{"id":1337,"date":"1999-03-01T00:00:00","date_gmt":"1999-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/elections-sur-terrain-mine1337\/"},"modified":"1999-03-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-02-28T23:00:00","slug":"elections-sur-terrain-mine1337","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1337","title":{"rendered":"Elections sur terrain min\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> L&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle anticip\u00e9e du 15 avril 1999 sera d\u00e9cisive. Confront\u00e9 \u00e0 la guerre que livrent les int\u00e9gristes arm\u00e9s, contest\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 alors que l&#8217;Etat se d\u00e9labre, le pouvoir engage une partie cruciale pour sa survie. Transition vers l&#8217;alternative d\u00e9mocratique ou consolidation du compromis islamo-conservateur ? <\/p>\n<p>La d\u00e9mission forc\u00e9e du pr\u00e9sident Zeroual, dix-neuf mois avant le terme de son mandat, est le prix de l&#8217;\u00e9chec d&#8217;une politique qui a \u00e9t\u00e9 incapable de juguler la crise, de contenir la p\u00e9n\u00e9tration tous azimuts des islamistes au sein de l&#8217;Etat et de desserrer la pression sociale.<\/p>\n<p>Au terme de cinq ann\u00e9es de r\u00e9\u00e9chelonnement de la dette et de r\u00e9ajustement structurel impos\u00e9 par le FMI, l&#8217;\u00e9conomie alg\u00e9rienne, plus d\u00e9pendante que jamais de ses hydrocarbures, s&#8217;enfonce dans la r\u00e9cession. La crise financi\u00e8re li\u00e9e \u00e0 la dette qui a repris son ascension (plus de 32 milliards de dollars), fr\u00f4le la catastrophe. L&#8217;inflation vertigineuse, le ch\u00f4mage end\u00e9mique (30 % de la population active), la d\u00e9gradation des conditions de vie et du pouvoir d&#8217;achat de millions de personnes, la paup\u00e9risation croissante des couches moyennes, l&#8217;aggravation de la d\u00e9pendance alimentaire, sont autant d&#8217;indices de l&#8217;impuissance de l&#8217;Etat \u00e0 mettre fin \u00e0 la d\u00e9rive \u00e9conomique et sociale. La majorit\u00e9 des Alg\u00e9riens vivent aujourd&#8217;hui dans la pauvret\u00e9. Les pr\u00e9dateurs de la rente p\u00e9troli\u00e8re se redistribuent le pactole du r\u00e9\u00e9chelonnement. La soci\u00e9t\u00e9 duale affiche ostensiblement ses lignes de fractures. Des fortunes colossales amass\u00e9es par les barons du r\u00e9gime et leurs prot\u00e9g\u00e9s, s&#8217;\u00e9talent avec insolence dans les limousines allemandes dernier cri et les ch\u00e2teaux-bunkers des banlieues-chics d&#8217;Alger, d&#8217;Oran et de Constantine. Tandis que les centres villes et les quartiers populaires s&#8217;embourbent dans la mis\u00e8re et se l\u00e9prosent.<\/p>\n<p>Le fondement patrimonial de la l\u00e9gitimit\u00e9 est ruin\u00e9 par les crises sociales qui se succ\u00e8dent depuis les ann\u00e9es Chadli. Le projet global du pouvoir s&#8217;essouffle. Impuissant \u00e0 produire un nouveau contrat social, il d\u00e9rive entre les restructurations ultra-lib\u00e9rales du FMI et l&#8217;\u00e9conomie de bazar qui ont rendu exsangues le pays et la soci\u00e9t\u00e9. Dans ce contexte d&#8217;anomie, la question qui se pose est celle d&#8217;un pouvoir dos au mur qui n&#8217;a plus toutes les cartes de redistribution de la rente p\u00e9troli\u00e8re, de r\u00e9gulation sociale et de reproduction symbolique de la l\u00e9gitimit\u00e9.Pourra-t-il continuer \u00e0 verrouiller le syst\u00e8me politique et retarder l&#8217;\u00e9ch\u00e9ance d&#8217;une rupture radicale qui mettra fin \u00e0 la fonction historique de l&#8217;Etat pr\u00e9bendier ?<\/p>\n<p><strong> Des fortunes colossales amass\u00e9es par les barons du r\u00e9gime&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>D&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0, deux faits majeurs augurent l&#8217;incertitude sinon l&#8217;impasse vers laquelle s&#8217;oriente le r\u00e9gime, et rendra plus que probable le risque d&#8217;une explosion sociale, au pire d&#8217;une guerre civile.<\/p>\n<p><strong> 1. <\/strong> Sans doute : et c&#8217;est une nouveaut\u00e9 : l&#8217;Arm\u00e9e et le pouvoir politique n&#8217;arrivent plus \u00e0 ma\u00eetriser les contradictions internes au r\u00e9gime et \u00e0 contenir dans l&#8217;ombre du s\u00e9rail les luttes f\u00e9roces entre les factions qui le composent. Tous les clans qui ont particip\u00e9 \u00e0 la ruine du pays depuis son ind\u00e9pendance s&#8217;engagent dans la bataille pr\u00e9sidentielle \u00e0 travers une pl\u00e9thore de candidatures d&#8217;anciens premiers ministres, de barons du r\u00e9gime et de militaires historiques. Derri\u00e8re ce simulacre de pluralisme, se profile la d\u00e9liquescence du syst\u00e8me politique.<\/p>\n<p><strong> 2. <\/strong> Le pouvoir multiplie ces derniers temps les signaux forts pour pr\u00e9parer le terrain et l&#8217;opinion \u00e0 la &#8220;r\u00e9conciliation nationale&#8221;, condition sine qua non pour ses thurif\u00e9raires d&#8217;un retour \u00e0 la paix civile : loi sur la rahma, pr\u00e9sence significative de ministres islamistes dans le gouvernement, tr\u00eave avec l&#8217;AIS, branche arm\u00e9e du FIS, d\u00e9cret sur la &#8220;trag\u00e9die nationale&#8221;. C&#8217;est ni plus ni moins l&#8217;application rampante de la plate-forme de Rome qui n&#8217;avoue pas son nom, en attendant l&#8217;annonce du retour du FIS dans le jeu politique.<\/p>\n<p><strong> &#8230; et des quartiers qui s&#8217;embourbent dans la mis\u00e8re et se l\u00e9prosent <\/strong><\/p>\n<p>A travers la question du partage ou non du pouvoir avec les islamistes, c&#8217;est la question du choix de soci\u00e9t\u00e9 qui est pos\u00e9e.Les forces conservatrices et islamistes, occupant des positions fortes au sein de l&#8217;Etat, de l&#8217;arm\u00e9e et des appareils politiques, visent \u00e0 \u00e9difier violemment ou progressivement selon les conjonctures, l&#8217;Etat th\u00e9ocratique qui assumera enfin l&#8217;identit\u00e9 arabo-islamique de l&#8217;Alg\u00e9rie. Plus le syst\u00e8me rentier bureaucratique perdure, plus le choix d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 bazariste, r\u00e9trograde gagnera du terrain et des \u00e9mules pour le r\u00e9aliser. Chaque fois que le r\u00e9gime a c\u00e9d\u00e9 aux sir\u00e8nes de l&#8217;islamisme ou tent\u00e9 de l&#8217;instrumenter, celui-ci en a profit\u00e9 pour assujettir des espaces entiers de l&#8217;Etat et de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><strong> La chari\u00e2, matrice de la l\u00e9gislation qui r\u00e9git les personnes&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Le pouvoir politique n&#8217;arrive pas \u00e0 concevoir une l\u00e9gitimit\u00e9 sans la caution islamiste.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident Chadli et son premier ministre Hamrouche ont l\u00e9galis\u00e9 les partis islamiques, en premier lieu le FIS. En 1995, le pr\u00e9sident Zeroual \u00e9lu pour mettre fin \u00e0 la violence int\u00e9griste a introduit les islamistes au gouvernement. L&#8217;ancrage au sein de l&#8217;ex\u00e9cutif des formations th\u00e9ocratiques, cr\u00e9ait une dynamique concr\u00e8te et symbolique qui amplifiait leur impact et leur influence dans la soci\u00e9t\u00e9, au-del\u00e0 de leur esp\u00e9rance. Qu&#8217;importe si au niveau s\u00e9mantique l&#8217;Etat islamique n&#8217;est pas proclam\u00e9 en tant que tel, dans la mesure o\u00f9 les leviers du pouvoir sont partag\u00e9s avec ses partisans. La chari\u00e2 reste la matrice de la l\u00e9gislation et des statuts qui r\u00e9gissent les personnes. L&#8217;islam reste religion d&#8217;Etat en attendant d&#8217;\u00eatre l&#8217;Etat tout court.<\/p>\n<p>L\u00e0 est le socle id\u00e9ologique o\u00f9 s&#8217;enracinent et se d\u00e9finissent les &#8220;constantes nationales&#8221; qui rassemblent toutes les factions et les tendances issues du nationalisme alg\u00e9rien. L\u00e0 est le compromis historique entre le fonds conservateur et l&#8217;islamisme. A l&#8217;\u00e9chelle du pays, cette vieille tendance nourrici\u00e8re de l&#8217;autocratisme n&#8217;a de cesse d&#8217;utiliser le sentiment religieux des populations qu&#8217;elle amalgame au discours national-populiste pour produire, en fin de compte, cet ersatz d&#8217;identit\u00e9 qu&#8217;est la culture du pauvre.<\/p>\n<p><strong> &#8230; l&#8217;islam reste religion d&#8217;Etat en attendant d&#8217;\u00eatre l&#8217;Etat tout court <\/strong><\/p>\n<p>M\u00eame Hocine A\u00eft Ahmed, champion d&#8217;un parti qui se proclame la\u00efque et d\u00e9mocratique, n&#8217;y \u00e9chappe pas. A chacun de ses s\u00e9jours au pays natal, c&#8217;est une procession de vieux chefs de famille qui d\u00e9filent pour lui exprimer leur all\u00e9geance \u00e0 la fois comme chef de clan et descendant de chef religieux.<\/p>\n<p>Pour la plupart des dirigeants politiques et militaires, l&#8217;islamisme est une tendance lourde qui structure de fond en comble la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne. Ne pouvant plus l&#8217;instrumentaliser de l&#8217;ext\u00e9rieur et le contenir \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de l&#8217;Etat, ils se sont r\u00e9solus \u00e0 lui m\u00e9nager des espaces, dont ils croient na\u00efvement qu&#8217;il ne d\u00e9borde pas, o\u00f9 il a la charge du contr\u00f4le id\u00e9ologique de la soci\u00e9t\u00e9. Au besoin, le pouvoir utilisera les islamistes pour liquider les d\u00e9mocrates.<\/p>\n<p>Le compromis avec l&#8217;islamisme repose objectivement sur une base mat\u00e9rielle : les int\u00e9r\u00eats colossaux engendr\u00e9s par la rente p\u00e9troli\u00e8re \u00e9tatique et les secteurs capitalistes et pr\u00e9capitalistes de l&#8217;\u00e9conomie alg\u00e9rienne. Sa base sociale englobe les bourgeoisies mercantiles, la multitude de petites gens ins\u00e9r\u00e9s dans l&#8217;\u00e9conomie informelle et l&#8217;arm\u00e9e de r\u00e9serve des jeunes exclus du syst\u00e8me.<\/p>\n<p><strong> Interf\u00e9rences des puissances occidentales, consensus et clivages <\/strong><\/p>\n<p>Mais bien des contradictions qui tiennent aux diff\u00e9renciations strat\u00e9giques des protagonistes et \u00e0 l&#8217;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de leur culture \u00e9conomique, \u00e9maillent ce compromis al\u00e9atoire. Les failles du syst\u00e8me sont encore accentu\u00e9es par les interf\u00e9rences des puissances occidentales dans la crise alg\u00e9rienne.<\/p>\n<p>L\u00e0 sont le consensus mais \u00e9galement les clivages. L&#8217;approche de l&#8217;\u00e9ch\u00e9ance \u00e9lectorale pr\u00e9sidentielle a emball\u00e9 le jeu politique et pr\u00e9cipit\u00e9 la d\u00e9composition-recomposition des forces politiques en pr\u00e9sence.<\/p>\n<p>L&#8217;ancien parti unique, le Front de lib\u00e9ration nationale (FLN), qui a pendant un moment flirt\u00e9 avec la coalition de San Egidio avant sa reprise en main par la vieille garde, r\u00e9v\u00e8le au grand jour un clivage apparemment irr\u00e9ductible, tant au niveau de la direction que de la base des militants, entre trois factions au moins. Abdelaziz Bouteflika, ancien ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8re de Boumediene, candidat annonc\u00e9 du pouvoir, est soutenu par la direction et de larges secteurs de l&#8217;appareil. Il b\u00e9n\u00e9ficie surtout de l&#8217;appui de l&#8217;administration et des m\u00e9dias officiels.<\/p>\n<p><strong> Portraits de candidats, la machine \u00e9lectoraliste en marche <\/strong><\/p>\n<p>Ahmed Taleb Ibrahimi, plus de vingt ans ministre de Boumediene, fossoyeur de l&#8217;\u00e9ducation et de la culture, rallie une grande partie des conservateurs, les pan-arabistes du Ba\u00e2th et une partie du vote islamiste. Mouloud Hamrouch, colonel de r\u00e9serve, ancien premier ministre de Chadli au temps de la mont\u00e9e en puissance du FIS, compte sur le soutien des cadres r\u00e9formateurs et de nombreuses cellules oppos\u00e9es \u00e0 la direction. tous les trois partagent en commun la volont\u00e9 clairement affich\u00e9e d&#8217;aller vers l&#8217;union nationale incluant les islamistes, y compris le FIS.<\/p>\n<p>Significatif \u00e9galement l&#8217;\u00e9clatement de la formation officielle dominante de l&#8217;\u00e9chiquier politique, le rassemblement national d\u00e9mocratique (RND), le parti cr\u00e9\u00e9 de toutes pi\u00e8ces par le pouvoir aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 1995, pour soutenir le pr\u00e9sident Zeroual. La majeure partie des caciques du RND ont d\u00e9clar\u00e9 &#8220;sur ordre&#8221; leur soutien au &#8220;candidat du consensus&#8221; Bouteflika. Rendu coupable de ne pas suivre la partition, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, Tahar BenBa\u00efb\u00e8che a \u00e9t\u00e9 \u00e9vinc\u00e9 au pas de charge et remplac\u00e9 par le pr\u00e9c\u00e9dent premier ministre de Zeroual, Ahmed Ouyahia, le gestionnaire de l&#8217;ajustement structurel du FMI, choy\u00e9 par les milieux financiers internationaux.<\/p>\n<p>D\u00e9barrass\u00e9 de ses brebis galeuses, le RND qui contr\u00f4le les structures \u00e9tatiques territoriales et qui a fait ses preuves comme machine \u00e9lectoraliste rompue aux grandes et petites combinazione, d\u00e9ploiera son savoir-faire au profit de Bouteflika. Il lui reste \u00e0 neutraliser Mokdad Sifi, ancien premier ministre de Zeroual, et l&#8217;ancien colonel Youssef El Khatib, autres pr\u00e9tendants. Chacun esp\u00e8re rallier le personnel politique et les cadres des organisations satellites qui ont grandi \u00e0 l&#8217;ombre du s\u00e9rail et sont les relais oblig\u00e9s du client\u00e9lisme politique.<\/p>\n<p><strong> GIA : terroriser, punir, maintenir la pression dans le pays <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;onde de choc de la recomposition du paysage politique officiel n&#8217;\u00e9pargne pas non plus les islamistes. Le fondateur du parti Nahda (Renaissance) Abdallah Djaballah a d\u00e9savou\u00e9 son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, qui s&#8217;est prononc\u00e9 pour Bouteflika. A la t\u00eate d&#8217;une nouvelle formation, il reprend sa base dans le giron islamiste. L&#8217;autre parti islamiste, le MSP, ex-Hamas, de Mahfoud Nahnah, est devenu la force de gravitation en puissance autour de laquelle toutes les tractations convergent. Principale force islamiste au gouvernement et au Parlement (25,38 % aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 95), Nahnah et le MSP qui ont pris conscience de leur poids entendent infl\u00e9chir de fa\u00e7on irr\u00e9versible la tendance vers une pr\u00e9sence lourde des islamistes dans les rouages de l&#8217;Etat. Autrement dit, ils visent \u00e0 p\u00e9renniser plus fondamentalement la centralit\u00e9 de l&#8217;islam politique dans la soci\u00e9t\u00e9 et dans le pays. Les tergiversations du r\u00e9gime et la faiblesse du camp d\u00e9mocratique les encouragent dans cette voie.<\/p>\n<p>Les islamistes seraient-ils en passe de &#8220;remporter une victoire politique alors m\u00eame qu&#8217;ils ont \u00e9chou\u00e9 sur le terrain militaire&#8221; comme l&#8217;affirment les d\u00e9mocrates ? En effet, les maquis fortement structur\u00e9s et mobiles des islamistes qui agissaient au grand jour ont \u00e9t\u00e9 an\u00e9antis ou consid\u00e9rablement affaiblis, \u00e0 la suite des vastes op\u00e9rations engag\u00e9es par l&#8217;arm\u00e9e et les groupes de d\u00e9fense des citoyens. Incapable de mener une guerre subversive faute de soutien durable de la population, les r\u00e9duits du GIA recourent aux massacres collectifs \u00e0 la fois pour terroriser, punir et maintenir la pression dans le pays.<\/p>\n<p><strong> Coalition contradictoire repl\u00e2tr\u00e9e contre national-populisme <\/strong><\/p>\n<p>Comment expliquer ce retour \u00e0 la case d\u00e9part d&#8217;avant 1995, et cette pouss\u00e9e vers le compromis avec les islamistes ? La neutralisation de l&#8217;Arm\u00e9e par les dissensions internes ? Une rupture radicale du rapport des forces \u00e0 l&#8217;avantage des conservateurs ? La pression d\u00e9cisive de l&#8217;Occident pour en finir avec une crise dangereuse pour l&#8217;\u00e9quilibre g\u00e9opolitique ? Sans doute, toutes ces raisons y concourent.<\/p>\n<p>Au terme de ces deux d\u00e9cennies de crise, la coalition des forces conservatrices et des islamistes qui ont consolid\u00e9 les liens de leur compromis historique, se pr\u00e9sente aujourd&#8217;hui comme l&#8217;alternative durable au national-populisme. Cette tendance est confort\u00e9e par l&#8217;alliance autour du scrutin, avec le Front des forces socialistes (FFS) d&#8217;A\u00eft Ahmed et le Parti des travailleurs (PT) de Louisa Hanoun, qui apportent la caution &#8220;d\u00e9mocratique&#8221; et la bienveillance de l&#8217;opinion internationale.<\/p>\n<p><strong> Paralysie des courants d\u00e9mocratiques divis\u00e9s, isol\u00e9s et affaiblis <\/strong><\/p>\n<p>D&#8217;autant plus que le r\u00e9gime s&#8217;emploie \u00e0 accentuer la paralysie des courants d\u00e9mocratiques divis\u00e9s, isol\u00e9s et affaiblis par la perte de leurs \u00e9lites assassin\u00e9es ou contraintes \u00e0 l&#8217;exil. L&#8217;\u00e9chec des d\u00e9mocrates r\u00e9publicains de construire un front unique et de cristalliser les espoirs de la soci\u00e9t\u00e9 en une base \u00e9lectorale consciente et active, hypoth\u00e8que lourdement l&#8217;alternative d\u00e9mocratique. C&#8217;est aussi l&#8217;\u00e9chec d&#8217;une vision qui surestime la capacit\u00e9 des sph\u00e8res modernistes de l&#8217;Etat et de l&#8217;Arm\u00e9e, \u00e0 infl\u00e9chir l&#8217;alternative d\u00e9mocratique, en faisant abstraction des contradictions, du rapport des forces et des int\u00e9r\u00eats qui les d\u00e9terminent eux aussi dans le syst\u00e8me. On a tendance trop souvent dans le camp r\u00e9publicain \u00e0 id\u00e9aliser l&#8217;\u00e9tat de conscience dans la soci\u00e9t\u00e9, en ignorant la pauvret\u00e9 de la culture politique encore assujettie aux paradigmes d&#8217;une organisation sociale arri\u00e9r\u00e9e. Dans le contexte de d\u00e9labrement culturel et \u00e9ducatif actuel, l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la modernit\u00e9 est terriblement ferm\u00e9 \u00e0 la majorit\u00e9 de la population paup\u00e9ris\u00e9e. Le Rassemblement pour la culture et la d\u00e9mocratie (RCD) et le Mouvement d\u00e9mocrate pour la soci\u00e9t\u00e9 (MDS, ex-Ettahadi des communistes), conteste le scrutin du 15 avril, qui serait le &#8220;second tour des l\u00e9gislatives de 91&#8221;, pour ne pas cautionner un accord avec les islamistes. Si l&#8217;appel au boycott a le m\u00e9rite de pr\u00e9server les chances d&#8217;un p\u00f4le d\u00e9mocratique dans la soci\u00e9t\u00e9, il est peu probable qu&#8217;il conduise \u00e0 une remise en cause du scrutin et \u00e0 \u00e9viter l&#8217;issue du compromis avec les islamistes. La soci\u00e9t\u00e9 a montr\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent une d\u00e9saffection manifeste \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de l&#8217;\u00e9lection. En 1995, les Alg\u00e9riens ont vot\u00e9 massivement pour arr\u00eater la violence int\u00e9griste et donner une chance au processus d\u00e9mocratique. Le trucage des l\u00e9gislatives de 97 les a renvoy\u00e9s \u00e0 l&#8217;implacable logique de l&#8217;Etat pr\u00e9bendier. Lass\u00e9s par les retomb\u00e9es de la crise, \u00e9coeur\u00e9s par les manoeuvres d&#8217;appareils, ils ne croient plus au miracle aujourd&#8217;hui et s&#8217;abstiendront probablement en masse.<\/p>\n<p><strong> Lass\u00e9s par les retomb\u00e9es de la crise, \u00e9coeur\u00e9s par les manoeuvres d&#8217;appareil <\/strong><\/p>\n<p>Il est certain en revanche que le compromis se heurtera \u00e0 des obstacles de taille. Il sera difficile \u00e0 une coalition contradictoire repl\u00e2tr\u00e9e de faire face \u00e0 la crise \u00e9conomique et d&#8217;\u00e9viter l&#8217;explosion sociale. Les germes de la guerre civile ne dispara\u00eetront pas au lendemain de l&#8217;\u00e9lection. Dans le contexte du d\u00e9litement de l&#8217;Etat, il sera peut-\u00eatre trop tard pour emp\u00eacher un nouvel aventurisme aux cons\u00e9quences incalculables.<\/p>\n<p>* Journaliste.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> L&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle anticip\u00e9e du 15 avril 1999 sera d\u00e9cisive. Confront\u00e9 \u00e0 la guerre que livrent les int\u00e9gristes arm\u00e9s, contest\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 alors que l&#8217;Etat se d\u00e9labre, le pouvoir engage une partie cruciale pour sa survie. Transition vers l&#8217;alternative d\u00e9mocratique ou consolidation du compromis islamo-conservateur ? <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1337","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1337","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1337"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1337\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1337"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1337"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1337"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}