{"id":1354,"date":"1999-04-01T00:00:00","date_gmt":"1999-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/estampes-pour-enfants-aux-yeux1354\/"},"modified":"1999-04-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-03-31T22:00:00","slug":"estampes-pour-enfants-aux-yeux1354","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1354","title":{"rendered":"Estampes pour enfants aux yeux brid\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>Tous les enfants, m\u00eame s&#8217;ils ne sont pas sages, ont droit \u00e0 des images. Au Japon, c&#8217;est l&#8217;estampe (en japonais ukiyo-e, soit &#8220;image du monde flottant&#8221;). On conna\u00eet les &#8220;estampesjaponaises&#8221; \u00e0 th\u00e8me \u00e9rotique, circulant sous le manteau de l&#8217;Occident qui en redemandait. On sait trop peu que l&#8217;estampe mit aussi en sc\u00e8ne des enfants. A la Maison de la Culture du Japon, cette forme d&#8217;art est \u00e0 l&#8217;honneur, avec l&#8217;exposition &#8220;l&#8217;Enfant et l&#8217;ukiyo-e&#8221; (1), gr\u00e2ce aux recherches du &#8220;Kumon Institut of education&#8221;, centre de recherche sur l&#8217;enfance suscit\u00e9 par les travaux de l&#8217;historien fran\u00e7ais Philippe Ari\u00e8s. Cet organisme a ainsi pu retrouver les t\u00e9moins des moeurs et coutumes du Japon de l&#8217;\u00e9poque d&#8217;Edo (1603-1868) et de Meiji (1868-1912) et rassemble depuis dix ans nombre d&#8217;estampes de ces p\u00e9riodes. On nous en montre cent-cinquante. Le &#8220;vert paradis&#8221; est saisi au fil du pinceau, m\u00eame si, en cette fin de XVIIIe si\u00e8cle, pudibond en diable, ce n&#8217;est que pr\u00e9texte \u00e0 l&#8217;entreb\u00e2illement du kimono maternel. Paravent ais\u00e9 \u00e0 la censure. La pr\u00e9sence pu\u00e9rile saborde l&#8217;estampe, qui perd en \u00e9rotisme ce qu&#8217;elle gagne en ing\u00e9nuit\u00e9, comme en un livre ouvert o\u00f9 l&#8217;on croit encore percevoir les sons familiers d&#8217;une intimit\u00e9 disparue. Le champ social se lit \u00e0 plein dans les costumes car, durant l&#8217;\u00e9poque f\u00e9odale d&#8217;Edo, les hi\u00e9rarchies se voient de loin. Aux kimonos richement par\u00e9s des femmes d&#8217;int\u00e9rieur font pendant les hardes d&#8217;une paysanne, la quasi-nudit\u00e9 de son petit. Ce sont aussi des sc\u00e8nes vou\u00e9es \u00e0 la vie quotidienne, scand\u00e9e par un grand nombre de moments festifs, envers joyeux d&#8217;une organisation sociale presque militaire. L&#8217;apprentissage a la part belle. L&#8217;\u00e9ducation suit de pr\u00e8s la mont\u00e9e en puissance de la classe marchande. Tout le monde trime, gosses compris. Dans une derni\u00e8re salle a lieu l&#8217;improbable rencontre avec le lointain Occident. Il sut se glisser dans la br\u00e8che depuis le port de Nagasaki, malgr\u00e9 la politique de cl\u00f4ture du pays durant l&#8217;\u00e9poque d&#8217;Edo. Le bleu de Prusse aborde \u00e0 ces rivages, envahit les estampes. Au cours de l&#8217;\u00e8re Meiji, la culture europ\u00e9enne s&#8217;introduit pour de bon, avec les produits de son fond de commerce : bicyclette, train, v\u00eatements occidentaux. Ils conqui\u00e8rent les estampes, non sans une gaucherie qui en fait tout le sel.<\/p>\n<p>1. Maison de la Culture du Japon, 101 bis, quai Branly, 75015, Paris. T\u00e9l : 01 44 37 95 01. Jusqu&#8217;au 13 mars.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tous les enfants, m\u00eame s&#8217;ils ne sont pas sages, ont droit \u00e0 des images. Au Japon, c&#8217;est l&#8217;estampe (en japonais ukiyo-e, soit &#8220;image du monde flottant&#8221;). 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