{"id":1375,"date":"1999-04-01T00:00:00","date_gmt":"1999-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/l-impitoyable-conservatisme-du1375\/"},"modified":"1999-04-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-03-31T22:00:00","slug":"l-impitoyable-conservatisme-du1375","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1375","title":{"rendered":"&#8216;L&#8217;impitoyable conservatisme du mouvement&#8217;"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Philosophe, \u00e9crivain et professeur \u00e0 l&#8217;\u00e9cole Polytechnique, Alain Finkielkraut \u00e9tait l&#8217;invit\u00e9 de la rencontre co-initi\u00e9e par regards et espacesmarx le 4 f\u00e9vrier 1999. L&#8217;auteur de la D\u00e9faite de la pens\u00e9e (Gallimard, 1989), du Nouveau d\u00e9sordre amoureux (Seuil, 1997) et de l&#8217;Humanit\u00e9 perdue (Seuil, 1998) venait de publier l&#8217;Ingratitude (Gallimard, 1999) et avait annonc\u00e9 un expos\u00e9 sur &#8220;le mythe du XXIe si\u00e8cle&#8221;&#8230; <\/p>\n<p>Alain Finkielkraut commen\u00e7ait par noter l&#8217;obsessionnel enthousiasme des progressistes pour le XXIe si\u00e8cle, s&#8217;y adaptant par avance, selon lui. Et de reprendre la curieuse question du philosophe polonais Kolakowski, exil\u00e9 en 1968 pour cause d&#8217;aspiration d\u00e9mocratique : &#8220;comment \u00eatre lib\u00e9ral-socialiste-conservateur ?&#8221;, et son mot d&#8217;ordre tout aussi \u00e9trange &#8220;Avancer vers l&#8217;arri\u00e8re !&#8221; Finkielkraut reprend \u00e0 son compte le raisonnement qui a pu y conduire.<\/p>\n<p>Le conservateur, tout d&#8217;abord : selon la tradition, il se d\u00e9fie du changement, fait son deuil d&#8217;une &#8220;fin de l&#8217;histoire&#8221;, refuse toute confiance aveugle \u00e0 la Raison, s&#8217;effraye de toute approche symbolique de la technique. Ce qui est possible n&#8217;est pas pour autant souhaitable pour lui, et la suppression du mal n&#8217;est pas conditionn\u00e9 par un changement social. Pour le conservateur, &#8220;la politique ne peut pr\u00e9tendre r\u00e9soudre tous les probl\u00e8mes humains&#8221;, &#8220;une part de notre mis\u00e8re est incurable&#8221;. Finkielkraut : &#8220;le XXe si\u00e8cle a donn\u00e9 raison \u00e0 cette m\u00e9fiance conservatrice.&#8221;<\/p>\n<p>Kolakowski remarquait ensuite que la tradition lib\u00e9rale refuse de brider la concurrence pour l&#8217;\u00e9galitarisme, par crainte du totalitarisme, et que la tradition socialiste voit dans l&#8217;omnipr\u00e9sence du march\u00e9 la menace d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 invivable, brisant sur son passage aussi bien l&#8217;art que les sciences et la religion.<\/p>\n<p>Finkielkraut poursuit : &#8220;Avancer vers l&#8217;arri\u00e8re ?&#8221; Les socialistes admettent le march\u00e9, les lib\u00e9raux assument l&#8217;h\u00e9ritage de l'&#8221;Etat-providence&#8221;, si bien qu&#8217;un seul personnage a disparu : le conservateur. Dans les m\u00e9dias, le qualificatif &#8220;d\u00e9rangeant&#8221; est devenu positif, et &#8220;orthodoxe&#8221; n\u00e9gatif. Une sorte de &#8220;r\u00e9volte subventionn\u00e9e&#8221;, commente Finkielkraut. L&#8217;app\u00e9tit du XXIe si\u00e8cle est fait d&#8217;esp\u00e9rance envers l&#8217;innovation et d&#8217;acceptation de toute innovation au nom de l&#8217;historicit\u00e9. Si bien que les techniques de manipulation de la mati\u00e8re, du vivant, de l&#8217;image, de l&#8217;information (hommage appuy\u00e9 \u00e0 R\u00e9gis Debray) finissent par ne plus inqui\u00e9ter personne (tel est du moins le pr\u00e9suppos\u00e9 de Finkielkraut) et provoquer un inqui\u00e9tant &#8220;pourquoi pas ?&#8221;<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, poursuit-il, toute r\u00e9sistance \u00e0 la nouveaut\u00e9 technique est tourn\u00e9e en d\u00e9rision. &#8220;Le mouvement est devenu notre loi&#8221;, \u00e0 l&#8217;inverse des p\u00e9riodes pass\u00e9es ; il n&#8217;y a donc plus de &#8220;conservateurs&#8221;. Et de prendre l&#8217;exemple du dopage en sport, &#8220;m\u00e9taphore de notre monde&#8221; : la seule innovation concevable serait l&#8217;arr\u00eat du dopage, donc le recul des performances ! Sous le nom honni de conservatisme, il y a le pourtant salutaire effort pour &#8220;s&#8217;arracher \u00e0 ce processus&#8221;. Conclusion avec Camus : toute g\u00e9n\u00e9ration se croit vou\u00e9e \u00e0 refaire le monde, alors que la t\u00e2che la plus importante est d&#8217;emp\u00eacher que le monde ne se d\u00e9fasse ! Et si \u00eatre progressiste aujourd&#8217;hui revenait \u00e0 s&#8217;opposer \u00e0 l'&#8221;impitoyable conservatisme du mouvement&#8221; ? (1)<\/p>\n<p>On s&#8217;en doute, cet expos\u00e9 ne pouvait qu&#8217;inviter le public \u00e0 un d\u00e9bat tous azimuts : Camus et la bombe atomique, l&#8217;\u00e9cole et l&#8217;ordinateur, la pens\u00e9e et la technique, Foucault et le pouvoir, le gauchisme et les cartes \u00e0 jouer du communisme, la discipline, la bio-\u00e9thique, l&#8217;information&#8230; Entre deux \u00e9changes passionn\u00e9s, Alain Finkielkraut glisse deux pistes de r\u00e9flexion originales. La premi\u00e8re : si, au temps de Marx, revenir \u00e0 la technique conduisait \u00e0 la mati\u00e8re, aujourd&#8217;hui le virtuel, l&#8217;abstraction, la d\u00e9mat\u00e9rialisation informatique engendrent parmi les praticiens des nouvelles technologies un \u00e9trange m\u00e9lange de technique et de folle spiritualit\u00e9. La seconde : le besoin d&#8217;information fut satisfait au XIXe si\u00e8cle, avec les journaux, donc bien avant la r\u00e9volution informationnelle.<\/p>\n<p>Soir\u00e9e stimulante, que le public quitta sans ingratitude&#8230;<\/p>\n<p>1. Cette proposition d&#8217;Alain Finkielkraut pouvait prendre un relief particulier en lisant le Monde des 21-22 f\u00e9vrier 1999, qui publiait un entretien avec Claude All\u00e8gre. Celui-ci : que personne n&#8217;ose plus qualifier &#8220;de gauche&#8221; : qualifiait l&#8217;ensemble des enseignants qui s&#8217;opposent \u00e0 sa politique de &#8220;r\u00e9volutionnaires du statu quo&#8221;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Philosophe, \u00e9crivain et professeur \u00e0 l&#8217;\u00e9cole Polytechnique, Alain Finkielkraut \u00e9tait l&#8217;invit\u00e9 de la rencontre co-initi\u00e9e par regards et espacesmarx le 4 f\u00e9vrier 1999. L&#8217;auteur de la D\u00e9faite de la pens\u00e9e (Gallimard, 1989), du Nouveau d\u00e9sordre amoureux (Seuil, 1997) et de l&#8217;Humanit\u00e9 perdue (Seuil, 1998) venait de publier l&#8217;Ingratitude (Gallimard, 1999) et avait annonc\u00e9 un expos\u00e9 sur &#8220;le mythe du XXIe si\u00e8cle&#8221;&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1375","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1375","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1375"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1375\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1375"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1375"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1375"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}