{"id":13658,"date":"2022-06-29T15:42:45","date_gmt":"2022-06-29T13:42:45","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-gauche-l-histoire-l-optimisme-et-la-lucidite\/"},"modified":"2023-06-24T00:29:51","modified_gmt":"2023-06-23T22:29:51","slug":"article-gauche-l-histoire-l-optimisme-et-la-lucidite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=13658","title":{"rendered":"Gauche : l\u2019histoire, l\u2019optimisme et la lucidit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">La gauche va mieux, mais les cat\u00e9gories populaires continuent de la bouder, lui pr\u00e9f\u00e9rant le RN. Il n\u2019en a pas toujours \u00e9t\u00e9 ainsi. Il fut un temps o\u00f9 le PCF a \u00e9t\u00e9 un grand parti populaire. Comprendre ce qui l\u2019a rendu possible et ce qui a fini par le rendre impossible n\u2019est donc pas sans int\u00e9r\u00eat, et pas seulement pour les militants actuels de ce parti.<\/p>\n<p>On a presque fini par l\u2019oublier mais, pendant une grande partie du XX\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019histoire de la gauche et celle de l\u2019univers populaire ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par la forte pr\u00e9sence du Parti communiste fran\u00e7ais. Il est vrai que, pendant longtemps, ses membres ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019image m\u00eame du peuple qu\u2019ils souhaitaient convaincre. Jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, les cat\u00e9gories ouvri\u00e8res et urbaines ont \u00e9t\u00e9 largement majoritaires, parmi les militants comme au sein de l\u2019appareil dirigeant. Or devenir un parti populaire et ouvrier ne se d\u00e9cr\u00e8te pas ; il ne suffit m\u00eame pas de le vouloir. Encore faut-il para\u00eetre utile, sinon \u00e0 la classe tout enti\u00e8re, tout au moins \u00e0 une fraction cons\u00e9quente de cette classe. Le PC y est parvenu parce qu\u2019il assumait, en politique, des fonctions qui allaient bien au-del\u00e0 de la sph\u00e8re politique proprement dite.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/actu\/article\/et-maintenant-de-quoi-le-communisme-pourrait-il-etre-le-nom\">Et maintenant, de quoi le communisme pourrait-il \u00eatre le nom ?<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La premi\u00e8re fonction est la plus connue : c\u2019est celle que le politologue Georges Lavau appelait nagu\u00e8re la <em>\u00ab\u2009fonction tribunitienne\u2009\u00bb<\/em>. Le parti assurait la repr\u00e9sentation de populations modestes que le jeu institutionnel laissait \u00e0 la marge de la d\u00e9cision politique. Cette capacit\u00e9 \u00e9tait d\u2019abord une affaire d\u2019activit\u00e9 militante concr\u00e8te, d\u2019immersion dans les lieux de travail comme dans les zones d\u2019habitat, par le biais de toutes les pratiques possibles, syndicales, associatives ou municipales. Le parti repr\u00e9sentait quotidiennement les damn\u00e9s de la terre, il portait la parole des sans-voix. Il faisait toutefois bien plus que cela. Il \u00e9tait par lui-m\u00eame un agent de promotion du plus grand nombre possible des individus composant la classe. Il ne se contentait donc pas d\u2019attiser la col\u00e8re sociale, d\u2019exalter la classe souffrante : il entendait plus que tout exalter la fiert\u00e9 et la dignit\u00e9 de cette classe qui, comme le pensait le communisme des origines, en s\u2019\u00e9mancipant \u00e9manciperait l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re. La \u00ab\u2009banlieue rouge\u2009\u00bb \u00e9tait le symbole par excellence de cette promotion populaire en actes qui, pendant une longue p\u00e9riode, a fait que les cultures populaires et la culture partisane des communistes se sont entrem\u00eal\u00e9es, sans se confondre pour autant.<\/p>\n<p>La fonction de repr\u00e9sentation se doublait donc tout naturellement d\u2019une deuxi\u00e8me fonction, que l\u2019on pourrait qualifier de prospective ou utopique. Tous les grands mouvements d\u2019\u00e9mancipation se sont toujours accompagn\u00e9s de repr\u00e9sentations plus ou moins achev\u00e9es d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 dont l\u2019horizon ne serait plus celui de l\u2019exploitation, de la domination et de l\u2019ali\u00e9nation. Au c\u0153ur de ces repr\u00e9sentations s\u2019est trouv\u00e9e bien s\u00fbr l\u2019\u00e9galit\u00e9, cette \u00ab\u2009Sainte \u00c9galit\u00e9\u2009\u00bb qu\u2019invoquaient les sans-culottes parisiens de l\u2019an II. Au XIX\u00e8me si\u00e8cle, le mouvement ouvrier a compl\u00e9t\u00e9 l\u2019esquisse avec la \u00ab\u2009R\u00e9publique d\u00e9mocratique et sociale\u2009\u00bb, install\u00e9e en 1848-1849, reprise par les communards de 1871 et que la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle a diffus\u00e9e plus simplement comme \u00ab\u2009la Sociale\u2009\u00bb. Il s\u2019agissait au fond de prendre au mot, pour en faire plus que des mots, la trilogie r\u00e9publicaine devenue officielle en 1848 : libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9.<\/p>\n<p>Au XX\u00e8me si\u00e8cle, le communisme d\u00e9sormais s\u00e9par\u00e9 du socialisme s\u2019est appuy\u00e9 sur le mythe sovi\u00e9tique pour faire vivre cette n\u00e9cessaire utopie, celle qui permet de r\u00eaver \u00e0 l\u2019impossible pour que l\u2019impossible d\u2019hier devienne le possible de demain. Insistons bien s\u00fbr sur le fait qu\u2019il s\u2019agit bien ici du \u00ab\u2009mythe\u2009\u00bb sovi\u00e9tique, pas de la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019URSS et des prolongements du sovi\u00e9tisme\u2026 Tant que le mythe a sembl\u00e9 propulsif \u00e0 un grand nombre, il a fa\u00e7onn\u00e9 les cultures et permis que la col\u00e8re sociale ne devienne pas de la rage, puis du ressentiment. Jusqu\u2019au milieu des ann\u00e9es 1950 et m\u00eame au-del\u00e0, quand il semblait que le monde se r\u00e9duisait \u00e0 deux camps, la force entra\u00eenante du mythe a fait que la majorit\u00e9 de l\u2019\u00e9lectorat communiste a cru ainsi que l\u2019avenir \u00e9tait du c\u00f4t\u00e9 d\u2019un mod\u00e8le sovi\u00e9tique que l\u2019on pr\u00e9f\u00e9rait voir tel qu\u2019on en r\u00eavait plus que comme il \u00e9tait. Le probl\u00e8me est que, d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 finit, avec le temps, par ternir puis l\u00e9zarder la belle image, la force d\u2019entra\u00eenement du mythe d\u00e9cro\u00eet et laisse m\u00eame la place \u00e0 la d\u00e9sillusion. Le PC en a pay\u00e9 l\u2019addition au centuple.<\/p>\n<p>Faut-il renoncer au mythe\u2009? Sans doute. \u00c0 l\u2019utopie\u2009? Cela se discute. Mais en aucun cas il ne faut abandonner le r\u00e9cit qui fonde l\u2019esp\u00e9rance, un r\u00e9cit l\u00e9gitimant l\u2019id\u00e9e que l\u2019irr\u00e9alisme n\u2019est pas du c\u00f4t\u00e9 des pratiques de l\u2019ali\u00e9nation et de l\u2019exclusion mais, au contraire, du c\u00f4t\u00e9 du projet de l\u2019\u00e9mancipation individuelle et collective. Le m\u00e9rite du communisme politique du XX\u00e8me si\u00e8cle fut d\u2019avoir nourri \u00e0 sa mani\u00e8re l\u2019esp\u00e9rance d\u2019une \u00e9mancipation devenant potentiellement un principe directeur dominant des dynamiques sociales futures. Il n\u2019a, h\u00e9las, pas per\u00e7u assez t\u00f4t que la mani\u00e8re qu\u2019il avait choisie \u2014 celle d\u2019une exaltation pouvant confiner \u00e0 la d\u00e9votion ou au mensonge \u2014 finirait par se retourner contre lui. Mais il a contribu\u00e9, pendant quelques d\u00e9cennies, \u00e0 ce que l\u2019horizon de la lutte ne soit pas la lutte en elle-m\u00eame\u2026<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me fonction \u00e9tait plus proprement politique. On sait que la gauche en France a toujours \u00e9t\u00e9 en m\u00eame temps une (\u00ab\u2009la\u2009\u00bb gauche) et plurielle (\u00ab\u2009les\u2009\u00bb gauches). La distinction s\u2019est faite sur des axes multiples mais, tr\u00e8s vite, un principe de distinction est devenu plus important que les autres dans la dynamique fran\u00e7aise de la gauche. Si l\u2019on admet que le couple de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et de la libert\u00e9 est structurant dans l\u2019identification \u00e0 la gauche, tout d\u00e9pend de la mani\u00e8re dont on pense que ce couple peut gagner durablement. Faut-il se contenter de lutter pour l\u2019\u00e9galibert\u00e9 au sein des logiques sociales existantes ou faut-il tout faire pour les d\u00e9passer\u2009? La r\u00e9ponse \u00e0 cette question n\u2019a pas dress\u00e9 une muraille infranchissable entre deux gauches, mais elle a polaris\u00e9 les cultures et les pratiques : d\u2019un c\u00f4t\u00e9 une gauche plut\u00f4t port\u00e9e vers la rupture et le d\u00e9passement du capitalisme, de l\u2019autre une gauche plut\u00f4t soucieuse d\u2019adaptation et donc d\u2019accommodement. Tout a d\u00e9pendu de qui donnait la tonalit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, la rupture ou l\u2019adaptation.<\/p>\n<p>Le socialisme unifi\u00e9 d\u2019avant 1914 et le communisme d\u2019apr\u00e8s 1920 ont \u00e9t\u00e9 l\u2019expression politique majeure du premier courant\u2009; le radicalisme puis le socialisme ont \u00e9t\u00e9 les pivots du second. En tout cas, pendant plusieurs d\u00e9cennies, la force du PCF a tenu \u00e0 ce qu\u2019il a avanc\u00e9, de fa\u00e7on \u00e0 peu pr\u00e8s continue, deux affirmations \u00e0 ses yeux ins\u00e9parables : la gauche n\u2019est pas la gauche si ne s\u2019affirme pas en son sein une dynamique originale tourn\u00e9e vers la rupture\u2009; mais ladite rupture reste incantatoire si ne se pense pas un processus majoritaire qui la rende effectivement possible. \u00c0 l\u2019exception de quelques phases plus ou moins longues de repli (\u00ab\u2009classe contre classe\u2009\u00bb entre 1928 et 1934, guerre froide entre 1947 et d\u00e9but des ann\u00e9es 1960), le PCF a ainsi combin\u00e9 sa valorisation du parti r\u00e9volutionnaire qu\u2019il voulait \u00eatre et ses propositions d\u2019alliances larges \u00e0 gauche (front populaire, union de la gauche).<\/p>\n<h2>Le communisme n\u2019\u00e9tait pas qu\u2019un parti<\/h2>\n<p>Fonction sociale, utopique, politique\u2026 Cette triple fonctionnalit\u00e9 fondait une utilit\u00e9 \u00e0 double sens : le parti \u00ab\u2009utilisait\u2009\u00bb la classe pour assurer sa l\u00e9gitimit\u00e9 de \u00ab\u2009parti de la classe ouvri\u00e8re\u2009\u00bb\u2009; en retour, une large partie de la classe \u00ab\u2009utilisait\u2009\u00bb le parti pour exprimer ses attentes imm\u00e9diates et plus lointaines dans le champ des institutions. Une situation de \u00ab\u2009gagnant-gagnant\u2009\u00bb, pour parler comme on le fait aujourd\u2019hui\u2026 Force est de constater qu\u2019aucune force \u00e0 gauche n\u2019est en \u00e9tat de r\u00e9aliser, dans l\u2019espace populaire, ce jeu de l\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9ciproque. \u00c0 la limite, si un tel jeu fonctionne, c\u2019est plut\u00f4t en faveur de l\u2019extr\u00eame droite : le Rassemblement national utilise les cat\u00e9gories dites subalternes pour l\u00e9gitimer son statut de parti populaire et, en retour, les cat\u00e9gories populaires utilisent le Rassemblement national pour exprimer leur ressentiment dans l\u2019espace politique.<\/p>\n<p>Il est d\u00e8s lors une autre dimension, souvent ignor\u00e9e ou minor\u00e9e alors qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante dans la forte pr\u00e9gnance du communisme en France. Quand on parle de ce communisme, on le r\u00e9f\u00e8re imm\u00e9diatement \u00e0 l\u2019entit\u00e9 \u00ab\u2009Parti communiste fran\u00e7ais\u2009\u00bb. Or le communisme du XX\u00e8me si\u00e8cle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 qu\u2019une structure partisane. Il s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9 sous la forme d\u2019une remarquable galaxie, un peu comme les social-d\u00e9mocraties europ\u00e9ennes ont su les construire, qui associait de l\u2019activit\u00e9 partisane, syndicale, associative et culturelle. Dans cette galaxie, la tutelle du parti et de son appareil pouvait-\u00eatre pesante \u2014 comme ce le fut le cas pour la composante syndicale \u2014 mais la conjonction se faisait davantage par la proximit\u00e9 symbolique et culturelle que par l\u2019imposition brutale. Du coup, cette mise en synergie permettait de raccorder, en en faisant des sujets politiques, des domaines, \u00e9conomiques, sociaux, politiques et culturels que la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise avait soigneusement dissoci\u00e9s. Le caract\u00e8re trop hi\u00e9rarchique de cette galaxie, sa subordination trop grande au centre partisan ont certes entra\u00een\u00e9 son d\u00e9clin. Mais il en est rest\u00e9 un vide : la subordination a laiss\u00e9 la place \u00e0 la s\u00e9paration. Or l\u2019articulation du social et du politique a \u00e9t\u00e9 la cl\u00e9 d\u2019une grande originalit\u00e9 de la gauche, aujourd\u2019hui pour l\u2019essentiel disparue : son lien, complexe et variable, mais globalement soutenu avec le mouvement ouvrier.<\/p>\n<h2>O\u00f9 en est la gauche aujourd\u2019hui\u2009?<\/h2>\n<p>La gauche, en France, a des racines profondes parce qu\u2019elle est l\u2019h\u00e9riti\u00e8re de la \u00ab Grande R\u00e9volution \u00bb. Les r\u00e9sultats \u00e9lectoraux de 2022 ne font que confirmer ce constat. Contrairement aux inqui\u00e9tudes, la gauche n\u2019a pas disparu. Elle a certes progress\u00e9 modestement en pourcentages (un peu plus de deux points entre 2017 et 2022), infiniment moins que l\u2019extr\u00eame droite (un peu plus de 11 points). Mais elle est revenue au centre de la controverse politique et, au sein de la gauche, l\u2019effondrement de l\u2019option sociale-lib\u00e9rale a donn\u00e9 la primaut\u00e9 \u00e0 une gauche franchement de gauche.<\/p>\n<p>En politique, mieux vaut toutefois se convaincre que la volont\u00e9 doit s\u2019accompagner de la lucidit\u00e9. Le XX\u00e8me si\u00e8cle a vu l\u2019apog\u00e9e du lien fluctuant entre la gauche et le mouvement ouvrier, en ces temps o\u00f9 un univers ouvrier en expansion \u00e9tait au c\u0153ur de l\u2019existence m\u00eame du peuple. Rien ne dit pour l\u2019instant que le regain \u00e0 gauche se traduira par une r\u00e9articulation de ce qui a fini par se dissocier. Le mouvement ouvrier n\u2019a pas disparu, mais il est plus que jamais divis\u00e9 et les rapports de force en son sein, notamment syndicaux, se sont d\u00e9plac\u00e9s. En tout \u00e9tat de cause, ce qui reste de ce mouvement n\u2019est plus le seul acteur de la critique sociale. L\u2019exploitation, la domination et l\u2019ali\u00e9nation sont d\u00e9sormais mises en cause \u00e0 parts \u00e9gales. L\u2019in\u00e9galit\u00e9 se double des discriminations de tous types, le productivisme est tout autant en question que la financiarisation, l\u2019insuffisance de la repr\u00e9sentation s\u2019entrem\u00eale avec les tentations dites \u00ab\u2009illib\u00e9rales\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Au fond, l\u2019\u00e9galit\u00e9 reste cruciale, mais elle s\u2019ouvre sur d\u2019autres questions que celles de la r\u00e9partition des richesses. Le \u00ab\u2009social\u2009\u00bb ne se r\u00e9duit plus au pouvoir d\u2019achat, m\u00eame si cette question hante \u00e0 juste titre les attentes des plus d\u00e9munis. L\u2019\u00e9mancipation des collectifs et celle des individus ne peuvent plus se penser en opposant l\u2019une et l\u2019autre. Tout se tient et les multiples facettes de la critique syst\u00e9mique sont th\u00e9oriquement ins\u00e9parables. Et pourtant, elles ob\u00e9issent \u00e0 des dynamiques distinctes et la volont\u00e9 de les r\u00e9unir (qu\u2019expriment des notions comme \u00ab\u2009l\u2019intersectionnalit\u00e9\u2009\u00bb) ne dit rien sur les processus qui peuvent durablement les r\u00e9articuler en mouvement unifi\u00e9, capable de prendre le relais du mouvement ouvrier d\u2019hier.<\/p>\n<p>Les formations de gauche, les plus \u00e0 gauche comprises, ne sont plus des organisations populaires. Elles se construisent autour des cat\u00e9gories cultiv\u00e9es, interm\u00e9diaires ou sup\u00e9rieures, install\u00e9es avant tout dans les espaces m\u00e9tropolitains. Or il ne suffit plus aujourd\u2019hui de se r\u00e9clamer du peuple, pas plus que de la classe, si l\u2019on ne voit pas exactement ce que la classe et le peuple sont devenus. Le probl\u00e8me de l\u2019une et de l\u2019autre tient \u00e0 ce qu\u2019elles ne sont plus des structures unifi\u00e9es ou en voie d\u2019unification, mais des complexes d\u00e9sunis. Il ne sert donc \u00e0 rien de savoir qui choisir, du haut ou du bas, de la m\u00e9tropole ou de la p\u00e9riph\u00e9rie, des couches moyennes ou des plus pauvres, des \u00ab in \u00bb ou des \u00ab out \u00bb. Le plus d\u00e9cisif, et pourtant le plus strat\u00e9gique, est de dire comment peut se r\u00e9unifier ce qui doit l\u2019\u00eatre \u00e0 nouveau, ou plut\u00f4t de dire autour de quoi peut se tisser cette r\u00e9unification : en attisant le ressentiment ou en rel\u00e9gitimant le d\u00e9sir d\u2019\u00e9mancipation\u2009?<\/p>\n<p>L\u2019articulation du social et du politique ne peut plus se faire sur le mod\u00e8le des galaxies de jadis, ni celles de la social-d\u00e9mocratie d\u2019Europe du Nord, ni celle du communisme fran\u00e7ais. \u00c0 vrai dire, mieux vaut partir de l\u2019id\u00e9e qu\u2019aucun des grands mod\u00e8les historiques n\u2019est en \u00e9tat de r\u00e9pondre \u00e0 la complexit\u00e9 contemporaine du social. Le mod\u00e8le travailliste, le mod\u00e8le socialiste-communiste et le mod\u00e8le syndicaliste r\u00e9volutionnaire sont forclos en l\u2019\u00e9tat. Mais si la subordination du social au politique a remis en valeur la n\u00e9cessaire ind\u00e9pendance du syndical et de l\u2019associatif, il n\u2019a pas l\u00e9gitim\u00e9 pour autant la s\u00e9paration des espaces qui domine aujourd\u2019hui. On sait d\u00e9sormais que ce sont des formes in\u00e9dites de mise en commun qui relanceront la synergie n\u00e9cessaire. Le renouveau de l\u2019espace public et de la d\u00e9mocratie est \u00e0 ce prix.<\/p>\n<h2>Innover pour continuer<\/h2>\n<p>Reste bien s\u00fbr l\u2019\u00e9pineux probl\u00e8me du champ proprement politique et partisan. On a longtemps disput\u00e9 de l\u2019opposition irr\u00e9ductible du parti et du mouvement. Les tentatives en direction du second terme n\u2019ont pas manqu\u00e9, au fil des d\u00e9cennies r\u00e9centes. Elles n\u2019ont gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 concluantes, aboutissant selon les cas \u00e0 l\u2019\u00e9clatement plus ou moins rapide du mouvement, ou \u00e0 son glissement progressif vers le parti \u00e0 l\u2019ancienne mode. Mais, en sens inverse, aucune r\u00e9forme ou mutation des partis n\u2019est parvenue \u00e0 emp\u00eacher la d\u00e9vitalisation de la forme partisane et son discr\u00e9dit croissant dans la population. Peut-\u00eatre a-t-on p\u00e9ch\u00e9 contin\u00fbment par carence d\u2019esprit dialectique, oubliant ce qui peut s\u2019\u00e9noncer dans une double affirmation : de l\u2019organisation politique est n\u00e9cessaire, mais la forme-parti qui lui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 la charni\u00e8re des XIX\u00e8me et XX\u00e8me si\u00e8cles a \u00e9t\u00e9 p\u00e9nalis\u00e9e par sa verticalit\u00e9, imposant dans le champ partisan les m\u00e9canismes de l\u2019\u00c9tat. On a besoin d\u2019organisation sp\u00e9cifique et la forme-parti est forclose. \u00ab Et\u2009\u00bb, pas \u00ab\u2009ou\u2009\u00bb : tout est dans le choix de ces quatre lettres.<\/p>\n<p>Le Parti communiste fut longtemps tenu pour le mod\u00e8le m\u00eame du parti de masse. Il en a pr\u00e9sent\u00e9 bien des qualit\u00e9s : la densit\u00e9 de la pr\u00e9sence populaire, la coh\u00e9rence de l\u2019action dans un temps suffisamment long, le souci de l\u2019\u00e9ducation militante, l\u2019attention \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie et au symbolique. Mais ces qualit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 aussi ni\u00e9es par leur contraire : la vision du monde rabattue au rang de doctrine ferm\u00e9e ; la coh\u00e9rence transform\u00e9e en mod\u00e8le reproductible \u00e0 l\u2019infini ; l\u2019attachement au parti devenue obsession d\u2019une identit\u00e9 v\u00e9cue sur le registre de la diff\u00e9rence ; la peur de la dissidence l\u00e9gitim\u00e9e par la formule selon laquelle \u00ab\u2009le parti a toujours raison\u2009\u00bb ; l\u2019indiff\u00e9renciation g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019organisation (le collectif prime sur l\u2019individu) ; la confusion entre le parti et son appareil, voire entre l\u2019appareil et le premier dirigeant qui, en pratique, d\u00e9cide de tout et surtout d\u00e9cide du moment pr\u00e9cis o\u00f9 il faut changer de ligne politique. Qui, aujourd\u2019hui, peut dire qu\u2019il incarne les qualit\u00e9s et qu\u2019il est pr\u00e9muni par nature contre ces d\u00e9fauts\u2009?<\/p>\n<p>Au moment m\u00eame o\u00f9 l\u2019on veut inventer, mieux vaut prendre la mesure de ce qui s\u2019est fait, en bien ou en mal, souvent \u00e0 l\u2019insu m\u00eame des acteurs de la sc\u00e8ne politique. On en revient alors au point de d\u00e9part. La m\u00e9moire peut exalter la lumi\u00e8re, les traditions glorieuses, les moments o\u00f9 le peuple est concr\u00e8tement et visiblement sur le devant de la sc\u00e8ne. La m\u00e9moire choisit tout naturellement les \u00ab\u2009bons\u2009\u00bb et les \u00ab\u2009m\u00e9chants\u2009\u00bb. L\u2019histoire, elle, ne vaut que si elle est critique, jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre critique de la critique elle-m\u00eame. Le pi\u00e8ge est de ne retenir que ce que l\u2019on souhaite voir et, ce faisant, d\u2019estomper les contradictions. L\u2019id\u00e9al est, dans un m\u00eame mouvement, de discerner ce qui est propulsif et ce qui peut \u00eatre r\u00e9gressif, ce qui met le peuple en mouvement et ce qui fait que, au bout du compte, la domination l\u2019a pour l\u2019instant emport\u00e9 chaque fois sur l\u2019\u00e9mancipation.<\/p>\n<p>Le PCF en tout cas n\u2019est plus un acteur central de la gauche et de la politisation populaire. \u00c0 ce jour, les fonctions qui furent les siennes ne sont que tr\u00e8s imparfaitement assur\u00e9es. Le plus raisonnable est d\u2019en avoir conscience, non pour nourrir les nostalgies, mais pour aller de l\u2019avant. Pas de nostalgie, mais pas d\u2019oubli de l\u2019histoire\u2026 Que personne, \u00e0 gauche, ne s\u2019imagine qu\u2019il n\u2019est en aucun cas concern\u00e9 par cette double exigence.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/roger-martelli\"><strong>Roger Martelli<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-13658 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/befunky-collage-491-a5e-scaled.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/befunky-collage-491-a5e-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"befunky-collage-491.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La gauche va mieux, mais les cat\u00e9gories populaires continuent de la bouder, lui pr\u00e9f\u00e9rant le RN. Il n\u2019en a pas toujours \u00e9t\u00e9 ainsi. Il fut un temps o\u00f9 le PCF a \u00e9t\u00e9 un grand parti populaire. Comprendre ce qui l\u2019a rendu possible et ce qui a fini par le rendre impossible n\u2019est donc pas sans int\u00e9r\u00eat, et pas seulement pour les militants actuels de ce parti.<\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":32191,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[292,346,406],"class_list":["post-13658","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actu","tag-communisme","tag-histoire","tag-pcf"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13658","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13658"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13658\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/32191"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13658"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13658"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13658"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}