{"id":13695,"date":"2022-08-16T06:30:00","date_gmt":"2022-08-16T04:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-la-rhetorique-republicaine-actuelle-est-une-nouvelle-forme-de-nationalisme\/"},"modified":"2023-06-24T00:30:21","modified_gmt":"2023-06-23T22:30:21","slug":"article-la-rhetorique-republicaine-actuelle-est-une-nouvelle-forme-de-nationalisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=13695","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La rh\u00e9torique r\u00e9publicaine  actuelle est une nouvelle forme  de nationalisme\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><strong>ARCHIVES.<\/strong> D&#8217;o\u00f9 vient le nationalisme fran\u00e7ais\u00a0? Revenant sur ses origines, les clivages qui le fondent et ses liens avec la rh\u00e9torique n\u00e9o-r\u00e9publicaine, l&#8217;historien G\u00e9rard Noiriel alerte sur l&#8217;impasse dans laquelle nous mena\u00e7ons de replonger.<\/p>\n<p><em> <strong>G\u00e9rard Noiriel<\/strong> est directeur d&#8217;\u00e9tudes \u00e0 l&#8217;EHESS, adepte d&#8217;une d\u00e9marche socio-historique croisant histoire et sciences sociales, il est l&#8217;un des sp\u00e9cialistes de l&#8217;histoire de l&#8217;immigration et de l&#8217;\u00c9tat-Nation en France. <\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><p style=\"text-align: center;\">* * *<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong> <em>Regards.<\/em> Peut-on consid\u00e9rer, en France, la crise des ann\u00e9es 1880-1890 comme la premi\u00e8re pouss\u00e9e x\u00e9nophobe de l&#8217;histoire contemporaine\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p><strong>G\u00e9rard Noiriel.<\/strong> Oui, mais au-del\u00e0 de la crise \u00e9conomique, il y a d&#8217;autres facteurs qui d\u00e9terminent ce ph\u00e9nom\u00e8ne. En premier lieu la construction, \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, des \u00c9tats-nations. Mais aussi, paradoxalement, la la\u00efcisation de la soci\u00e9t\u00e9 ainsi que l&#8217;apparition de la libert\u00e9 d&#8217;expression. Jusque-l\u00e0, on parlait d&#8217;antis\u00e9mitisme ou d&#8217;antijuda\u00efsme plut\u00f4t que de racisme ou de x\u00e9nophobie\u00a0: les mots appartenaient \u00e0 la sph\u00e8re religieuse. En outre, ce n&#8217;est pas un hasard si le p\u00e8re fondateur de l&#8217;antis\u00e9mitisme fran\u00e7ais, \u00c9douard Drumont, publie La France juive, un condens\u00e9 de haine raciste, en 1886 \u2013 c&#8217;est \u00e0 dire cinq ans apr\u00e8s la loi sur la libert\u00e9 de la presse. Drumont inaugure cette phase antis\u00e9mite, qui d\u00e9bouche un peu plus tard sur l&#8217;affaire Dreyfus.<\/p>\n<p><strong>Jusque-l\u00e0, le mot \u00ab racisme \u00bb n&#8217;\u00e9tait pas employ\u00e9\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Non, celui-ci appara\u00eet dans les premi\u00e8res ann\u00e9es du XX\u00e8me si\u00e8cle, \u00e0 travers le discours des associations antiracistes comme la Ligue des droits de l&#8217;homme, qui na\u00eet en 1898, et l&#8217;apparition pendant l&#8217;affaire Dreyfus de la figure de l&#8217;intellectuel, dont la fonction premi\u00e8re est la d\u00e9nonciation du racisme. Cette opposition structure fortement le champ politique de l&#8217;\u00e9poque autour de deux camps. Mais la forme dominante prise par le racisme, en tout cas dans le d\u00e9bat public, est alors l&#8217;antis\u00e9mitisme. Jusqu&#8217;\u00e0 la premi\u00e8re guerre mondiale, et m\u00eame un peu apr\u00e8s, l&#8217;antis\u00e9mitisme monopolise l&#8217;essentiel de l&#8217;action des antiracistes.<\/p>\n<p><strong>\u00c0 la m\u00eame p\u00e9riode, l&#8217;immigration italienne donne pourtant lieu \u00e0 des r\u00e9actions d&#8217;hostilit\u00e9, voire \u00e0 des affrontements physiques&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est exact. M\u00eame si elle n&#8217;est pas au premier plan, la question de l&#8217;immigration joue \u00e9galement un r\u00f4le d\u00e9terminant. Mais jusqu&#8217;au d\u00e9but de la III\u00e8me R\u00e9publique, ces affrontements ne sont pas per\u00e7us comme un probl\u00e8me public. \u00ab Classes laborieuses, classes dangereuses \u00bb : pour les \u00e9lites, les ouvriers peuvent bien s&#8217;entretuer de leur c\u00f4t\u00e9. Mais avec la construction de l\u2019\u00c9tat-nation, qui int\u00e8gre les classes populaires, ouvriers et paysans font partie du corps national. Les conflits qui les traversent deviennent alors visibles et font l&#8217;objet de luttes d&#8217;interpr\u00e9tation au sein des \u00e9lites. Du c\u00f4t\u00e9 des conservateurs, l&#8217;immigration est per\u00e7ue comme une menace pour la France\u00a0; en face, d&#8217;autres estiment que les \u00e9trangers sont victimes de x\u00e9nophobie. Le mot appara\u00eet lui-aussi \u00e0 cette p\u00e9riode.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Donald Trump ou Marine Le Pen, qui utilisent les cat\u00e9gories du nationalisme \u2013 des cat\u00e9gories guerri\u00e8res \u2013, pourraient nous conduire \u00e0 des engrenages de violence internationale. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Ce sont ces \u00e9volutions qui donnent naissance \u00e0 la question de l&#8217;\u00ab int\u00e9gration \u00bb\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Pour \u00eatre pr\u00e9cis, l&#8217;immigration pos\u00e9e comme \u00ab probl\u00e8me \u00bb na\u00eet en 1881, durant les incidents des v\u00eapres marseillaises. Des Italiens sont agress\u00e9s par la population pour avoir siffl\u00e9 la Marseillaise \u2013 rien de nouveau sous le soleil. Il y a des chasses \u00e0 l&#8217;homme, et l&#8217;affaire cr\u00e9e une pol\u00e9mique au sein des \u00e9lites. On ne parle pas encore d&#8217;int\u00e9gration, mais d&#8217;assimilation. De m\u00eame, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, on ne pointe pas le risque du \u00ab communautarisme \u00bb, mais celui d&#8217;une \u00ab nation dans la nation \u00bb. L&#8217;Italie est alors alli\u00e9e avec l&#8217;Allemagne, \u00ab ennemi h\u00e9r\u00e9ditaire \u00bb de la France. Le discours sur l&#8217;ennemi int\u00e9rieur appara\u00eet ainsi, brutalement, dans les ann\u00e9es 1880. Un parti nationaliste conservateur se constitue. Il faut savoir qu&#8217;en France, jusqu&#8217;\u00e0 la III\u00e8me R\u00e9publique, la d\u00e9fense de \u00ab l&#8217;identit\u00e9 nationale \u00bb \u00e9tait une valeur de gauche\u00a0! Mais lorsque les r\u00e9publicains arrivent au pouvoir, elle bascule d\u00e9finitivement \u00e0 droite.<\/p>\n<p><strong>Qu&#8217;est-ce qui diff\u00e9rencie la nation port\u00e9e jusque-l\u00e0 par la gauche de celle qui est ensuite promue par les conservateurs ?<\/strong><\/p>\n<p>La guerre de 1870 marque une rupture entre deux conceptions r\u00e9publicaines de la nation. Pour Michelet, l&#8217;un des plus grands historiens sous la monarchie de Juillet, la nation fran\u00e7aise est progressiste\u00a0: son identit\u00e9 r\u00e9side dans le changement. La France devient elle-m\u00eame en se transformant. Ce principe s&#8217;inscrit dans le sillage des Lumi\u00e8res, de la connaissance, de la culture. Cette vision est celle de la bourgeoisie intellectuelle, mais elle est aussi l&#8217;h\u00e9riti\u00e8re de la R\u00e9volution. Dans la fameuse conf\u00e9rence qu&#8217;il prononce \u00e0 la Sorbonne en 1882, Renan infl\u00e9chit la d\u00e9finition de Michelet dans un sens conservateur. La nation fran\u00e7aise, qui vient d&#8217;\u00eatre vaincue par l&#8217;Allemagne, doit \u00eatre prot\u00e9g\u00e9e contre tous ceux qui la menacent \u2013 non seulement de l&#8217;ext\u00e9rieur, mais aussi de l&#8217;int\u00e9rieur. Sous la III\u00e8me R\u00e9publique, cette conception devient h\u00e9g\u00e9monique. D\u00e8s la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle, l&#8217;aristocratie \u2013 qui se rallie \u00e0 la R\u00e9publique \u2013 et la droite du parti r\u00e9publicain font alliance autour de ce sch\u00e9ma, que je qualifie de \u00ab national-s\u00e9curitaire \u00bb. Celui-ci repose sur une matrice qui est depuis rest\u00e9e stable\u00a0: c&#8217;est le \u00ab nous \u00bb fran\u00e7ais, qu&#8217;exploitent aussi \u00e0 l&#8217;extr\u00eame les mouvements racistes et x\u00e9nophobes. En France, il n&#8217;y a jamais eu de parti fond\u00e9 sur la supr\u00e9matie blanche. Pour exister, le racisme et la x\u00e9nophobie doivent \u00eatre traduits dans le langage de l&#8217;int\u00e9r\u00eat national\u00a0: \u00ab nous \u00bb, qui sommes fran\u00e7ais, contre \u00ab eux \u00bb qui ne le sont pas. Le \u00ab eux \u00bb \u00e9voluant avec le temps.<\/p>\n<p><strong>Peut-on dire que cette d\u00e9finition conservatrice de la nation a servi de ciment \u00e0 la droite, tout en permettant \u00e0 la R\u00e9publique de s&#8217;enraciner\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est \u00e9vident \u00e0 mes yeux. Pourquoi ? Parce qu&#8217;en face, vous avez une mutation majeure : la gauche, qui \u00e9tait incarn\u00e9e par le parti radical, se d\u00e9lite. \u00c0 la place \u00e9merge le mouvement ouvrier, qui s&#8217;allie avec les courants humanitaires comme la LDH pour former une gauche que j&#8217;appelle \u00ab sociale-humanitaire \u00bb, ou \u00ab sociale-humaniste \u00bb. C&#8217;est alors que se dessine le clivage qui va structurer le champ politique pendant un si\u00e8cle au moins\u00a0: la gauche s&#8217;empare du social, la droite s&#8217;empare de la nation. Par crainte de la r\u00e9volution ouvri\u00e8re, un front commun se tisse, de l&#8217;aristocratie jusqu&#8217;\u00e0 la paysannerie, en passant par une partie des classes moyennes, notamment les artisans et les petits commer\u00e7ants. La d\u00e9fense de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e est en jeu. Ce bloc, ciment\u00e9 par le nationalisme, forme un socle assez solide pour ancrer la R\u00e9publique.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Pour beaucoup de r\u00e9publicains et de d\u00e9mocrates d&#8217;autres pays, le d\u00e9bat fran\u00e7ais sur la la\u00efcit\u00e9, par exemple, est incompr\u00e9hensible\u00a0! Cette rh\u00e9torique r\u00e9publicaine est une nouvelle forme de nationalisme, qui laisse penser que nous serions les seuls d\u00e9tenteurs des valeurs d\u00e9mocratiques. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Ce r\u00f4le historique du nationalisme explique-t-il \u00e9galement la remarquable persistance dans le temps de sa capacit\u00e9 \u00e0 mobiliser\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, et c&#8217;est pour \u00e7a que la gauche a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s embarrass\u00e9e par rapport aux nationalistes. Dans un syst\u00e8me d\u00e9mocratique, la comp\u00e9tition oppose des partis pour gagner des \u00e9lections. Et le probl\u00e8me d&#8217;une \u00e9lection, c&#8217;est de gagner la majorit\u00e9 arithm\u00e9tique des voix. Comme ces \u00e9lecteurs sont, par d\u00e9finition, fran\u00e7ais, si on a pour argument principal qu&#8217;il faut d\u00e9fendre les Fran\u00e7ais, on a de bonnes chances d&#8217;emporter la mise\u00a0! C&#8217;est pourquoi les partis nationalistes ont toujours eu un avantage sur les autres. Les socialistes, par exemple, ont le vent en poupe tant que le mouvement ouvrier est puissant, que la classe ouvri\u00e8re est visible et combative.<\/p>\n<p><strong>Le nationalisme n&#8217;a pourtant pas un r\u00f4le aussi central dans tous les pays\u2026 \u00c0 quoi tiendrait la particularit\u00e9 fran\u00e7aise\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La France est un cas relativement exceptionnel, qui tient \u00e0 son centralisme et \u00e0 l&#8217;absence de structure f\u00e9d\u00e9rale. Les r\u00e9gionalismes y ont \u00e9t\u00e9 liquid\u00e9s. Dans presque tous les pays, il y a une diversit\u00e9 culturelle bien plus importante, comme en Angleterre o\u00f9 la construction de l\u2019\u00c9tat s&#8217;est faite en s&#8217;appuyant sur les communaut\u00e9s. Cela ne signifie pas que les pays organis\u00e9s sur une base \u00ab r\u00e9gionaliste \u00bb soient plus d\u00e9mocratiques que la France. Le nazisme a triomph\u00e9 en Allemagne, en d\u00e9pit du poids des L\u00e4nder, en exaltant le th\u00e8me de la sup\u00e9riorit\u00e9 du peuple allemand.<\/p>\n<p><strong>Ce rapport entre la communaut\u00e9 nationale et son alt\u00e9rit\u00e9 a-t-il aussi un rapport avec l&#8217;entreprise coloniale ?<\/strong><\/p>\n<p>Le d\u00e9bat sur l&#8217;immigration intervient au moment m\u00eame o\u00f9 la R\u00e9publique bascule dans l&#8217;empire colonial. C&#8217;est la conqu\u00eate de l&#8217;Indochine, puis la colonisation de l&#8217;Afrique. Il y a un large consensus autour de la mission civilisatrice de la France. Mais il s&#8217;agit du discours de la bourgeoisie cultiv\u00e9e, qui justifie aussi les lois sur l&#8217;\u00e9cole de Jules ferry, visant \u00e0 \u00ab civiliser \u00bb les paysans. Puis les r\u00e9gionalismes, et les \u00ab populations primitives \u00bb. Ce discours implique une homog\u00e9n\u00e9isation, un refus d&#8217;admettre la l\u00e9gitimit\u00e9 des cultures que l&#8217;on \u00e9limine. M\u00eame si je suis en d\u00e9saccord avec certains de leurs arguments, je rejoins les \u00e9tudes postcoloniales pour dire que ce pass\u00e9 colonial est important, et qu&#8217;il s&#8217;inscrit dans la longue dur\u00e9e. Je pense, par exemple, \u00e0 la question du voile\u00a0: il y a derri\u00e8re celle-ci l&#8217;hypoth\u00e8se qu&#8217;une autonomie culturelle laiss\u00e9e \u00e0 des populations venues d&#8217;ailleurs constitue une menace pour la nation. Le pr\u00e9suppos\u00e9 des \u00e9lites r\u00e9publicaines consiste \u00e0 interpr\u00e9ter en termes politiques les r\u00e9alit\u00e9s populaires qu&#8217;elles ne comprennent pas. On constate que ce type de raisonnement est n\u00e9 \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle \u00e0 propos de l&#8217;immigration italienne, et qu&#8217;il a ensuite \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 \u00e0 des populations issues de l&#8217;empire colonial, et centr\u00e9 sur l&#8217;islam.<\/p>\n<p><strong>Historiquement, comment la gauche a-t-elle jongl\u00e9 avec cette question\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Dans le cas fran\u00e7ais, la gauche n&#8217;a jamais pu \u00e9vacuer totalement la question nationale. Lors d&#8217;un meeting \u00e0 Paris en 1937, Maurice Thorez, le leader du PCF \u2013 qui fait pourtant partie de la III\u00e8me Internationale \u2013 proclame ainsi <em>\u00ab\u00a0la France aux Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb<\/em>. Il s&#8217;agit, dans un contexte il est vrai compliqu\u00e9, de donner des gages, de montrer que le PCF est bien un parti \u00ab fran\u00e7ais \u00bb. Puis en 1938, c&#8217;est Daladier, le chef du Parti radical, qui adopte des d\u00e9cret-loi ouvrant la porte \u00e0 la \u00ab R\u00e9volution nationale \u00bb de Vichy. Hier comme aujourd&#8217;hui, la solution de facilit\u00e9 consiste \u00e0 embo\u00eeter le pas \u00e0 ces tendances r\u00e9trogrades. Mais l&#8217;histoire montre que le nationalisme conduit n\u00e9cessairement \u00e0 l&#8217;impasse. <\/p>\n<p><strong>Justement, comment la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise s&#8217;est-elle sortie de ces p\u00e9riodes ? Les ann\u00e9es trente conduisent tout droit \u00e0 la guerre\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Mais la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente aussi\u00a0! Les ann\u00e9es 1880-1910 co\u00efncident avec une p\u00e9riode de crise \u00e9conomique et de mont\u00e9e du nationalisme et de la x\u00e9nophobie. Qu&#8217;est-ce qui met, provisoirement, fin \u00e0 cela\u00a0? C&#8217;est la premi\u00e8re guerre mondiale. Le ph\u00e9nom\u00e8ne se reproduit dans l&#8217;entre-deux guerres, et d\u00e9bouche sur la seconde guerre mondiale.<\/p>\n<p><strong>Ce n&#8217;est pas tr\u00e8s rassurant&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Non, bien s\u00fbr, mais le droit international, de m\u00eame que les interd\u00e9pendances cr\u00e9\u00e9es par la mondialisation, nous prot\u00e8gent aujourd&#8217;hui davantage d&#8217;un risque de troisi\u00e8me guerre mondiale. Il y a des int\u00e9r\u00eats \u00e0 prot\u00e9ger \u2013 comme la construction europ\u00e9enne ou les liens tiss\u00e9s avec les \u00c9tats-Unis \u2013 qui pr\u00e9viennent la reproduction de ce type de situation. Pour l&#8217;instant, il y a des combats \u00e0 mener de l&#8217;int\u00e9rieur pour rappeler que le nationalisme est une pente sur laquelle on peut vite d\u00e9raper. De ce point de vue, l&#8217;arriv\u00e9e au pouvoir de Donald Trump aux \u00c9tats-Unis n&#8217;est \u00e9videmment pas une bonne nouvelle. Imaginons aussi l&#8217;hypoth\u00e8se d&#8217;une Marine Le Pen en France\u2026 Ces gens-l\u00e0, qui utilisent les cat\u00e9gories du nationalisme \u2013 des cat\u00e9gories guerri\u00e8res \u2013, pourraient nous conduire \u00e0 des engrenages de violence internationale.<\/p>\n<p><strong>Aujourd&#8217;hui, les r\u00e9f\u00e9rences directes \u00e0 la \u00ab nation \u00bb sont quand m\u00eame moins pr\u00e9sentes. C&#8217;est plut\u00f4t la \u00ab R\u00e9publique \u00bb qui occupe le devant de la sc\u00e8ne&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Le vocabulaire national en tant que tel a perdu en efficacit\u00e9, et les acteurs politiques se sont rabattus sur le vocabulaire r\u00e9publicain. Mais sa fonction est analogue\u00a0: rassembler autour d&#8217;un \u00ab nous \u00bb fran\u00e7ais. On parle de la R\u00e9publique, et des \u00ab valeurs r\u00e9publicaines \u00bb. Mais les \u00c9tats-Unis sont une r\u00e9publique aussi\u00a0; parle-t-on des valeurs am\u00e9ricaines\u00a0? Non, pour beaucoup de r\u00e9publicains et de d\u00e9mocrates d&#8217;autres pays, le d\u00e9bat fran\u00e7ais sur la la\u00efcit\u00e9, par exemple, est incompr\u00e9hensible\u00a0! Cette rh\u00e9torique r\u00e9publicaine est une nouvelle forme de nationalisme, qui laisse penser que nous serions les seuls d\u00e9tenteurs des valeurs d\u00e9mocratiques. Mais ce discours se heurte \u00e0 des contradictions de plus en plus vives\u00a0: les Fran\u00e7ais d&#8217;aujourd&#8217;hui ne sont plus ceux des ann\u00e9es trente. Ils voyagent davantage, ont souvent de la famille \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger. L&#8217;\u00e9conomie, la culture, les m\u00e9dias, la musique, la chanson, le cin\u00e9ma, sont mondialis\u00e9s. En fait, il n&#8217;y a que la politique qui n&#8217;est pas mondialis\u00e9e. Les repr\u00e9sentants politiques devraient au contraire aider les Fran\u00e7ais \u00e0 penser la diversit\u00e9, \u00e0 comprendre que notre mod\u00e8le, bien que singulier, n&#8217;exclut pas d&#8217;autres mod\u00e8les construits sur des normes diff\u00e9rentes. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\nPropos recueillis par <strong>Thomas Clerget<\/strong><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-13695 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/carte_du_parti_communiste_franc_ais_1944-2-e55.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/carte_du_parti_communiste_franc_ais_1944-2-e55-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"carte_du_parti_communiste_franc_ais_1944-2.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><strong>ARCHIVES.<\/strong> D&#8217;o\u00f9 vient le nationalisme fran\u00e7ais\u00a0? Revenant sur ses origines, les clivages qui le fondent et ses liens avec la rh\u00e9torique n\u00e9o-r\u00e9publicaine, l&#8217;historien G\u00e9rard Noiriel alerte sur l&#8217;impasse dans laquelle nous mena\u00e7ons de replonger.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":32280,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[262],"tags":[293,386,350],"class_list":["post-13695","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","tag-entretien","tag-nationalisme","tag-racisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13695","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13695"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13695\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/32280"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13695"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13695"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13695"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}