{"id":13689,"date":"2022-07-28T06:30:00","date_gmt":"2022-07-28T04:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-en-2023-houellebecq-ou-begaudeau\/"},"modified":"2023-06-24T00:30:14","modified_gmt":"2023-06-23T22:30:14","slug":"article-en-2023-houellebecq-ou-begaudeau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=13689","title":{"rendered":"En 2023, Houellebecq ou B\u00e9gaudeau ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><strong>ARCHIVES.<\/strong> Cette chronique d&#8217;Arnaud Viviant est extraite de notre num\u00e9ro de printemps 2015, \u00e0 retrouver en cliquant <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/publications\/revue\/no10-printemps-2015\/article\/regards-printemps-2015\">ici<\/a>.<\/p>\n<p>Le terme de \u00ab zadiste \u00bb entrera-t-il un jour dans le dictionnaire\u00a0? Et si oui, quand\u00a0? Le plus vite serait le mieux, car il envahit comme du chiendent la litt\u00e9rature, d\u2019essai ou de fiction. Prenons par exemple <em>Le Grand Paris du s\u00e9paratisme\u00a0social<\/em>, un essai du sociologue Hac\u00e8ne Belmessous. Il pose une question int\u00e9ressante\u00a0: pourquoi n\u2019existe-t-il pas, contrairement \u00e0 la province, de Zone \u00e0 d\u00e9fendre (ZAD) en \u00cele-de-France, \u00e0 l\u2019heure grave o\u00f9 le Grand Paris se fa\u00e7onne et se dessine pourtant de fa\u00e7on beaucoup plus politique que citoyenne\u00a0?<\/p>\n<p>Certes, l\u2019auteur a bien rep\u00e9r\u00e9 dans les Hauts-de-Seine, plus exactement dans le quartier de la D\u00e9fense, deux territoires qui ressemblent \u00e0 des ZAD\u00a0: \u00e0 savoir La Ferme du bonheur et le Champ de la Garde. Mais apr\u00e8s les avoir bien \u00e9tudi\u00e9s, il remarque combien ces exp\u00e9riences \u00ab agro-po\u00e9tiques\u00a0\u00bb en milieu urbain, diff\u00e8rent des ZAD. Il note ainsi que <em>\u00ab\u00a0si le Champ de la garde avait recouru \u00e0 un mode d\u2019action et de langage plus frontal, par exemple en s\u2019affirmant ouvertement comme un lieu &#8220;contre&#8221; \u2013 le capitalisme, l\u2019urbanisme lib\u00e9ral, la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, la financiarisation de la sph\u00e8re publique \u2013 l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 cette mobilisation hebdomadaire ne serait ni aussi p\u00e9renne ni aussi massive\u00a0\u00bb<\/em>. Pas de politisation du geste, donc, mais <em>\u00ab\u00a0un joyeux bordel\u00a0\u00bb<\/em> o\u00f9 l\u2019on rencontre plut\u00f4t des \u00ab engag\u00e9s \u00bb que des enrag\u00e9s. Or, quand il se rend \u00e0 Notre-Dame-des-Landes, le chercheur entend soudain un tout autre langage\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Nous n\u2019avons rien \u00e0 voir avec les partis politiques. Ils sont du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et de sa logique financi\u00e8re et \u00e9conomique. Ils sont partenaires de ce syst\u00e8me, ses interm\u00e9diaires. On ne lutte pas avec des adversaires, on les combat\u00a0\u00bb<\/em> (Un zadiste, \u00e9tudiant en architecture). On laissera le chercheur se d\u00e9patouiller avec cet int\u00e9ressant diff\u00e9rentiel de radicalit\u00e9 entre Paris et la province, pour noter que le zadisme est assur\u00e9ment le ph\u00e9nom\u00e8ne politique le plus important de ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Tr\u00e8s loin devant la mont\u00e9e du Front national, \u00e7a c\u2019est s\u00fbr.<\/p>\n<p>La preuve ultime, c\u2019est que le zadisme a d\u00e9sormais son roman. La nouvelle fiction de l\u2019auteur de <em>Entre les murs<\/em>, Fran\u00e7ois B\u00e9gaudeau, s\u2019intitule <em>La Politesse<\/em>. C\u2019est une m\u00e9canique textuelle de haute pr\u00e9cision qui raconte trois fois la m\u00eame histoire, celle d\u2019un \u00e9crivain (B\u00e9gaudeau dans son propre r\u00f4le) qui fait sa promo en 2012, en 2013, puis en 2023, dans une France o\u00f9 le \u00ab zadisme\u00a0\u00bb, appelons-le comme \u00e7a, s\u2019est r\u00e9alis\u00e9. Le zadisme ou la politesse, autre nom de cette utopie, politesse envers les autres qu\u2019on ne domine plus, politesse envers soi-m\u00eame qu\u2019on lib\u00e8re de ses cha\u00eenes, politesse envers la nature qu\u2019on respecte (le zadisme est fonci\u00e8rement \u00e9cologique). Dans cette France zadiste de 2023, peut-\u00eatre gr\u00e2ce \u00e0 un revenu universel garanti pour tous, mais peut-\u00eatre pas non plus, on travaille beaucoup moins, mais on s\u2019organise en SCOP (comme <em>Regards<\/em>\u00a0!), mais on cherche beaucoup plus, on pratique le troc, on laisse les enfants s\u2019occuper d\u2019une ferme qui ressemble furieusement \u00e0 la Ferme du bonheur \u00e9voqu\u00e9e plus haut, on met tout en commun, y compris l\u2019imagination, y compris les droits d\u2019auteur des \u00e9crivains, puisqu\u2019il n\u2019y a enfin plus d\u2019auteur, ouf, en tout cas pas dans le sens o\u00f9 on le comprenait en 2012-2013, re-ouf.<\/p>\n<p>Car en racontant ses tourn\u00e9es promos de 2012 et 2013, qui l\u2019emm\u00e8nent un peu partout en France, et m\u00eame en Belgique, ce que raconte B\u00e9gaudeau, c\u2019est un monde en crise au sens o\u00f9 Gramsci l\u2019entendait. Tout le monde conna\u00eet la citation, m\u00eame Sarkozy. Car Gramsci est \u00e0 la mode. M\u00eame \u00e0 droite. Surtout \u00e0 droite, d\u2019ailleurs, o\u00f9 on a toujours compris plus vite qu\u2019\u00e0 gauche, ce que \u00ab\u00a0crise\u00a0\u00bb veut vraiment dire. La citation de Gramsci, B\u00e9gaudeau la r\u00e9\u00e9crit \u00e0 sa fa\u00e7on. Il raconte \u00e0 sa petite ni\u00e8ce, qui avait dix ans en 2013 et qui lui demande comment c\u2019\u00e9tait avant, que <em>\u00ab\u00a0le sel de cette \u00e9poque, c\u2019est que tout mourait, tout \u00e9mergeait\u00a0\u00bb<\/em>. De ce point de vue, B\u00e9gaudeau est vraiment l\u2019anti-Houellebecq. On se souvient que <em>Soumission<\/em>, son dernier roman, se situe en 2022, donc un an avant celui de B\u00e9gaudeau. Ce sont deux visions diam\u00e9tralement oppos\u00e9es que nous proposent ces grands \u00e9crivains contemporains, dans un style et une id\u00e9ologie fort diff\u00e9rents. On n\u2019est pas \u00e0 la Nouvelle Star ici, on n\u2019a pas \u00e0 voter, tant qu\u2019\u00e0 faire, pour le pire ou le moins pire. On est en litt\u00e9rature, et il faut lire.<\/p>\n<p>On a \u00e9crit beaucoup de b\u00eatises sur le roman de Houellebecq, je trouve, jusqu\u2019ici. On a voulu le r\u00e9cup\u00e9rer politiquement. On a bien raison, mais pas comme \u00e7a. Car Houellebecq, tr\u00e8s coh\u00e9rent, on ne peut pas lui enlever \u00e7a, ne dit qu\u2019une seule chose\u00a0: que notre d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative ne fonctionne plus, ou alors, si on veut continuer \u00e0 le croire, gare au pire. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, Fran\u00e7ois B\u00e9gaudeau ne dit pas autre chose. Cependant, dans ce roman qu\u2019il faut lire, et surtout relire, il fait l\u2019ellipse sur la transition entre l\u2019ancien monde et le nouveau. Comment passe-t-on de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre\u00a0? Par vote \u00ab d\u00e9mocratique \u00bb ou par r\u00e9volution plus ou moins soft\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/arnaud-viviant\"><strong>Arnaud Viviant<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-13689 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/skyline-town-city-skyscraper-cityscape-downtown-1014058-pxhere-2d1.com-2.png'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/skyline-town-city-skyscraper-cityscape-downtown-1014058-pxhere-2d1.com-2-150x150.png\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"skyline-town-city-skyscraper-cityscape-downtown-1014058-pxhere.com-2.png\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><strong>ARCHIVES.<\/strong> Cette chronique d&#8217;Arnaud Viviant est extraite de notre num\u00e9ro de printemps 2015, \u00e0 retrouver en cliquant <a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/publications\/revue\/no10-printemps-2015\/article\/regards-printemps-2015\">ici<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":32270,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[262],"tags":[357,353],"class_list":["post-13689","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","tag-chronique","tag-litterature"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13689","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13689"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13689\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/32270"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13689"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13689"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13689"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}