{"id":1357,"date":"1999-04-01T00:00:00","date_gmt":"1999-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/ralph-gibson-en-courant-continu1357\/"},"modified":"1999-04-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-03-31T22:00:00","slug":"ralph-gibson-en-courant-continu1357","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1357","title":{"rendered":"Ralph Gibson en &#8216;courant continu&#8217;"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> De la Trilogie (1970-1974), The Somnambulist, D\u00e9j\u00e0-Vu et Days at Sea \u00e0 un ensemble de ces clich\u00e9s qu&#8217;il nomme &#8220;self-\u00e9clipses&#8221;, quarante ans de photographie d&#8217;une nouveaut\u00e9 et d&#8217;une continuit\u00e9 remarquables. <\/p>\n<p>Ralph Gibson est n\u00e9 il y a soixante ans \u00e0 Los Angeles. C&#8217;est donc tout \u00e0 la fois un anniversaire que lui souhaite \u00e0 l&#8217;occasion de cette exposition la Maison europ\u00e9enne de la photographie (MEP), et un cadeau qu&#8217;elle nous fait (particuli\u00e8rement aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations passionn\u00e9es par le m\u00e9dium photographique, qui ne pouvaient s&#8217;\u00eatre rendues en 1973 au Centre culturel am\u00e9ricain, en 1975 \u00e0 la galerie Agathe Gaillard, ou chez Jean Dieuzaide \u00e0 Toulouse en 1976, et qui ne poss\u00e8dent probablement pas ses livres) : pouvoir admirer un ensemble aussi complet, dont la cr\u00e9ativit\u00e9 et la tenue dans le temps sont telles qu&#8217;\u00e0 son propos on a presque envie de parler d'&#8221;insolente facilit\u00e9&#8221;. D&#8217;abord assistant de Dorothea Lange au tout d\u00e9but des ann\u00e9es soixante avant de devenir celui de Robert Franck en 1967-1968 (deux auteurs auxquels il ne cessera de vouer une grande admiration), il fait un court passage \u00e0 l&#8217;agence Magnum, r\u00e9alise encore un certain nombre de commandes pour la mode, la publicit\u00e9 et l&#8217;\u00e9dition, avant d&#8217;abandonner tout travail commercial d\u00e8s 1970.<\/p>\n<p><strong> L&#8217;information trait\u00e9e en termes de composition <\/strong><\/p>\n<p>Install\u00e9 \u00e0 New York : o\u00f9 il vit et travaille toujours aujourd&#8217;hui : il va d\u00e9sormais se consacrer uniquement \u00e0 son art. Se d\u00e9marquant du go\u00fbt d&#8217;alors pour l&#8217;expressionnisme abstrait, dont il juge les travaux &#8220;quelque peu&#8221; ennuyeux, pour revenir \u00e0 des probl\u00e9matiques plus purement photographiques, il va surtout rompre avec la grande tradition am\u00e9ricaine du photo-journalisme et du document humaniste telle qu&#8217;elle sera domin\u00e9e par la figure de W. Eugene Smith.<\/p>\n<p>Ne pouvant se limiter \u00e0 cet horizon, et comme d&#8217;autres alors (1), Ralph Gibson va donc &#8220;d\u00e9placer&#8221; sa pratique sur un autre terrain, nourrissant un rapport visuel avec l&#8217;insolite, mais en outre, et principalement, marqu\u00e9 : qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;un nu, d&#8217;un portrait, d&#8217;un paysage, d&#8217;une architecture ou de sc\u00e8nes intimes : par une philosophie tr\u00e8s personnelle de la chose photographi\u00e9e (&#8220;&#8230; Conscient de ce que l&#8217;appareil photographique enregistre indiff\u00e9remment \u00ab des myriades de d\u00e9tails fatalement nuisibles \u00e0 l&#8217;image \u00bb, \u00e9crit Gilles Mora dans sa pr\u00e9face au livre co-\u00e9dit\u00e9 par les \u00e9d. Marval et la MEP (2), Gibson traite les informations auxquelles est confront\u00e9 son oeil en termes de composition.&#8221;) et un dialogue avec l&#8217;histoire de l&#8217;art, particuli\u00e8rement l&#8217;oeuvre de Malevitch.<\/p>\n<p><strong> La distance entre l&#8217;image photographique et le photographe <\/strong><\/p>\n<p>Le monde photographique de Gibson, poursuit Gilles Mora, &#8220;se pr\u00e9senterait plut\u00f4t comme un r\u00e9pertoire de signes, terme pourtant qu&#8217;il r\u00e9cuse pour celui de \u00ab self-\u00e9clipses \u00bb, et dont la justification repose, non pas sur la coupure du lien entre la photographie et son sujet, mais plut\u00f4t sur la distance prise entre l&#8217;image photographique et celui qui l&#8217;a produite, le photographe. Car, si le sujet \u00ab c&#8217;est le mat\u00e9riau photographique \u00e0 l&#8217;\u00e9tat pur \u00bb, alors le photographe compte de moins en moins au fur et \u00e0 mesure que son oeuvre augmente, plus soucieux qu&#8217;il est d&#8217;explorer les relations \u00e9tablies entre la photographie et les autres objets, ceux du monde, que de s&#8217;int\u00e9resser \u00e0 ses propres rapports \u00e0 celui-ci&#8221;. Et de bien pr\u00e9ciser : &#8220;Non pas un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat inhumain r\u00e9dhibitoire (&#8230;) : plut\u00f4t le d\u00e9placement d&#8217;int\u00e9r\u00eat qui fait pr\u00e9f\u00e9rer \u00e0 Gibson, selon ses propres termes, la \u00bb mouvance des ombres \u00bb, que son rapport personnel \u00e0 l&#8217;ombre, sachant tr\u00e8s bien que l&#8217;un ne va pas sans l&#8217;autre, et que, de toute fa\u00e7on, il existe des livres pour cela, pour cette mise en sens \u00e0 laquelle peut difficilement se substituer, \u00e0 l&#8217;unit\u00e9, l&#8217;anonymat de chaque photographie.&#8221;<\/p>\n<p>Livre est bien le ma\u00eetre mot de Ralph Gibson. En 1969, ayant achev\u00e9 la maquette du premier volet de ce qui allait devenir son oeuvre fondatrice, il d\u00e9clinera les offres d&#8217;\u00e9dition autant que celles-ci ne lui garantissaient pas la totale ma\u00eetrise de ses choix (un \u00e9quivalent de la question du &#8220;final cut&#8221; au cin\u00e9ma). Moyen d&#8217;expression autonome, une \u00e9norme nouveaut\u00e9 alors, le livre est pour Gibson le lieu id\u00e9al o\u00f9 il peut \u00e9tablir entre les images des doubles pages, sans commentaire ni l\u00e9gende, la correspondance imaginaire voulue. Cr\u00e9\u00e9es par lui avec l&#8217;aide de quelques amis, les \u00e9ditions Lustrum Press sortent the Somnambulist en 1970 (plus tard, elles publieront Robert Franck, the Lines of my hand, Duane Michals, Sleep and Dreams, et de la th\u00e9orie). Le succ\u00e8s de l&#8217;ouvrage am\u00e8ne son auteur \u00e0 parcourir les Etats-Unis et l&#8217;Europe pour donner des conf\u00e9rences et exposer. De ces voyages na\u00eetra D\u00e9j\u00e0-vu (1973), pr\u00e9c\u00e9dant Days at Sea d&#8217;une ann\u00e9e. Des tirages et les maquettes originales de tout cela sont montr\u00e9s ici, mais aussi toute la suite de l&#8217;histoire, et donc beaucoup d&#8217;autres &#8220;\u00e9clipses de soi&#8221;.<\/p>\n<p>1. Les Krims, pr\u00e9curseur de la photographie mise en sc\u00e8ne : il r\u00e9alisa en 1975 les Fictcrypto-krimsographs, polaro\u00efds retravaill\u00e9s pendant leur s\u00e9chage : Duane Michals et ses s\u00e9quences narratives, Ralph Eugene Meatyard, passionn\u00e9 de litt\u00e9rature moderne aux sombres images noir et blanc , flous de boug\u00e9s et autres l\u00e9gers d\u00e9doublements de l&#8217;image, ou encore Arthur Tress qui, lecteur des surr\u00e9alistes, de Jung et d&#8217;Eliade, ira chercher au-del\u00e0 de l&#8217;apparence.<\/p>\n<p>2. Courant continu, 168 p., 220 photographies, 390 F. MEP, 5-7, rue de Fourcy, 75004 Paris. Exposition jusqu&#8217;au 30 mai.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> De la Trilogie (1970-1974), The Somnambulist, D\u00e9j\u00e0-Vu et Days at Sea \u00e0 un ensemble de ces clich\u00e9s qu&#8217;il nomme &#8220;self-\u00e9clipses&#8221;, quarante ans de photographie d&#8217;une nouveaut\u00e9 et d&#8217;une continuit\u00e9 remarquables. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1357","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1357","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1357"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1357\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1357"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1357"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1357"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}