{"id":1363,"date":"1999-04-01T00:00:00","date_gmt":"1999-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/maiakovski-avait-une-fille1363\/"},"modified":"1999-04-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-03-31T22:00:00","slug":"maiakovski-avait-une-fille1363","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1363","title":{"rendered":"Ma\u00efakovski avait une fille"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Patricia J.Thompson <\/p>\n<p>Voir aussi Hudson River, un d\u00e9sir d&#8217;exil de Daniel Besnehard<strong> Patricia J. Thomson, fille am\u00e9ricaine du c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8te, \u00e9tait \u00e0 Angers le 4 mars pour la cr\u00e9ation de Hudson River de Daniel Besnehard, qui a fait d&#8217;elle, sous son nom m\u00eame de Pat, un personnage de sa pi\u00e8ce. <\/strong><\/p>\n<p>Heureuse surprise et \u00e9motion, Patricia J. Thompson, grande, belle, sereine et chaleureuse, devant qui je me trouve \u00e0 Angers, est la fille, longtemps vou\u00e9e \u00e0 la non-existence, de Ma\u00efakovski. Elle vit \u00e0 New York, o\u00f9 elle est n\u00e9e en 1926. Elle est donc am\u00e9ricaine, ce que n&#8217;\u00e9tait pas alors sa m\u00e8re, Elly, une immigr\u00e9e qui a pu quitter la Russie devenant l&#8217;URSS en \u00e9pousant un Anglais. En 1925, elle rencontre \u00e0 New-York Ma\u00efakovski. Coup de foudre, mais cette passion partag\u00e9e ne dure que trois mois ; il doit quitter les Etats-Unis, son visa expir\u00e9. Ils se sont jur\u00e9 de garder secr\u00e8te leur br\u00e8ve rencontre et ont tenu parole.<\/p>\n<p><strong> A la jeune fille d&#8217;Hudson River qui souffre de ne pas savoir qui est son p\u00e8re, sa m\u00e8re ayant toujours refus\u00e9 de le lui r\u00e9v\u00e9ler, vous dites que vous avez, vous, toujours su de qui vous \u00e9tiez la fille. Toujours ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Patricia J.Thompson : <\/strong> Quand elle a rencontr\u00e9 Ma\u00efakovski, ma m\u00e8re \u00e9tait mari\u00e9e et, bien que s\u00e9par\u00e9e de son mari, en bons termes avec lui. Il a su de qui \u00e9tait l&#8217;enfant \u00e0 na\u00eetre et, se conduisant en gentleman, a eu l&#8217;\u00e9l\u00e9gance de me donner son nom, Jones ; d&#8217;o\u00f9 ce J. auquel je tiens entre mon pr\u00e9nom et le nom de mon mari. A mesure que les enfants grandissent, ils posent des questions. Loin d&#8217;\u00e9luder, ma m\u00e8re me parlait alors de Ma\u00efakovski de fa\u00e7on ou d&#8217;autre.<\/p>\n<p><strong> Quelle a \u00e9t\u00e9 votre enfance ? Heureuse ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Patricia J.Thompson : <\/strong> J&#8217;avais l&#8217;amour de ma m\u00e8re mais, \u00e0 cette \u00e9poque, l&#8217;Am\u00e9rique traversait une crise : le krack de 1929, vous savez : et nous connaissions nous-m\u00eames de grandes difficult\u00e9s \u00e9conomiques.<\/p>\n<p><strong> Quel m\u00e9tier exer\u00e7ait votre m\u00e8re ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Patricia J.Thompson : <\/strong> Elle est n\u00e9e russe dans une famille aristocratique tr\u00e8s ais\u00e9e. Tous ont \u00e9migr\u00e9. Ma m\u00e8re \u00e9tait tr\u00e8s cultiv\u00e9e, elle parlait plusieurs langues, elle a v\u00e9cu de traductions puis, mince, belle, est devenue mannequin. Mais la vie \u00e9tait difficile.<\/p>\n<p><strong> Avez-vous rencontr\u00e9 votre p\u00e8re ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Patricia J.Thompson : <\/strong> Je suis n\u00e9e en ao\u00fbt 1926 et mon p\u00e8re, son visa de correspondant de presse \u00e9tant expir\u00e9, avait d\u00fb quitter l&#8217;Am\u00e9rique. Ma m\u00e8re a connu \u00e0 son tour des probl\u00e8mes similaires. Elle \u00e9tait une immigr\u00e9e, et sa situation n&#8217;\u00e9tait pas r\u00e9gularis\u00e9e. En attendant un visa, tr\u00e8s difficile \u00e0 obtenir, surtout avec un enfant, elle devait partir. Son passeport lui permettait de venir en France, alors nous sommes venues \u00e0 Nice. Et il se trouve qu&#8217;\u00e0 ce moment Ma\u00efakovski \u00e9tait \u00e0 Paris. Il avait adress\u00e9 une lettre \u00e0 ma m\u00e8re \u00e0 New York, mais nous n&#8217;y \u00e9tions plus. Un miraculeux hasard a permis qu&#8217;il apprenne, par quelqu&#8217;un qui nous avait rencontr\u00e9es \u00e0 Nice, o\u00f9 nous nous trouvions. Il est arriv\u00e9 tout de suite \u00e0 la grande \u00e9motion de ma m\u00e8re. Moi, j&#8217;avais trois ans. J&#8217;ai de lui le souvenir de ses longues jambes et des nombreux cadeaux re\u00e7us. Harcel\u00e9 par les t\u00e9l\u00e9grammes de Lily Brik, il n&#8217;a pu rester longtemps. L&#8217;amour \u00e9tait toujours aussi ardent, bien qu&#8217;ils n&#8217;aient pu m\u00eame s&#8217;\u00e9crire : la censure et Lily Brik qui veillait. Mais la situation \u00e9tait inextricable. La Russie nous \u00e9tait inaccessible comme \u00e0 lui l&#8217;Am\u00e9rique, et il y avait mon avenir \u00e0 pr\u00e9server. Les adieux furent douloureux. Nous \u00e9tions en 1929 et Ma\u00efakovski s&#8217;est suicid\u00e9 en 1930. Ma m\u00e8re l&#8217;a appris par les journaux, elle a beaucoup souffert, je la voyais pleurer. Mais c&#8217;\u00e9tait une femme courageuse et d&#8217;esprit libre, elle pensait que la fid\u00e9lit\u00e9 n&#8217;exige pas une vie referm\u00e9e sur elle-m\u00eame. Elle s&#8217;est remari\u00e9e avec un enseignant qui m&#8217;a \u00e9lev\u00e9e comme si j&#8217;\u00e9tais sa fille. Notre situation s&#8217;est am\u00e9lior\u00e9e. Ma m\u00e8re a repris ses \u00e9tudes et a pu enseigner elle aussi.<\/p>\n<p><strong> Et votre adolescence ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Patricia J.Thompson : <\/strong> C&#8217;est alors que mes difficult\u00e9s ont commenc\u00e9. Me faire conna\u00eetre comme fille de Ma\u00efakovski \u00e9tait lourd \u00e0 assumer pour une adolescente. J&#8217;avais \u00e0 tracer mon propre chemin, \u00eatre moi-m\u00eame et en \u00eatre assur\u00e9e, avant de r\u00e9v\u00e9ler ma filiation. Je ne l&#8217;ai fait que devenue professeur de sciences \u00e9conomiques au Lehman College of the City University de New York. J&#8217;avais publi\u00e9 des livres et d\u00e9fendu mes id\u00e9es sous mon nom de Patricia J. Thompson.<\/p>\n<p><strong> Etes-vous all\u00e9e en URSS ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Patricia J.Thompson : <\/strong> Oui, deux fois, la premi\u00e8re fois en 1991: ma m\u00e8re et mon beau-p\u00e8re \u00e9taient morts : accompagn\u00e9e de mon fils qui est avocat, sp\u00e9cialiste du droit d&#8217;auteur. C&#8217;\u00e9tait une visite priv\u00e9e, celle d&#8217;une exil\u00e9e qui rentrait dans son pays pour y rechercher sa famille. C&#8217;\u00e9tait l&#8217;\u00e9poque de Gorbatchev, finie la non-existence. Le black-out officiel pouvait \u00eatre lev\u00e9, Lily Brik morte. Bien que ni ma m\u00e8re ni mon p\u00e8re n&#8217;aient rompu leur promesse de ne rien dire, des rumeurs commen\u00e7aient \u00e0 circuler tendant \u00e0 faire croire \u00e0 une passade. Je ne pouvais supporter cela. Je vouslais r\u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9. J&#8217;avais de quoi t\u00e9moigner mais je n&#8217;ai eu aucune difficult\u00e9 \u00e0 me faire admettre qui je suis. La seule inqui\u00e9tude de l&#8217;h\u00e9ritier de Lily Brik, son beau-fils, je crois, \u00e9tait que je vienne pr\u00e9tendre \u00e0 quelque chose. Je l&#8217;ai rassur\u00e9. J&#8217;ai vu chez lui un tr\u00e8s bel autoportrait de mon p\u00e8re et j&#8217;aurais aim\u00e9 qu&#8217;il me l&#8217;offre. Il ne m&#8217;a fait cadeau que d&#8217;un petit carr\u00e9 de tissu. Ce que je regrette, c&#8217;est que mon p\u00e8re, apr\u00e8s sa mort, ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9vor\u00e9 par le mythe Ma\u00efakovski. On en oublie l&#8217;homme.<\/p>\n<p><strong> Vous signez aussi Elena Vladimirovna Ma\u00efakovskia. Y a-t-il eu une reconnaissance officielle ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Patricia J.Thompson : <\/strong> Pas vraiment, mais personne ne me conteste ce droit et je n&#8217;use de ce nom qu&#8217;aupr\u00e8s des Russes, des G\u00e9orgiens, des Arm\u00e9niens&#8230; et dans le milieu intellectuel. En Am\u00e9rique, je reste Pat.<\/p>\n<p><strong> Votre activit\u00e9 civique, vos livres sont ceux d&#8217;une f\u00e9ministe. <\/strong><\/p>\n<p><strong> Patricia J.Thompson : <\/strong> Oui, mais pr\u00e9cisons qu&#8217;il y a des f\u00e9ministes qui font beaucoup de tort aux femmes. Je ne suis pas radicale, je suis une r\u00e9formiste. Il faut avant toute chose faire \u00e9voluer les mentalit\u00e9s, \u00e9duquer, apprendre \u00e0 concilier dans un \u00e9quilibre harmonieux la vie priv\u00e9e et la vie publique. C&#8217;est le sens de mon enseignement.<\/p>\n<p><strong> Maintenant vous voil\u00e0 personnage de th\u00e9\u00e2tre. Comment cela est-il arriv\u00e9 ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Patricia J.Thompson : <\/strong> A New-York, nous habitons, Daniel et moi, dans le m\u00eame immeuble. Invit\u00e9e par lui, j&#8217;ai vu au mur une photo de Ma\u00efakovski. Ce n&#8217;\u00e9tait pas une mise en sc\u00e8ne, il ne savait rien. Daniel aimait Ma\u00efakovski, tout simplement. Il ne faut pas consid\u00e9rer \u00e0 part mon r\u00f4le, ce qui est int\u00e9ressant ce sont les relations entre les gens. Hudson River est une pi\u00e8ce complexe. Elle traite de l&#8217;amour mais a une port\u00e9e politique. Les relations avec la m\u00e8re, le p\u00e8re, nous les avons v\u00e9cues et avons parfois souhait\u00e9 qu&#8217;elles aient \u00e9t\u00e9 autres. J&#8217;aurais voulu grandir avec mon p\u00e8re biologique. Certainement alors je ne serais pas devenue la m\u00eame personne. Mais celle que je suis ne me d\u00e9pla\u00eet pas, je m&#8217;accepte. Je trouve qu&#8217;il a fallu \u00e0 Daniel beaucoup de courage pour m&#8217;introduire ainsi dans sa fiction. Et il le fait avec beaucoup de talent.<\/p>\n<p>Patricia J. Thompson, Ma\u00efakovski in Manhattan, a Love story, West End Productions, 1993.<\/p>\n<p>On peut voir Hudson River \u00e0 :<\/p>\n<p>Sceaux : Sc\u00e8ne nationale Les G\u00e9meaux, 49, avenue Cl\u00e9menceau, T\u00e9l : 01 46 60 05 64, du 13 au 17 avril inclus \u00e0 20 h 45<\/p>\n<p>Amiens : Maison de la Culture d&#8217;Amiens, 2, place L\u00e9on Gontier T\u00e9l : 03 22 97 79 79, les 22 et 23 avril \u00e0 20 h 30<\/p>\n<p>Reims : Com\u00e9die de Reims-CDN, 3, chauss\u00e9e Bocquaine T\u00e9l : 03 26 48 49 10, les 27 et 28 avril \u00e0 20 h 30<\/p>\n<p>Chinon : espace Rabelais, Digue Saint-Jacques T\u00e9l : 02 47 93 04 92, le 30 avril \u00e0 20 h 30.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Patricia J.Thompson <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1363","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1363","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1363"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1363\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1363"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1363"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1363"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}