{"id":1335,"date":"1999-03-01T00:00:00","date_gmt":"1999-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-bresil-emporte-par-la-crise1335\/"},"modified":"1999-03-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-02-28T23:00:00","slug":"le-bresil-emporte-par-la-crise1335","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1335","title":{"rendered":"Le Br\u00e9sil emport\u00e9 par la crise"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Apr\u00e8s le Mexique, l&#8217;Asie du Sud-Est, la Russie, c&#8217;est le Br\u00e9sil qui est atteint de plein fouet par la crise financi\u00e8re mondiale. Et les rem\u00e8des du FMI, de plus en plus contest\u00e9s, n&#8217;y ont rien pu. La population br\u00e9silienne reste seule face au ch\u00f4mage, \u00e0 l&#8217;inflation, \u00e0 la r\u00e9cession. <\/p>\n<p>Le raz-de-mar\u00e9e qui a submerg\u00e9 la monnaie br\u00e9silienne, le real, \u00e0 la mi-janvier dernier \u00e9tait annonc\u00e9 de longue date. Selon certains \u00e9conomistes, il l&#8217;\u00e9tait depuis la d\u00e9b\u00e2cle financi\u00e8re mexicaine de d\u00e9cembre 1994 qui mobilisera 50 milliards de dollars apport\u00e9s par les Etats-Unis et le FMI au titre d&#8217;un plan de sauvetage. Fran\u00e7ois Chesnais dans un article publi\u00e9 par le Monde diplomatique en mars 1995, &#8220;D\u00e9fense et illustration de la dictature des march\u00e9s&#8221; d\u00e9montrait que cette crise \u00e9tait de tout autre nature que celle qu&#8217;avait d\u00e9j\u00e0 connue ce pays en 1982 lorsqu&#8217;il se d\u00e9clare en \u00e9tat d&#8217;insolvabilit\u00e9. Dans le m\u00eame article il notait que certains y voyait, sans \u00e9tats d&#8217;\u00e2me, &#8220;le premier exemple d&#8217;une crise d&#8217;un type nouveau, propre \u00e0 l&#8217;\u00e8re des march\u00e9s financiers \u00ab globaux \u00bb, marqu\u00e9 par l&#8217;action peu pr\u00e9visible de capitaux concentr\u00e9s et volatils&#8221;. C&#8217;est dans ce cadre que surviennent, \u00e0 partir de juillet 1997, les naufrages financiers de la Tha\u00eflande, de la Malaisie, de l&#8217;Indon\u00e9sie, des Philippines, de la Cor\u00e9e du Sud, tandis que les bourses de Hongkong et de Tokyo sont fortement secou\u00e9es, que le syst\u00e8me bancaire japonais montre de graves dysfonctionnements et que toutes les places europ\u00e9ennes, en septembre, perdent des points.<\/p>\n<p><strong> Domino <\/strong><\/p>\n<p>Pr\u00e9vu lui aussi, le troisi\u00e8me temps de cette crise financi\u00e8re surgit le 17 ao\u00fbt 1998 lorsque la Russie suspend le remboursement de sa dette et d\u00e9value le rouble. Les investisseurs-sp\u00e9culateurs savent que la prochaine pi\u00e8ce du domino est le Br\u00e9sil : le Financial Times, le 24 ao\u00fbt, le d\u00e9signe comme l&#8217;un des pays les plus vuln\u00e9rables de l&#8217;Am\u00e9rique latine. Mais le Br\u00e9sil est alors en pleine campagne \u00e9lectorale. Fernando Henrique Cardoso, pr\u00e9sident sortant, brigue, face au candidat du Bloc des oppositions, Lula, un deuxi\u00e8me mandat pr\u00e9sidentiel, lors de l&#8217;\u00e9lection du 4 octobre, et se fait \u00e9vasif et prudent sur les \u00e9ventuels effets de la crise russe sur l&#8217;\u00e9conomie br\u00e9silienne. La bourse de New York, d\u00e9but septembre, connaissant une suite de baisses, comme celle de Sao Paulo, il se dit convaincu qu&#8217;il n&#8217;y a pas pas d&#8217;attaque sp\u00e9culative contre le r\u00e9al, mais qu&#8217;on est en pr\u00e9sence d&#8217;une crise mondiale. Cependant, le ministre des finances, Pedro Malan, a engag\u00e9 de discr\u00e8tes discussions avec le FMI, d\u00e8s la fin ao\u00fbt.<\/p>\n<p><strong> R\u00e9\u00e9lection <\/strong><\/p>\n<p>Mais la probl\u00e9matique de la crise financi\u00e8re mondiale et de ses implications \u00e9conomiques et sociales au Br\u00e9sil ne viendra jamais au centre du d\u00e9bat \u00e9lectoral, malgr\u00e9 les tentatives r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de Lula. Le pr\u00e9sident Cardoso, en effet, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu une premi\u00e8re fois en 1994 sur un programme de stabilisation de l&#8217;\u00e9conomie, r\u00e9ussit avec le lancement du real qui met fin \u00e0 pr\u00e8s de dix ans d&#8217;une hyper inflation incontr\u00f4lable qui atteindra jusqu&#8217;\u00e0 plus de 5000 % l&#8217;an, en juin 94, sur 12 mois cumul\u00e9s. Et c&#8217;est sur cette ligne politique de stabilisation des prix qu&#8217;il axe \u00e0 nouveau sa campagne et lui vaudra sa r\u00e9\u00e9lection.<\/p>\n<p><strong> Bourse <\/strong><\/p>\n<p>La pr\u00e9occupation imm\u00e9diate n&#8217;est alors pas la croissance \u00e9conomique, les premiers signes d&#8217;une r\u00e9cession apparaissent d&#8217;ailleurs dans l&#8217;Etat de Sao Paulo au cours du 3e trimestre, tandis que le taux de croissance du PIB tombe de 3,4 % en 1997 \u00e0 0,5 % en 1998 (la pr\u00e9vision pour 1999 est de -4 %). Ainsi, au cours des mois de campagne \u00e9lectorale, lorsque la monnaie subit des attaques sp\u00e9culatives, et que les r\u00e9serves de change s&#8217;\u00e9croulent (elles passeront, en 1998, de 70 \u00e0 40 Mds de dollars) son \u00e9quipe \u00e9conomique choisira classiquement d&#8217;augmenter les taux d&#8217;int\u00e9r\u00eat, jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;absurde (49,75 % \u00e0 la mi-septembre 98) et de nier toute possibilit\u00e9 de d\u00e9valuation de la monnaie. Pourtant, tous les \u00e9conomistes, de gauche comme de droite, au Br\u00e9sil comme sur toutes les grandes places boursi\u00e8res, savent qu&#8217;en parit\u00e9 avec le dollar lors de son lancement en juillet 94, la monnaie br\u00e9silienne a, de fait, d\u00e9j\u00e0 perdu de 20 \u00e0 30 % de sa valeur : avant son effondrement \u00e0 la mi-janvier.<\/p>\n<p>Le &#8220;Plan real&#8221;, dans un premier temps, a stabilis\u00e9 les prix et ainsi permis aux classes les plus pauvres, et les plus nombreuses, de la soci\u00e9t\u00e9 br\u00e9silienne de pouvoir se procurer, au prix de la veille, le riz et les haricots noirs quotidiens. Il a aussi fait cro\u00eetre le ch\u00f4mage du fait, notamment, de l&#8217;ouverture brutale du march\u00e9 int\u00e9rieur aux importations, de la marche forc\u00e9e \u00e0 la productivit\u00e9 et aux restructurations des entreprises br\u00e9siliennes dont beaucoup, impr\u00e9par\u00e9es \u00e0 ce choc, soit disparaissent, soit sont absorb\u00e9es.<\/p>\n<p><strong> R\u00e9cession <\/strong><\/p>\n<p>Les fonctionnaires sont licenci\u00e9s en masse ou perdent statuts et avantages. Les paysans sans terre occupent des propri\u00e9t\u00e9s non exploit\u00e9es. Le syst\u00e8me de sant\u00e9 continue de se d\u00e9grader. Simultan\u00e9ment, et c&#8217;est le &#8220;conseil&#8221; premier du FMI, se multiplient les privatisations des grandes entreprises publiques (118 en 7 ans, pour une valeur, dettes lib\u00e9r\u00e9es comprises, de 80 \u00e0 85 Mds de dollars), dans la perspective, jamais atteinte, de r\u00e9duire la dette ext\u00e9rieure qui continue aujourd&#8217;hui d&#8217;\u00eatre estim\u00e9e \u00e0 plus de 300 Mds de dollars. Le Br\u00e9sil, avec le &#8220;Plan real&#8221;, adh\u00e9rait \u00e0 la mondialisation financi\u00e8re, ultime fronti\u00e8re, promesse de modernit\u00e9 \u00e9conomique, l\u00e9gitimement revendiqu\u00e9e par un grand pays aux potentialit\u00e9s humaines et naturelles immenses. La priorit\u00e9 du candidat Cardoso, reste, elle, \u00e9triqu\u00e9e, r\u00e9duite quasiment \u00e0 la seule d\u00e9fense du real, capital politique principal, il est vrai. Et aussi, h\u00e9las, instrument psychologique d\u00e9terminant sur une population peu, mal inform\u00e9e des enjeux r\u00e9els qui agitent les bourses de Sao Paulo et Rio de Janeiro, et qui, malgr\u00e9 les difficult\u00e9s \u00e9conomiques, est profond\u00e9ment attach\u00e9e \u00e0 une monnaie qui fait leur fiert\u00e9 pour n&#8217;\u00eatre pas, comme les pr\u00e9c\u00e9dentes, &#8220;d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9e&#8221; \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur, comme \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur.<\/p>\n<p><strong> Aust\u00e9rit\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>R\u00e9\u00e9lu, Fernando Henrique Cardoso, retrouvait ce qui n&#8217;avait pas \u00e9t\u00e9 mis au premier plan de la campagne \u00e9lectorale mais s&#8217;\u00e9tait mis en place dans la r\u00e9alit\u00e9, la crise financi\u00e8re, le rigide programme d&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9 par le FMI, en novembre, en \u00e9change d&#8217;une aide de 41,5 Mds de dollars, pr\u00e9c\u00e9dant ce qui commande dor\u00e9navant l&#8217;avenir \u00e0 long terme : l&#8217;effondrement financier dont le Br\u00e9sil a \u00e9t\u00e9 la cible annonc\u00e9e en janvier dernier. En revanche, ce qui n&#8217;\u00e9tait pas annonc\u00e9, c&#8217;\u00e9tait la d\u00e9cision du pr\u00e9sident Cardoso de mettre brutalement fin \u00e0 la d\u00e9fense du r\u00e9al, le laissant flotter par rapport au cours du dollar et, en guise de caution, nommant \u00e0 la t\u00eate de la Banque centrale un homme ayant r\u00e9cemment travaill\u00e9 pour le compte de la star des sp\u00e9culateurs internationaux, George Soros&#8230; En septembre, Fernando Henrique Cardoso lan\u00e7ait un appel au G7 pour qu&#8217;il mette fin \u00e0 &#8220;la sp\u00e9culation effr\u00e9n\u00e9e&#8221; et promettait que &#8220;le pays ne serait pas sacrifi\u00e9 \u00e0 cette sp\u00e9culation qui ne repose sur aucune situation r\u00e9elle&#8221;. Ce &#8220;sacrifice&#8221; a eu lieu, du moins, les premi\u00e8res sc\u00e8nes.<\/p>\n<p><strong> Dettes <\/strong><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 (et en amont) du spectaculaire qu&#8217;est l&#8217;effondrement de la monnaie, des processus politiques, \u00e9conomiques, sociaux ont \u00e9t\u00e9 mis en oeuvre dont l&#8217;amplitude \u00e9chappe le plus souvent aux pr\u00e9visions, dont la mesure n&#8217;est \u00e9videmment pas donn\u00e9e par les chiffres officiels. Le retour du ch\u00f4mage (18 % annonc\u00e9s) et celui de l&#8217;inflation (15 % au mieux) sont assur\u00e9s, la r\u00e9cession est certaine, la dette ext\u00e9rieure continuera d&#8217;augmenter et son service s&#8217;alourdira. Quant au plan d&#8217;aide du FMI, il a d\u00fb \u00eatre remis \u00e0 l&#8217;\u00e9tude sur les nouvelles bases impos\u00e9es par le FMI au vu de la d\u00e9pr\u00e9ciation d&#8217;environ 40 % du real, et la nouvelle version ne pourra \u00eatre que plus draconienne. Le pr\u00e9sident Cardoso n&#8217;est pas assur\u00e9 que des mesures d&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 renforc\u00e9es soient adopt\u00e9es sans r\u00e9ticence par sa majorit\u00e9 parlementaire dont un important segment est \u00e0 l&#8217;\u00e9coute des difficult\u00e9s de la population. Il doit, par ailleurs, g\u00e9rer une fronde de sept gouverneurs d&#8217;Etats de la F\u00e9d\u00e9ration qui exigent la ren\u00e9gociation de leur dette vis-\u00e0-vis du pouvoir central : la dette de l&#8217;ensemble des Etats s&#8217;\u00e9levant \u00e0 de plus de 100 Mds de dollars.<\/p>\n<p><strong> Alena <\/strong><\/p>\n<p>Il doit aussi contenir les appels \u00e0 prononcer un moratoire sur la dette ext\u00e9rieure qui montent des partis de l&#8217;opposition de gauche, des syndicats, de la Conf\u00e9rence des Ev\u00eaques br\u00e9siliens et de certains \u00e9conomistes, comme le tr\u00e8s respect\u00e9 Celso Furtado qui d\u00e9clarait dans le Jornal do Brasil du 15 f\u00e9vrier dernier : &#8220;Le moratoire arrivera. Je pense que dans un ou deux mois le Br\u00e9sil sera conduit \u00e0 une ren\u00e9gociation de sa dette.&#8221; L&#8217;affaiblissement \u00e9conomique int\u00e9rieur du Br\u00e9sil est doubl\u00e9, au niveau de la r\u00e9gion, par les difficult\u00e9s de fonctionnement du Mercosul du fait du d\u00e9s\u00e9quilibre des \u00e9changes commerciaux entre le Br\u00e9sil et l&#8217;Argentine apport\u00e9 par la d\u00e9valorisation du real. C&#8217;est le moment choisi par Bill Clinton pour relancer l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une extension aux 34 pays de l&#8217;Am\u00e9rique latine de l&#8217;Alena, la zone de libre \u00e9change \u00e9conomique qui r\u00e9unit aujourd&#8217;hui les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. La crise br\u00e9silienne n&#8217;est pas termin\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Apr\u00e8s le Mexique, l&#8217;Asie du Sud-Est, la Russie, c&#8217;est le Br\u00e9sil qui est atteint de plein fouet par la crise financi\u00e8re mondiale. 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