e8s. Chacune d&#8217;elles veut imposer son h\u00e9g\u00e9monie \u00e0 l&#8217;autre, d&#8217;o\u00f9 les luttes violentes qui les opposent. Dans ce but de domination, m\u00eame la partie du pouvoir favorable au compromis avec l&#8217;int\u00e9grisme veut en \u00e9radiquer le terrorisme, rejet\u00e9 par les Alg\u00e9riens.<\/p>\n<p> <strong>  Recherche d&#8217;un compromis  <\/strong><\/p>\n<p>Ces deux fractions ont en m\u00eame temps tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 trouver un modus vivendi ainsi que l&#8217;indiquent les \u00e9v\u00e9nements de l&#8217;automne 1988: le pr\u00e9sident Chadli re\u00e7oit officiellement les chefs des partis religieux &#8211; Sahnoun, Abassi Madani, Ali Donhadj, Mahfoud Nahnah &#8211; afin de leur demander de ramener le calme dans les rues. Avant les \u00e9lections l\u00e9gislatives de 1991, il affirme implicitement dans une conf\u00e9rence de presse sa disponibilit\u00e9 \u00e0 cohabiter avec le FIS. Et surtout, avec la d\u00e9signation de L. Zeroual \u00e0 la t\u00eate de l&#8217;Etat, le &#8221; dialogue sans exclusive &#8220;, y compris donc avec le FIS, est mis officiellement en avant. Bien qu&#8217;en \u00e9chec, l&#8217;objectif est maintenu.<\/p>\n<p>Politique que poursuivra sans doute L. Z\u00e9roual si, compte tenu de l&#8217;\u00e9tat d&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 et du rapport des forces en g\u00e9n\u00e9ral, il est \u00e9lu. Il serait alors plus fort pour surmonter les obstacles qui ont jusqu&#8217;ici emp\u00each\u00e9 la r\u00e9alisation de ce compromis: l&#8217;hostilit\u00e9 d&#8217;une partie du pouvoir; l&#8217;existence d&#8217;un mouvement de r\u00e9sistance oppos\u00e9 \u00e0 l&#8217;int\u00e9grisme; la pression des extr\u00e9mistes islamistes, en particulier les terroristes qui en revendiquant tout le pouvoir refusent tout compromis. Ce dernier, encourag\u00e9 par le secr\u00e9taire d&#8217;Etat am\u00e9ricain, M. Pelletreau, dans sa &#8221; recommandation &#8221; (20 janvier 1995) au pouvoir alg\u00e9rien d'&#8221; \u00e9largir la base de son gouvernement &#8220;, vise l&#8217;application du plan d&#8217;ajustement structurel du FMI. L&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle permettant de cr\u00e9er des conditions plus favorables \u00e0 un partage du pouvoir entre les diff\u00e9rentes fractions alg\u00e9riennes de la bourgeoisie compradore avec la pr\u00e9sence d&#8217;int\u00e9gristes qui apporteraient &#8221; la caution de leur Islam &#8220;. Le pouvoir ainsi recompos\u00e9 jouirait alors d&#8217;une triple l\u00e9gitimit\u00e9: celle des urnes; celle de la religion; celle de l&#8217;Etat charg\u00e9 de la stabilit\u00e9 du pays en ces moments difficiles.<\/p>\n<p> <strong>  Mettre au pas les travailleurs  <\/strong><\/p>\n<p>Aboutissement du processus engag\u00e9 depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 80, ces \u00e9lections seront aussi utilis\u00e9es pour mettre au pas les travailleurs et avec eux, toutes celles et tous ceux qui s&#8217;opposeraient \u00e0 ces plans et proposeraient une alternative de progr\u00e8s. Pr\u00e9cis\u00e9ment, l&#8217;application du plan du FMI se heurte au m\u00e9contentement d&#8217;un nombre grandissant d&#8217;Alg\u00e9riens, face \u00e0 la chute de leur pouvoir d&#8217;achat; aux privatisations annonc\u00e9es le 23 ao\u00fbt; aux licenciements programm\u00e9s de centaines de milliers de travailleurs. La bourgeoisie alg\u00e9rienne tout autant que le syst\u00e8me capitaliste au plan international craignent ce mouvement de r\u00e9sistance populaire, qui, bien qu&#8217;embryonnaire, est potentiellement porteur de perspective. En effet, l&#8217;\u00e9tat d&#8217;esprit des Alg\u00e9riens a bien chang\u00e9 depuis quatre ans. Ils constatent que le terrorisme islamiste n&#8217;inqui\u00e8te pas plus les barons de l&#8217;ancien syst\u00e8me que les milliardaires, mais qu&#8217;il atteint les forces populaires, en premier lieu la classe ouvri\u00e8re.(Sur 6 388 victimes civiles en 1994, 2 407 sont des ouvriers, soit 37% des personnes assassin\u00e9es). Ils voient que ce terrorisme d\u00e9truit surtout les entreprises du secteur public &#8211; et avec elles 40.000 emplois &#8211; alors que le FMI exige la privatisation de certaines d&#8217;entre elles; qu&#8217;il d\u00e9truit les \u00e9coles des quartiers populaires et des villages. Les pertes mat\u00e9rielles se chiffrent \u00e0 2,5 milliards de dollars, soit l&#8217;\u00e9quivalent de la construction de 400 000 logements dans un pays qui en manque tant !<\/p>\n<p>De tout cela est n\u00e9 un mouvement de r\u00e9sistance. En d\u00e9pit des assassinats odieux et des viols, y compris de fillettes, de nombreuses Alg\u00e9riennes poursuivent la lutte anti-int\u00e9griste. Les citoyens, malgr\u00e9 les menaces du GIA, ont impos\u00e9 la rentr\u00e9e scolaire, se rendent \u00e0 leur travail, s&#8217;organisent en groupes d&#8217;autod\u00e9fense arm\u00e9s, etc. Les travailleurs, en mai-juin 1991, ont massivement refus\u00e9 de suivre le mot d&#8217;ordre de gr\u00e8ve insurrectionnelle du FIS, lui infligeant ainsi sa premi\u00e8re d\u00e9faite politique. Ce sont eux qui, aujourd&#8217;hui, luttent pour d\u00e9fendre leur pouvoir d&#8217;achat, s&#8217;opposer au plan de privatisation impos\u00e9 par le FMI, garantir le bon fonctionnement des services au p\u00e9ril de leur vie, tels les cheminots qui assurent la circulation des trains malgr\u00e9 les sabotages des int\u00e9gristes.<\/p>\n<p>La sortie de la crise ne d\u00e9pend pas de l&#8217;\u00e9ch\u00e9ance \u00e9lectorale du 16 novembre 1995. Avant comme apr\u00e8s ces \u00e9lections, si elles ont lieu, l&#8217;issue pacifique et progressiste est li\u00e9e en grande partie \u00e0 la capacit\u00e9 du mouvement de r\u00e9sistance \u00e0 se transformer en majorit\u00e9 r\u00e9elle autour d&#8217;une plate-forme d&#8217;action bas\u00e9e sur la d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie, du progr\u00e8s social et \u00e9conomique, de la solidarit\u00e9 internationale avec les forces progressistes mondiales. Sans attendre, c&#8217;est aux d\u00e9mocrates, par del\u00e0 leurs divergences importantes et r\u00e9elles, de trouver une unit\u00e9 d&#8217;action, au moins autour de la d\u00e9fense des libert\u00e9s d\u00e9mocratiques et de la lutte contre l&#8217;int\u00e9grisme.<\/p>\n<p>* Journaliste alg\u00e9rien.<\/p>\n<p>1. A la mi septembre 1995.(Chaque candidature, pour \u00eatre valid\u00e9e, devait recueillir 75.000 signatures \u00e9manant de 20 Wilayas sur 43).<\/p>\n<p>2. Apr\u00e8s l&#8217;ind\u00e9pendance, on nommait &#8221; Shab El 404 &#8221; ceux qui poss\u00e9daient des Peugeot 404.A pr\u00e9sent ils ont des centaines de milliards.<\/p>\n<p>3. Le 17 mars 1994, le d\u00e9put\u00e9 Jean Ziegler a confirm\u00e9 \u00e0 Alger R\u00e9publicain l&#8217;existence, dans les banques suisses, de sommes importantes appartenant \u00e0 des Alg\u00e9riens.<\/p>\n<p>4. Douze milliards de FF.Ce chiffre est aujourd&#8217;hui nettement sup\u00e9rieur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>  Avant comme apr\u00e8s l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle du 16 novembre, une issue progressiste et pacifique \u00e0 la crise alg\u00e9rienne suppose que le mouvement de r\u00e9sistance s&#8217;unisse sur une alternative de progr\u00e8s. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-139","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/139","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=139"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/139\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=139"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=139"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=139"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}