{"id":1371,"date":"1999-04-01T00:00:00","date_gmt":"1999-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/l-or-bleu-du-monde1371\/"},"modified":"1999-04-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-03-31T22:00:00","slug":"l-or-bleu-du-monde1371","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1371","title":{"rendered":"L&#8217;or bleu du monde"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Face \u00e0 la crise de l&#8217;eau d&#8217;un monde surpeupl\u00e9, le d\u00e9veloppement durable pr\u00e9conis\u00e9 par le rapport Bruntland reste la seule voie. <\/p>\n<p>Pendant les dix-neuf premiers si\u00e8cles de notre \u00e8re, la population mondiale a seulement d\u00e9cupl\u00e9. Puis en moins de dix ans, elle a augment\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s autant qu&#8217;elle ne l&#8217;avait fait, avant 1900, en deux mille ans ! En 1950, nous \u00e9tions 2,5 milliards d&#8217;humains. En 1990, 5 milliards. En juillet 1999, nous f\u00eaterons le sixi\u00e8me milliard&#8230; Les ressources en eau douce disponibles, elles, n&#8217;ont pas boug\u00e9 depuis l&#8217;origine.Aujourd&#8217;hui, un quart de la population mondiale (1,5 milliard d&#8217;hommes, de femmes et d&#8217;enfants) n&#8217;a pas acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;eau potable et 40 % (2,5 milliards) sont priv\u00e9s de syst\u00e8me d&#8217;assainissement, ce qui entra\u00eene la d\u00e9gradation de leur \u00e9tat sanitaire. Les statistiques de l&#8217;Organisation mondiale de la Sant\u00e9 d\u00e9nombraient, pour l&#8217;ann\u00e9e 1990, environ 1 milliard d&#8217;individus (une personne sur cinq alors) atteints de maladies diarrh\u00e9iques chroniques. Chaque ann\u00e9e, 2,5 millions de nos semblables, pour la plupart des enfants en bas \u00e2ge, en meurent.<\/p>\n<p><strong> Quel discoursquand on n&#8217;a pas d&#8217;eauni de quoi se nourrir ? <\/strong><\/p>\n<p>Pasteur, Berthollet (1), Belgrand (2), pourquoi nous avez-vous abandonn\u00e9s ? Pendant les ann\u00e9es 70, puis les ann\u00e9es 80, les Nations unies organis\u00e8rent deux &#8220;d\u00e9cennies de l&#8217;eau&#8221; et tous les experts de l&#8217;eau de la plan\u00e8te unirent leurs efforts. En vain. La situation g\u00e9n\u00e9rale, notamment celle des plus pauvres, n&#8217;a cess\u00e9 de se d\u00e9grader. Les causes du mal sont relativement bien identifi\u00e9es et r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00e0 l&#8217;envi dans les quelque deux cents conf\u00e9rences, colloques, symposiums (environ un par jour ouvrable) qui \u00e9gr\u00e8nent leur litanie de chiffres, de diagnostics, de sc\u00e9narios d&#8217;\u00e9volution. Aux hydrologues se sont joints des m\u00e9decins, des d\u00e9mographes, des \u00e9conomistes, des sociologues et, plus r\u00e9cemment, des politiques et des entrepreneurs. Cet \u00e9largissement, avec toute l&#8217;ambigu\u00eft\u00e9 qu&#8217;il peut comporter, est plut\u00f4t un encouragement. A quoi sert en effet de comprendre sans jamais agir, \u00e0 tout le moins au bon niveau ?En 1972, eut lieu, \u00e0 Stockholm, une grande conf\u00e9rence internationale sur l&#8217;environnement. Ce terme d\u00e9signait alors essentiellement la protection de la nature et l&#8217;inqui\u00e9tude devant l&#8217;\u00e9puisement des ressources naturelles et \u00e9nerg\u00e9tiques. Les \u00e9cologistes \u00e9taient issus (ce qui est toujours le cas) des pays les plus d\u00e9velopp\u00e9s. L&#8217;environnement apparut aux repr\u00e9sentants des pays les plus pauvres comme une nouvelle lubie des plus riches. Il convenait d\u00e9sormais d&#8217;emprunter les chemins de la vertu ? Ils comprenaient que les plus riches conserveraient leur avance, leur bloquant toute possibilit\u00e9 pratique de rattrapage. Quand on n&#8217;a pas d&#8217;eau ni de quoi se nourrir, il est difficile de supporter les discours sur la lutte contre le gaspillage. Pour ces assoiff\u00e9s, l&#8217;environnement est \u00e0 l&#8217;eau, ou plut\u00f4t au manque d&#8217;eau, ce que la brioche de Marie-Antoinette \u00e9tait au pain que r\u00e9clamait le peuple. Cela finit mal pour Marie-Antoinette.<\/p>\n<p><strong> Le concept anglo-saxonde d\u00e9veloppement durable <\/strong><\/p>\n<p>Il pourrait en aller de m\u00eame pour la plupart des politiques d&#8217;environnement, l\u00e0 o\u00f9 elles existent : dans les pays les plus riches, qui s&#8217;ing\u00e9nient \u00e0 traiter le superflu sans aborder l&#8217;essentiel. C&#8217;est ce qui apparut, apr\u00e8s la conf\u00e9rence de Stockholm, \u00e0 un certain nombre de participants. Parmi eux, Gro Harlem Brundtland qui, quinze ans plus tard, publia un rapport (3) qui pr\u00e9sentait le concept de d\u00e9veloppement durable (sustainable development). Sustainable : soutenable, supportable, durable, peu importe, puisqu&#8217;il ne s&#8217;agit pas d&#8217;une id\u00e9e fran\u00e7aise, d&#8217;o\u00f9 la difficult\u00e9 de l&#8217;exprimer dans notre langue nationale. Qu&#8217;on en juge : le d\u00e9veloppement durable : c&#8217;est la traduction officielle : est le compromis qui doit exister entre les n\u00e9cessit\u00e9s de prot\u00e9ger l&#8217;environnement, les efforts pour d\u00e9velopper la soci\u00e9t\u00e9 et les pr\u00e9occupations \u00e9conomiques des march\u00e9s agricoles, industriels, commerciaux et financiers.Cette approche anglo-saxonne concerne l&#8217;\u00e9quilibre \u00e0 \u00e9tablir entre des contraintes de soci\u00e9t\u00e9, d&#8217;environnement et d&#8217;\u00e9conomie. Dans ce but, des moyens de concertation sont \u00e9tablis entre les trois groupes d&#8217;int\u00e9r\u00eat : l&#8217;Etat pour la soci\u00e9t\u00e9, les citoyens pour l&#8217;environnement, les lobbies priv\u00e9s pour l&#8217;\u00e9conomie. De ce compromis \u00e0 trois niveaux, o\u00f9 chacun accepte de c\u00e9der quelque avantage aux deux autres, doit r\u00e9sulter une \u00e9volution harmonieuse accept\u00e9e (support\u00e9e) par tous. En appliquant ce concept aux ressources en eau, les \u00e9cologistes acceptent que d&#8217;autres priorit\u00e9s (l&#8217;emploi, la lutte contre la pauvret\u00e9&#8230;) d\u00e9calent des programmes d&#8217;\u00e9conomie d&#8217;eau ou de d\u00e9pollution. De m\u00eame, ils sont amen\u00e9s \u00e0 prendre en consid\u00e9ration l&#8217;expansion des secteurs agricole, industriel et marchand. Les deux autres groupes d&#8217;acteurs \u00e9vitent de leur c\u00f4t\u00e9 tout dirigisme excessif pour l&#8217;Etat, toute avidit\u00e9 exag\u00e9r\u00e9e pour le secteur priv\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Indicateurs de pauvret\u00e9,renforcement institutionnelet gouvernance <\/strong><\/p>\n<p>Force est de reconna\u00eetre qu&#8217;en France, nous n&#8217;aimons pas de tels \u00e9quilibres tertiaires. Nous sommes, de surcro\u00eet, attach\u00e9s \u00e0 d\u00e9finir o\u00f9 nous allons et pourquoi, plut\u00f4t que de savoir comment s&#8217;y prendre. Du d\u00e9veloppement durable, nous n&#8217;avons retenu que l&#8217;incantation conservatrice (pourvu que cela dure !) d&#8217;un avenir conforme au pr\u00e9sent. C&#8217;est faire fausse route. Le message semble avoir \u00e9t\u00e9 mieux compris sur le reste de la plan\u00e8te, sans doute parce que la situation hydraulique de nombreux pays est beaucoup plus pr\u00e9caire que la n\u00f4tre.Le sommet de la Terre \u00e0 Rio de Janeiro en 1992, au del\u00e0 de son retentissement m\u00e9diatique, n&#8217;a pas eu d&#8217;effets concrets notables. La conf\u00e9rence d&#8217;\u00e9valuation, \u00e0 New-York, en juin 1997, intitul\u00e9e &#8220;Rio 5&#8221;, l&#8217;a d&#8217;ailleurs soulign\u00e9.Une exception, toutefois, \u00e0 cette d\u00e9route : la cr\u00e9ation d&#8217;une Commission du d\u00e9veloppement durable aupr\u00e8s du secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral des Nations unies et l&#8217;apparition progressive d&#8217;outils dont l&#8217;usage semble prometteur :- les indicateurs de d\u00e9veloppement durable et les indicateurs de pauvret\u00e9 essaient d&#8217;adapter les instruments de mesure et d&#8217;\u00e9valuation aux situations de d\u00e9nuement que l&#8217;on rencontre partout. (4)- le renforcement institutionnel (capacity building), au lieu de se borner \u00e0 analyser les causes du manque d&#8217;eau, des m\u00e9faits des inondations ou encore des dangers de la pollution, consiste \u00e0 cr\u00e9er des structures administratives et op\u00e9rationnelles instaurant une politique locale concr\u00e8te (institutions, instruments juridiques, techniques, \u00e9conomiques, participation du public, formation).- la &#8220;gouvernance&#8221; (governance) est l&#8217;aptitude d\u00e9mocratique que les pouvoirs publics, la soci\u00e9t\u00e9 civile, les int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s d\u00e9ploient pour participer, voire diriger, le d\u00e9veloppement durable de leur environnement. Les comit\u00e9s de bassin en France, un grand nombre d&#8217;organisations non gouvernementales, un peu partout dans le monde, sont des exemples de gouvernance. Lorsqu&#8217;un tel contr\u00f4le d\u00e9mocratique est op\u00e9rationnel, c&#8217;est-\u00e0-dire qu&#8217;il responsabilise tous les usagers de l&#8217;eau, on parle de &#8220;bonne gouvernance&#8221;.<\/p>\n<p><strong> Penser globalement, agir localement,la port\u00e9e d&#8217;un slogan <\/strong><\/p>\n<p>Les grandes soci\u00e9t\u00e9s d&#8217;eau du secteur priv\u00e9 (en France, Suez-Lyonnaise des eaux, Vivendi-Compagnie g\u00e9n\u00e9rale des eaux, et l&#8217;association Saur-Bouygues-Electricit\u00e9 de France) ont \u00e9galement innov\u00e9 sur le plan juridique. Le d\u00e9veloppement de nouvelles formes de contrats de d\u00e9l\u00e9gation de service public comme le BOT (6) font plus pour d\u00e9velopper l&#8217;alimentation en eau potable et l&#8217;assainissement dans les tr\u00e8s grandes villes mondiales que des d\u00e9cennies enti\u00e8res d&#8217;une politique craintive de pr\u00eats internationaux classiques.A l&#8217;oppos\u00e9, la g\u00e9n\u00e9ralisation du micro-cr\u00e9dit se basant sur l&#8217;exemple de la Banque Grameen (7) au Bangladesh soul\u00e8ve \u00e9norm\u00e9ment d&#8217;espoirs et constitue, \u00e0 n&#8217;en pas douter, une des grandes innovations de cette fin de si\u00e8cle.&#8221;Penser globalement, agir localement&#8221; \u00e9tait le slogan qui accompagnait la publication du rapport Brundtland sur le d\u00e9veloppement durable. Les slogans bien pens\u00e9s ont une grande port\u00e9e. Celui-ci pr\u00e9conise de proc\u00e9der \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 l&#8217;inverse de nos habitudes (qui consistent \u00e0 penser localement pour s&#8217;apercevoir qu&#8217;on ne peut agir globalement). Agir localement pour l&#8217;eau, c&#8217;est apprendre \u00e0 devenir responsable. Il est encore et toujours temps.<\/p>\n<p>* Gouverneur au Conseil mondial de l&#8217;eau, membre de l&#8217;Acad\u00e9mie de l&#8217;eau, professeur associ\u00e9 au Conservatoire national des Arts et m\u00e9tiers \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>1. Inventeur de l&#8217;eau de Javel.<\/p>\n<p>2. Ing\u00e9nieur d&#8217;Haussmann qui construisit les \u00e9gouts parisiens.<\/p>\n<p>3. Gro Harlem Brundtland, &#8220;Notre avenir \u00e0 tous&#8221;, rapport de la Commission mondiale sur l&#8217;Environnement et le D\u00e9veloppement. Oxford University Press, 1987.<\/p>\n<p>4. Voir l&#8217;agenda 21 de la Commission pour le d\u00e9veloppement durable et les indicateurs de pauvret\u00e9 du Programme des Nations unies pour le d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>6. Build, operate, transfer : construire, exploiter, transf\u00e9rer.<\/p>\n<p>7. Muhammad Yunus, la Banque des pauvres, Odile Jacob.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Face \u00e0 la crise de l&#8217;eau d&#8217;un monde surpeupl\u00e9, le d\u00e9veloppement durable pr\u00e9conis\u00e9 par le rapport Bruntland reste la seule voie. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1371","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1371","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1371"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1371\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1371"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1371"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1371"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}