{"id":1324,"date":"1999-03-01T00:00:00","date_gmt":"1999-02-28T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/impromptu-chilien1324\/"},"modified":"1999-03-01T00:00:00","modified_gmt":"1999-02-28T23:00:00","slug":"impromptu-chilien1324","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=1324","title":{"rendered":"Impromptu chilien"},"content":{"rendered":"<p>Quand, au milieu des ann\u00e9es 80, le r\u00e9alisateur Miguel Litt\u00edn (n\u00e9 en 1942) a cru perdu tout espoir de retourner au Chili, d&#8217;o\u00f9 il \u00e9tait parti apr\u00e8s le coup d&#8217;\u00e9tat d&#8217;Auguste Pinochet, il a enfin r\u00e9ussi \u00e0 publier l&#8217;histoire de son grand-p\u00e8re, le Grec Kristos Kukumides, arriv\u00e9 \u00e0 Chili en 1914. &#8220;Je pensai que je ne verrais plus jamais Palmilla, ma province natale et, encourag\u00e9 aussi par la confiance que m&#8217;avait port\u00e9e mon \u00e9diteur espagnol, j&#8217;ai autoris\u00e9 la publication de ce premier roman.&#8221; Aujourd&#8217;hui, la sc\u00e8ne se r\u00e9p\u00e8te, mais \u00e0 Paris. Litt\u00edn a rendu son livre \u00e0 l&#8217;\u00e9ditrice Anne-Marie M\u00e9taili\u00e9 et, parce que &#8220;dans cette histoire s&#8217;agitent les fant\u00f4mes et les r\u00eaves de toute [ sa] famille&#8221;, il rend enfin son intimit\u00e9 au lecteur fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>A l&#8217;\u00e2ge de 25 ans, le voyageur byzantin, Kristos Kukumides abandonne sa Gr\u00e8ce natale pour l&#8217;aventure et l&#8217;illusion du Nouveau Monde. L&#8217;Am\u00e9rique s&#8217;esquissait sur ses l\u00e8vres et dans ses r\u00eaves, pendant une tr\u00e8s longue travers\u00e9e au cours de laquelle le jeune Kristos est devenu le protecteur de trente-neuf fianc\u00e9es palestiniennes embarqu\u00e9es vers le Chili. Dans ce pays, au bout du continent que le Grec avait du mal \u00e0 identifier avec son id\u00e9al &#8220;am\u00e9ricain&#8221;, ces jeunes femmes retrouveraient les hommes auxquels elles \u00e9taient promises depuis leur enfance. C&#8217;est Kristos qui, attentif aux suppliques de ces femmes qui l&#8217;appelaient Seigneur et Envoy\u00e9 de Dieu et partag\u00e8rent son lit, \u00e0 l&#8217;abri des rafales et des temp\u00eates de neige du chemin andin, les conduit dans les bras de leurs maris. L\u00e0 o\u00f9 le train s&#8217;arr\u00eate pour refaire le chemin du retour \u00e0 la capitale, Kristos livre la derni\u00e8re fianc\u00e9e. Le destin veut que le Grec arr\u00eate aussi ses pas dans le village de Palmilla ; c&#8217;est l\u00e0-bas qu&#8217;il s&#8217;\u00e9tablit et b\u00e2tit une famille. Mais la Gr\u00e8ce, sa m\u00e8re, les souvenirs, et surtout une question persistente : pourquoi les choses se sont-elles ainsi pass\u00e9es, tourmentent la vie de Kristos. L&#8217;alcool et les prostitu\u00e9es dansent autour de lui, le pauvre immigrant d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9. Et bient\u00f4t la prosp\u00e9rit\u00e9 familiale n&#8217;est plus qu&#8217;un souvenir. Sous les yeux de son petit-fils d&#8217;\u00e0 peine 12 ans, Kristos Kukumides s&#8217;\u00e9teint en 1954, envelopp\u00e9 dans une solitude et un d\u00e9sespoir immenses.<\/p>\n<p>Au fil des pages, Miguel Litt\u00edn nous transmet la fascination myst\u00e9rieuse exerc\u00e9e par son grand-p\u00e8re grec : &#8220;Cette histoire est n\u00e9e avec moi. Mon a\u00efeul a toujours \u00e9t\u00e9 un grand inconnu que je devais d\u00e9chiffrer un jour. Pourquoi cet homme, venu de si loin, consommait-il avec une telle rage sa vie dans un endroit perdu au bout de monde ? Comment s&#8217;\u00e9tait-il \u00e9gar\u00e9 l\u00e0 ?&#8221;Le grand drame de ce roman est celui du d\u00e9sarroi humain, celui des immenses migrations du d\u00e9but du si\u00e8cle qui ont tant apport\u00e9 \u00e0 la construction des soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9ricaines. Miguel Litt\u00edn, l&#8217;un des plus c\u00e9l\u00e8bres exil\u00e9s apr\u00e8s le coup d&#8217;Etat de 1973 (c&#8217;est d&#8217;ailleurs le h\u00e9ros du roman de Gabriel Garc\u00eda Marquez l&#8217;Aventure de Miguel Littin, clandestin au Chili) est aussi l&#8217;une des figures principales du cin\u00e9ma latino-am\u00e9ricain contemporain. Certains de ses films ont connu des succ\u00e8s importants : la Terre promise (1973), Viva el presidente et les Naufrag\u00e9s (s\u00e9lectionn\u00e9s au Festival de Cannes en 1978 et 1994). &#8220;Le cin\u00e9ma me permet d&#8217;ext\u00e9rioriser des flots de sentiments et de sensations. Mais la litt\u00e9rature est cruelle. Elle d\u00e9nude l&#8217;\u00e2me de l&#8217;homme. C&#8217;est \u00e0 travers elle qu&#8217;on raconte certaines choses que sans doute on ne veut pas rendre publiques.&#8221;<\/p>\n<p>Le pressentiment qui l&#8217;a pouss\u00e9 \u00e0 publier ce livre, l&#8217;impossibilit\u00e9 d&#8217;un retour au Chili, \u00e9tait par bonheur infond\u00e9. Miguel Litt\u00edn y est retourn\u00e9 et s&#8217;est install\u00e9 \u00e0 Palmilla, dont il est actuellement&#8230; le maire.Le r\u00e9cit fascinant du Voyageur Byzantin s&#8217;inscrit sans aucun doute dans la lign\u00e9e des grands romans latino-am\u00e9ricains, o\u00f9 la famille et les origines sont les v\u00e9ritables protagonistes, &#8220;&#8230; parce que ce sont les familles qui fondent nos peuples et c&#8217;est aussi \u00e0 travers elles qui se tisse l&#8217;histoire de ces nations, encore en processus de formation.&#8221; Une grande le\u00e7on de litt\u00e9rature.<\/p>\n<p><strong> Miguel Litt\u00edn, <\/strong>Le Voyageur byzantin,Traduit de l&#8217;espagnol (Chili) par Bertille Hausberg,\u00c9ditions M\u00e9tailli\u00e9, 264 p., 125 F<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand, au milieu des ann\u00e9es 80, le r\u00e9alisateur Miguel Litt\u00edn (n\u00e9 en 1942) a cru perdu tout espoir de retourner au Chili, d&#8217;o\u00f9 il \u00e9tait parti apr\u00e8s le coup d&#8217;\u00e9tat d&#8217;Auguste Pinochet, il a enfin r\u00e9ussi \u00e0 publier l&#8217;histoire de son grand-p\u00e8re, le Grec Kristos Kukumides, arriv\u00e9 \u00e0 Chili en 1914. &#8220;Je pensai que je [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-1324","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1324","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1324"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1324\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1324"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1324"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1324"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}