{"id":13379,"date":"2022-02-09T15:35:08","date_gmt":"2022-02-09T14:35:08","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-et-maintenant-de-quoi-le-communisme-pourrait-il-etre-le-nom\/"},"modified":"2023-06-24T00:25:01","modified_gmt":"2023-06-23T22:25:01","slug":"article-et-maintenant-de-quoi-le-communisme-pourrait-il-etre-le-nom","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=13379","title":{"rendered":"Et maintenant, de quoi le communisme pourrait-il \u00eatre le nom ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Publi\u00e9 \u00e0 titre posthume, l\u2019ultime ouvrage de Lucien S\u00e8ve engage, dans le dialogue avec des auteurs et des autrices actuels, une passionnante r\u00e9flexion prospective sur le communisme du XXI\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-31486\" src=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/le-communisme-02a-249x400-3b9.jpg\" alt=\"le-communisme-02a-249x400.jpg\" align=\"center\" width=\"249\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/le-communisme-02a-249x400-3b9.jpg 249w, https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/le-communisme-02a-249x400-3b9-187x300.jpg 187w\" sizes=\"auto, (max-width: 249px) 100vw, 249px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><p style=\"text-align: center;\">* * *<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mort du Covid le 23 mars 2020, Lucien S\u00e8ve n\u2019a pas termin\u00e9 l\u2019ouvrage qui devait cl\u00f4turer sa t\u00e9tralogie <em>Penser avec Marx aujourd\u2019hui<\/em>. Mais les deux cents pages dont nous disposons d\u00e9sormais gr\u00e2ce aux \u00e9ditions La Dispute sont une fois de plus hyper stimulantes. Rappelons que S\u00e8ve avait d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 en 2019 la premi\u00e8re partie de ses r\u00e9flexions sur le communisme. Elle \u00e9tait essentiellement consacr\u00e9e au communisme de Marx, aux r\u00e9gimes qui se sont revendiqu\u00e9s du communisme au XX\u00e8me si\u00e8cle, \u00e0 la trahison stalinienne du communisme, mais aussi aux manques de Marx et des marxistes, incluant certaines cons\u00e9quences ravageuses de ces failles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<strong>LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR<br \/>\n>><\/strong> <em><a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/actu\/idees-culture\/article\/un-magistral-inventaire-du-communisme-et-de-sa-trahison-stalinienne-avant\">Un magistral inventaire du communisme (et de sa trahison stalinienne) avant refondation<\/a><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><h2>Pour une vision d\u2019ensemble du communisme<\/h2>\n<p>Dans le pr\u00e9sent ouvrage, qu\u2019il faut lire pour s\u2019en approprier chacun \u00e0 sa fa\u00e7on l\u2019inestimable richesse, Lucien S\u00e8ve invite cette fois \u00e0 une r\u00e9flexion prospective. Il d\u00e9plore que la question d\u2019ensemble du communisme, c\u2019est-\u00e0-dire celle d\u2019un d\u00e9passement du capitalisme vers une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9mancipation, ait \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent si peu travaill\u00e9e en tant que telle. Lucien S\u00e8ve pose \u00e0 ce propos trois interrogations aussi structurantes qu\u2019ignor\u00e9es. <\/p>\n<p><strong>Premi\u00e8re interrogation.<\/strong> Si le passage au communisme est la <em>\u00ab prise en main comp\u00e9tente de toutes leurs affaires par le grand nombre des individus s\u2019associant librement \u00bb<\/em>, ceux-ci en sont-ils capables ? Qu\u2019en est-il, donc, de la maturit\u00e9 historique du communisme ? Autrement dit : si l\u2019on admet que l\u2019av\u00e8nement du communisme ne peut s\u2019appuyer sur la seule volont\u00e9 des hommes, \u00e0 quelles conditions essentielles le communisme peut-il advenir ?<\/p>\n<p><strong>Deuxi\u00e8me interrogation.<\/strong> On con\u00e7oit le communisme comme un d\u00e9passement de toutes les ali\u00e9nations, r\u00e9volutionnant le monde de l\u2019avoir, du pouvoir et du savoir. Mais comment le faire en prenant pleinement en consid\u00e9ration la conscience r\u00e9cente de la finitude de la plan\u00e8te, en d\u00e9passant l\u2019\u00c9tat sans renoncer \u00e0 faire triompher la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale sur l\u2019int\u00e9r\u00eat commun, ou encore en s\u2019appuyant sur les d\u00e9j\u00e0-l\u00e0 du post-capitalisme ou du communisme ?  Comment reformuler, donc, la finalit\u00e9 civilisationnelle du communisme, une vis\u00e9e en rapport avec les conditions d\u2019aujourd\u2019hui ? <\/p>\n<p><strong>Troisi\u00e8me interrogation.<\/strong> Comment engager sans d\u00e9lai la sortie du capitalisme et construire de mani\u00e8re inventive une autre civilisation ? \u00c0 ce propos, Lucien S\u00e8ve souligne \u00e0 sa fa\u00e7on l\u2019extension du territoire de la lutte : <em>\u00ab Nouveaut\u00e9 cruciale : la t\u00e2che est d\u2019\u00e9manciper non plus seulement du capital exploiteur le monde du travail mais le genre humain entier \u00bb<\/em>\u2026 avec une cons\u00e9quence strat\u00e9gique majeure : <em>\u00ab Toute modalit\u00e9 minoritaire et violente \u00bb<\/em> est <em>\u00ab inadapt\u00e9e et contre-productive \u00bb<\/em>. Ainsi, il n\u2019y a pas d\u2019autres chemins que de conqu\u00e9rir une h\u00e9g\u00e9monie. En termes d\u2019organisation politique, cela \u00e9carte aussi bien la verticalit\u00e9 autoritaire d\u2019un parti que l\u2019horizontalit\u00e9 \u00e9vanescente d\u2019un mouvement. <\/p>\n<p>Les temps ont quelque peu chang\u00e9 par rapport aux ann\u00e9es 1980 et 1990 : il existe une certaine abondance de travaux soucieux de postcapitalisme voire de relance du communisme. Lucien S\u00e8ve souligne \u00e0 ce propos le besoin de sortir des clivages st\u00e9riles pass\u00e9s et de d\u00e9velopper une culture de l\u2019\u00e9change, faite de confrontations d\u2019id\u00e9es mais aussi d\u2019ententes. L\u00e0 commence un parcours dans les travaux d\u2019une dizaine de penseurs du postcapitalisme ou du communisme, dont il \u00e9voque les apports et les limites, jusqu\u2019aux convergences possibles avec eux. <\/p>\n<h2>Pas de communisme sans \u00e9mancipation<\/h2>\n<p>Lucien S\u00e8ve salue chez Alain Badiou plusieurs fondamentaux : la conviction qu\u2019il est possible et n\u00e9cessaire d\u2019<em>\u00ab extraire le devenir de l\u2019humanit\u00e9 toute enti\u00e8re de l\u2019emprise malfaisante du capitalisme \u00bb<\/em>, le parti pris pour le d\u00e9p\u00e9rissement de l\u2019\u00c9tat en tant qu\u2019appareil coercitif s\u00e9par\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9, et le d\u00e9passement du clivage entre le travail manuel et le travail intellectuel. Il reconna\u00eet aussi chez lui la volont\u00e9 de mobiliser les masses sans chercher \u00e0 ce qu\u2019un parti les dirige, mais en d\u00e9fendant une orientation, dans une approche internationaliste. <\/p>\n<blockquote><p>Comment rendre plausible l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une nouvelle s\u00e9quence communiste sans souligner que les r\u00e9gimes se r\u00e9clamant du communisme lui ont tourn\u00e9 le dos en promouvant un d\u00e9veloppement sans \u00e9mancipation, appuy\u00e9 sur un pouvoir d\u2019\u00c9tat toujours renforc\u00e9 ?<\/p><\/blockquote>\n<p>Cependant, Lucien s\u00e8ve souligne la contradiction d\u2019Alain Badiou d\u00e9fendant une r\u00e9surrection du communisme alors que celui-ci aurait connu un \u00e9chec total au XX\u00e8me si\u00e8cle : comment rendre plausible l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une nouvelle s\u00e9quence communiste sans souligner que les r\u00e9gimes se r\u00e9clamant du communisme lui ont tourn\u00e9 le dos en promouvant un d\u00e9veloppement sans \u00e9mancipation, appuy\u00e9 sur un pouvoir d\u2019\u00c9tat toujours renforc\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 le d\u00e9p\u00e9rissement de l\u2019\u00c9tat est au c\u0153ur d\u2019une approche communiste ? Comment peut-on qualifier la r\u00e9volution culturelle mao\u00efste comme le <em>\u00ab premier mouvement de masse authentiquement communiste \u00bb<\/em> alors que cette p\u00e9riode n\u2019est marqu\u00e9e par aucune <em>\u00ab d\u00e9sali\u00e9nation marquante dans l\u2019ordre \u00e9conomique, politique, culturelle \u00bb<\/em> durant des ann\u00e9es <em>\u00ab de violence d\u00e9cha\u00een\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la barbarie \u00bb<\/em> ? Ainsi, S\u00e8ve souligne-t-il que l\u2019apport d\u2019Alain Badiou \u00e0 la relance de la vis\u00e9e communiste s\u2019av\u00e8re <em>\u00ab contradictoire \u00bb<\/em>. Plus largement, revendiquer un simple retour aux sources (\u00e0 Marx, par exemple), ce serait ignorer les conditions profond\u00e9ment transform\u00e9es du combat pour l\u2019\u00e9mancipation aujourd\u2019hui. <\/p>\n<h2>Le communisme, conqu\u00eate d\u2019une h\u00e9g\u00e9monie<\/h2>\n<p>Face \u00e0 la tentation de provoquer la r\u00e9volution sans avoir appr\u00e9ci\u00e9 les conditions \u00e9conomiques, sociales et politiques d\u2019une transformation positive, Lucien S\u00e8ve met en cause deux attitudes funeste : l\u2019aventurisme, qui cherche \u00e0 forcer l\u2019histoire en d\u00e9pit des conditions r\u00e9elles dans lesquels les r\u00e9volutionnaires agissent, et l\u2019attentisme, forme de renoncement \u00e0 transformer les choses. Lucien S\u00e8ve \u00e9voque ici les apports du philosophe Yvon Quiniou : le prol\u00e9tariat est entendu non pas comme la masse des travailleurs manuels mais comme l\u2019ensemble des salari\u00e9s qui cr\u00e9ent de la survaleur pour le compte du capital. Il inclut les figures contemporaines de l\u2019activit\u00e9 productive \u2013 tels les salari\u00e9s ub\u00e9ris\u00e9s \u2013, ce qui change les \u00ab conditions objectives \u00bb du communisme. Pour Quiniou, le communisme est l\u2019issue positive \u00e0 la crise historique du capitalisme, issue possible et non naturelle, command\u00e9e par l\u2019imp\u00e9ratif moral consistant \u00e0 traiter l\u2019individu comme une fin en soi (et non comme un moyen). Cependant, S\u00e8ve souligne certaines limites de ces r\u00e9flexions.<\/p>\n<blockquote><p>On ne peut croire que l\u2019on va tout changer soudainement, ni penser que l\u2019adversaire va aimablement se laisser d\u00e9poss\u00e9der : face \u00e0 la classe dominante, les rapports de force seront affaire d\u2019h\u00e9g\u00e9monie dans les t\u00eates et par l\u2019action, et non une affaire de conqu\u00eate d\u2019un pouvoir en surplomb ou ext\u00e9rieur \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ces limites concernent les d\u00e9fis actuels du communisme : la prise en compte de la transformation de la composition de la soci\u00e9t\u00e9, la question \u00e9cologique, les causes anthropologiques multiples qu\u2019un communisme du XXI\u00e8me si\u00e8cle doit prendre en charge pour construire un authentique projet d\u2019\u00e9mancipation. Un point important de d\u00e9saccord concerne la r\u00e9habilitation par Yvon Quiniou de l\u2019id\u00e9e de dictature du prol\u00e9tariat, solidaire de l\u2019id\u00e9e d\u2019une r\u00e9volution insurrectionnelle, \u00e0 laquelle Lucien S\u00e8ve oppose celle, issue de Gramsci, de conqu\u00eate de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie pour d\u00e9passer la soci\u00e9t\u00e9 de classes. Pour S\u00e8ve, on ne peut en effet ni croire que l\u2019on va tout changer soudainement, ni penser que l\u2019adversaire va aimablement se laisser d\u00e9poss\u00e9der : face \u00e0 la classe dominante, les rapports de force seront affaire d\u2019h\u00e9g\u00e9monie dans les t\u00eates et par l\u2019action, et non une affaire de conqu\u00eate d\u2019un pouvoir en surplomb ou ext\u00e9rieur \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. <\/p>\n<h2>Convergence des luttes d\u2019appropriation en un projet global<\/h2>\n<p>Lucien S\u00e8ve partage le souci d\u2019Isabelle Garo de se doter d\u2019<em>\u00ab un projet de transformation globale mobilisateur et radical \u00bb<\/em>. L\u2019enjeu essentiel est la r\u00e9appropriation \u00e9conomique, politique, cognitive, pour sortir de toutes les ali\u00e9nations, qui ont en commun d\u2019emp\u00eacher le contr\u00f4le individuel et collectif sur tel et tel aspect de la vie, appelant <em>\u00ab une seule et unique r\u00e9appropriation \u00bb<\/em>[[Isabelle Garo.]]. Point majeur selon nous, soulign\u00e9 par Lucien S\u00e8ve : <em>\u00ab La n\u00e9cessaire convergence des axes les plus divers de mobilisation \u2013 reconstitution du mouvement ouvrier, luttes des peuples indig\u00e8nes ainsi que des populations domin\u00e9es du Nord et du Sud, luttes anticoloniales et luttes f\u00e9ministes [\u2026] ins\u00e9parables d\u2019un rapport fondamentalement transform\u00e9 \u00e0 la nature \u00bb<\/em>, \u00e0 quoi s\u2019ajoutent les <em>\u00ab urgences telles la lutte contre la recrudescence du danger fasciste et l\u2019accentuation des racismes \u00bb<\/em>. Intersectionnalit\u00e9 et refus de la hi\u00e9rarchisation des luttes sont ainsi au c\u0153ur du nouveau communisme. Ajoutons ici qu\u2019\u00e0 propos de la lutte contre toutes les ali\u00e9nations-d\u00e9possessions, deux termes m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre ici mobilis\u00e9s pour renforcer l\u2019articulation entre les finalit\u00e9s communistes et les luttes concr\u00e8tes dans leur diversit\u00e9 : celui de domination, qui peut contribuer \u00e0 d\u00e9construire les in\u00e9galit\u00e9s d\u2019avoir, de savoir et de pouvoir ; celui de libert\u00e9, pour opposer aux libert\u00e9s formelles de l\u2019\u00c9tat de droit un processus effectif d\u2019\u00e9mancipation.  <\/p>\n<blockquote><p>Reconstitution du mouvement ouvrier, luttes des peuples indig\u00e8nes et des populations domin\u00e9es du Nord et du Sud, luttes anticoloniales et luttes f\u00e9ministes, rapport transform\u00e9 \u00e0 la nature, lutte contre le danger fasciste et l\u2019accentuation des racismes\u2026 l\u2019intersectionnalit\u00e9 et le refus de la hi\u00e9rarchisation des luttes sont au c\u0153ur du nouveau communisme.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Conditions pr\u00e9alables et conqu\u00eates communistes<\/h2>\n<p>S\u00e8ve \u00e9voque un d\u00e9bat important avec Isabelle Garo sur la notion de \u00ab d\u00e9j\u00e0-l\u00e0 \u00bb du communisme, d\u00e9bat que l\u2019on peut difficilement synth\u00e9tiser ici. Au-del\u00e0 des interpr\u00e9tations diff\u00e9rentes possibles des vues de Marx, indiquons simplement que pour Lucien S\u00e8ve deux dimensions distinctes doivent \u00eatre prises en compte. Il y a ce qui rel\u00e8ve des conditions pr\u00e9alables pour que des transformations puissent advenir. Par exemple, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la soci\u00e9t\u00e9, la diminution massive du temps de travail est possible car les capacit\u00e9s productives sont \u00e9lev\u00e9es. Et il y a ce qui rel\u00e8ve d\u2019authentiques pr\u00e9figurations du futur. Ainsi, par exemple, la s\u00e9curit\u00e9 sociale, l\u2019existence d\u2019une proportion consid\u00e9rable d\u2019actifs d\u00e9gag\u00e9s des imp\u00e9ratifs de profits ou encore la gratuit\u00e9 d\u2019usages constituent d\u2019authentiques conqu\u00eates communistes (m\u00eame si elles sont partielles). <\/p>\n<h2>N&#8217;occulter aucune question, celle de l\u2019\u00c9tat comprise<\/h2>\n<p>\u00c0 propos des apports d\u2019\u00c9tienne Balibar, Lucien S\u00e8ve constate que comme Alain Badiou celui-ci n\u2019\u00e9voque pas le stalinisme comme une trahison du communisme mais comme une forme de communisme ayant \u00e9chou\u00e9. Mais il rel\u00e8ve surtout la richesse des analyses de Balibar concernant des impens\u00e9s de Marx et\/ou du mouvement ouvrier, qu\u2019il nomme des <em>\u00ab points de stress \u00bb<\/em>. Il en \u00e9voque quatre en particulier : une sous-estimation de la question f\u00e9ministe, dont la non-prise en compte du travail domestique assur\u00e9e par les femmes est embl\u00e9matique ; la sous-estimation de la question \u00e9cologique ; la non-prise en compte du travail immat\u00e9riel dans la d\u00e9termination de la survaleur ; le d\u00e9ficit de prise en consid\u00e9ration des violences multiples sur la plan\u00e8te auxquelles donne lieu l\u2019extension du capital financiaris\u00e9. <\/p>\n<p>Pour Balibar, l\u2019abolition de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production, l\u2019internationalisme et la d\u00e9mocratie <em>\u00ab radicale \u00bb<\/em> resteraient au c\u0153ur du communisme \u00e0 venir, mais chacun de ces axes m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre profond\u00e9ment revisit\u00e9. Concernant l\u2019abolition de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production, \u00c9tienne Balibar reprend \u00e0 son compte l\u2019approche des biens communs et du droit d\u2019usage, mais Lucien S\u00e8ve en souligne les limites. S\u00e8ve souligne aussi que souhaiter une radicalisation de la d\u00e9mocratie ne dit pas ce qu\u2019il advient de l\u2019\u00c9tat, alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un enjeu crucial pour toute strat\u00e9gie d\u2019\u00e9mancipation. <\/p>\n<h2>Pour une maitrise sociale de la production<\/h2>\n<p>S\u00e8ve \u00e9voque ensuite les r\u00e9flexions de Michael L\u00f6wy, qui a contribu\u00e9 \u00e0 forger le terme \u00e9cosocialisme. Il en partage la vis\u00e9e postcapitaliste, oppos\u00e9e aux discours \u00e9cologistes qui taisent la responsabilit\u00e9 du capital dans la catastrophe \u00e9cologique et qui ignorent l\u2019enjeu du changement des structures \u00e9conomiques et sociales. Il cite l\u2019id\u00e9e d\u2019en finir avec les g\u00e2chis monstrueux qui ont vocation \u00e0 dispara\u00eetre : l\u2019industrie d\u2019armement, le nucl\u00e9aire, la publicit\u00e9. Il reprend \u00e0 son compte la critique d\u2019un certain <em>\u00ab productivisme marxiste \u00bb<\/em>, citant notamment le rattrapage industriel \u00e0 marche forc\u00e9e voulue par les r\u00e9gimes de l\u2019Est de l\u2019Europe. Lucien S\u00e8ve reprend certaines interpr\u00e9tations des textes de Marx et d\u2019Engels, pour souligner que, dans leur \u0153uvre, l\u2019accroissement de la force productive est positive car il permet une plus large satisfaction des besoins et d\u2019une r\u00e9duction majeure du temps de travail, mais qu\u2019il est aussi synonyme d\u2019exploitation sans limite de la terre et du travailleur. Pour eux, l\u2019enjeu n\u2019\u00e9tait pas d\u2019obtenir une croissance illimit\u00e9e de la production, inattentive \u00e0 la nature, mais au contraire de favoriser la ma\u00eetrise consciente de la production par l\u2019appropriation sociale de ses moyens. <\/p>\n<blockquote><p>Pour Marx et Engels, l\u2019enjeu n\u2019\u00e9tait pas d\u2019obtenir une croissance illimit\u00e9e de la production, inattentive \u00e0 la nature, mais au contraire de favoriser la ma\u00eetrise consciente de la production par l\u2019appropriation sociale de ses moyens. Non seulement la croissance de la force productive du travail n\u2019est pas ennemie d\u2019une d\u00e9croissance cibl\u00e9e des forces productives mais elle en est le meilleur atout : plus est \u00e9lev\u00e9e la productivit\u00e9 r\u00e9elle du travail social, plus il peut \u00eatre \u00e9conome.<\/p><\/blockquote>\n<p>Lucien S\u00e8ve souligne que <em>\u00ab l\u2019accusation de productivisme est d\u00e9nu\u00e9e de toute justification quant \u00e0 la pens\u00e9e de Marx et d\u2019Engels \u00bb<\/em> : <em>\u00ab Aux antipodes d\u2019un toujours-plus, le communisme pourra et devra \u00eatre une sorte de formation sociale \u00e9conome au maximum \u00bb<\/em>. L\u00e0 s\u2019ouvre l\u2019apport communiste aux combats communs \u00e0 mener avec les \u00e9cologistes : <em>\u00ab Non seulement la croissance de la force productive du travail n\u2019est pas ennemie d\u2019une d\u00e9croissance cibl\u00e9e des forces productives mais elle en est le meilleur atout : plus est \u00e9lev\u00e9e la productivit\u00e9 r\u00e9elle du travail social, notamment gr\u00e2ce aux croissants apports des savoirs scientifiques \u00e0 la production, plus il peut \u00eatre \u00e9conome \u00bb<\/em>. Cela fait penser aux gisements d\u2019efficacit\u00e9 qu\u2019incluent n\u00e9cessairement les sc\u00e9narios de sortie du nucl\u00e9aire, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et de mani\u00e8re non contradictoire avec la sobri\u00e9t\u00e9 des usages. Enfin, S\u00e8ve souligne que le probl\u00e8me de l\u2019appellation \u00e9cosocialisme est sa focalisation sur le seul souci \u00e9cologique, l\u00e0 o\u00f9 la r\u00e9volution des rapports sociaux dont nous avons besoin concerne tous les domaines de la vie en soci\u00e9t\u00e9, notamment la dimension anthropologique (nous allons y revenir). <\/p>\n<h2>D\u00e9passer l\u2019\u00c9tat sans ignorer la lutte des classes<\/h2>\n<p>Lucien S\u00e8ve critique ensuite la th\u00e8se forg\u00e9e notamment par Pierre Dardot et Christian Laval qui pr\u00e9sentent le commun comme une alternative postcapitaliste non communiste. Il souligne encore une fois qu\u2019imputer \u00e0 Marx ce qui a \u00e9chou\u00e9 sous la forme du <em>\u00ab communisme \u00e9tatique \u00bb<\/em>, alors que l\u2019un des crit\u00e8res fondamentaux du communisme est le d\u00e9p\u00e9rissement de l\u2019\u00c9tat, est probl\u00e9matique. <\/p>\n<blockquote><p>Le communisme du XXI\u00e8me si\u00e8cle ne sera pas \u00e9tatique, ce qui rend l\u2019opposition entre communisme \u00e9tatique et commun sans objet. Reste \u00e0 ce que les partisans du commun interrogent leur d\u00e9ni de la lutte des classes et de son corollaire, la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production.<\/p><\/blockquote>\n<p>En positif, il \u00e9voque l\u2019id\u00e9e que le commun n\u2019est pas la distinction classique entre la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et la propri\u00e9t\u00e9 publique (principalement celle de l\u2019\u00c9tat), mais la <em>\u00ab libre disposition \u00bb<\/em> de ce dont l\u2019appropriation privative serait pr\u00e9judiciable \u00e0 la collectivit\u00e9. C\u2019est ainsi <em>\u00ab l\u2019activit\u00e9 de mise en commun qui fait exister le commun \u00bb<\/em> : <em>\u00ab Disposer n\u2019exige pas d\u2019\u00eatre propri\u00e9taire mais seulement de jouir du droit d\u2019acc\u00e8s et d\u2019usage \u00bb<\/em>. Cependant, Dardot et Laval remplacent la vis\u00e9e centrale d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 sans classe, qui inclut n\u00e9cessairement la fin de l\u2019exploitation des individus, par la seule appropriation des choses. Ainsi, \u00e0 la place d\u2019une alternative au capitalisme, leur d\u00e9marche anti\u00e9tatique, inspir\u00e9e de Proudhon, laisse indemne l\u2019exploitation du travail et son corollaire, la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production, allant jusqu\u2019\u00e0 soutenir le remplacement de la loi par le contrat, alors m\u00eame que le n\u00e9olib\u00e9ralisme a fait du contrat un outil majeur pour casser les droits sociaux et r\u00e9gner sans entraves. Cependant, S\u00e8ve souligne que le communisme du XXI\u00e8me si\u00e8cle ne sera pas \u00e9tatique, ce qui rend l\u2019opposition formul\u00e9e par Dardot et Laval entre communisme \u00e9tatique et commun sans objet. Reste \u00e0 ce que les partisans du commun interrogent leur d\u00e9ni de la lutte des classes et de son corollaire, la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production. <\/p>\n<h2>D\u00e9j\u00e0-l\u00e0 du communisme \u00e0 faire fructifier<\/h2>\n<p>Lucien S\u00e8ve pousse la r\u00e9flexion sur le processus de transformation de la soci\u00e9t\u00e9, \u00e9voquant les contradictions \u00e0 l\u2019\u0153uvre au sein du capitalisme contemporain et des pr\u00e9misses de communisme. L\u2019historien Jean S\u00e8ve \u2013 qui est le fils de Lucien S\u00e8ve \u2013 avance ainsi la notion de <em>\u00ab futur pr\u00e9sent \u00bb<\/em>. Il s\u2019agit de consid\u00e9rer que <em>\u00ab l\u2019avenir <\/em>[postcapitaliste]<em> est pour une part d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 dans le pr\u00e9sent \u00bb<\/em>, sous diverses formes. Il est par exemple pr\u00e9sent lorsque <em>\u00ab le capital r\u00e9clame des salari\u00e9s une croissantes prise d\u2019initiative et de responsabilit\u00e9 \u00bb<\/em>, ce qui tend \u00e0 rendre obsol\u00e8te la c\u00e9sure entre les t\u00e2ches de direction, les t\u00e2ches de conception et les t\u00e2ches d\u2019ex\u00e9cution. C\u2019est le d\u00e9passement (partiel) des rapports marchands, dans des formes \u00e9conomiques vari\u00e9es (coop\u00e9ratives, syst\u00e8mes d\u2019\u00e9changes locaux), l\u2019extension du b\u00e9n\u00e9volat, la multiplication des gratuit\u00e9s d\u2019usages, ou encore la mise hors appropriation priv\u00e9e du continent antarctique. <\/p>\n<blockquote><p>Le futur postcapitaliste et des pr\u00e9misses du communisme sont d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents : exp\u00e9riences de d\u00e9passement des rapports marchands, mouvement d\u2019\u00e9mancipation des femmes, multiples formes d\u2019appropriation citoyenne, multiplication des gratuit\u00e9s, augmentation du temps libre, hausse des niveaux de formation\u2026 Il ne s\u2019agit pas de d\u00e9passer seulement l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme mais l\u2019ensemble des ali\u00e9nations qui r\u00e9gissent les soci\u00e9t\u00e9s de classes.<\/p><\/blockquote>\n<p>De m\u00eame, le mouvement profond et plan\u00e9taire d\u2019\u00e9mancipation des femmes, l\u2019augmentation du temps libre (<em>\u00ab condition majeure de tout d\u00e9veloppement personnel \u00bb<\/em>), la hausse spectaculaire des niveaux de formation des individus, la multiplication des formes d\u2019appropriation citoyenne sont autant de futurs \u00e9mancip\u00e9s d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents (bien d\u2019autres sont \u00e9voqu\u00e9s). Lucien S\u00e8ve souligne que ces d\u00e9j\u00e0-l\u00e0 positifs, souvent sous-estim\u00e9s par les partisans de l\u2019\u00e9mancipation, ne doivent pas faire oublier les d\u00e9j\u00e0-l\u00e0 n\u00e9gatifs, \u00e0 savoir les catastrophes \u00e9cologiques et anthropologiques annonc\u00e9es et amorc\u00e9es. Ce qui met \u00e0 l\u2019ordre du jour le besoin de d\u00e9passer non seulement <em>\u00ab l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme \u00bb<\/em>, mais l\u2019ensemble des ali\u00e9nations de tous ordres qui r\u00e9gissent les soci\u00e9t\u00e9s de classes. <\/p>\n<h2>Nouvelles conqu\u00eates communistes<\/h2>\n<p>Lucien S\u00e8ve rend un hommage appuy\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9conomiste et sociologue Bernard Friot et \u00e0 sa <em>\u00ab r\u00e9volution communiste du salariat \u00bb<\/em>. Il \u00e9voque d\u2019abord l\u2019\u0153uvre des ministres communistes \u00e0 la Lib\u00e9ration, avec les avanc\u00e9es consid\u00e9rables que constituent la mise en place de la s\u00e9curit\u00e9 sociale, le statut de la Fonction publique, la nationalisation de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et du gaz. Ce sont l\u00e0 des avanc\u00e9es d\u2019essence anticapitaliste \u2013 dont il d\u00e9taille la forte dimension \u00e9mancipatrice \u2013, que les pouvoirs successifs n\u2019ont pas encore r\u00e9ussi \u00e0 mettre \u00e0 mort car elles sont <em>\u00ab devenues dimension essentielle de la personnalit\u00e9 nationale \u00bb<\/em>.  <\/p>\n<p>S\u00e8ve soutient la proposition de <em>\u00ab salaire \u00e0 vie attach\u00e9 \u00e0 la personne en fonction de sa qualification \u00bb<\/em>, qui mettrait fin \u00e0 l\u2019archa\u00efsme du march\u00e9 du travail, c\u2019est-\u00e0-dire au traitement de l\u2019\u00eatre humain comme une marchandise. Et il \u00e9voque aussi un sujet qui nous est cher depuis longtemps : <em>\u00ab Si on additionne les fonctionnaires, la moiti\u00e9 des retrait\u00e9s dont la pension est proche du salaire de r\u00e9f\u00e9rence, les salari\u00e9s \u00e0 statut et ceux des branches o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 conquis un droit \u00e0 la carri\u00e8re, c\u2019est environ dix-sept millions de personnes, le tiers des plus de 18 ans, qui ont aujourd\u2019hui, peu ou prou, un salaire \u00e0 vie fond\u00e9 sur la qualification personnelle. Les d\u00e9j\u00e0-l\u00e0 du communisme en France, malgr\u00e9 des d\u00e9cennies d\u2019efforts du capital pour les \u00e9radiquer, sont encore impressionnants. Comment peut-on ne pas les voir, et ne pas centrer l\u2019action transformatrice sur leur \u00e9largissement ? \u00bb<\/em> <\/p>\n<p>Lucien S\u00e8ve interroge le manque de reconnaissance par la gauche authentique de la proposition de <em>\u00ab salaire \u00e0 vie \u00bb<\/em> port\u00e9e par Bernard Friot. Pour Marx et dans le langage courant de ceux qui se revendiquent du communisme, le salaire est le prix marchand de la force de travail, faisant corps avec l\u2019exploitation du travailleur : l\u2019enjeu communiste est donc d\u2019abolir le salariat. Le salaire dont parle Bernard Friot est le <em>\u00ab salaire socialis\u00e9 \u00bb<\/em>, qui ne d\u00e9pend pas de la valeur \u00e9conomique produite mais de la qualification acquise par la personne. Au-del\u00e0 des querelles s\u00e9mantiques, ce qui compte, c\u2019est la d\u00e9liaison entre la r\u00e9mun\u00e9ration et l\u2019accomplissement d\u2019une t\u00e2che. De m\u00eame, la pension de retraite ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e la r\u00e9mun\u00e9ration du travail des personnes \u00e2g\u00e9es (qui par d\u00e9finition n\u2019ont pas une activit\u00e9 mettant en valeur du capital), mais comme un transfert de valeur d\u00fb \u00e0 la solidarit\u00e9 interg\u00e9n\u00e9rationnelle (tandis que les personnes \u00e2g\u00e9es ont de multiples activit\u00e9s sociales profitables \u00e0 elles-m\u00eames et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9). <\/p>\n<p>Dans la soci\u00e9t\u00e9 capitalisme, le salaire est la r\u00e9mun\u00e9ration du travail dont la valeur est d\u00e9termin\u00e9e par l\u2019\u00e9change ; dans une soci\u00e9t\u00e9 communiste, pour Marx et pour Friot, le produit du travail n\u2019est pas une valeur d\u2019\u00e9change et il <em>\u00ab n\u2019a pas besoin de passer par le march\u00e9 pour recevoir une validation sociale \u00bb<\/em>. S\u00e8ve souligne encore une fois le d\u00e9j\u00e0-l\u00e0 du communisme que constitue le fait que par millions, des femmes et des hommes sont durant plusieurs d\u00e9cennies d\u00e9barrass\u00e9es de la servitude envers le capital, auto-organisent leur temps de vie, d\u00e9veloppent de multiples activit\u00e9s utiles et productives. On est l\u00e0 aux antipodes de la vision capitaliste, qui stigmatise la retraite comme une p\u00e9riode improductive. <\/p>\n<blockquote><p>S\u00e8ve souligne le d\u00e9j\u00e0-l\u00e0 du communisme que constitue le fait que par millions, des femmes et des hommes sont durant plusieurs d\u00e9cennies d\u00e9barrass\u00e9es de la servitude envers le capital, auto-organisent leur temps de vie, d\u00e9veloppent de multiples activit\u00e9s utiles et productives. On est l\u00e0 aux antipodes de la vision capitaliste, qui stigmatise la retraite comme une p\u00e9riode improductive.<\/p><\/blockquote>\n<h2>Formes alternatives de gestion des entreprises<\/h2>\n<p>Autre exemple de propositions postcapitalistes, celles concernant la gestion des entreprises par les travailleurs et les usagers. Abordant les r\u00e9flexions de Beno\u00eet Borrits, chercheur militant et animateur de l&#8217;association Autogestion, Lucien S\u00e8ve \u00e9voque le d\u00e9veloppement des formes alternatives de gestion, dont l\u2019objectif n\u2019est pas le profit mais l\u2019utilit\u00e9 sociale. L\u2019enjeu \u00e0 leur propos est de passer d\u2019une approche essentiellement d\u00e9fensive \u2013 o\u00f9 la coop\u00e9rative intervient comme palliatif du capital \u2013 \u00e0 une approche o\u00f9 les coop\u00e9ratives se substitueraient \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s de capitaux. <\/p>\n<p>Cependant, les limites de la propri\u00e9t\u00e9 coop\u00e9rative sont soulign\u00e9es : le capital y reste fortement pr\u00e9sent et avec lui la logique gestionnaire, de sorte qu\u2019il serait vain d\u2019en attendre une authentique remise en cause du syst\u00e8me capitaliste. Celle-ci suppose en fait de mettre fin \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 lucrative des moyens de production et d\u2019\u00e9change, \u00e0 laquelle il s\u2019agit de substituer une appropriation publique, en assurant un droit de gestion (ou propri\u00e9t\u00e9 d\u2019usage) aux travailleurs et aux usagers. Et c\u2019est possible gr\u00e2ce \u00e0 deux inventions r\u00e9volutionnaires du XX\u00e8me si\u00e8cle : la cotisation sociale et le financement par endettement, gr\u00e2ce auxquels il est possible d\u2019avoir des entreprises sans fonds propres \u00e9mancip\u00e9es du capital. Cela rendrait caduque la nationalisation du syst\u00e8me bancaire, <em>\u00ab dont tout l\u2019effet est de substituer une ali\u00e9nation \u00e9tatiste \u00e0 l\u2019ali\u00e9nation capitaliste \u00bb<\/em>. Cependant, ces sujets n\u00e9cessitent un d\u00e9bat sur la nature et la temporalit\u00e9 des transformations, avec le souci que leur inscription dans la dur\u00e9e ne devienne pas une remise permanente \u00e0 plus tard de changements profonds. <\/p>\n<p>Ainsi, en complet \u00e9cart avec la vis\u00e9e d\u2019une r\u00e9volution soudaine renversant d\u2019un coup le capitalisme, c\u2019est une conception transitionnelle de la r\u00e9volution qu\u2019il faut assumer. Plus largement, la tension entre la difficult\u00e9 d\u2019obtenir des avanc\u00e9es \u00e9mancipatrices d\u2019ampleur et le risque de faire durablement avec des petits pas sans effets g\u00e9n\u00e9raux reste une question ouverte, utile \u00e0 consid\u00e9rer comme jamais r\u00e9solue. On doit jauger \u00e0 chaque instant de l\u2019utilit\u00e9 des actions dans une vis\u00e9e \u00e9mancipatrice imm\u00e9diate : il ne s\u2019agit ni de p\u00eacher par un volontarisme sans prise sur le r\u00e9el, ni d\u2019attendre le pourrissement du capitalisme qui tomberait comme un fruit mur, ni encore d\u2019attendre le m\u00fbrissement spontan\u00e9 des conditions objectives de son d\u00e9passement.<\/p>\n<h2>Cause \u00e9cologique, cause postcapitaliste<\/h2>\n<p>Lucien S\u00e8ve \u00e9voque de front \u2013 comme il l\u2019a d\u00e9j\u00e0 fait \u00e0 plusieurs reprises \u2013 la prise en compte du drame \u00e9cologique, qui a lui seul rend <em>\u00ab urgent d\u2019engager la sortie du capitalisme \u00bb<\/em>, \u00e9voquant tour \u00e0 tour les d\u00e9sastres du r\u00e9chauffement climatique, de la perte de biodiversit\u00e9 ou encore de la pollution. L\u2019enjeu \u00e0 ce propos n\u2019est pas de semer une panique \u00e0 tonalit\u00e9 fataliste, reposant notamment sur la culpabilisation des individus, mais de souligner efficacement les responsabilit\u00e9s syst\u00e9miques et celles des dirigeants. Il s\u2019agit par-dessus tout de diminuer le recours massif aux \u00e9nergies fossiles qui sont \u00e0 l\u2019origine de la plus grande part des \u00e9missions de gaz \u00e0 effets de serre. Et cela d\u00e9pend de choix \u00e9conomiques g\u00e9n\u00e9raux (<em>\u00ab command\u00e9s par la course acharn\u00e9e au profit \u00bb<\/em>), qui ont des effets environnementaux n\u00e9gatifs consid\u00e9rables. Il s\u2019agit de d\u00e9noncer non pas seulement <em>\u00ab le productivisme \u00bb<\/em>, \u00e9voqu\u00e9 le plus souvent comme un ph\u00e9nom\u00e8ne naturel sans cause \u00e9conomique, mais la boulimie infinie d\u2019exploitation de la nature et des hommes qu\u2019appelle le capitalisme. <\/p>\n<blockquote><p>L\u2019enjeu \u00e9cologique n\u2019est pas de semer une panique \u00e0 tonalit\u00e9 fataliste mais de souligner efficacement les responsabilit\u00e9s syst\u00e9miques. Il s\u2019agit de d\u00e9noncer non pas seulement \u00ab le productivisme \u00bb, utilis\u00e9 le plus souvent comme un ph\u00e9nom\u00e8ne naturel sans cause \u00e9conomique, mais la boulimie infinie d\u2019exploitation de la nature et des hommes qu\u2019appelle le capitalisme.<\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019humain se caract\u00e9rise fondamentalement, comme Marx l\u2019a soulign\u00e9, par sa capacit\u00e9 \u00e0 produire ses moyens d\u2019existence et le d\u00e9veloppement social. Le d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s productives n\u2019est en rien n\u00e9cessairement synonyme d\u2019empreinte destructrice de la nature : il peut \u00eatre au contraire <em>\u00ab une \u00e9conomie tendant \u00e0 un minimum d\u2019empreinte pr\u00e9datrice et un maximum de recyclage r\u00e9g\u00e9n\u00e9rateur dans des rapports soutenables avec la nature \u00bb<\/em>. Aussi Lucien S\u00e8ve souligne-t-il \u00e0 propos de la d\u00e9croissance qu\u2019il y a bien des d\u00e9croissances \u00e0 imposer \u2013 d\u00e9croissance des d\u00e9penses militaires et polici\u00e8res, de la publicit\u00e9 concurrentielle, de l\u2019optimisation fiscale ou encore de l\u2019hyperluxe \u2013, mais que dans le m\u00eame temps sont <em>\u00ab d\u2019aveuglante n\u00e9cessit\u00e9 de grands d\u00e9veloppements productifs en faveur de maints peuples priv\u00e9s d\u2019\u00e9quipements \u00e9l\u00e9mentaires, d\u2019un milliard d\u2019humains en proie aux pires d\u00e9tresses \u00bb<\/em>. Il ne s\u2019agit pas de promouvoir une <em>\u00ab punitive d\u00e9croissance g\u00e9n\u00e9rale \u00bb<\/em> mais une <em>\u00ab r\u00e9orientation radicalement plus civilisante du d\u00e9veloppement humain \u00bb<\/em> : un <em>\u00ab d\u00e9veloppement non productiviste de la production, d\u00e9mocratiquement programm\u00e9, \u00e9cologiquement ma\u00eetris\u00e9, avare en consommation des stocks naturels mais inventif en ma\u00eetrise des flux \u00bb<\/em>.<\/p>\n<h2>Sortir de l\u2019ombre le drame anthropologique<\/h2>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 du drame \u00e9cologique per\u00e7u comme la pr\u00e9occupation majeure du temps pr\u00e9sent, un autre drame se noue discr\u00e8tement : ce que Lucien S\u00e8ve appelle le drame anthropologique, qui menace le sort de tous les humains. Il reprend \u00e0 ce propos les \u00e9l\u00e9ments d\u2019un article important publi\u00e9 par lui dans <em>Le Monde diplomatique<\/em>[[Lucien S\u00e8ve, \u00ab Sauver le genre humain, pas seulement la plan\u00e8te \u00bb, <em>Le Monde diplomatique<\/em>, novembre 2011.]]. Il s\u2019agit de <em>\u00ab la marchandisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de l\u2019\u00eatre humain \u00bb<\/em>, o\u00f9 <em>\u00ab tout de l\u2019homme s\u2019ach\u00e8te et se vend, de l\u2019embryon au cadavre, o\u00f9 l\u2019argent r\u00e8gne en ma\u00eetrise sur chaque registre de nos vies, jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9cider de l\u2019effectivit\u00e9 de nos droits comme de l\u2019honorabilit\u00e9 de nos conduites \u00bb<\/em>. Il s\u2019agit de la <em>\u00ab d\u00e9valuation tendancielle de toutes les valeurs \u00bb<\/em>, soit un monde o\u00f9 tout, m\u00eame ce qui n\u2019a pas de prix, s\u2019ach\u00e8te, telle la dignit\u00e9. Il s\u2019agit de <em>\u00ab l\u2019incontr\u00f4lable \u00e9vanouissement du sens \u00bb<\/em>, o\u00f9 il n\u2019y a plus de place pour tout projet humain. Il s\u2019agit d\u2019<em>\u00ab une d\u00e9civilisation sans rivage \u00bb<\/em>, avec le <em>\u00ab concubinage d\u2019une implacable dictature du fric avec le d\u00e9cha\u00eenement des pires violences civiles ou militaires \u00bb<\/em>. Il s\u2019agit encore de <em>\u00ab la proscription syst\u00e9matique des alternatives \u00bb<\/em>, par la mobilisation par tous les moyens pour les emp\u00eacher, sur fond, ajoutons-le, de haine de la d\u00e9mocratie par les dominants. <\/p>\n<blockquote><p>Le drame anthropologique, c\u2019est la marchandisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de l\u2019\u00eatre humain, la d\u00e9shumanisation des \u00eatres humains, la proscription des alternatives sur fond, ajoutons-le, de haine de la d\u00e9mocratie. Le drame \u00e9cologique et le drame anthropologique rel\u00e8vent une crise historique des rapports sociaux eux-m\u00eames.<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans sa volont\u00e9 de comprendre pourquoi le drame anthropologique est si peu consid\u00e9r\u00e9 comme tel jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, Lucien S\u00e8ve pointe le fait que les risques encourus par le genre humain semblent moins directement en prise avec l\u2019exp\u00e9rience quotidienne de chacun. La prise de conscience du drame anthropologique n\u00e9cessite un <em>\u00ab travail de pens\u00e9e \u00bb<\/em>, dit S\u00e8ve, pour rendre visibles ses multiples aspects. Force est de constater que dans le cas du drame \u00e9cologique, c\u2019est l\u2019exp\u00e9rience concr\u00e8te des multiples d\u00e9r\u00e8glements en cours qui, articul\u00e9s, au plaidoyer \u00e9cologiste entam\u00e9 il y a plusieurs d\u00e9cennies, a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 consid\u00e9rablement les prises de conscience. Si l\u2019auteur \u00e9voque le fait qu\u2019on <em>\u00ab ne peut pas montrer le genre humain comme la plan\u00e8te Terre sur un \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9vision, ni visualiser l\u2019\u00e9tendue si alarmante des dommages id\u00e9els qui lui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 caus\u00e9s \u00bb<\/em>, on peut souligner que le souci du drame anthropologique est une cause beaucoup plus r\u00e9cente, qui n\u2019a jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent fait l\u2019objet d\u2019aucune m\u00e9diation globale ou d\u2019envergure.<\/p>\n<p>Lucien S\u00e8ve souligne que le drame \u00e9cologique et le drame anthropologique peuvent \u00eatre abord\u00e9s comme relevant d\u2019une crise unique, une crise historique des rapports sociaux eux-m\u00eames, mettant enjeu les rapports entre nous et notre plan\u00e8te. Il traite alors de trois manifestations des d\u00e9civilisations en cours, et cela parle tr\u00e8s concr\u00e8tement au lecteur. <\/p>\n<h2>Trois d\u00e9civilisations en cours<\/h2>\n<p>En premier lieu, la destitution du travail, \u00e0 travers les ravages de l\u2019exploitation et des nouvelles formes d\u2019asservissement des travailleurs, la d\u00e9shumanisation du management, le poids des objectifs comptables et des contraintes bureaucratiques, la d\u00e9r\u00e9glementation qui rogne voire annule les protections sociales, les attaques contre les acquis sociaux, l\u2019ill\u00e9gitimation des luttes syndicales\u2026 sur fond de prise de pouvoir des actionnaires et d\u2019in\u00e9galit\u00e9s des forces. Les cons\u00e9quences en sont notamment sanitaires et sociales (suicides, d\u00e9pr\u00e9ciation des personnes\u2026), tandis le m\u00e9pris de classes et la recherche de profitabilit\u00e9 absolue vont avec la promotion d\u2019un individualisme radical. <\/p>\n<p>En deuxi\u00e8me lieu, Lucien S\u00e8ve \u00e9voque <em>\u00ab l\u2019ext\u00e9nuation de la citoyennet\u00e9 \u00bb<\/em>, aussi essentiel que le travail de ce qui nous fait humain. Il cite l\u2019omnipotence patronale, tandis que ceux qui cr\u00e9ent les richesses n\u2019ont aucun droit \u00e0 d\u00e9cider, le recul des droits et libert\u00e9s, la souverainet\u00e9 populaire vid\u00e9e de toute substance, le dessaisissement des assembl\u00e9es \u00e9lues, la mainmise de plus en plus directe de l\u2019agent sur les pouvoirs publics, l\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9 profonde de pouvoirs \u00e0 l\u2019entier service des dominants, la r\u00e9pression brutale des actions. <\/p>\n<p>En troisi\u00e8me lieu, <em>\u00ab l\u2019effacement du genre humain \u00bb<\/em> concerne notamment des aspects symboliques et culturels : la n\u00e9gation des diff\u00e9rences entre l\u2019homme et l\u2019animal, sous couvert du souci positif pour la pr\u00e9servation des esp\u00e8ces menac\u00e9es, les fantasmes et illusions sur les potentialit\u00e9s issus des neurosciences et l\u2019intelligence artificielle, comme si dans ces deux domaines, nous n\u2019\u00e9tions que le produit naturel de notre cerveau (que des machines ou des produits pourraient faire devenir plus performant) et non des \u00eatres essentiellement d\u00e9termin\u00e9s par les rapport sociaux et capables de d\u00e9termination \u00e0 leur \u00e9gard. Difficiles en premi\u00e8re lecture, ces pages-ci du livre ont une port\u00e9e majeure pour qui s\u2019interroge sur l\u2019avenir du genre humain. <\/p>\n<p>La d\u00e9shumanisation dans le traitement des humains inclut bien s\u00fbr les violences racistes, les tortures polici\u00e8res, les assassinats terroristes, le n\u00e9o-esclavage social et\/ou sexuel, l\u2019invisibilisation sociale, le d\u00e9ni des droits, la maltraitance de tous ordres, et bien s\u00fbr le refus de l\u2019hospitalit\u00e9 et le traitement en ennemi des \u00e9trangers : <em>\u00ab Des soci\u00e9t\u00e9s qui se soustraient \u00e0 cette obligation \u00e9minente [\u2026] signent par l\u00e0 m\u00eame leur arr\u00eat de mort civilis\u00e9e \u00bb<\/em>.  Et de d\u00e9noncer aussi la menace transhumaniste, cette pr\u00e9tention \u00e0 convertir l\u2019humain en syst\u00e8me machinique, alors que <em>\u00ab la vraie augmentation de l\u2019intelligence humaine est en cours depuis des mill\u00e9naires sans aucun tripatouillage du cerveau \u2013 c\u2019est la culture \u00bb<\/em>. <\/p>\n<p>Il aurait fallu \u00e0 Lucien S\u00e8ve une nouvelle vie pour poursuivre les r\u00e9flexions et les dialogues engag\u00e9s dans ce livre, dans la continuit\u00e9 de toute son \u0153uvre. Le lire et s\u2019en inspirer librement constitue \u00e0 n\u2019en pas doute un puissant encouragement \u00e0 poursuivre sur le chemin de l\u2019\u00e9mancipation. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\n<a href=\"https:\/\/wp.muchomaas.com\/auteur\/gilles-alfonsi\"><strong>Gilles Alfonsi<\/strong><\/a><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-13379 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon portrait'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/le-communisme-02a-249x400-e20.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/le-communisme-02a-249x400-e20-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"le-communisme-02a-249x400.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/befunky-collage-450-ef4-scaled.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/befunky-collage-450-ef4-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"befunky-collage-450.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Publi\u00e9 \u00e0 titre posthume, l\u2019ultime ouvrage de Lucien S\u00e8ve engage, dans le dialogue avec des auteurs et des autrices actuels, une passionnante r\u00e9flexion prospective sur le communisme du XXI\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":31486,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[292],"class_list":["post-13379","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actu","tag-communisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13379","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13379"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13379\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/31486"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13379"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13379"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13379"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}