{"id":13703,"date":"2022-08-09T14:51:36","date_gmt":"2022-08-09T12:51:36","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-manuel-bompard-une-force-d-alternative-prete-a-gouverner-demain\/"},"modified":"2023-06-24T00:30:48","modified_gmt":"2023-06-23T22:30:48","slug":"article-manuel-bompard-une-force-d-alternative-prete-a-gouverner-demain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=13703","title":{"rendered":"Manuel Bompard : \u00ab\u00a0Une force d&#8217;alternative pr\u00eate \u00e0 gouverner demain\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Figure centrale de la France insoumise, Manuel Bompard revient sur les conditions du rassemblement de la gauche. Le nouveau d\u00e9put\u00e9 d\u00e9finit aussi les perspectives et les responsabilit\u00e9s de cette alliance.<\/p>\n<p><strong> <em>Regards<\/em>. Avec le recul, comment expliquez-vous le revirement inattendu qu&#8217;a constitu\u00e9 l&#8217;accord entre les partis de gauche aux l\u00e9gislatives\u2009?<\/p>\n<p>Manuel Bompard.<\/strong> Il y a plusieurs facteurs mais, pour r\u00e9pondre \u00e0 la question, je veux d&#8217;abord revenir sur une petite musique qui revient souvent et qui consiste \u00e0 dire\u2009: \u00ab\u2009Mais pourquoi cet accord de toute la gauche et des \u00e9cologistes n&#8217;est-il pas intervenu avant, c&#8217;est-\u00e0-dire lors de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle\u2009?\u2009\u00bb Je crois que c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment le r\u00e9sultat de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle qui a permis l&#8217;accord politique aux l\u00e9gislatives. D&#8217;une certaine mani\u00e8re, la pr\u00e9sidentielle a tranch\u00e9 la question de l&#8217;orientation politique, c&#8217;est-\u00e0-dire celle \u00e0 partir de laquelle devait s&#8217;organiser le rassemblement de la gauche et des \u00e9cologistes. Et c&#8217;est une orientation de rupture qui a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e tr\u00e8s largement en t\u00eate du premier tour de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n<p><strong>C&#8217;est donc bien un accord politique et pas seulement \u00e9lectoral\u2026 Vos partenaires sont-ils clairs et sinc\u00e8res l\u00e0-dessus, en particulier le Parti socialiste\u2009?<\/strong><\/p>\n<p>Les premiers \u00e9changes que nous avons eus avec le Parti socialiste \u00e9taient exclusivement programmatiques. Nous n&#8217;avions, avant notre premi\u00e8re rencontre, aucune certitude sur l&#8217;issue. Il existait une possibilit\u00e9 que ces \u00e9changes permettent de renouer des relations de dialogue et de respect, sans n\u00e9cessairement aboutir \u00e0 un accord pour les \u00e9lections l\u00e9gislatives. Or d\u00e8s l&#8217;issue du premier tour de table, nous avons compris qu&#8217;il s&#8217;\u00e9tait pass\u00e9 quelque chose. Nous avons eu affaire \u00e0 un nouveau Parti socialiste, assumant sa rupture avec le quinquennat Hollande et marquant la fin de toute ambigu\u00eft\u00e9 dans son rapport au macronisme. Nous avons senti une envie partag\u00e9e d&#8217;avancer ensemble et une m\u00eame vision strat\u00e9gique pour la bataille des \u00e9lections l\u00e9gislatives\u2009: il fallait constituer une majorit\u00e9 \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e nationale pour gouverner le pays.<\/p>\n<p><strong>Une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, de nouvelles t\u00eates sont apparues lors de ces n\u00e9gociations. Cela a-t-il jou\u00e9 en faveur de cet accord\u2009?<\/strong><\/p>\n<p>Je le disais, plusieurs facteurs ont rendu cet accord possible. Le premier, c&#8217;est donc le r\u00e9sultat de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. Le deuxi\u00e8me, c&#8217;\u00e9tait la volont\u00e9 commune de ne pas repartir avec cinq ans de Macron et de se dire qu&#8217;il y avait une autre possibilit\u00e9. Je pense que le troisi\u00e8me facteur est effectivement g\u00e9n\u00e9rationnel. Autour de la table, personne n&#8217;avait de comptes \u00e0 r\u00e9gler. Chacun a eu la volont\u00e9 d&#8217;ouvrir une nouvelle phase, une nouvelle p\u00e9riode de nos relations. J&#8217;ai trouv\u00e9 nos discussions tr\u00e8s saines. Je ne nie pas la part de rapport de force dans ces discussions, mais elles se sont d\u00e9roul\u00e9es d&#8217;une mani\u00e8re respectueuse, sans volont\u00e9 d&#8217;\u00e9craser ou d&#8217;humilier. Un lien s&#8217;est cr\u00e9\u00e9 entre nous.<\/p>\n<p><strong>Que r\u00e9pondez-vous \u00e0 ceux qui pensent le contraire, qu&#8217;il y a chez vous une tentation h\u00e9g\u00e9monique\u2009?<\/strong><\/p>\n<p>On peut toujours regarder le verre \u00e0 moiti\u00e9 vide ou le verre \u00e0 moiti\u00e9 plein. J&#8217;observe que, si on avait appliqu\u00e9 une stricte r\u00e9partition des candidatures sur la base des r\u00e9sultats de l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, le Parti socialiste n&#8217;aurait probablement pas de groupe \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e nationale. Il n&#8217;y a donc pas eu de volont\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique. Une volont\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique aurait consist\u00e9 \u00e0 dire\u2009: \u00ab\u2009Voil\u00e0 notre proposition. Elle est \u00e0 prendre ou \u00e0 laisser.\u2009\u00bb \u00c7a n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 le cas. Ce que je dis pour le PS vaut aussi pour le PCF et, \u00e9videmment, les \u00e9cologistes qui n&#8217;avaient pas de groupe lors de la pr\u00e9c\u00e9dente l\u00e9gislature. Je rappelle aussi que nos d\u00e9saccords n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 mis sous le tapis et que nous avons \u00e9t\u00e9 transparents puisqu&#8217;ils figuraient dans notre programme. Nous les avons renvoy\u00e9s \u00e0 la libert\u00e9 de vote de chacune de nos sensibilit\u00e9s politiques. Personne n&#8217;a \u00e9t\u00e9 flou\u00e9, et personne n&#8217;a \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 d&#8217;adopter une position qui n&#8217;\u00e9tait pas la sienne.<\/p>\n<p><strong>Vous n&#8217;\u00eates pas au gouvernement, Jean-Luc M\u00e9lenchon n&#8217;est pas premier ministre. Quelle est votre feuille de route collective au sein de la Nupes\u2009?<\/strong><\/p>\n<p>Cette question ne peut pas \u00eatre d\u00e9connect\u00e9e de notre analyse de la situation politique. Nous avons un pr\u00e9sident \u00e9lu sans mandat. La majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle a \u00e9t\u00e9 battue aux l\u00e9gislatives. Il faut quand m\u00eame rappeler qu&#8217;au premier tour, c&#8217;est la Nupes qui est arriv\u00e9e en t\u00eate. Pour la premi\u00e8re fois depuis l&#8217;inversion du calendrier l\u00e9gislatif et son alignement sur le calendrier pr\u00e9sidentiel, le pr\u00e9sident \u00e9lu au mois d&#8217;avril ne figure pas en t\u00eate des \u00e9lections l\u00e9gislatives et ne remporte pas une majorit\u00e9 absolue \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e. Le paysage politique est instable. De deux choses l&#8217;une\u2009: soit le syst\u00e8me trouve un point de stabilit\u00e9 en constituant une coalition p\u00e9renne qui dispose d&#8217;une majorit\u00e9 \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e\u00a0; soit, t\u00f4t ou tard, il faudra revenir devant le peuple fran\u00e7ais. Notre enjeu est donc de faire vivre l&#8217;opposition principale \u00e0 Emmanuel Macron, de nous affermir comme force capable d&#8217;exercer demain le pouvoir, et d&#8217;agir dans le pays pour augmenter le rapport de force en faveur de nos propositions. C&#8217;est pourquoi nous voulons d\u00e9velopper, renforcer et approfondir la Nupes. Des points d&#8217;appui se sont d\u00e9velopp\u00e9s pendant la campagne, notamment autour de candidats et de groupes militants communs dans l&#8217;ensemble des circonscriptions du pays. Nous devons continuer, partout, \u00e0 r\u00e9unir ces \u00e9quipes \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle des circonscriptions, \u00e0 la fois pour faire le lien avec le travail de l&#8217;Assembl\u00e9e nationale et pour mener des campagnes dans la soci\u00e9t\u00e9. C&#8217;est aussi l&#8217;enjeu du Parlement de la Nupes.<\/p>\n<p><strong>Lors du lancement de ce Parlement, Jean-Luc M\u00e9lenchon et Aur\u00e9lie Trouv\u00e9, sa pr\u00e9sidente, avaient insist\u00e9 pour que chacun s&#8217;engage \u00e0 faire vivre ce Parlement dans la dur\u00e9e. Tous les partenaires se sont-ils engag\u00e9s en ce sens\u2009?<\/strong><\/p>\n<p>Il faut proc\u00e9der \u00e9tape par \u00e9tape. Il y a un accord, assez largement partag\u00e9, pour que ce Parlement se r\u00e9unisse dans la dur\u00e9e. Ensuite, chaque organisation politique va conna\u00eetre des \u00e9ch\u00e9ances internes. La question de la participation \u00e0 la strat\u00e9gie de la Nupes va \u00eatre pos\u00e9e dans chacune d&#8217;entre elles. C&#8217;est l\u00e9gitime et conforme au respect des cadres internes des diff\u00e9rentes organisations. Nous l&#8217;avons dit il y a longtemps, au sein de LFI\u2009: nous souhaitons avancer dans ce sens. Nous avions parl\u00e9 de la cr\u00e9ation d&#8217;une f\u00e9d\u00e9ration populaire \u2013 ou d&#8217;un front populaire \u2013 dont l&#8217;objectif serait de cr\u00e9er un cadre ou une organisation politique p\u00e9renne qui ouvre un travail commun avec des collectifs citoyens, des syndicats et des associations. On sait que ce processus va prendre du temps, mais avec ce Parlement, nous aurons le bon outil pour avancer dans cette voie.<\/p>\n<p><strong>Peut-on imaginer que la Nupes pr\u00e9sente des candidatures communes aux \u00e9lections europ\u00e9ennes, ou bien les d\u00e9saccords sont-ils trop importants sur l&#8217;Europe\u2009?<\/strong><\/p>\n<p>Il est trop t\u00f4t pour avoir cette discussion. Mais, \u00e0 titre personnel, je pense qu&#8217;on devrait se fixer cette ambition et travailler \u00e0 cette perspective. S&#8217;il y a une volont\u00e9 partag\u00e9e, nous devons \u00eatre en capacit\u00e9 d&#8217;y parvenir. Les d\u00e9saccords sont \u00e0 relativiser. Je sais que certains aiment dire que nous aurions trop de divergences sur la question europ\u00e9enne, mais sur les 650 propositions que nous avons formul\u00e9es aux l\u00e9gislatives, le cadre de celles qui portaient sur l&#8217;Europe \u00e9tait suffisamment large pour justifier un accord. Nous aurons \u00e9videmment besoin d&#8217;approfondir encore nos discussions, mais nous avons deux ans pour les mener, alors que pour les l\u00e9gislatives, nous n&#8217;avons eu que deux semaines.<\/p>\n<p><strong>Quel va \u00eatre, quel peut \u00eatre le r\u00f4le de la France insoumise dans les mois et ann\u00e9es qui viennent\u2009?<\/strong><\/p>\n<p>La France insoumise a un r\u00f4le d\u00e9terminant. Elle doit d&#8217;abord \u00eatre le fer de lance du renforcement et de l&#8217;\u00e9largissement de la Nupes. C&#8217;est dans cet \u00e9tat d&#8217;esprit que nous travaillons \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e nationale et c&#8217;est comme cela que nous voulons agir dans la soci\u00e9t\u00e9. Nous sommes pass\u00e9s de 17 d\u00e9put\u00e9s \u00e0 75. Mais nous devons aussi transformer la force collective qui s&#8217;est mise en mouvement autour de la candidature de Jean-Luc M\u00e9lenchon en une force politique organis\u00e9e capable de mener la bataille id\u00e9ologique, de soutenir les mobilisations de la soci\u00e9t\u00e9, de favoriser les dynamiques d&#8217;auto-organisation populaire et de former les g\u00e9n\u00e9rations militantes de demain. Nous avons exp\u00e9riment\u00e9 bien des choses, au cours des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, pour construire un objet politique nouveau, \u00e9loign\u00e9 des divisions et des batailles internes des partis politiques traditionnels. Nous avons, sans doute, aussi commis des erreurs ou constat\u00e9 les limites de ce type d&#8217;objet. Trouver le bon \u00e9quilibre fait partie des r\u00e9flexions que nous avons devant nous aujourd&#8217;hui\u2009!<\/p>\n<p><strong>C&#8217;en est termin\u00e9 de la strat\u00e9gie populiste\u2009? Vous revenez \u00e0 une approche classiquement de gauche, ou bien est-ce que votre ligne de fracture reste celle d&#8217;une \u00e9lite contre un peuple, d&#8217;un bloc populaire contre un bloc bourgeois\u2009?<\/strong><\/p>\n<p>Aucune des deux\u2009! Le paysage politique issu de la s\u00e9quence \u00e9lectorale est partag\u00e9 en trois blocs de tailles quasiment \u00e9quivalentes, et d&#8217;un quatri\u00e8me bloc abstentionniste. Aucun de ces trois blocs n&#8217;est aujourd&#8217;hui majoritaire. Et aucune combinaison de ces blocs ne semble aujourd&#8217;hui possible. Le paysage politique peut rester instable ou retrouver un point d&#8217;\u00e9quilibre. Soit parce que l&#8217;un des blocs r\u00e9ussit \u00e0 convaincre parmi les abstentionnistes. Soit parce que la porosit\u00e9 que l&#8217;on constate entre le bloc ultralib\u00e9ral et le bloc d&#8217;extr\u00eame droite devient une alliance plus franche. C&#8217;est une possibilit\u00e9 particuli\u00e8rement pr\u00e9occupante que l&#8217;on ne peut plus \u00e9carter aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p><strong>N&#8217;y a-t-il pas un risque, pour vous, qu&#8217;Emmanuel Macron vous fasse porter la responsabilit\u00e9 d&#8217;une instabilit\u00e9, voire d&#8217;une paralysie politique\u2009? Et qu&#8217;il en sorte renforc\u00e9, y compris si une dissolution intervenait rapidement\u2026<\/strong><\/p>\n<p>La strat\u00e9gie d&#8217;Emmanuel Macron n&#8217;est pas tr\u00e8s originale. Elle vise \u00e0 cr\u00e9er les conditions pour qu&#8217;un \u00e9ventuel retour aux urnes se fasse sur le terrain qui lui soit le plus favorable. Et son avantage sur nous est qu&#8217;il dispose de la ma\u00eetrise du calendrier. \u00c0 nous de profiter des mois qui viennent pour faire \u00e9voluer en notre faveur le rapport de force dans le pays. De ce point de vue, s&#8217;il peut y avoir des inconv\u00e9nients \u00e0 passer pour une force de blocage, il y en aurait davantage \u00e0 appara\u00eetre comme une force conciliante avec le pouvoir en place. Nous voulons \u00eatre \u00e0 la fois une force d&#8217;opposition sans concession et une force d&#8217;alternative cr\u00e9dible, pr\u00eate \u00e0 gouverner le pays demain.<\/p>\n<p><strong>Cette strat\u00e9gie est aussi p\u00e9rilleuse pour vous que pour Macron\u2009: \u00e0 la fin, l&#8217;alternative peut tout aussi bien \u00eatre Marine Le Pen\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Emmanuel Macron a suffisamment jou\u00e9 avec le feu pour que cette hypoth\u00e8se voie le jour. On se rend compte que la cr\u00e9ature qu&#8217;on aide \u00e0 faire grossir petit \u00e0 petit peut \u00e9chapper \u00e0 son cr\u00e9ateur. On conna\u00eet suffisamment bien l&#8217;histoire pour savoir que l&#8217;extr\u00eame droite arrive rarement au pouvoir par hasard.<\/p>\n<p><strong>Faut-il \u00ab\u2009rediaboliser\u2009\u00bb un Rassemblement national qui s&#8217;est banalis\u00e9, presque normalis\u00e9\u2009? Quelle est la bonne strat\u00e9gie\u2009?<\/strong><\/p>\n<p>Je ne suis pas s\u00fbr qu&#8217;il existe une strat\u00e9gie magique. Il faut se battre, pied \u00e0 pied. D\u00e9mystifier les mensonges du RN sur son programme. Repolariser en permanence la soci\u00e9t\u00e9 autour des questions sociales. Proposer un autre clivage que celui mis en avant par l&#8217;extr\u00eame droite.<\/p>\n<p><strong>Plusieurs ministres parlent de vous comme si vous \u00e9tiez sortis du champ r\u00e9publicain. Craignez-vous un basculement du plafond de verre de Marine Le Pen vers vous\u2009?<\/strong><\/p>\n<p>Je n&#8217;y crois pas. La v\u00e9rit\u00e9 est qu&#8217;avec un taux de participation plus fort chez les jeunes, qui votent majoritairement pour nous, nous aurions pu gagner. Le sujet n&#8217;est donc pas qu&#8217;il n&#8217;y aurait pas suffisamment de gens d&#8217;accord avec nous dans la soci\u00e9t\u00e9. Le sujet est qu&#8217;il n&#8217;y a pas suffisamment de gens qui croient que ce que nous proposons est r\u00e9alisable. Trop de gens sont gagn\u00e9s par la r\u00e9signation et le sentiment du \u00ab\u2009tous les m\u00eames\u2009\u00bb. Il n&#8217;y a pas, dans la soci\u00e9t\u00e9, de plafond de verre pour les id\u00e9es que nous d\u00e9fendons. \u00c0 chaque fois qu&#8217;on m\u00e8ne des sondages sur nos mesures programmatiques, elles apparaissent largement majoritaires dans la population. Notre probl\u00e8me n&#8217;est donc pas d&#8217;arriver \u00e0 convaincre davantage de gens que nos id\u00e9es sont justes, mais d&#8217;arriver \u00e0 convaincre que nos id\u00e9es sont applicables et que nous les mettrions vraiment en \u0153uvre si nous \u00e9tions au pouvoir. S&#8217;il y a un plafond de verre, c&#8217;est dans la mobilisation et la participation des \u00e9lecteurs \u2013 des jeunes essentiellement, mais aussi des cat\u00e9gories populaires.<\/p>\n<p><strong>Fabien Roussel refuse d&#8217;\u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 la gauche des m\u00e9tropoles. Il rejoint en partie Fran\u00e7ois Ruffin lorsqu&#8217;il dit\u2009: \u00ab\u2009On ne doit pas devenir la gauche des m\u00e9tropoles contre la droite et l&#8217;extr\u00eame droite des bourgs et des champs.\u2009\u00bb Est-ce la gauche qui a rompu avec les cat\u00e9gories populaires, ou les cat\u00e9gories populaires qui ont rompu avec la gauche\u2009?<\/strong><\/p>\n<p>S&#8217;il y a eu une rupture entre la gauche et les cat\u00e9gories populaires, c&#8217;est d&#8217;abord parce que sa derni\u00e8re exp\u00e9rience au pouvoir a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue comme une trahison. Depuis lors, notre travail a plut\u00f4t permis de renouer des liens entre le peuple et la gauche. Jean-Luc M\u00e9lenchon est le premier candidat dans les villes les plus pauvres. Il est le candidat des jeunes, des ch\u00f4meurs, des pr\u00e9caires, et fait des scores plus importants que la moyenne chez les ouvriers et les employ\u00e9s. Pour voir plus loin, il faut commencer par saluer ce bilan et ne pas se tromper sur l&#8217;analyse. Quand nous remportons trois circonscriptions en Haute-Vienne, deux en Dordogne, ou encore celle du d\u00e9partement de la Creuse, il n&#8217;est pas question de m\u00e9tropoles\u2026 Et quand l&#8217;extr\u00eame droite remporte la circonscription des 13e et 14e arrondissements de Marseille, il n&#8217;y a pas beaucoup de bourgs et de champs sur ce territoire\u2026 La lecture g\u00e9ographique est une vue de l&#8217;esprit, qui fait abstraction de l&#8217;histoire politique des territoires, de leurs structures sociales comme du travail militant qui y est men\u00e9. Oui, le Rassemblement national progresse, et il progresse malheureusement partout. Certains territoires y sont davantage perm\u00e9ables par leur histoire et leur sociologie. Il faut donc le combattre partout. Mais si certains pensent que, pour y parvenir, il faut abandonner les banlieues populaires et renoncer \u00e0 la d\u00e9nonciation du racisme ou de l&#8217;islamophobie, alors nous avons un d\u00e9saccord fondamental.<\/p>\n<p><strong>Le PCF pense que la gauche s&#8217;est perdue en menant des combats qu&#8217;il juge l\u00e9gitimes \u2013 lutte contre les discriminations et les violences polici\u00e8res, f\u00e9minisme, etc. \u2013, mais au d\u00e9triment du social\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Je suis convaincu que ce que vous d\u00e9crivez ici n&#8217;est pas l&#8217;orientation du PCF, dont de nombreux militants s&#8217;investissent dans ces combats. Mais c&#8217;est en effet ce que semble penser Fabien Roussel\u2026 Cela me para\u00eet \u00eatre un contresens total\u2009: la bataille pour l&#8217;\u00e9galit\u00e9 des conditions de vie ne peut pas \u00eatre d\u00e9connect\u00e9e de celle pour l&#8217;\u00e9galit\u00e9 de tous, quels que soient son genre, sa couleur de peau, sa religion ou son orientation sexuelle. Ce serait une grave erreur\u2009: la gauche n&#8217;a rien \u00e0 gagner \u00e0 mimer le Rassemblement national ou \u00e0 masquer certaines batailles pour lui complaire. On ne gagne jamais sur le terrain des autres. Nous nous adressons \u00e0 tous et nous disons\u2009: ces tentatives de division agissent comme des diversions. Le RN cherche \u00e0 faire vibrer la corde identitaire. Nous voulons faire vibrer la corde sociale et convaincre que le probl\u00e8me, c&#8217;est celui de ceux qui se gavent\u2009!<\/p>\n<p><strong>Le partenaire historique de LFI est le PCF. Que se passe-t-il avec ce dernier\u2009? Il y a un probl\u00e8me Roussel ou un probl\u00e8me PCF\u2009?<\/strong><\/p>\n<p>Fabien Roussel d\u00e9fend une ligne de r\u00e9affirmation du Parti communiste. C&#8217;est cette orientation qu&#8217;il a mise en \u0153uvre \u00e0 l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle. Au service de cette ligne autonome, il a d\u00e9fendu une orientation singuli\u00e8re avec laquelle j&#8217;ai dit mes d\u00e9saccords. Aux \u00e9lections l\u00e9gislatives, le PCF a propos\u00e9 des accords d\u00e9fensifs pour sauver ses d\u00e9put\u00e9s sortants. Or la Nupes \u00e9tait un accord programmatique avec un objectif strat\u00e9gique commun\u2009: \u00e9lire une majorit\u00e9 de d\u00e9put\u00e9s \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e nationale. Par cons\u00e9quent, Fabien Roussel s&#8217;est retrouv\u00e9 dans cet accord un peu contraint et forc\u00e9. Mais ce n&#8217;est pas le cas des militants communistes qui, dans de nombreuses circonscriptions, ont men\u00e9 campagne avec les autres composantes et sont aujourd&#8217;hui d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 continuer avec elles. Les choses vont donc dans le bon sens. Et je forme le v\u0153u que l&#8217;espoir n\u00e9 dans ces deux campagnes \u00e9lectorales emportera m\u00eame les plus r\u00e9calcitrants.<\/p>\n<p><strong>\u00c0 l&#8217;inverse, c&#8217;est l&#8217;entente cordiale avec le PS, au sein duquel Jean-Luc M\u00e9lenchon a milit\u00e9 durant trente-deux ans. Se peut-il que LFI soit une organisation banalement, classiquement social-d\u00e9mocrate\u2009?<\/strong><\/p>\n<p>De mon point de vue, la France insoumise a permis \u00e0 la gauche de renouer avec les positions de rupture qu&#8217;elle n&#8217;aurait jamais d\u00fb abandonner. Son programme est clair\u2009: sortir des mains du syst\u00e8me capitaliste tout un pan de l&#8217;\u00e9conomie en constituant des p\u00f4les publics pour prot\u00e9ger les biens communs et satisfaire les besoins fondamentaux\u2009; d\u00e9velopper les formes de propri\u00e9t\u00e9s collectives \u00e0 travers le d\u00e9veloppement de l&#8217;\u00e9conomie sociale et solidaire ou des coop\u00e9ratives\u2009; renforcer les droits des travailleurs dans l&#8217;\u00e9conomie priv\u00e9e. Est-ce un programme social-d\u00e9mocrate\u2009? Je ne crois pas. C&#8217;est un programme de rupture avec le capitalisme, un programme auquel l&#8217;urgence \u00e9cologique a redonn\u00e9 une assise sociale plus large. Il peut rassembler aujourd&#8217;hui des cat\u00e9gories populaires, des classes moyennes et une jeunesse se forgeant une conscience politique par les revendications \u00e9cologiques. Je crois donc que ces positions de rupture peuvent, \u00e0 l&#8217;avenir, regrouper une majorit\u00e9 populaire. <\/p>\n<p>Propos recueillis par <strong>Pierre Jacquemain<\/strong><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-13703 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/sans-titre-1-56-36a.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/sans-titre-1-56-36a-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"sans-titre-1-56.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Figure centrale de la France insoumise, Manuel Bompard revient sur les conditions du rassemblement de la gauche. 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